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	<title>l'Insomniaque &#187; réalité</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>Fixer le temps perdu</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Feb 2010 01:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« [La durée est] mémoire, mais non pas mémoire personnelle, extérieure à ce qu&#8217;elle retient, distincte d&#8217;un passé dont elle assurerait la conservation; c&#8217;est une mémoire intérieure au changement lui-même, mémoire qui prolonge « l&#8217;avant » dans « l&#8217;après » et les empêche d&#8217;être de purs instantanés apparaissant et disparaissant dans un présent qui renaîtrait [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=1031&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« [La durée est] mémoire, mais non pas mémoire personnelle, extérieure à ce qu&#8217;elle retient, distincte d&#8217;un passé dont elle assurerait la conservation; c&#8217;est une mémoire intérieure au changement lui-même, mémoire qui prolonge « l&#8217;avant » dans « l&#8217;après » et les empêche d&#8217;être de purs instantanés apparaissant et disparaissant dans un présent qui renaîtrait sans cesse. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>Durée et simultanéité</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
<p style="text-align:justify;">« Quand nous écoutons une mélodie, nous avons la plus pure impression de succession que nous puissions avoir – une impression aussi éloignée que possible de celle de la simultanéité – et pourtant c&#8217;est la continuité même de la mélodie et l&#8217;impossibilité de la décomposer qui font sur nous cette impression. Si nous la découpons en notes distinctes, en autant « d&#8217;avant » et « d&#8217;après » qu&#8217;il nous plaît, c&#8217;est que nous y mêlons des images spatiales et que nous imprégnons la succession de simultanéité : dans l&#8217;espace et dans l&#8217;espace seulement, il y a distinction nette de parties extérieures les unes aux autres. Je reconnais d&#8217;ailleurs que c&#8217;est dans le temps spatialisé que nous nous plaçons d&#8217;ordinaire. Nous n&#8217;avons aucun intérêt à écouter le bourdonnement de la vie profonde. Et pourtant, la durée réelle est là. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>La pensée et le mouvant</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Les actions de l&#8217;être humain sont élaborées en fonction d&#8217;une trame existentielle spatialisée : le calendrier et l&#8217;horloge permettent de planifier le déroulement d&#8217;une journée selon le schéma tripartite passé/présent/futur et en y découpant le temps en plusieurs fragments. La vie est ainsi envisagée en terme de ruptures où des stations de correspondance entre différents points de départ et d&#8217;arrivée – à l&#8217;instar des dates d&#8217;anniversaire et des événements tels que le début de l&#8217;adolescence et de l&#8217;âge adulte – nous font croire que le temps s&#8217;apparente à une succession ordonnée d&#8217;événements.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette impression de succession est notamment influencée par la vision scientifique du temps, représentée de manière spatialisée  et objective, à l&#8217;instar de la distance parcourue par les aiguilles d&#8217;une  horloge. Au cours d&#8217;une journée, la mesure du temps est omniprésente dans chacun de nos gestes. C&#8217;est elle qui nous fournit des points de repère clairement délimités et partagés par un ensemble d&#8217;individus.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps scientifique est aussi considéré comme étant le « grand égalisateur », c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il agit indépendamment de l&#8217;existence que nous menons puisque le temps qui  nous est alloué ne dépend pas de notre libre arbitre, mais est  déterminé par les circonstances fortuites de la vie et les contraintes  extérieures à notre personne. L&#8217;Homme naît et meurt sans qu&#8217;il ait besoin de donner son consentement. Entre ces deux événements inévitables, il y a un espace-temps indéterminé, une durée, qui nous offre la possibilité de fixer le temps perdu.</p>
<p style="text-align:justify;">Philosophe français dont les travaux ont grandement inspiré la pensée et  l&#8217;œuvre de Marcel Proust, Henri Bergson s&#8217;est d&#8217;abord intéressé à  l&#8217;analyse du temps après avoir observé que les équations mathématiques  exécutent un calcul du temps qui passe sans s&#8217;attarder à la durée  éprouvée par chacun d&#8217;entre nous. Le temps calculé de manière scientifique est, dixit Bergson, une pure  abstraction, une tentative pour rendre le monde prévisible, qui n&#8217;est pas à même de déterminer la valeur réelle du temps. Dans<em> Le Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps  perdu</em> de Proust, le narrateur en vient à la conclusion que c&#8217;est en devenant écrivain qu&#8217;il peut retrouver le temps perdu :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Si du moins il m&#8217;était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l&#8217;idée s&#8217;imposait à moi avec tant de force aujourd&#8217;hui, et j&#8217;y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l&#8217;espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu&#8217;ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes, – entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Selon Bergson, le temps subjectif, mesuré en terme de durée, est le temps réel, celui qui peut rendre compte du rôle joué par la conscience humaine. C&#8217;est la notion de durée qui nous permet de comprendre la différence de  perception qui existe entre les individus. La durée du temps échappe à tout calcul  scientifique, ce dernier  n&#8217;étant qu&#8217;une intellectualisation réductrice  de la réalité du temps.  