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	<title>l'Insomniaque &#187; souvenir</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>La fuite vers l&#8217;oubli</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 06:11:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/02/mnemosyne_au_banquet.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1092" title="Mnemosyne au banquet" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/02/mnemosyne_au_banquet.jpg?w=497" alt="Mnemosyne au banquet"   /></a></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:justify;">J&#8217;écoutais récemment à la télévision une émission dominicale très populaire et le témoignage d&#8217;un individu injustement accusé d&#8217;agressions sexuelles contre de jeunes enfants m&#8217;a particulièrement troublé. Lors d&#8217;un procès, les propos d&#8217;une présumée victime supplantent souvent ceux de l&#8217;accusé.</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut évidemment prendre au sérieux le témoignage des enfants sur ce sujet. Cependant, il est tout de même possible que la victime mélange des images de son passé à celles de son présent immédiat. Une victime d&#8217;un viol pourrait, plusieurs années après l&#8217;incident, être très méfiante à l&#8217;égard de tout contact physique commis sans son consentement : un collègue de travail qui poserait simplement sa main sur son épaule pourrait déclencher  une réminiscence douloureuse et l&#8217;inciter à porter plainte pour agression sexuelle.</p>
<p style="text-align:justify;">Se pose alors la question de la fidélité de notre mémoire et de la validité des souvenirs qu&#8217;elle contient.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est au  temps de la Grèce antique qu&#8217;est établi la distinction entre, d&#8217;une  part, la mémoire pragmatique des connaissances, l&#8217;<em>anamnésis, </em>et  d&#8217;autre part la <em>mnémé</em>, apparentée davantage à la mémoire des  émotions : le premier terme signifiant un rappel conscient où l&#8217;être  humain se remémore activement et délibérément un souvenir tandis que le  second terme, le <em>mnémé,</em> concerne toutes les réminiscences qui  surgissent subitement et involontairement.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette distinction démontre bien la dichotomie entre la mémoire qui se construit progressivement au fil des années et à laquelle nous faisons appel à tout moment, et celle qui réapparaît subitement.</p>
<p style="text-align:justify;">Si l&#8217;<em>anamnésis</em> disparaît au moment de notre décès, la <em>mnémé</em> continue,  elle, à vivre à l&#8217;intérieur de la mémoire des êtres que nous avons côtoyée lors de notre existence. Nous n&#8217;avons aucun contrôle  sur cette mémoire involontaire : ses réminiscences nous percutent à un moment inattendu et ses multiples particules se répandent  sans que nous ayons le pouvoir de les retenir.</p>
<p style="text-align:justify;">Le fait que cette partie de notre mémoire peut être reconstituée  implique que la trace de notre existence ne disparaîtra pas totalement  au moment de notre mort.</p>
<p style="text-align:justify;">À  l&#8217;aide de l&#8217;<em>anamnésis,</em> la mémoire de l&#8217;intelligence, l&#8217;être humain peut se construire une identité en fonction du temps vécu par sa conscience :  les événements du passé lui  fournissent une base de réflexion sur sa vie présente qui l&#8217;amènera  ensuite à envisager son projet de vie future. Cette construction  sera cependant toujours imparfaite puisque l&#8217;intégralité du souvenir se  situe hors de l’être humain.</p>
<p style="text-align:justify;">Hors du temps,  à la rencontre impromptue entre l&#8217;instant présent qui réveille un  fragment du passé, se situe la réminiscence d&#8217;une sensation que l&#8217;on croyait perdue à jamais.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour  contrer cette inévitable fuite vers l&#8217;oubli, celle d&#8217;un être qui se  détériore avec le passage du temps et disparaîtra éventuellement sans  laisser aucune trace résiduelle, il nous reste la mémoire des choses et  sans elle, l&#8217;être humain n&#8217;est rien. Sans la <em>mnémé</em>, la vie  humaine serait absurde du fait que d&#8217;une origine inconnue, à une vie  créatrice et à une mort sans fondement, l&#8217;existence humaine serait aussi  futile que celle de tout autre organisme, elle n&#8217;aurait aucune  influence sur la suite des choses :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Julián est mort seul, convaincu que personne ne se souviendrait de lui ni de ses livres et que sa vie n&#8217;avait eu aucun sens. Ça lui aurait fait plaisir de savoir que quelqu&#8217;un voulait le garder vivant, conserver sa mémoire. Il disait souvent que nous existons tant que quelqu&#8217;un se souvient de nous. » Extrait de <em>L&#8217;Ombre du vent</em> écrit par Carlos Ruiz Zafón.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">En utilisant le pouvoir créatif, qui n&#8217;est pas nécessairement artistique, scientifique ou littéraire, présent en chacun de nous, nous participons à la conservation de notre mémoire personnelle et, ultimement, à celle de la mémoire collective. Les gènes de Socrate, Beethoven, Davinchi et Copernic sont disparus de la surface de la Terre. Pourtant, leur présence est toujours vivante au sein de notre culture. Ce qu&#8217;il restera de nous, c’est tout ce que l’on transmet (le bon et le mauvais) aux gens que l’on côtoie durant notre passage sur Terre.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout est précieux. Tous vos gestes et toutes vos paroles qui ont été captés par un individu demeureront incrustés à jamais dans ses souvenirs et sans que ce transfert mémétique soit enregistré consciemment par l&#8217;un des deux protagonistes. Nous ne pourrons jamais mesurer précisément l’influence, présente et future, de nos actions sur l’existence humaine. L’effet généré par nos gestes quotidiens, le plus petit qui soit, peut engendrer des conséquences considérables.</p>
