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	<title>l'Insomniaque &#187; Philosophie</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>Quand le cinéma illustre la philosophie</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Apr 2010 23:17:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/04/montauk-sophocles.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1275" title="montauk-sophocles" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/04/montauk-sophocles.jpg?w=497" alt=""   /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Dernièrement, j&#8217;ai réécouté les deux volets du long-métrage <em>Kill Bill</em>, réalisé par Quentin Tarantino. Bien que je n&#8217;ai pas encore visionné ses deux plus récentes productions, je crois, a priori, qu&#8217;elles iraient rejoindre ses autres œuvres cinématographiques dans mon regroupement personnel et restreint de films que je peux visionner à maintes reprises sans jamais m&#8217;ennuyer.</p>
<p style="text-align:justify;">Écouter un film de Tarantino, c&#8217;est comme manger un plat réconfortant et préparé de la même façon depuis 25 ans par sa chère maman : il n&#8217;y a aucune surprise désagréable puisque nous savons à l&#8217;avance ce qui nous attend. Les tourtières préparées par ma mère sont excellentes et j&#8217;en mangerais  plusieurs fois par année, mais le fait d&#8217;en manger fréquemment ne me  permet pas de découvrir de nouvelles saveurs ou de nouveaux aliments.</p>
<p style="text-align:justify;">Le scénario des films de Tarantino est souvent rocambolesque et l&#8217;histoire se déroule toujours au sein d&#8217;univers qui  me sont très étrangers, à l&#8217;instar de celui du monde criminel. Tarantino est un grand réalisateur et un de mes cinéastes préférés, mais ses films ne me font pas réfléchir sur l&#8217;existence humaine. Ce ne sont pas des films philosophiques puisqu&#8217;ils exigent peu d&#8217;effort de réflexion de la part du spectateur.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette constatation n&#8217;enlève absolument rien à la qualité de ses longs-métrages, mon objectif étant simplement de souligner les différentes approches valorisées par un metteur en scène, certains choisissant le divertissement, d&#8217;autres la réflexion.</p>
<p style="text-align:justify;">Contrairement à la vision très répandue, notamment chez les individus qui sont d&#8217;avis que la philosophie est une discipline ennuyeuse, un film à propos philosophique n&#8217;est pas nécessairement une œuvre dite de répertoire, un chef d&#8217;œuvre de la cinémathèque ou bien encore un long-métrage dont la trame narrative est indéchiffrable, à l&#8217;instar de certains films réalisés par David Lynch.</p>
<p style="text-align:justify;">Certes, un film philosophique nous demande une plus grande réceptivité intellectuelle qui n&#8217;est pas nécessairement au rendez-vous le vendredi soir, après une dure semaine de travail.</p>
<p style="text-align:justify;">À mon avis, la caractéristique principale d&#8217;un film philosophique réside dans le fait que les réponses aux questions soulevées sont habituellement laissées en suspend lors de la conclusion du récit afin que le spectateur se forge sa propre interprétation.</p>
<h2 style="text-align:justify;">« Meet me&#8230; in Montauk&#8230; »</h2>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">[In the house on the beach]</p>
<p>Joël : I really should go! I&#8217;ve gotta catch my ride.</p>
<p>Clémentine : So go.</p>
<p>J : I did. I thought maybe you were a nut&#8230; but you were exciting.</p>
<p>C : I wish you had stayed.</p>
<p>J : I wish I had stayed to. NOW I wish I had stayed. I wish I had done a lot of things. I wish I had&#8230; I wish I had stayed. I do.</p>
<p>C : Well I came back downstairs and you were gone!</p>
<p>J : I walked out, I walked out the door!</p>
<p>C : Why?</p>
<p>J : I don&#8217;t know. I felt like I was a scared little kid, I was like&#8230; it was above my head, I don&#8217;t know.</p>
<p>C : You were scared?</p>
<p>J : Yeah. I thought you knew that about me. I ran back to the bonfire, trying to outrun my humiliation.</p>
<p>C : Was it something I said?</p>
<p>J : Yeah, you said &#8220;so go.&#8221; With such disdain, you know?</p>
<p>C : Oh, I&#8217;m sorry.</p>
<p>J : It&#8217;s okay.</p>
<p>[Walking Out]</p>
<p>C : Joel? What if you stayed this time?</p>
<p>J : I walked out the door. There&#8217;s no memory left.</p>
<p>C : Come back and make up a good-bye at least. Let&#8217;s pretend we had one.</p>
<p>[Joel comes back]</p>
<p>C : Bye Joel.</p>
<p>J : I love you&#8230;</p>
<p>C : Meet me&#8230; in Montauk&#8230;</p>
<p>(<a href="http://www.youtube.com/watch?v=FvUJ9zCmOIY#t=4m35s" target="_blank">Visionner ce dialogue</a>)</p></blockquote>
<p style="text-align:justify;">Long-métrage réalisé par Michel Gondry et sortie en 2004, <em>Eternal Sunshine of the Spotless Mind</em> raconte l&#8217;histoire d&#8217;un couple qui ne voit plus que les mauvais côtés de leur liaison. Clémentine décide alors d&#8217;effacer de sa mémoire toute trace de cette relation amoureuse. Effondré, Joël contacte l’inventeur du procédé Lacuna, le Docteur Howard Mierzwiak, pour qu’il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clémentine.</p>