Cette vision du temps doit être rejetée au  profit d&#8217;une vision  subjective du temps en tant  qu&#8217;écoulement  perpétuel de la durée et lié à  la conscience intime de chaque sujet.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cogito cartésien suppose que la pensée de chaque sujet est une chose permanente, celle-ci nous permettant ensuite de conclure de la réalité de l&#8217;existence humaine : je pense donc je suis. La pensée de Bergson nous amène plutôt à penser le moi comme une chose qui dure et qui se modifie avec l&#8217;écoulement du temps. La métaphore de la madeleine de Proust – le gâteau, trempé dans une tasse de thé, permet au narrateur de revivre l&#8217;espace de quelques instants un souvenir de son enfance – illustre bien l&#8217;idée voulant qu&#8217;il est possible de revivre au temps présent une expérience passée grâce à la mémoire involontaire. Bien que la vie sociale nous impose plusieurs moi – le moi des conventions, le moi des habitudes, bref un moi superficiel – qui divisent notre être en plusieurs parties, dissemblables au tout, la vie réelle se compose d&#8217;un seul moi, le moi intérieur, le moi profond, celui qui est intimement lié à la notion de durée et de temps réel.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;expérience nous montre que toutes les choses durent et qu&#8217;il existe  une profonde dichotomie entre leur durée réelle et leur durée éprouvée.  C&#8217;est l&#8217;intimité de notre conscience qui peut nous aider à saisir  l&#8217;essence du temps et, par le fait même, de nous guider dans la quête de  notre identité personnelle. Arriver à être soi-même lorsque le temps  perdu s&#8217;empare de nos vies, ce n&#8217;est pas une tâche facile.  Progressivement, nous oublions notre nature première, nous oublions la durée réelle du temps, et nous devenons  quelqu&#8217;un d&#8217;autre en fonction de diverses circonstances de la vie.  Derrière chaque visage, derrière chaque image et chaque regard qui se  posent sur ce visage, il y a un secret caché, une énigme à déchiffrer.</p>
<p style="text-align:justify;">Penser le temps en terme de durée, nous amène à revoir notre vision traditionnelle entre passé, présent et futur afin de considérer le temps comme un tout indivisible. La conscience humaine serait donc formée d&#8217;une mémoire intégrale qui, dans le processus de l&#8217;écoulement du temps, conserverait la totalité des instants passés. Conscience et mémoire seraient donc intimement liées et un individu qui ignore le passé pour ne garder que l&#8217;inaltérabilité du temps présent vivrait dans l&#8217;inconscience puisque l&#8217;instant présent occupe une place minime au sein de l&#8217;édifice immense du temps aux prises avec la durée.</p>
<p style="text-align:justify;">Regardez en arrière, dans votre pensée, et saisissez votre passé. C&#8217;est un peu ce que vous faites lorsque vous rêvez la nuit ou bien lorsque vos rêves éveillés vous transportent vers un temps révolu, la nostalgie de votre passé, ou vers un temps imaginaire, celui qui aurait pu arriver si les choses s&#8217;étaient passées autrement. Nous vivons dans une société où la réminiscence du passé est une chose proscrite. Saisir le jour, en oubliant le passé et en reléguant l&#8217;avenir dans une durée éloignée de nos occupations quotidiennes, voilà une philosophie très répandue.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps réel ne peut pas être divisé et comptabilisé en instants. Comparées l&#8217;une par rapport à l&#8217;autre, deux heures occuperont toujours le même espace-temps, mais leur durée variera selon la perception de l&#8217;expérience vécue. Autrement dit, le temps réel est intimement lié à notre monde intérieur, à nos états d&#8217;âme, et c&#8217;est uniquement notre conscience intuitive, la perception que nous avons de nous-mêmes, qui nous permet de relater la durée du temps qui passe. Fixer le temps perdu, c&#8217;est écouter le « bourdonnement de la vie profonde ». La durée réelle du temps, c&#8217;est l&#8217;intégration par la conscience humaine en un tout indivisible entre passé, présent et futur.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout comme l&#8217;eau qui se déplace sur un fleuve n&#8217;a pas de point de départ ni de point d&#8217;arrêt, le temps a un flux continu qui se retrouve au dedans de nous et qui est notre vie :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« J&#8217;éprouvais un sentiment de fatigue profonde à sentir que tout ce temps si long non seulement avait sans une interruption été vécu, pensé, sécrété par moi, qu&#8217;il était ma vie, qu&#8217;il était moi-même, mais encore que j&#8217;avais à toute minute à le maintenir attaché à moi, qu&#8217;il me supportait, que j&#8217;étais juché à son sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir, sans le déplacer avec moi. » Extrait du roman <em>Le</em> <em>Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps perdu</em> de Marcel Proust.</p>