<p style="text-align:justify;">« C&#8217;est moi qui me souviens, moi l&#8217;esprit » (<em>Ego sum, qui memini, ego animus</em>), écrivait Saint-Augustin. La mémoire est peut-être ce qui nous définit le mieux en tant qu&#8217;être humain, mais qui nous plonge en même temps dans un abime indéchiffrable. Au sein de l&#8217;histoire humaine, notre vie ne représente qu&#8217;un minime fragment de temps. Bien que nous voulions laisser notre marque et fuir l&#8217;oubli, nous nous devons d&#8217;être réalistes en considérant que la mémoire n&#8217;est, ni plus ni moins, qu&#8217;une intarissable promesse de latence.</p>
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		<title>Fixer le temps perdu</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Feb 2010 01:00:54 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« [La durée est] mémoire, mais non pas mémoire personnelle, extérieure à ce qu&#8217;elle retient, distincte d&#8217;un passé dont elle assurerait la conservation; c&#8217;est une mémoire intérieure au changement lui-même, mémoire qui prolonge « l&#8217;avant » dans « l&#8217;après » et les empêche d&#8217;être de purs instantanés apparaissant et disparaissant dans un présent qui renaîtrait sans cesse. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>Durée et simultanéité</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
<p style="text-align:justify;">« Quand nous écoutons une mélodie, nous avons la plus pure impression de succession que nous puissions avoir – une impression aussi éloignée que possible de celle de la simultanéité – et pourtant c&#8217;est la continuité même de la mélodie et l&#8217;impossibilité de la décomposer qui font sur nous cette impression. Si nous la découpons en notes distinctes, en autant « d&#8217;avant » et « d&#8217;après » qu&#8217;il nous plaît, c&#8217;est que nous y mêlons des images spatiales et que nous imprégnons la succession de simultanéité : dans l&#8217;espace et dans l&#8217;espace seulement, il y a distinction nette de parties extérieures les unes aux autres. Je reconnais d&#8217;ailleurs que c&#8217;est dans le temps spatialisé que nous nous plaçons d&#8217;ordinaire. Nous n&#8217;avons aucun intérêt à écouter le bourdonnement de la vie profonde. Et pourtant, la durée réelle est là. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>La pensée et le mouvant</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Les actions de l&#8217;être humain sont élaborées en fonction d&#8217;une trame existentielle spatialisée : le calendrier et l&#8217;horloge permettent de planifier le déroulement d&#8217;une journée selon le schéma tripartite passé/présent/futur et en y découpant le temps en plusieurs fragments. La vie est ainsi envisagée en terme de ruptures où des stations de correspondance entre différents points de départ et d&#8217;arrivée – à l&#8217;instar des dates d&#8217;anniversaire et des événements tels que le début de l&#8217;adolescence et de l&#8217;âge adulte – nous font croire que le temps s&#8217;apparente à une succession ordonnée d&#8217;événements.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette impression de succession est notamment influencée par la vision scientifique du temps, représentée de manière spatialisée  et objective, à l&#8217;instar de la distance parcourue par les aiguilles d&#8217;une  horloge. Au cours d&#8217;une journée, la mesure du temps est omniprésente dans chacun de nos gestes. C&#8217;est elle qui nous fournit des points de repère clairement délimités et partagés par un ensemble d&#8217;individus.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps scientifique est aussi considéré comme étant le « grand égalisateur », c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il agit indépendamment de l&#8217;existence que nous menons puisque le temps qui  nous est alloué ne dépend pas de notre libre arbitre, mais est  déterminé par les circonstances fortuites de la vie et les contraintes  extérieures à notre personne. L&#8217;Homme naît et meurt sans qu&#8217;il ait besoin de donner son consentement. Entre ces deux événements inévitables, il y a un espace-temps indéterminé, une durée, qui nous offre la possibilité de fixer le temps perdu.</p>
<p style="text-align:justify;">Philosophe français dont les travaux ont grandement inspiré la pensée et  l&#8217;œuvre de Marcel Proust, Henri Bergson s&#8217;est d&#8217;abord intéressé à  l&#8217;analyse du temps après avoir observé que les équations mathématiques  exécutent un calcul du temps qui passe sans s&#8217;attarder à la durée  éprouvée par chacun d&#8217;entre nous. Le temps calculé de manière scientifique est, dixit Bergson, une pure  abstraction, une tentative pour rendre le monde prévisible, qui n&#8217;est pas à même de déterminer la valeur réelle du temps. Dans<em> Le Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps  perdu</em> de Proust, le narrateur en vient à la conclusion que c&#8217;est en devenant écrivain qu&#8217;il peut retrouver le temps perdu :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Si du moins il m&#8217;était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l&#8217;idée s&#8217;imposait à moi avec tant de force aujourd&#8217;hui, et j&#8217;y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l&#8217;espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu&#8217;ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes, – entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Selon Bergson, le temps subjectif, mesuré en terme de durée, est le temps réel, celui qui peut rendre compte du rôle joué par la conscience humaine. C&#8217;est la notion de durée qui nous permet de comprendre la différence de  perception qui existe entre les individus. La durée du temps échappe à tout calcul  scientifique, ce dernier  n&#8217;étant qu&#8217;une intellectualisation réductrice  de la réalité du temps.  