<p style="text-align:justify;">Un comprimé pharmaceutique qui pourrait effacer la mémoire d’un individu fait encore partie du domaine de la science-fiction, mais, avouons-le, si nous avions la possibilité de bénéficier d&#8217;une telle pilule, il y a certains moments de notre existence que nous aimerions bien effacer de notre mémoire.</p>
<p style="text-align:justify;">En perpétuelle quête de perfectionnement et d&#8217;amélioration personnels, l&#8217;Homme souhaiterait que les gens de son entourage adhèrent à ses objectifs de vie. Dès qu&#8217;il s&#8217;engage dans une relation amoureuse, l&#8217;individu est porté à idéaliser la personne qu&#8217;il côtoie sur une base régulière. Cette idéalisation fait en sorte que l&#8217;individu amoureux se permet de croire que ses propres ambitions pourraient devenir les siennes et qu&#8217;à force de persuasion, il pourrait l&#8217;amener à envisager les choses telles qu&#8217;il les envisage. Sa partenaire deviendrait alors sa réciproque et non pas simplement son complément.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;être humain ne se contente pas d&#8217;aimer sans attente, mais il aime plutôt en fonction de ce que l&#8217;autre pourrait lui apporter en fonction des attentes et des objectifs qu&#8217;il s&#8217;est fixés. Plutôt que de considérer notre amoureux comme la personne qui pourrait donner de la consistance à notre être, la personne aimée est simplement subordonnée à notre désir de perfection.</p>
<p style="text-align:justify;">À l&#8217;instant où la relation ne progresse plus selon nos désirs et que l&#8217;autre ne se conforme plus à l&#8217;image idéalisée que nous nous étions construite lors des premiers matins d&#8217;amour, nous ressentons de la frustration et nous songeons parfois à mettre fin à la relation afin de poursuivre notre quête de l&#8217;âme sœur idéale. Pourtant, il faudrait toujours garder à l&#8217;esprit que les travers observés chez une personne en début de relation ne s&#8217;estomperont pas avec le temps. Nous oublions trop souvent que l&#8217;être humain est fait de contraste et ce qu&#8217;on considère comme un « défaut » peut s&#8217;avérer être un trait de sa personnalité qui le différencie de ses semblables.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est ce que Joël réalise lorsqu&#8217;il est en train de subir le procédé d&#8217;effacement de sa mémoire : ce sont les idiosyncrasies de Clémentine qui lui plaisaient, sa spontanéité, son impulsivité, sa loquacité, en somme, les caractéristiques de sa personnalité qui contrastent avec la sienne. Et c&#8217;est cette opposition entre leurs deux personnalités qui amènent d&#8217;abord des frictions au sein du couple, puis la rupture. Mais, ce sont aussi les contraires qui nous attirent.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://www.youtube.com/watch?v=FvUJ9zCmOIY#t=6m28s" target="_blank">La phrase « meet me&#8230; in Montauk&#8230; </a>» devrait avoir sa place au panthéon des meilleures citations de film au côté du célèbre «<a href="http://www.youtube.com/watch?v=cfxJCdBFuLk#t=59s" target="_blank"> We&#8217;ll have Paris » prononcé par Rick Blaine dans le film <em>Casablanca</em></a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Les quatre petits mots prononcés par Clémentine, que l&#8217;on entend difficilement, comme si elle lui insufflait à travers son esprit, veulent indiquer à Joël de retourner à Montauk, le lieu de leur premier rendez-vous. À son réveil, Joël n&#8217;aura plus aucun souvenir de Clémentine. Ainsi, leur histoire d&#8217;amour devait disparaître à jamais de leur mémoire commune. Tel ne fut pas le cas, car en retournant à Montauk, les amoureux recommenceront leur histoire d&#8217;amour malgré le fait qu&#8217;ils sont conscients qu&#8217;un jour elle se terminera.</p>
<p style="text-align:justify;">Entre temps, que doivent-ils faire? <a href="http://www.youtube.com/watch?v=FvUJ9zCmOIY#t=1m54s" target="_blank">Simplement d&#8217;en profiter au maximum</a>!</p>
<p style="text-align:justify;">Ce film est une très belle métaphore du <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2005/07/04/leternel-retour/" target="_blank">concept nietzschéen de l&#8217;éternel retour</a> de toute chose. D&#8217;ailleurs, une employée du Docteur Mierzwiak, Mary Svevo, récite à deux reprises un célèbre aphorisme de ce philosophe : « blessed are the forgetful, for they get the better even of their blunders ».</p>
<p style="text-align:justify;">La dernière scène du film m&#8217;apparaît comme étant une conclusion  empreinte de lucidité où aucune accolade et aucun baiser langoureux ne sont échangés. Les deux protagonistes prennent conscience de la réalité de leur situation, acceptent de recommencer leur cycle amoureux, d&#8217;oublier qu&#8217;ils avaient échoué à la première tentative, puisqu&#8217;ils sont d&#8217;avis que les bons moments qu&#8217;ils vivront supplanteront les moments de souffrance qu&#8217;ils subiront inévitablement. C&#8217;est une belle philosophie de vie qui peut avoir une résonance auprès de chacun d&#8217;entre nous!</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">J : I can&#8217;t see anything that I don&#8217;t like about you.</p>