</blockquote>
<br />Classé dans:<a href='http://jean-nicolaslacoste.com/category/philosophie/'>Philosophie</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/1031/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/1031/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/1031/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/1031/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/1031/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/1031/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/1031/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/1031/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/1031/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/1031/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/1031/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/1031/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/1031/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/1031/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=1031&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Notre monde intérieur</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jun 2008 00:00:13 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« Si le regard des autres t’effraie autant, ça doit être parce que tu crains l’opinion d’autrui sur ta personne. » « En intellectualisant tout ce que tu fais, tu vis dans ton propre monde des idées et tu oublies le monde réel, celui du concret et des actions. » Voilà deux exemples de commentaires [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=243&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p align="justify">« Si le regard des autres t’effraie autant, ça doit être parce que tu crains l’opinion d’autrui sur ta personne. »</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p align="justify">« En intellectualisant tout ce que tu fais, tu vis dans ton propre monde des idées et tu oublies le monde réel, celui du concret et des actions. »</p>
</blockquote>
<p align="justify">Voilà deux exemples de commentaires que j’ai reçus après avoir <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/06/15/le-regard-d%e2%80%99autrui/" target="_blank">publié mon dernier texte</a>. Il est toujours plaisant de jouer le rôle du psychologue et de tenter d’analyser l’autre. Nous le faisons tous : par exemple, on peut se demander si notre voisin n’est pas homosexuel puisqu’il vit seul.</p>
<p align="justify">À maintes reprises au cours d’une journée, on se permet, d’une part, d’étiqueter l’autre en fonction de ce qu’il n’est pas (« il n’est pas comme moi, il n’est pas comme la plupart des gens, il n’est pas comme on devrait l’être, il s’écarte de la norme établie, etc. ») et, d’autre part, on le juge à partir d’une simple observation. Pourtant, après plusieurs années d’échange avec les gens de notre entourage, on a toujours de la difficulté a bien les connaître.</p>
<p align="justify">Combien de fois avons-nous entendu aux nouvelles à la suite d’un meurtre perpétré par un père de famille : « il nous semblait être quelqu’un de bien, la famille semblait heureuse… » Lorsque Gaétan Girouard s’est suicidé, tout le monde médiatique du Québec a été étonné. Bien qu’il fût <em>workalcoolique</em>, personne n’aurait pu prédire un tel dénouement.</p>
<p align="justify">Mais, il nous est impossible de concevoir ce qui échappe à notre entendement. La nature première de l’autre, c’est d’être imprévisible. Bien que de nature imprévisible, les caractéristiques de l&#8217;autre nous sont pourtant fondamentales. C’est l’autre et son regard qu’il nous renvoie sur nous-mêmes qui nous permet de nous interroger sur notre propre nature : je suis comme ceci, il est comme cela, mais pourquoi il n’est pas comme moi? Et pourquoi je ne suis pas comme lui?</p>
<p align="justify">Entre la personnalité que nous projetons aux yeux des autres et notre moi intérieur, il y a un écart et celui-ci m’apparaît être plus élevé que ce que la majorité des gens l’imagine habituellement. Certes, les gens que je côtoie depuis plusieurs années en viennent à connaître mes particuliarités et vice-versa. Mais, nous projetons aux autres l’image que l’on veut bien exposer (ou peut-être inconsciemment).</p>
<p align="justify">Ce n’est pas le fait que cette image varie en fonction du type d’individu que l’on a devant nous – collègue de travail, connaissance, ami, famille, etc. – qui suscite mon questionnement, mais le fait que cette image est brouillée et submergée. L’image qui refait surface n’est qu’une infime partie de notre être. Le schéma du glacier de Freud m’apparaît encore valable aujourd’hui. Je crois que le « moi », le « surmoi » et le « ça » définissent qui nous sommes réellement. Mais cette partie demeure inconnue aux autres.</p>