Cette vision du temps doit être rejetée au  profit d&#8217;une vision  subjective du temps en tant  qu&#8217;écoulement  perpétuel de la durée et lié à  la conscience intime de chaque sujet.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cogito cartésien suppose que la pensée de chaque sujet est une chose permanente, celle-ci nous permettant ensuite de conclure de la réalité de l&#8217;existence humaine : je pense donc je suis. La pensée de Bergson nous amène plutôt à penser le moi comme une chose qui dure et qui se modifie avec l&#8217;écoulement du temps. La métaphore de la madeleine de Proust – le gâteau, trempé dans une tasse de thé, permet au narrateur de revivre l&#8217;espace de quelques instants un souvenir de son enfance – illustre bien l&#8217;idée voulant qu&#8217;il est possible de revivre au temps présent une expérience passée grâce à la mémoire involontaire. Bien que la vie sociale nous impose plusieurs moi – le moi des conventions, le moi des habitudes, bref un moi superficiel – qui divisent notre être en plusieurs parties, dissemblables au tout, la vie réelle se compose d&#8217;un seul moi, le moi intérieur, le moi profond, celui qui est intimement lié à la notion de durée et de temps réel.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;expérience nous montre que toutes les choses durent et qu&#8217;il existe  une profonde dichotomie entre leur durée réelle et leur durée éprouvée.  C&#8217;est l&#8217;intimité de notre conscience qui peut nous aider à saisir  l&#8217;essence du temps et, par le fait même, de nous guider dans la quête de  notre identité personnelle. Arriver à être soi-même lorsque le temps  perdu s&#8217;empare de nos vies, ce n&#8217;est pas une tâche facile.  Progressivement, nous oublions notre nature première, nous oublions la durée réelle du temps, et nous devenons  quelqu&#8217;un d&#8217;autre en fonction de diverses circonstances de la vie.  Derrière chaque visage, derrière chaque image et chaque regard qui se  posent sur ce visage, il y a un secret caché, une énigme à déchiffrer.</p>
<p style="text-align:justify;">Penser le temps en terme de durée, nous amène à revoir notre vision traditionnelle entre passé, présent et futur afin de considérer le temps comme un tout indivisible. La conscience humaine serait donc formée d&#8217;une mémoire intégrale qui, dans le processus de l&#8217;écoulement du temps, conserverait la totalité des instants passés. Conscience et mémoire seraient donc intimement liées et un individu qui ignore le passé pour ne garder que l&#8217;inaltérabilité du temps présent vivrait dans l&#8217;inconscience puisque l&#8217;instant présent occupe une place minime au sein de l&#8217;édifice immense du temps aux prises avec la durée.</p>
<p style="text-align:justify;">Regardez en arrière, dans votre pensée, et saisissez votre passé. C&#8217;est un peu ce que vous faites lorsque vous rêvez la nuit ou bien lorsque vos rêves éveillés vous transportent vers un temps révolu, la nostalgie de votre passé, ou vers un temps imaginaire, celui qui aurait pu arriver si les choses s&#8217;étaient passées autrement. Nous vivons dans une société où la réminiscence du passé est une chose proscrite. Saisir le jour, en oubliant le passé et en reléguant l&#8217;avenir dans une durée éloignée de nos occupations quotidiennes, voilà une philosophie très répandue.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps réel ne peut pas être divisé et comptabilisé en instants. Comparées l&#8217;une par rapport à l&#8217;autre, deux heures occuperont toujours le même espace-temps, mais leur durée variera selon la perception de l&#8217;expérience vécue. Autrement dit, le temps réel est intimement lié à notre monde intérieur, à nos états d&#8217;âme, et c&#8217;est uniquement notre conscience intuitive, la perception que nous avons de nous-mêmes, qui nous permet de relater la durée du temps qui passe. Fixer le temps perdu, c&#8217;est écouter le « bourdonnement de la vie profonde ». La durée réelle du temps, c&#8217;est l&#8217;intégration par la conscience humaine en un tout indivisible entre passé, présent et futur.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout comme l&#8217;eau qui se déplace sur un fleuve n&#8217;a pas de point de départ ni de point d&#8217;arrêt, le temps a un flux continu qui se retrouve au dedans de nous et qui est notre vie :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« J&#8217;éprouvais un sentiment de fatigue profonde à sentir que tout ce temps si long non seulement avait sans une interruption été vécu, pensé, sécrété par moi, qu&#8217;il était ma vie, qu&#8217;il était moi-même, mais encore que j&#8217;avais à toute minute à le maintenir attaché à moi, qu&#8217;il me supportait, que j&#8217;étais juché à son sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir, sans le déplacer avec moi. » Extrait du roman <em>Le</em> <em>Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps perdu</em> de Marcel Proust.</p>
</blockquote>