<p>C : But you will! But you will. You know, you will think of  things. And I&#8217;ll get bored with you and feel trapped because that&#8217;s what  happens with me.</p>
<p>J : Okay.</p>
<p>C : [pauses] Okay.</p></blockquote>
<h2 style="text-align:justify;">« Échapper à la naissance, c&#8217;est sans doute la plus grande des chances. »</h2>
<blockquote>
<p style="text-align:left;">Nola : I don&#8217;t think this is a good idea. You shouldn&#8217;t have followed me here.</p>
<p>Christopher : Do you feel guilty?</p>
<p>Nola : Do you?</p>
<p>[They kiss]</p>
<p style="text-align:left;">(<a href="http://www.youtube.com/watch?v=qp_m-zeWioo#t=8s" target="_blank">Visionner ce dialogue</a>)</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Long-métrage réalisé par Woody Allen et sortie en 2005, <em>Match Point</em> est l&#8217;histoire de Chris Wilton, issu d&#8217;un milieu modeste, qui est amené, par un concours de circonstances, à fréquenter Tom Hewett, un jeune homme né au sein d&#8217;une famille bourgeoise. Chris se mariera avec Chloé, la soeur de Tom, mais éprouvera rapidement une passion pour Nola Rice, la copine de Tom. Jusqu&#8217;à la conclusion de ce film, ce dernier sera tiraillé entre, d&#8217;une part, son désir de demeurer au sein d&#8217;un milieu bourgeois et, d&#8217;autre part, sa passion pour Nola.</p>
<p style="text-align:justify;">Un jour ou l&#8217;autre, nous ferons tous face à une situation où nous serons confrontés à devoir prendre une décision entre deux options. Nous savons qu&#8217;une décision de notre part en faveur d&#8217;une option éliminera l&#8217;autre de l&#8217;équation. Notre sélection se fait habituellement de façon spontanée, notre choix s&#8217;arrêtant sur l&#8217;option qui nous plaît davantage. Cependant, à un certain moment, une situation inextricable survient et la seule issue possible réside dans le fait de comptabiliser les points positifs et les points négatifs de chaque option.</p>
<p style="text-align:justify;">Il arrive aussi que nous nous retrouvions, à l&#8217;instar de Chris, confrontés à un dilemme : nous sommes incapables de prendre une décision éclairée étant donné que nous ne pouvons faire un choix sans perdre quelque chose que nous considérons comme étant essentielle à notre existence.</p>
<p style="text-align:justify;">En économie, en prenant en considération le cas où les ressources ne sont pas illimitées, lorsqu&#8217;un agent décide de faire un choix en se procurant un bien de luxe, il se met dans une situation où il devra patienter avant d&#8217;acheter un autre bien. L&#8217;enfant de cinq ans comprend ce principe : « si maman t&#8217;achète ce jouet, elle ne pourra pas t&#8217;acheter celui que tu voulais la semaine dernière. »</p>
<p style="text-align:justify;">Un choix implique souvent une perte d&#8217;une jouissance quelconque puisqu&#8217;il y a toujours une ou plusieurs options qui seront écartées.</p>
<p style="text-align:justify;">Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n’a de pouvoir sur les circonstances, mais chacun en a sur ses choix. J&#8217;ai abordé à maintes reprises la thématique de la chance : <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/07/27/leurre-par-le-hasard/" target="_blank">nous sommes souvent leurrés par le hasard</a> et <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/07/01/la-part-de-l%E2%80%99autre/" target="_blank">la part de l&#8217;autre, ce que nous aurions pu devenir</a>, doit être considérée lorsque nous réfléchissons sur notre existence.</p>
<p style="text-align:justify;">Dès la première scène de ce long-métrage, le réalisateur nous présente la thématique du hasard. Nous voyons une balle de tennis qui frappe le haut du filet et qui peut soit passer de l&#8217;autre côté, soit retomber en arrière : avec un peu de chance, la balle passe et le joueur remporte la partie. Cette séquence est décrite par Chris : « les gens n&#8217;osent pas admettre à quel point leur vie dépend de la chance : ça fait peur de penser que tant de choses échappent à notre contrôle. »</p>
<p style="text-align:justify;">Outre la thématique de la dichotomie entre choix et circonstances, il me semble que nous pouvons aussi relever l&#8217;influence du romancier Dostoïevski et du philosophe Nietzsche tout le long de ce long-métrage de Woody Allen.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;abord, au début du film, Chris lit le roman <em>Crime et Châtiment</em> de Dostoïevski où la théorie nihiliste du « tout est permis » est formulée sans ambiguïté par Raskolnikov, protagoniste principal du roman qui commet le meurtre prémédité d’une vieille prêteuse sur gages. C&#8217;est, ni plus ni moins, une vision exacerbée de la théorie du surhomme de Nietzsche : Raskolnikov pense être un « surhomme » et estime qu’il peut transcender les limites morales en tuant  l’usurière, en volant son argent et en l’utilisant pour faire le bien.</p>
<p style="text-align:justify;">Si à la fin de <em>Crime et Châtiment</em> le héros est condamné, celui de <em>Match Point</em> n&#8217;est pas puni pour son crime. Ce long-métrage ne condamne pas le nihilisme, il affirme plutôt, haut et fort, que la morale est une fabrication de l&#8217;Homme et que, dans les faits, elle n&#8217;existe pas. À la fin du récit, Chris déclare qu&#8217;il aurait aimé être appréhendé et puni. Ainsi, il aurait pu croire à une existence humaine significative, c&#8217;est-à-dire qui aurait un sens, un but quelconque, où la vertu triompherait du vice. Même chez les gens non-croyants, l&#8217;idée que le criminel doit payer pour ses crimes est ancrée profondément dans nos gênes.</p>