<p><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2008/06/theorie-de-freud-deuxieme-topique.jpg"><img class="size-medium wp-image-244 alignnone" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2008/06/theorie-de-freud-deuxieme-topique.jpg?w=220&h=266" alt="" width="220" height="266" /></a></p>
<p align="justify">Jacques Lacan disait que « l&#8217;image de mon corps passe par celle imaginée dans le regard de l&#8217;autre; ce qui fait du regard un concept capital pour tout ce qui touche à ce que j&#8217;ai de plus cher en moi et donc de plus narcissique » puisque c’est l’image que l’autre perçoit de notre être qui nous importe : être gros, laid, petit ou introvertie, c’est toujours en fonction de l&#8217;image perçue par l’autre.</p>
<p align="justify">Dans le film <em>Fight Club</em>, il y a un passage que j’apprécie en particulier. Tyler Durden insiste sur le fait que les hommes sont tous, en définitive, dirigés par les mêmes instincts; personne n’est différent de l’autre. Nous sommes tous un amas de particules élémentaires contrôlées par nos pulsions primaires.</p>
<blockquote>
<p align="justify">« Vous n’êtes pas exceptionnel. Vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes fait de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde prêt à servir à tout. Nous appartenons tous au même tas d&#8217;humus en décomposition. […] Vous n’êtes pas votre travail, vous n&#8217;êtes pas votre compte en banque, vous n’êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis. Vous êtes la merde de ce monde, prête à servir à tout. »</p>
</blockquote>
<p align="justify">Faut-il ramener l’Homme à ses plus bas instincts, à ses pulsions animales pour qu’il y ait moins d’écart entre ce que nous sommes et l’image que les autres ont de nous?</p>
<p align="justify">Je ne crois pas.</p>
<p align="justify">Nous ne réagissons pas tous de la même manière puisque nous avons nos propres codes et nos propres idiosyncrasies. Entre réalité, perception et imagination, les méandres de la pensée de chacun nous déstabilisent. En fin de compte, c’est peut-être une des beautés de l’être humain, soit d’être incompréhensible à ses semblables. Et pour tenter d’y voir plus clair et <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/06/13/epidermique/" target="_blank">pour éviter de jeter du pessimisme sur les relations humaines</a>, il faut peut-être abandonner notre logique habituelle, notre vérité subjective, pour faire face aux multiples « empires intérieurs » de chacun !</p>
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		<title>Les premières impressions</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jan 2008 08:45:27 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Il y a quelques années, lors de mes études collégiales, j&#8217;ai eu une discussion avec mon ami P. Entre deux cours, on s&#8217;assoyait presque toujours sur un banc au 4e étage de notre établissement collégial et on examinait les gens qui circulaient dans le corridor. Un jour, P. me fit la remarque suivante : « la première impression que nous avons d&#8217;une personne est toujours la bonne. » Je n&#8217;étais pas tout a fait d&#8217;accord avec cette affirmation puisqu&#8217;il me semblait que notre jugement pouvait souvent être faussé par plusieurs facteurs, notamment par nos expériences passées.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Les premières impressions nous en apprennent beaucoup sur une personne si, et seulement si, nous savons faire bon usage de notre faculté de « cognition rapide ». Le métier de policier comprend plusieurs situations où cette propriété est mise à l&#8217;épreuve : un policier se doit d&#8217;agir rapidement, mais il arrive que les actions de ce dernier soient conditionnées à outrance par sa subjectivité et ses expériences passées; il pourrait alors tirer plus rapidement sur une personne de couleur noire que sur un Blanc sans que le Noir soit responsable d&#8217;un crime, mais bien parce que l&#8217;agent de police aurait, a priori, une grande méfiance vis-à-vis des personnes de race noire. Jusqu&#8217;à tout récemment, aux États-Unis, la plupart des gens pensaient et agissaient avec des présuppositions raciales de la sorte.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Les mentalités collectives n&#8217;évoluent pas rapidement et il est difficile de faire abstraction de notre mode de pensée façonné depuis la période de l&#8217;enfance. Cependant, si nous nous devons de faire preuve de logique, plusieurs situations se présentent à nous où il nous faut réagir rapidement. L&#8217;exemple du policier se retrouve dans le livre <em>Blink</em>, le plus récent ouvrage de Malcom Gladwell, journaliste au New Yorker. « Blink » signifie penser sans penser, soit ces courts moments qui durent à peine deux secondes où notre cerveau doit traiter rapidement l&#8217;information et nous fournir des conclusions sur la façon dont on doit conduire nos actions. Gladwell invente un nouveau terme pour définir ce procédé, soit celui du « thin slicing », c&#8217;est-à-dire notre capacité à donner un sens à des situations fondées sur un minimum de connaissances et d&#8217;expériences. Pratiquement chaque jour de notre vie, nous sommes confrontés à ces deux premières secondes : lorsque nous rencontrons quelqu&#8217;un pour la première fois, lorsque nous lisons les premières lignes d&#8217;un livre ou lorsqu&#8217;un employeur fait passer des gens en entrevue.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">La cognition rapide, argue M. Gladwell, est très rationnelle : on réfléchit, mais plus rapidement qu&#8217;en temps normal. Un urgentologue se doit d&#8217;utiliser constamment cette faculté puisqu&#8217;il ne peut exiger que tous les patients reçoivent un examen complet; il doit reconnaître rapidement la condition médicale de l&#8217;individu avec le peu de connaissances qu&#8217;il possède.</font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana">