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		<title>La mémoire des choses et la conscience du temps sont au coeur de la complexité humaine</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Mar 2009 04:17:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Comme la vue est un sens trompeur, un corps humain, même aimé, comme était celui d’Albertine, nous semble, à quelques mètres, à quelques centimètres, distant de nous. Et l’âme qui est à lui de même. Seulement, que quelque chose change violemment la place de cette âme par rapport à nous, nous montre qu’elle aime [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=730&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Comme la vue est un sens trompeur, un corps humain, même aimé, comme était celui d’Albertine, nous semble, à quelques mètres, à quelques centimètres, distant de nous. Et l’âme qui est à lui de même. Seulement, que quelque chose change violemment la place de cette âme par rapport à nous, nous montre qu’elle aime d’autres êtres et pas nous, alors, aux battements de notre cœur disloqué, nous sentons que c’est, non pas à quelques pas de nous, mais en nous, qu’était la créature chérie. En nous, dans des régions plus ou moins superficielles. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du récit <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/Sodome_et_Gomorrhe" target="_blank"><em>Sodome et Gomorrhe</em></a> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Proust" target="_blank">Marcel Proust</a>, <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu" target="_blank">quatrième volume</a> du roman <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu" target="_blank">À la recherche du temps perdu</a>.</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><strong>La dichotomie entre la rationalité et les émotions</strong></p>
<p style="text-align:justify;">À mon avis, l&#8217;opposition traditionnelle entre la pensée cartésienne et pascalienne ne permet pas de bien saisir la nature humaine dans toute sa complexité. La dualité entre le « corps et l&#8217;esprit » est galvaudée et surfaite. Cette dualité est souvent décrite comme étant un choix délibéré qui s&#8217;offre à nous entre la voie de la réflexion et celle de la spontanéité.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;être humain est en mesure de produire une réflexion rationnelle sans qu&#8217;il en ait réellement conscience. La « cognition rapide », terme inventé par le journaliste et auteur populaire <a href="http://www.gladwell.com/" target="_blank">Malcolm Gladwell</a> dans son ouvrage <a href="http://www.gladwell.com/blink/index.html" target="_blank"><em>Blink</em></a>, facilite un traitement rapide de l&#8217;information afin de nous fournir des conclusions sur la façon dont il faut conduire nos actions, et ce, avec le peu de connaissances en notre possession.</p>
<p style="text-align:justify;">Un urgentologue qui se doit de décider lequel parmi ses patients est dans une situation critique et doit être opéré en priorité, un policier qui se retrouve dans une situation où l&#8217;utilisation de son arme à feu semble justifiée et tout individu qui rencontre quelqu&#8217;un pour la première fois, sont des exemples où la cognition rapide est sollicitée. Si l&#8217;être humain était dépourvu de sa faculté de « cognition rapide », il lui serait impossible d&#8217;agir lorsque la situation demande une réponse quasi-instantanée.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cas célèbre de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Phineas_Gage" target="_blank">Phineas P. Gage</a>, contremaître des chemins de fer, mérite d&#8217;être mentionné. Le 13 septembre 1848, Gage travaille au dynamitage de rochers lorsqu&#8217;une barre de fer lui traverse le crâne et provoque des dommages aux lobes frontaux de son cerveau. Phineas survit à ce traumatisme crânien, mais la partie émotionnelle de son cerveau est affectée, causant dès lors des effets négatifs sur son comportement social et personnel et le laissant dans un état instable et asocial.</p>
<p style="text-align:justify;">Si l&#8217;état post-traumatique de Gage démontre que le rôle des émotions chez l&#8217;Homme va au-delà d&#8217;une simple réaction à des stimuli de l&#8217;environnement immédiat, un individu qui subit un traumatisme crânien causant des lésions à son cortex cérébral, section de notre cerveau qui affecte la rationalité, subira différents troubles neurologiques qui auront des effets tout autant dévastateurs que ceux ressentis par Gage. Notons simplement qu&#8217;une des formes courantes de dégénérescence des cellules neurales est celle de la maladie d&#8217;alzheimer où l&#8217;on observe une diminution des capacités cognitives du sujet.</p>
<p style="text-align:justify;">Selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Damasio" target="_blank">Antonio Damasio</a>, spécialiste en neurologie, l&#8217;être humain ne peut pas prendre une décision sans le « module » émotionnel de son cerveau. Aux yeux de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Descartes" target="_blank">René Descartes</a>, penseur qui a ouvert la grande aventure de la pensée moderne, l&#8217;Homme peut atteindre la vérité à condition qu&#8217;il utilise sa raison et les préceptes avancés par la philosophie cartésienne du doute méthodique. Dans son ouvrage <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Descartes%27_Error:_Emotion,_Reason,_and_the_Human_Brain" target="_blank">L&#8217;Erreur de Descartes</a></em>, Damasio va à l&#8217;encontre de l&#8217;idée cartésienne du dualisme entre raison et émotions en présentant plutôt ses deux identités comme étant interreliées.</p>
<p style="text-align:justify;">Il existe néanmoins une dualité qui est rarement abordée dans les discussions, soit celle qui a lieu dans notre esprit entre la mémoire volontaire et la mémoire involontaire.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La mémoire </strong><strong>de l&#8217;intelligence</strong></p>