<p style="text-align:justify;">La scène finale ne répond pas à la question qu&#8217;elle soulève, laissant plutôt au spectateur le soin d&#8217;y réfléchir. Chris a sacrifié sa passion pour Nola et a décidé de demeurer avec Chloé, au sein d&#8217;un milieu bourgeois. Ce film nous fait réfléchir sur le concept de la  moralité. Certes, Chris n&#8217;est pas condamné, cependant nous présumons qu&#8217;il ressent du remord relativement au crime qu&#8217;il a commis.</p>
<p style="text-align:justify;">La conclusion du film ne nous laisse pas indifférents. Chris est toujours marié à Chloé, sa prospérité économique semble assurée et la naissance de son enfant devrait lui procurer de la joie. Pourtant, Chris évoque plutôt ce cruel aphorisme de Sophocle : « échapper à la naissance, c&#8217;est sans doute la plus grande des chances. »</p>
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		<title>Fixer le temps perdu</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Feb 2010 01:00:54 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« [La durée est] mémoire, mais non pas mémoire personnelle, extérieure à ce qu&#8217;elle retient, distincte d&#8217;un passé dont elle assurerait la conservation; c&#8217;est une mémoire intérieure au changement lui-même, mémoire qui prolonge « l&#8217;avant » dans « l&#8217;après » et les empêche d&#8217;être de purs instantanés apparaissant et disparaissant dans un présent qui renaîtrait [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=1031&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« [La durée est] mémoire, mais non pas mémoire personnelle, extérieure à ce qu&#8217;elle retient, distincte d&#8217;un passé dont elle assurerait la conservation; c&#8217;est une mémoire intérieure au changement lui-même, mémoire qui prolonge « l&#8217;avant » dans « l&#8217;après » et les empêche d&#8217;être de purs instantanés apparaissant et disparaissant dans un présent qui renaîtrait sans cesse. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>Durée et simultanéité</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
<p style="text-align:justify;">« Quand nous écoutons une mélodie, nous avons la plus pure impression de succession que nous puissions avoir – une impression aussi éloignée que possible de celle de la simultanéité – et pourtant c&#8217;est la continuité même de la mélodie et l&#8217;impossibilité de la décomposer qui font sur nous cette impression. Si nous la découpons en notes distinctes, en autant « d&#8217;avant » et « d&#8217;après » qu&#8217;il nous plaît, c&#8217;est que nous y mêlons des images spatiales et que nous imprégnons la succession de simultanéité : dans l&#8217;espace et dans l&#8217;espace seulement, il y a distinction nette de parties extérieures les unes aux autres. Je reconnais d&#8217;ailleurs que c&#8217;est dans le temps spatialisé que nous nous plaçons d&#8217;ordinaire. Nous n&#8217;avons aucun intérêt à écouter le bourdonnement de la vie profonde. Et pourtant, la durée réelle est là. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>La pensée et le mouvant</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Les actions de l&#8217;être humain sont élaborées en fonction d&#8217;une trame existentielle spatialisée : le calendrier et l&#8217;horloge permettent de planifier le déroulement d&#8217;une journée selon le schéma tripartite passé/présent/futur et en y découpant le temps en plusieurs fragments. La vie est ainsi envisagée en terme de ruptures où des stations de correspondance entre différents points de départ et d&#8217;arrivée – à l&#8217;instar des dates d&#8217;anniversaire et des événements tels que le début de l&#8217;adolescence et de l&#8217;âge adulte – nous font croire que le temps s&#8217;apparente à une succession ordonnée d&#8217;événements.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette impression de succession est notamment influencée par la vision scientifique du temps, représentée de manière spatialisée  et objective, à l&#8217;instar de la distance parcourue par les aiguilles d&#8217;une  horloge. Au cours d&#8217;une journée, la mesure du temps est omniprésente dans chacun de nos gestes. C&#8217;est elle qui nous fournit des points de repère clairement délimités et partagés par un ensemble d&#8217;individus.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps scientifique est aussi considéré comme étant le « grand égalisateur », c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il agit indépendamment de l&#8217;existence que nous menons puisque le temps qui  nous est alloué ne dépend pas de notre libre arbitre, mais est  déterminé par les circonstances fortuites de la vie et les contraintes  extérieures à notre personne. L&#8217;Homme naît et meurt sans qu&#8217;il ait besoin de donner son consentement. Entre ces deux événements inévitables, il y a un espace-temps indéterminé, une durée, qui nous offre la possibilité de fixer le temps perdu.</p>