<p align="justify">Voici un exemple où notre cognition rapide fait défaut : un individu de grande taille a davantage de chance d&#8217;être engagé lorsqu&#8217;il postule pour un nouvel emploi.</font></font><font size="2"><font face="Verdana"> </font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify">I called up several hundred of the Fortune 500 companies in the U.S. and asked them how tall their CEOs were. And the answer is that they are almost all tall. Now that&#8217;s weird. There is no correlation between height and intelligence, or height and judgment, or height and the ability to motivate and lead people. But for some reason corporations overwhelmingly choose tall people for leadership roles. I think that&#8217;s an example of bad rapid cognition: there is something going on in the first few seconds of meeting a tall person which makes us predisposed toward thinking of that person as an effective leader. (<a target="_blank" href="http://www.gladwell.com/blink/index.html">Malcom Gladwell</a>)</p>
</blockquote>
<p align="justify">Je crois que cette faculté est très utile puisqu’il se présente souvent des situations où nous n’avons pas le temps de réfléchir longuement. Cependant, et bien que nos premières impressions peuvent se rapprocher de la réalité, est-ce que l&#8217;essence d&#8217;un individu peut se résumer en deux secondes? Sommes-nous l&#8217;addition cumulée des premières impressions des gens qui nous côtoient? Peut-être que nous vivons désormais dans un monde où l’idée de « seconde chance » est abolie et que nous préférons suivre l’adage du « nous n’avons jamais une deuxième chance de faire une bonne première impression ».</p>
<p align="justify">D’un côté nous avons de la difficulté à répondre à la question du « qui je suis » et nous remettons souvent en question notre existence et nos choix de vie, mais d’un autre côté nous jugeons rapidement l’être en face de nous; on lui accole une étiquette, on le classe dans une filière et on l’abandonne. Mais, je crois que nous y gagnerions peut-être à examiner un individu dans sa totalité, dans son intégrité. Je ne suis pas la somme de mes expériences passées et je ne suis pas le peu de choses que vous savez de moi.</p>
<blockquote>
<p align="justify">À dire « il est de notoriété publique que », on ne fait qu&#8217;invoquer un cliché, que commencer à banaliser l&#8217;expérience, et ce qui est insupportable, c&#8217;est l&#8217;autorité sentencieuse des gens quand ils répètent ce cliché. Ce que nous savons, hors clichés, c&#8217;est que personne ne sait rien. On ne peut rien savoir. Même les choses que l&#8217;on sait, on ne les sait pas. Les intentions, les mobiles, la logique interne, le sens des actes? C&#8217;est stupéfiant, ce que nous ne savons pas. Et plus stupéfiant encore, ce qui passe pour savoir. (<strong><em>Philip Roth &#8211; La tache</em></strong>)</p>
</blockquote>
<p></font></font></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/213/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/213/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/213/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/213/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/213/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/213/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/213/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/213/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/213/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/213/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/213/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/213/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/213/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/213/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/213/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/213/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=213&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>La mémoire</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Dec 2007 22:06:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></p>
<p align="justify">Nous associons spontanément la notion du temps avec celle du mouvement : changement de saison et passage de l’adolescence à l’âge adulte, par exemple. Pourtant, rien n’est plus intangible et subjectif que la réalité du temps. On ne peut pas saisir le temps présent, une seconde qui passe n’est déjà plus un instant présent. Le temps est aussi relatif à chacun de nous : la même heure passée en chimiothérapie et celle dans les bras de notre amoureux n’est pas vécue et perçue de la même manière, la première nous semble interminable tandis que l’autre est souvent trop éphémère.</p>