<p><strong></strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Regardez la réalité : qui parle d&#8217;âme ou de profondeur psychologique aujourd&#8217;hui? Le XXe siècle, c&#8217;est le triomphe d&#8217;une explication scientifique du monde, le triomphe d&#8217;une ontologie matérialiste et du déterminisme local. Dorénavant, pour expliquer un comportement humain, on dresse la liste d&#8217;un certain nombre de paramètres numériques : hormones, neuromédiateurs&#8230; et puis voilà. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait d&#8217;une entrevue accordée en 1998 par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Houellebecq" target="_blank">Michel Houellebecq</a> au magazine <a href="http://www.lire.fr/" target="_blank"><em>Lire</em></a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Considéré comme le père de la sociologie, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Comte" target="_blank">Auguste Comte</a> est surtout reconnu en tant que fondateur du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Positivisme" target="_blank">positivisme</a> et partisan du triomphe de la raison sur les autres facultés de l&#8217;esprit humain. Philosophie qui s&#8217;appuie sur les sciences dites positives, aujourd&#8217;hui appelées sciences exactes, le positivisme postule que le scientifique doit renoncer à la question du « pourquoi » et se limiter au « comment » afin que la progression des connaissances humaines ne soit pas tributaire des croyances théologiques et des explications métaphysiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Les partisans de cette philosophie estiment que pour expliquer la réalité des faits, il faut utiliser les méthodes scientifiques que sont notamment l&#8217;observation et l&#8217;expérimentation. Aujourd&#8217;hui, le néopositivisme n&#8217;a conservé des théories de Comte que le recours aux faits. Une idée qui n&#8217;est pas basée sur des faits et réductible à un processus de réflexion rationnelle doit être rejetée.</p>
<p style="text-align:justify;">Michel Houellebecq est l&#8217;un des écrivains dont la pensée positiviste influence les écrits et c&#8217;est notamment le cas dans l&#8217;ouvrage <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Particules_%C3%A9l%C3%A9mentaires" target="_blank"><em>Les particules élémentaires</em></a> où nous retrouvons plusieurs citations d&#8217;Auguste Comte placées en exergue en début de chapitre. Houellebecq &#8211; qui me semble être un partisan du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Scientisme" target="_blank">scientisme</a>, théorie selon laquelle la connaissance scientifique permettrait d&#8217;échapper à l&#8217;ignorance dans tous les domaines &#8211; est d&#8217;avis que le roman doit constituer un témoignage sur la condition psychologique de l&#8217;Homme contemporain. L&#8217;écrivain se doit alors d&#8217;intégrer l&#8217;état actuel des connaissances humaines afin d’éviter que l&#8217;art romanesque devienne purement et simplement un processus de « l&#8217;écriture pour l&#8217;écriture ».</p>
<p style="text-align:justify;">Pour ce faire, il doit s&#8217;affranchir d&#8217;une écriture personnelle et éviter une ligne directrice en fonction de ses désirs intimes. L&#8217;art romanesque, selon Houellebecq, ne doit plus se limiter à un rôle de simple divertissement. Le roman doit avoir une fonction informationnelle au même titre qu&#8217;un ouvrage scientifique. En lisant les ouvrages de cet écrivain français, on se rend compte que la science, la technologie et l&#8217;histoire se côtoient et que leur amalgame tend à vouloir créer une vision objective de la réalité.</p>
<p style="text-align:justify;">Les procédés littéraires employés par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Umberto_Eco" target="_blank">Umberto Eco</a> ont des similitudes avec celles d&#8217;Houellebecq. On retrouve dans les romans d&#8217;Eco, notamment <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Nom_de_la_rose" target="_blank">Le Nom de la rose</a></em> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pendule_de_Foucault" target="_blank">Le</a><em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pendule_de_Foucault" target="_blank"> Pendule de Foucault</a>, </em>une multitude de références philosophiques et historiques et à partir desquelles le lecteur n&#8217;est pas toujours en mesure de départager la fiction de la réalité et l&#8217;opinion de l&#8217;auteur des faits historiques établis. Les deux auteurs s&#8217;interrogent sur la démarche scientifique de leur monde immédiat et si l&#8217;on peut considérer la « méthode houellebecquienne » comme étant moralisatrice, l&#8217;érudition d&#8217;Eco &#8211; il est notamment spécialiste en sémiologie et en esthétique médiévale tout en ayant une formation académique en philosophie &#8211; vise à « débusquer du sens là où on serait porté à ne voir que des faits ».</p>
<p style="text-align:justify;">La similarité épistémologique que nous retrouvons entre les écrivains Auguste Comte, Michel Houellebecq et Umberto Eco se situe au niveau de leur perception des connaissances humaines, emmagasinées grâce à la mémoire de l&#8217;intelligence, qui seraient en mesure de restituer la réalité humaine dans son intégralité.</p>
<p style="text-align:justify;">La mémoire des choses &#8211; ou la mémoire volontaire de l&#8217;intelligence - s&#8217;apparente à la photographie, à savoir qu&#8217;elle est figée dans le temps et qu&#8217;elle ne donne qu&#8217;une parcelle de la réalité, unilatérale et momentanée. Grâce à notre intelligence, nous pouvons nous rappeler une sélection d&#8217;événements passés, mais ceux-ci demeureront toujours fragmentés.</p>