<p style="text-align:justify;">Philosophe français dont les travaux ont grandement inspiré la pensée et  l&#8217;œuvre de Marcel Proust, Henri Bergson s&#8217;est d&#8217;abord intéressé à  l&#8217;analyse du temps après avoir observé que les équations mathématiques  exécutent un calcul du temps qui passe sans s&#8217;attarder à la durée  éprouvée par chacun d&#8217;entre nous. Le temps calculé de manière scientifique est, dixit Bergson, une pure  abstraction, une tentative pour rendre le monde prévisible, qui n&#8217;est pas à même de déterminer la valeur réelle du temps. Dans<em> Le Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps  perdu</em> de Proust, le narrateur en vient à la conclusion que c&#8217;est en devenant écrivain qu&#8217;il peut retrouver le temps perdu :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Si du moins il m&#8217;était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l&#8217;idée s&#8217;imposait à moi avec tant de force aujourd&#8217;hui, et j&#8217;y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l&#8217;espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu&#8217;ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes, – entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Selon Bergson, le temps subjectif, mesuré en terme de durée, est le temps réel, celui qui peut rendre compte du rôle joué par la conscience humaine. C&#8217;est la notion de durée qui nous permet de comprendre la différence de  perception qui existe entre les individus. La durée du temps échappe à tout calcul  scientifique, ce dernier  n&#8217;étant qu&#8217;une intellectualisation réductrice  de la réalité du temps.  Cette vision du temps doit être rejetée au  profit d&#8217;une vision  subjective du temps en tant  qu&#8217;écoulement  perpétuel de la durée et lié à  la conscience intime de chaque sujet.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cogito cartésien suppose que la pensée de chaque sujet est une chose permanente, celle-ci nous permettant ensuite de conclure de la réalité de l&#8217;existence humaine : je pense donc je suis. La pensée de Bergson nous amène plutôt à penser le moi comme une chose qui dure et qui se modifie avec l&#8217;écoulement du temps. La métaphore de la madeleine de Proust – le gâteau, trempé dans une tasse de thé, permet au narrateur de revivre l&#8217;espace de quelques instants un souvenir de son enfance – illustre bien l&#8217;idée voulant qu&#8217;il est possible de revivre au temps présent une expérience passée grâce à la mémoire involontaire. Bien que la vie sociale nous impose plusieurs moi – le moi des conventions, le moi des habitudes, bref un moi superficiel – qui divisent notre être en plusieurs parties, dissemblables au tout, la vie réelle se compose d&#8217;un seul moi, le moi intérieur, le moi profond, celui qui est intimement lié à la notion de durée et de temps réel.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;expérience nous montre que toutes les choses durent et qu&#8217;il existe  une profonde dichotomie entre leur durée réelle et leur durée éprouvée.  C&#8217;est l&#8217;intimité de notre conscience qui peut nous aider à saisir  l&#8217;essence du temps et, par le fait même, de nous guider dans la quête de  notre identité personnelle. Arriver à être soi-même lorsque le temps  perdu s&#8217;empare de nos vies, ce n&#8217;est pas une tâche facile.  Progressivement, nous oublions notre nature première, nous oublions la durée réelle du temps, et nous devenons  quelqu&#8217;un d&#8217;autre en fonction de diverses circonstances de la vie.  Derrière chaque visage, derrière chaque image et chaque regard qui se  posent sur ce visage, il y a un secret caché, une énigme à déchiffrer.</p>
<p style="text-align:justify;">Penser le temps en terme de durée, nous amène à revoir notre vision traditionnelle entre passé, présent et futur afin de considérer le temps comme un tout indivisible. La conscience humaine serait donc formée d&#8217;une mémoire intégrale qui, dans le processus de l&#8217;écoulement du temps, conserverait la totalité des instants passés. Conscience et mémoire seraient donc intimement liées et un individu qui ignore le passé pour ne garder que l&#8217;inaltérabilité du temps présent vivrait dans l&#8217;inconscience puisque l&#8217;instant présent occupe une place minime au sein de l&#8217;édifice immense du temps aux prises avec la durée.</p>
<p style="text-align:justify;">Regardez en arrière, dans votre pensée, et saisissez votre passé. C&#8217;est un peu ce que vous faites lorsque vous rêvez la nuit ou bien lorsque vos rêves éveillés vous transportent vers un temps révolu, la nostalgie de votre passé, ou vers un temps imaginaire, celui qui aurait pu arriver si les choses s&#8217;étaient passées autrement. Nous vivons dans une société où la réminiscence du passé est une chose proscrite. Saisir le jour, en oubliant le passé et en reléguant l&#8217;avenir dans une durée éloignée de nos occupations quotidiennes, voilà une philosophie très répandue.