<p></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Être conscient du temps est une propriété propre à l’espèce humaine, puisque qui dit temps dit aussi mémoire et construction d’un espace-temps entre ce qui a été, ce qui est et ce qui sera.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Notre pensée est presque toujours occupée par le passé ou l’avenir de sorte que nous ne pensons presque jamais au présent. La mémoire, cette présence de l’absence, (pour reprendre le terme de <a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ric%C5%93ur">Paul Ricoeur</a>) nous donne une trace de ce qui a été donc, corollairement, de ce qui a été vécu.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Par conséquent et bien que ça ne soit pas toujours facile, il ne faut pas être amer vis-à-vis du temps qui passe, puisque nous aurons toujours la mémoire des choses et personne ne peut nous enlever ce que nous avons vécu. Comme le dit Perdican dans la pièce de théâtre <em><a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/On_ne_badine_pas_avec_l%27amour">On ne badine pas avec l’amour</a></em> écrite par <a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Musset">Alfred Musset </a>: « Quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois; mais j’ai aimé. C’est moi qui est vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »</font></p>
<p><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana">
<p align="justify">Je ne crois pas qu’il existe une âme humaine d’un point de vue spirituel, c’est-à-dire qu’à notre mort notre âme se détacherait de notre corps et irait rejoindre les autres âmes dans un lieu éternel. Si notre essence ne subsiste pas à notre mort, c’est qu’elle vit toujours au sein de la mémoire des gens que l’on a côtoyés.</font><font size="2" face="Verdana"> </font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></font><font size="2" face="Verdana"></p>
<p align="justify">Dans la <a target="_blank" href="http://www.youtube.com/watch?v=pa-dGYjSq5k">scène finale</a> du film <em><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0034583/">Casablanca</a></em>, Rick Blaine, joué par l’acteur <a target="_blank" href="http://imdb.com/name/nm0000007/">Humphrey Bogart</a>, somme Ilsa Lund, <a target="_blank" href="http://imdb.com/name/nm0000006/">Ingrid Bergman</a>, de prendre l’avion et d’aller rejoindre son mari. La jeune fille les yeux remplis de tristesse lui demande « what about us? » et Bogard de répondre avec un flegme légendaire « we’ll always have Paris ».</p>
<p align="justify">Ce qui veut dire que personne ne pourra leur enlever leur histoire d’amour. Les moments euphoriques qu’ils ont vécus ensemble à Paris leur appartiennent. Nous sommes tristes lorsque des gens que nous aimons décèdent ou lorsqu’une relation amoureuse prend fin. Mais la fin de quelque chose témoigne que cet événement a eu lieu. Mieux vaut être triste et avoir existé : Ne soit pas triste parce qu’elle t&#8217;a quitté, soit heureux d’avoir pu vivre ces moments privilégiés!</p>
<p align="justify">Créée par Alan Ball, le scénariste d’American Beauty, <a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0248654/">Six Feet Under</a> raconte le quotidien d&#8217;une famille plutôt excentrique et dispersée, dont la particularité est de détenir une société de pompes funèbres à Los Angeles, Fisher &amp; Sons, fondée par le père de famille Nathaniel Fisher. La <a target="_blank" href="http://insomniaque.wordpress.com/2007/07/14/everything-everyone-everywhere-ends/">scène finale</a> de la série est probablement la meilleure de l’histoire de la télévision américaine. Claire, la plus jeune des Fisher, décide de quitter la maison familiale pour aller poursuivre son rêve de photographe à New York et lorsqu’elle veut immortaliser ce moment le fantôme de son frère Nathaniel lui glisse ces mots à l’oreille qui constituent les dernières paroles de la série : « You can’t take a picture of this, it’s already gone. »</p>
<p align="justify">Une photographie permet de garder une trace tangible du passé et nous donne ainsi l’impression que nous pouvons retarder le passage du temps. La mise en garde de Nathaniel nous concerne tous : nous n’avons aucun contrôle sur le temps. Si la photographie permet de préserver nos souvenirs, elle ne permet pas de revivre ce moment; puisqu’un moment qui passe, c’est un moment qui ne reviendra pas. Les individus présents lors d’un événement quelconque n’en auront pas les mêmes souvenirs. Mais tous en auront des parcelles incrustées au sein de leur mémoire.</p>
<p align="justify">Pour reprendre la terminologie <a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Proust">proustienne</a>, il existe deux types de mémoire, soit la mémoire volontaire (celle de l’intelligence) et la mémoire involontaire (celle du subconscient).</p>