<p style="text-align:justify;">Une analyse exhaustive de l&#8217;oeuvre d&#8217;un écrivain et une reconstitution du passé d&#8217;un être humain seront toujours inachevées. Nous ne sommes pas uniquement la somme de nos expériences; nous ne sommes pas la somme de ce que nous écrivons. Il y a une « chose » qui demeure insaisissable à notre intellect et que la mémoire volontaire ne sera jamais à même de décrire. Marcel Proust, dont la philosophie bergsonienne a influencé sa pensée, a fait de cette « chose » la thématique principale de l&#8217;oeuvre de sa vie.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La réminiscence des souvenirs</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« J&#8217;ai vraiment perdu la notion du temps. Si on n&#8217;a plus de centre émotionnel&#8230; <em>elle s&#8217;interrompit, fit un effort, et reprit d&#8217;une voix rauque</em> &#8230;c&#8217;est ce qui arrive. Des éternités&#8230; des fractions de secondes&#8230; ça revient au même. On n&#8217;a plus le sens ordinaire des mesures. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du récit <em><a href="http://www.amazon.fr/Jour-enseveli-Rosamond-Lehmann/dp/2859408630" target="_blank">Le Jour enseveli</a></em> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosamond_Lehmann" target="_blank">Rosamond Lehmann</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Dans ce XIXe siècle marqué par la théorie positiviste d&#8217;Auguste Comte et la prééminence de la raison en tant que seul instrument valable de la connaissance humaine, une voix dissidente émerge. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bergson" target="_blank">Henri Bergson</a> sera le premier à remettre en question la philosophie positiviste en démontrant qu&#8217;il y a une « chose » qui échappe à la science et qui ne peut être saisie par la mémoire de l&#8217;intelligence. Cette « chose », c&#8217;est l&#8217;esprit humain au prise avec sa conscience du temps. Pour Bergson, la durée du temps mesurée par le scientifique n&#8217;est pas la même chose que le temps vécu par chaque être humain ayant leur propre individualité.</p>
<p style="text-align:justify;">La thématique du temps au sein de la philosophie bergsonienne a profondément influencé Marcel Proust. <em>À la recherche du temps perdu</em> est une réflexion majeure sur l&#8217;existence même du temps, sur sa relativité et sur l&#8217;incapacité de le saisir au temps présent. La méthode positiviste de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Augustin_Sainte-Beuve" target="_blank">Charles Augustin Sainte-Beuve</a>, critique littéraire et écrivain français, où seule l&#8217;intelligence humaine serait en mesure de découvrir les intentions qui se cachent derrière l&#8217;oeuvre d&#8217;un auteur, est remise en question par Marcel Proust dans son ouvrage <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Contre_Sainte-Beuve" target="_blank">Contre Sainte-Beuve.</a></em></p>
<p style="text-align:justify;">Dans l’univers proustien, l’édifice immense du souvenir est fréquemment ébranlé par les réveils involontaires de la mémoire. Cette mémoire échappe à l’intelligence et elle ne se cache pas dans les intentions de l’auteur; elle est nulle part et partout, hors et en nous; elle peut être retrouvée, ressaisie, mais elle part et revient sans préavis.</p>
<p style="text-align:justify;">En consultant les cahiers de rédaction de Proust, nous apprenons que le premier titre envisagé était « les intermittences du cœur ». Bien que Proust ait finalement intitulé son œuvre « à la recherche du temps perdu », cette métaphore nous permet de saisir le sens de cette quête du « moi profond » à travers le temps perdu. « L&#8217;intermittence du cœur », c&#8217;est la temporalité discontinue qui existe entre le moment où notre sensibilité est vécue et celui où nous la reconstruisons et que nous comprenons sa signification.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Les réveils imprévisibles de la mémoire</strong></p>
<p><strong></strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du coeur.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est sans doute l&#8217;existence de notre corps, semblable pour nous à un vase où notre spiritualité serait enclose, qui nous induit à supposer que tous nos biens intérieurs, nos joies passées, toutes nos douleurs sont perpétuellement en notre possession. Peut-être est-il aussi inexact de croire qu&#8217;elles s&#8217;échappent ou reviennent.</p>
<p style="text-align:justify;">En tout cas, si elles restent en nous c&#8217;est, la plupart du temps, dans un domaine inconnu où elles ne sont de nul service pour nous, et où même les plus usuelles sont refoulées par des souvenirs d&#8217;ordre différent et qui excluent toute simultanéité avec elles dans la conscience. Mais si le cadre de sensations où elles sont conservées est ressaisi, elles ont à leur tour ce même pouvoir d&#8217;expulser tout ce qui leur est incompatible, d&#8217;installer seul en nous, le moi qui les vécut. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du récit <em>Sodome et Gomorrhe</em> de Marcel Proust, quatrième volume du roman <em>À la recherche du temps perdu.</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Dans l&#8217;ouvrage <em>À la recherche du temps perdu</em>, un des thèmes évoqués est l&#8217;opposition entre la mémoire volontaire (celle de l&#8217;intelligence) et les réminiscences de la mémoire involontaire (celle du subconscient). Une odeur, un bruit, et tout le décor passé peut être retrouvé. Cette mémoire nous submerge comme la vague. Il est impossible de la saisir par la voie de la raison et d&#8217;arriver à la reconstruire dans sa totalité. Cependant, elle retrouve en quelque sorte une part de vécu, fait de sensations éprouvées dans le passé. Une mémoire vivante en soi, et ce, même après de longues périodes d&#8217;hibernation.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout ce qui fait parti du subconscient ne peut pas être retrouvé dans les écrits d&#8217;un romancier. « L&#8217;homme qui fait des vers et qui cause dans un salon n&#8217;est pas la même personne » nous rappelle Proust. Mais les réveils imprévus de la mémoire nous permettent de ressentir à nouveau cette sensibilité que l&#8217;on croyait perdue à jamais.</p>