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps réel ne peut pas être divisé et comptabilisé en instants. Comparées l&#8217;une par rapport à l&#8217;autre, deux heures occuperont toujours le même espace-temps, mais leur durée variera selon la perception de l&#8217;expérience vécue. Autrement dit, le temps réel est intimement lié à notre monde intérieur, à nos états d&#8217;âme, et c&#8217;est uniquement notre conscience intuitive, la perception que nous avons de nous-mêmes, qui nous permet de relater la durée du temps qui passe. Fixer le temps perdu, c&#8217;est écouter le « bourdonnement de la vie profonde ». La durée réelle du temps, c&#8217;est l&#8217;intégration par la conscience humaine en un tout indivisible entre passé, présent et futur.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout comme l&#8217;eau qui se déplace sur un fleuve n&#8217;a pas de point de départ ni de point d&#8217;arrêt, le temps a un flux continu qui se retrouve au dedans de nous et qui est notre vie :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« J&#8217;éprouvais un sentiment de fatigue profonde à sentir que tout ce temps si long non seulement avait sans une interruption été vécu, pensé, sécrété par moi, qu&#8217;il était ma vie, qu&#8217;il était moi-même, mais encore que j&#8217;avais à toute minute à le maintenir attaché à moi, qu&#8217;il me supportait, que j&#8217;étais juché à son sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir, sans le déplacer avec moi. » Extrait du roman <em>Le</em> <em>Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps perdu</em> de Marcel Proust.</p>
</blockquote>
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		<title>La vérité sort toujours des rêves</title>
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		<pubDate>Fri, 08 May 2009 23:30:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« On a beau dire que c&#8217;est un grand malheur d&#8217;être trompé; je soutiens que de n&#8217;être pas trompé, c&#8217;est au contraire le plus grand des malheurs. Il y a une extravagance outrée à mettre le bonheur de l&#8217;Homme dans les choses mêmes; il ne dépend que de l&#8217;opinion. Tout est si obscur dans la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=849&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« On a beau dire que c&#8217;est un grand malheur d&#8217;être trompé; je soutiens que de n&#8217;être pas trompé, c&#8217;est au contraire le plus grand des malheurs. Il y a une extravagance outrée à mettre le bonheur de l&#8217;Homme dans les choses mêmes; il ne dépend que de l&#8217;opinion. Tout est si obscur dans la vie, tout est si variable et si opposé qu&#8217;on ne peut être sûr d&#8217;aucune vérité. » <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89rasme" target="_blank">Érasme</a> (1466-1536) &#8211; <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89loge_de_la_Folie" target="_blank"><em>L&#8217;Éloge de la Folie</em></a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Érasme et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_More" target="_blank">Thomas More</a> sont les figures emblématiques du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Humanisme_au_XVIe_si%C3%A8cle" target="_blank">mouvement humaniste</a> de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Renaissance_(p%C3%A9riode_historique)" target="_blank">Renaissance</a>, caractérisée notamment par une redécouverte des textes de l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antiquit%C3%A9" target="_blank">Antiquité</a>. La publication de l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Utopia_(livre)" target="_blank"><em>Utopia</em></a> par More inspire son grand ami Érasme qui lui dédie <em>L&#8217;Éloge de la Folie</em>. Si ce courant de pensée a eu une influence remarquable sur plusieurs aspects de la vie, son principal apport est d&#8217;avoir placé l&#8217;Homme au centre de sa réflexion au sein d&#8217;une vision idéaliste et optimiste de la vie.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est en examinant l&#8217;étymologie du titre de l&#8217;œuvre de More que nous sommes en mesure de parfaire notre compréhension sur l&#8217;intention originale de l&#8217;auteur. <em>Utopia</em> est formée d&#8217;après la double racine grecque « lieu qui n’est nulle part » (<em>ou-topos</em>), et « lieu de bonheur » (<em>eu-topos</em>). Cette société idéaliste n&#8217;existe pas, mais, selon More, si nous établissions son fonctionnement (abolir la propriété privée, consacrer le temps libre aux loisirs, etc.), le bonheur collectif serait davantage à notre portée.</p>
<p style="text-align:justify;">More savait que son <em>Utopia</em> était imaginaire. Son objectif n&#8217;était pas de rédiger un guide pratique pour améliorer la société anglaise de son époque, mais bien de mettre en place une vision idéaliste du monde où l&#8217;établissement des bases de la vérité humaine serait enfoui à l&#8217;intérieur de l&#8217;Homme. Selon More, la réalité n&#8217;est pas synonyme de vérité. Les clefs pour découvrir la vérité ne sont pas toujours accessibles et prêtent à être cueillies en tendant simplement la main.</p>