<p align="justify">Une odeur, un bruit, et tout le décor passé peut être retrouvé. Cette mémoire (dite involontaire) nous submerge comme la vague. Elle échappe à la raison, à l&#8217;intention, à toute reconstruction. Elle retrouve une sorte de vécu à l&#8217;état brut, fait des sensations éprouvées dans le passé. Une mémoire reviviscente, encore vive, vivante en soi.</p>
<p align="justify">Nous allons tous mourir. Mais nous ne serons pas oubliés. Gloire à la mémoire humaine!</p>
<blockquote>
<p align="justify">C&#8217;est pourquoi la meilleure part de notre mémoire est hors de nous, dans un souffle pluvieux, dans l&#8217;odeur de renfermé d&#8217;une chambre ou dans l&#8217;odeur d&#8217;une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-mêmes ce que notre intelligence n&#8217;en ayant pas l&#8217;emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore. Hors de nous? En nous pour mieux dire, mais dérobée à notre propre regard, dans un oubli plus ou moins prolongé. C&#8217;est grâce à cet oubli seul que nous pouvons de temps à autre retrouver l&#8217;être que nous fûmes, nous placer vis-à-vis des choses comme cet être l&#8217;était, souffrir à nouveau, parce que nous ne sommes plus nous, mais lui, et qu&#8217;il aimait ce qui nous est maintenant indifférents (Marcel Proust - <em><a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_l%27ombre_des_jeunes_filles_en_fleurs">À l&#8217;ombre des jeunes filles en fleur</a></em>)</p>
</blockquote>
<p></font></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/206/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/206/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/206/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/206/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/206/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/206/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/206/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/206/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/206/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/206/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/206/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/206/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/206/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/206/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/206/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/206/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=206&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;empire intérieur</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2007 23:59:21 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[There are consequences to one’s actions. And there certainly would be consequences to wrong actions. Dark they would be, and inescapable. J’ai assisté, le 4 mai dernier, à la deuxième représentation québécoise du nouvel opus de David Lynch. Pour nous laisser transporter par INLAND EMPIRE, il faut abandonner notre logique habituelle et embarquer dans le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=154&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify"><em>There are consequences to one’s actions. And there certainly would be consequences to wrong actions. Dark they would be, and inescapable.</em></p>
</blockquote>
<p></font></font><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">J’ai assisté, le 4 mai dernier, à la deuxième représentation québécoise du nouvel opus de <a target="_blank" href="http://imdb.com/name/nm0000186/">David Lynch</a>. Pour nous laisser transporter par <a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0460829/"><em>INLAND EMPIRE</em></a>, il faut abandonner notre logique habituelle et embarquer dans le monde de l’inconscient. En tant que cinéphile, il faut aussi accepter de se sentir déstabilisé, dérouté et envoûté par l’univers lynchéen.</p>
<p align="justify"><strong>L’univers cinématographique : réalité, perception et imagination</strong></p>
<p align="justify">La réalité, c’est ce qui est donné, ce qui est actuel, ce qui existe; éléments effectifs qui constituent le monde dans son ensemble, c’est-à-dire tout ce qui est accessible ou compréhensible par un système d’analyse tel que la science ou la philosophie. La réalité d’un film, c’est l’action telle qu’elle se déroule et que notre esprit nous transmet. Le personnage entre dans son auto, il arrive à la destination comme prévu, il parle à des gens, etc. C’est un monde dans lequel nous sommes confortables d’être immergés puisqu’il répond à nos attentes et que nous sommes capables de le distinguer de l’apparence et de l’illusion.</p>
<p align="justify">Puis, il y a le monde de la perception – je m’intéresse ici moins à notre perception qu’à celle des personnages –, soit le processus de recueil et de traitement de l&#8217;information sensorielle par l&#8217;esprit. La vision de la réalité du ou des personnages est souvent déformée par un ou des événements. Dans <em><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0090756/">Blue Velvet</a></em>, la réalité quotidienne est flouée lorsqu’un des personnages découvre une oreille près d’un champ et qu’il se rend compte peu à peu qu’un monde sombre cohabite avec celui qu’il était habitué de percevoir. Dans <em>INLAND EMPIRE</em>, Nikki Grace est une actrice qui semble perdre le contact entre sa réalité et celle de son personnage.</p>