<p style="text-align:justify;">Vos photographies, vos écrits et toutes autres formes de traces concrètes d&#8217;intelligence volontaire ne pourront pas résumer dans sa totalité votre passage sur cette Terre. S&#8217;il vous était possible de reconstruire votre existence à partir de fragments du passé, votre création ne représenterait pas le reflet de votre vie puisque, en définitive, le réel ne sera jamais en mesure de transcender « les intermittences du cœur ».</p>
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		<title>La mémoire involontaire</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 01:49:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si le fait de conserver une photo ne nous permet pas de revivre le moment précis où elle a été prise puisque celui-ci est passé, nous essayons parfois en regardant une vieille photographie de nous remémorer l&#8217;état d&#8217;esprit dans lequel nous nous trouvions. Réfléchissez-y un instant. Un vieux t-shirt, un gant de baseball, un agenda scolaire&#8230; Plusieurs [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=232&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Si le fait de conserver une photo ne nous permet pas de revivre le moment précis où elle a été prise puisque celui-ci est passé, nous essayons parfois en regardant une vieille photographie de nous remémorer l&#8217;état d&#8217;esprit dans lequel nous nous trouvions.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Réfléchissez-y un instant. Un vieux t-shirt, un gant de baseball, un agenda scolaire&#8230; Plusieurs objets qui vous entourent et que vous avez oublié ou remisé dans un coffre au fond de votre garde-robe renferment des particules de mémoire involontaire qui attendent le moment pour vous submerger. Rien ne sert de conserver tous les objets de notre passé ou d&#8217;essayer de protéger seulement ce qui est significatif puisque tout, et le plus banal, peut être source de réminiscence.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Voici le passage où Proust introduit le concept de la mémoire involontaire dans<em> À la recherche du temps perdu</em></font></p>
<p><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></p>
<p align="justify"><em>Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n&#8217;était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n&#8217;existait plus pour moi, quand un jour d&#8217;hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j&#8217;avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d&#8217;abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. </em></p>
<p align="justify"><em>Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d&#8217;une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d&#8217;un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j&#8217;avais laissé s&#8217;amollir un morceau de madeleine. </em></p>
<p align="justify"><em>Mais à l&#8217;instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d&#8217;extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m&#8217;avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m&#8217;avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu&#8217;opère l&#8217;amour, en me remplissant d&#8217;une essence précieuse : ou plutôt cette essence n&#8217;était pas en moi, elle était moi. </em></p>
<p align="justify"><em>J&#8217;avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D&#8217;où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu&#8217;elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu&#8217;elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D&#8217;où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l&#8217;appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m&#8217;apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m&#8217;arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. </em></p>
<p align="justify"><em>Il est clair que la vérité que je cherche n&#8217;est pas en lui, mais en moi. Il l&#8217;y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l&#8217;heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C&#8217;est à lui de trouver la vérité. Mais comment? </em></p>
<p align="justify"><em>Grave incertitude, toutes les fois que l&#8217;esprit se sent dépassé par lui-même; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n&#8217;est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.</em></p>
<p align="justify"><em>Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n&#8217;apportait aucune preuve logique, mais l&#8217;évidence de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s&#8217;évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s&#8217;enfuit. </em></p>
<p align="justify"><em>Et, pour que rien ne brise l&#8217;élan dont il va tâcher de la ressaisir, j&#8217;écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j&#8217;abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s&#8217;élever, quelque chose qu&#8217;on aurait désancré, à une grande profondeur; je ne sais ce que c&#8217;est, mais cela monte lentement; j&#8217;éprouve la résistance et j&#8217;entends la rumeur des distances traversées.</em></p>
<p align="justify"><em>Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l&#8217;image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu&#8217;à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l&#8217;insaisissable tourbillon des couleurs remuées; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m&#8217;apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s&#8217;agit. </em></p>
<p align="justify"><em>Arrivera-t-il jusqu&#8217;à la surface de ma claire conscience ce souvenir, l&#8217;instant ancien que l&#8217;attraction d&#8217;un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être; qui sait s&#8217;il remontera jamais de sa nuit? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m&#8217;a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d&#8217;aujourd&#8217;hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d&#8217;un coup le souvenir m&#8217;est apparu. </em></p>