<p style="text-align:justify;">Avec son allié le plus puissant, l&#8217;optimiste, More a souhaité penser le monde différemment. Ce dernier conclut son ouvrage satirique sur l&#8217;Angleterre du XVIe siècle en affirmant qu&#8217;il souhaite la réalisation de son projet plus qu&#8217;il ne l&#8217;espère. En tant que réaliste, il est conscient que l&#8217;établissement de son utopie ne se fera pas sans l&#8217;apport de la collectivité. Son idéalisme le porte à demander l&#8217;impossible et l&#8217;inaccessible aux Hommes : une nouvelle vision du monde où la vérité rejaillirait de ce rêve humaniste et permettrait d&#8217;abolir les contradictions inacceptables de la société anglaise de son temps.</p>
<p style="text-align:justify;">Plusieurs siècles avant la Renaissance, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate" target="_blank">Socrate</a>, père de la philosophie grecque, affirmait que la seule chose qu&#8217;il savait, c&#8217;est qu&#8217;il ne savait rien. Cet adage signifie qu&#8217;il ne faut pas s&#8217;accrocher aux croyances dogmatiques puisqu&#8217;il est préférable d&#8217;amorcer notre réflexion en faisant table rase sur nos présuppositions. À notre époque, les Hommes ont oublié cette sagesse qui consiste à être prêt d&#8217;accepter la critique, de remettre en question ses arguments et, en somme, d&#8217;admettre qu&#8217;il est possible qu&#8217;on se soit trompé.</p>
<p style="text-align:justify;">Il m&#8217;apparaît que les Hommes devraient davantage mettre en pratique l&#8217;objectif premier de la philosophie, soit celui de penser par soi-même. Chaque jour de notre vie, nous nous posons de multiples questions concernant autant la banalité quotidienne de la vie que des problèmes métaphysiques. Ces interrogations traitent souvent de sujets reliés à notre devenir hypothétique lorsqu&#8217;elles devraient plutôt prendre en considération notre certitude existentielle dite du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cogito_ergo_sum" target="_blank"><em>cogito ergo sum</em></a> : je pense, je suis, j&#8217;existe.</p>
<p style="text-align:justify;">De plus, au lieu de concentrer nos questionnements sur nous-mêmes, nous adaptons souvent notre réflexion sur ce que les autres pourraient penser. Nous recherchons le consentement de nos pairs et l&#8217;opinion des experts puisque nous craignons d&#8217;être traités en paria de la société advenant le cas où nous ne suivrions pas la ligne directrice qui nous est dictée. Alors, nous nous construisons plusieurs petits scénarios conjecturaux qui, ultimement, n&#8217;ont aucune valeur. Le regard des autres a un énorme pouvoir sur la façon dont nous conduisons nos actions et bien qu&#8217;il soit difficile de toujours outrepasser ce regard inquisiteur, je crois qu&#8217;il faut comprendre et accepter le fait que nous ne saurons jamais ce qui se trame dans l&#8217;esprit de l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, il faut que nos actions aient une certaine cohérence avec la vision du monde partagée par les gens que nous côtoyons. Par exemple, si notre objectif est d&#8217;obtenir un emploi dans le domaine des finances et que nous décidons de nous présenter lors de l&#8217;entrevue d&#8217;embauche vêtu d&#8217;un jean et d&#8217;un t-shirt, nous allons à l&#8217;encontre de ce qui est communément accepté dans ce domaine professionnel. Nous respectons la représentation de la personnalité que nous nous sommes forgée, mais nous allons dans la direction opposée de l&#8217;objectif que nous voulons suivre dans cette situation afin d&#8217;obtenir ce poste. Ainsi, selon la méthode socratique, notre vision du monde n&#8217;est pas juste puisqu&#8217;elle contient des affirmations contradictoires : je peux garder mon apparence actuelle, mais je dois postuler dans un autre domaine; mais si mon but est réellement d&#8217;obtenir ce poste, je vais devoir modifier radicalement mon image.</p>
<p style="text-align:justify;">Il n&#8217;y a pas une seule et unique vision du monde qui soit toujours convenable. Nos incohérences ne doivent pas être imputées à notre ignorance, mais plutôt au fait que la vérité ne peut pas être envisagée de manière absolue. Envisageons la vérité comme une donnée provisoire qui sera modifiée au gré de nos découvertes. L&#8217;objectif que nous nous devons de poursuivre est d&#8217;arriver à une vérité conforme à la vision que nous avons du monde. Comment doit-on procéder pour y arriver?</p>
<p style="text-align:justify;">En se référant au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9futabilit%C3%A9" target="_blank">modèle poppérien</a> qui consiste à juger de l&#8217;exactitude d&#8217;une théorie en utilisant de rigoureuses tentatives de « falsification ». Après avoir passé la vérité à travers le filtre de la réfutabilité, tout ce qui ira à l&#8217;encontre de la vision que nous avons du monde devra être rejeté. Ce processus de réfutabilité de propositions nous permet de mettre à l&#8217;épreuve nos contradictions et puisque notre vision du monde évolue, nos contradictions d&#8217;hier seront peut-être les vérités de demain.</p>