<p align="justify">Finalement, il y a l’imagination, soit la faculté d’imaginer, de se représenter quelque chose dans l’esprit et d’y construire des images mentales, des représentations mentales d&#8217;images appropriées, ou bien de réminiscences issues de la mémoire, de la sensibilité ou d&#8217;une émotion. Dans <em><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0166924/">Mulholland Drive</a></em>, une partie du film est imaginée par un des protagonistes qui rêve à une réalité qu’il souhaiterait voir se concrétiser. On accentue aussi le niveau d’imagination en y ajoutant des personnages qui semblent à la fois réels et irréels : un <a target="_blank" href="http://www.timboucher.com/images/mulholland_drive_bum.jpg">« mendiant » hideux</a> dans Mulholland Drive, ou encore <a target="_blank" href="http://i37.photobucket.com/albums/e82/theizrolazrie/lost-highway-2.jpg">l’homme à la caméra</a> dans <em><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0116922/">Lost Highway</a></em>.</p>
<p align="justify"><strong>La spécificité du monde lynchéen</strong></p>
<p align="justify">L’interprétation de ces trois facettes du cinéma se veut personnelle; je suis loin d’être un expert en analyse cinématographique. Si on retrouve ces trois mondes dans la plupart des films, qu’est-ce qui distingue donc les films de David Lynch?</p>
<p align="justify">Passé maître dans la création d’une « inquiétante étrangeté », Lynch est un réalisateur qui explore, de manière obsessionnelle, les méandres de l’âme humaine. C’est une véritable exploration de l’empire intérieur de l’être humain.</p>
<p align="justify">Le monde de Lynch est fractionné en plusieurs univers. Pour s’y rendre, nous ne passons pas d’un point A à un point B puis à un point C; les univers se côtoient et se mélangent pour former un tout qui semble, au regard non-initié, une chimère insurmontable qui se construit à plusieurs niveaux.</p>
<p align="justify">D’une part, il est difficile pour le cinéphile de faire la distinction entre ce qui est réel de ce qui ne l’est pas puisque même ce qui est a priori surréalisme n’est pas dépourvu de réalisme, comme les lapins-humains de INLAND EMPIRE. Lynch abolit les frontières entre fiction et réalité, présence et absence, rêve et cauchemar. D’autre part, on perd souvent nos repères temporels habituels puisque le style anachronique est souvent utilisé; on se promène continuellement entre ce qui s’est déjà passé, ce qui va se passer et ce qui se déroule à l’instant.</p>
<p align="justify"><strong>Inland Empire : un univers mystérieux</strong></p>
<p align="justify"><em>**** Rédigé par la personne qui m&#8217;a accompagné lors du visionnement de ce film ****</em> </p>
<p align="justify">Enfant, lorsqu’on m’amenait au parc d’attractions, j’éprouvais une étrange émotion : à la fébrilité du plaisir anticipé se mêlait la crainte de monter à bord des manèges. Comme lors des fêtes foraines de mon enfance, un état d’esprit semblable m’habitait devant cet INLAND EMPIRE que je m’apprêtais à voir, dans la mesure où il faut une certaine dose de témérité pour plonger dans un univers où l’on sait que rêve et réalité se confondront et où sa logique toute cartésienne ne pourra être mise à profit.</p>
<p align="justify">Comment alors réagir à la suite du visionnement de cette nouvelle histoire de Lynch? Les premiers mots qui me viennent à l’esprit tiennent du superlatif, à savoir époustouflant, suffocant et déroutant, auxquels se greffent deux qualificatifs qui discordent, soit angoissant et vitalisant. On a beau avoir mis toute son attention pour ne perdre aucune bribe des dialogues, on a beau s’être écarquillé les yeux pour n’oublier aucun élément visuel, on reste quand même abasourdi par ce film dans lequel s’imbriquent le tournage d’un film, sa première version inachevée et une légende.</p>
<p align="justify">Plus le scénario se déroulait, plus l’angoisse me tiraillait; aux prises avec cette intrigue et au cœur des tourments de l’héroïne, j’appréhendais une fin tragique, si bien que la scène de sa mort fut, à mes yeux, un moment intense. Mourir semblait si banal dans cette séquence que j’en oubliai qu’il s’agissait de la scène du film dans le film! Il est tout autant surprenant que INLAND EMPIRE m’est aussi apporté une bonne dose de vitalité, malgré son caractère de mystère. L’actrice qui termine son film, la mère qui retrouve un fils, les putes qui s’animent à la scène finale, toutes ces femmes qui ont cheminé dans le film sont là, souriantes, et me transmettent leur vitalité.</p>
<p align="justify">Voilà sommairement ce que j’ai ressenti au sortir de ce film. Par contre, ce que j’en ai saisi serait plus ardu à résumer et a place certes à diverses interprétations. Pour l’instant, les interrogations sont aussi nombreuses que les réponses et de revoir le film m’apporterait autant de contentement que de lumière. Rattraper ce qui m’a échappé, confirmer ce que j’ai compris, reconsidérer les milles et un éléments porteurs de sens et… me perdre à nouveau dans l’univers mystérieux de cet auteur, cela est désormais une résolution bien arrêtée.</p>
<p></font></font></p>
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