<p align="justify"><em>Ce goût c&#8217;était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l&#8217;heure de la messe), quand j&#8217;allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m&#8217;offrait après l&#8217;avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m&#8217;avait rien rappelé avant que je n&#8217;y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d&#8217;autres plus récents; peut-être parce que de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s&#8217;était désagrégé, les formes &#8211; et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot &#8211; s&#8217;étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d&#8217;expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. </em></p>
<p align="justify"><em>Mais, quand d&#8217;un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l&#8217;odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l&#8217;édifice immense du souvenir.</em></p>
<p></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai été frappé par un instant de mémoire involontaire. Je relisais un livre que je n&#8217;avais pas lu depuis quelques années et je suis tombé sur une page que j&#8217;avais annotée et soulignée certains passages. Et je me rappelle précisément ce moment de l&#8217;été 2005 où je  prenais le premier métro à 5h00 du matin pour me rendre au travail.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">J&#8217;étais fatigué et exténué. Mon travail était physique, mais j&#8217;étais heureux&#8230; Ah mais bien sûr je suis heureux aujourd&#8217;hui, mais il me manque quelque chose, quelque chose que je crois que j&#8217;avais compris à ce moment où je marchais sur la rue Papineau, livre en main, musique dans les oreilles et mon coeur en émoi&#8230;</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><span style="font-size:10pt;line-height:115%;font-family:'Verdana','sans-serif';">« </span>Ce qui m&#8217;intéresse, ce n&#8217;est pas le bonheur de tous les hommes, mais celui de chacun. <span style="font-size:10pt;line-height:115%;font-family:'Verdana','sans-serif';">» </span></font></font></p>
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		<title>La mémoire (suite et fin)</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jan 2008 04:09:55 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Encore quelques mots sur la mémoire. Lorsque je dis que nous aurons toujours la mémoire des choses et personne ne peut nous enlever ce que nous avons vécu, quelqu’un pourrait me rétorquer qu’une maladie neurodégénérative comme celle d’alzheimer peut annihiler les souvenirs d’un individu. Effectivement, nos souvenirs ne sont pas éternels et si ce n’est [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=208&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Encore quelques mots sur <a target="_blank" href="http://insomniaque.wordpress.com/2007/12/30/la-memoire-2/">la mémoire</a>. Lorsque je dis que nous aurons toujours la mémoire des choses et personne ne peut nous enlever ce que nous avons vécu, quelqu’un pourrait me rétorquer qu’une maladie neurodégénérative comme celle d’alzheimer peut annihiler les souvenirs d’un individu.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Effectivement, nos souvenirs ne sont pas éternels et si ce n’est pas la maladie qui nous en sépare, s’en sera la mort. Cependant, à moins que vous viviez tel un ermite, beaucoup de vos souvenirs sont liés à la vie des gens que vous avez côtoyés. Notre mémoire est souvent hors de nous, partout où nous retrouvons de nous-mêmes&#8230;</font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify">« Guillaume, tes maîtresses, c’est moi qui les ai choisies; ta femme, c’est toi qui la choisiras. Je veux te laisser le droit de décréter toi-même comment je te manquerai. Soit tu souffriras tant de notre séparation que tu prendras mon contraire, pour effacer toute trace de moi. Soit tu voudras m’intégrer dans la trame de ton avenir et tu en choisiras une qui me ressemble. Je ne sais ce qui adviendra, mon amour, je sais seulement que ça ne me plaira pas mais que c’est nécessaire. Je t’en supplie, ne nous revoyons en aucun cas. Considère qu’Ostende se trouve au bout de la terre, inaccessible&#8230; Ne me torture pas avec cet espoir. Moi, je ne t’ouvrirai plus jamais ma porte, je raccrocherai si tu m’appelles, je déchirerai les lettres que tu m’enverras. Il va nous falloir souffrir comme nous avons brûlé, terriblement, démesurément. Je ne garde rien de toi. Dès ce soir, je détruirai tout. Qu’importe, on ne m’arrachera pas mes souvenirs. » (Eric-Emmanuel Schmitt &#8211; <em>La rêveuse d’Ostende</em>)</p>
</blockquote>
<p></font></font></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/208/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/208/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/208/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/208/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/208/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/208/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/208/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/208/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/208/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/208/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/208/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/208/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/208/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/208/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/208/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/208/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=208&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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