<p style="text-align:justify;">Le fait qu&#8217;une observation se répète continuellement ne permet pas de confirmer que cette donnée sera toujours confirmée. Une seule observation contraire anéantirait votre démarche de recherche de la vérité. N&#8217;oubliez jamais qu&#8217;un seul cygne noir contredit la théorie scientifique voulant que tous les cygnes soient blancs; ayez aussi à l&#8217;esprit la remarque que fit <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bertrand_Russell" target="_blank">Bertrand Russell</a> : un poulet nourri par un homme durant toute sa vie a développé avec les années un sentiment de confiance vis-à-vis de son maître, mais, du jour au lendemain, l&#8217;homme décidera de lui tordre le cou.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous tenons souvent pour acquis que la récurrence d&#8217;un phénomène présuppose sa prévisibilité. Selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cide_Hamete_Benengeli" target="_blank">Cide Hamete Benengeli</a>, un personnage fictif, et historien musulman, créé par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cervantes" target="_blank">Miguel de Cervantes</a> dans son roman <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Don_Quichotte_de_la_Manche" target="_blank">L&#8217;Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche</a></em>, « c&#8217;est grandement s&#8217;abuser que de croire que les choses de cette vie durent toujours en même état ». Le fait que le levé du soleil soit un événement quotidien nous fait anticiper son apparition, tel le poulet qui s&#8217;attend à se faire nourrir même lorsque son nourricier s&#8217;apprête à l&#8217;égorger. La vérité fonctionne de la même manière que la théorie scientifique, à savoir que c&#8217;est un outil provisoire qui persiste en l&#8217;absence de preuve contraire.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;homme qui anticipe que le soleil se lèvera ne doit pas être considéré comme étant un idiot. S&#8217;il est présomptueux de croire que l&#8217;avenir ressemblera toujours au passé, l&#8217;attitude inverse, c&#8217;est-à-dire d&#8217;estimer que l&#8217;avenir sera complètement différent du passé, doit aussi être proscrite. Avoir des habitudes de vie, ce n&#8217;est pas être irrationnel. Nous ne pouvons pas toujours fonctionner par induction (observation). Nos habitudes de vie sont basées sur des hypothèses et nous retenons celles qui semblent le plus se rapprocher de la vérité. Tous les êtres humains qui ont sauté du haut d&#8217;un gratte-ciel sont décédés et bien que je ne puisse pas prouver que cette affirmation sera toujours vraie, il serait cependant fou de l&#8217;essayer pour corroborer l&#8217;hypothèse.</p>
<p style="text-align:justify;">Je crois que la vérité sort toujours des rêves. Cette idée signifie d&#8217;abord, d&#8217;une part, à l&#8217;instar de More, de demander l&#8217;impossible. L&#8217;Homme d&#8217;aujourd&#8217;hui a perdu cette étincelle idéaliste qui lui permettrait de créer une flamme reviviscente et contagieuse et ainsi d&#8217;insuffler un vent d&#8217;optimisme aux gens qu&#8217;ils côtoient. D&#8217;autre part, la vérité individuelle, celle qui nous permet de nous créer une vision du monde à notre mesure, ne doit pas être recherchée à l&#8217;extérieur étant donné que nous possédons tous la clé de voûte pour découvrir qui nous sommes réellement.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans le long-métrage cinématographie<em> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Matrix" target="_blank">The Matrix</a></em>, les êtres humains vivent dans un monde virtuel sans qu&#8217;ils en soient conscients. Sachez qu&#8217;à tout moment, vous avez la possibilité de vous réveiller, de vivre vos rêves et de les mettre en action, de changer de direction, de sortir du système et de rejeter la matrice existentielle qu&#8217;on nous encourage à suivre.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Freud" target="_blank">Sigmund Freud</a> croyait que l&#8217;interprétation des rêves était la voie royale qui mène à la connaissance de l&#8217;inconscient dans la vie psychique. La représentation du monde n&#8217;est pas ce que les gens voudraient vous faire croire. La vérité sort toujours des rêves; la vérité est à l&#8217;intérieur de vous, au sein de votre inconscient, elle est là, quelque part, prête à être saisie&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p style="text-align:justify;">Soulignons que le titre de cet essai provient de la quatrième de couverture du roman <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Maison_du_sommeil" target="_blank"><em>La maison du sommeil</em></a> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jonathan_Coe" target="_blank">Jonathan Coe</a>.</p>
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		<title>La culture</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Feb 2009 02:56:48 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Contrairement aux billets que l&#8217;on retrouve sur la plupart des blogues, les écrits publiés sur ce site relatent rarement des faits d&#8217;actualité de même qu&#8217;ils ne contiennent que peu d&#8217;information sur la vie personnelle de l&#8217;auteur. Ce texte d&#8217;opinion va outrepasser cette tendance éditoriale en présentant une question polémique selon différentes thématiques illustrées à l&#8217;aide de faits tirés du vécu immédiat de l&#8217;auteur ainsi que de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=719&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Contrairement aux billets que l&#8217;on retrouve sur la plupart des blogues, les écrits publiés sur ce site relatent rarement des faits d&#8217;actualité de même qu&#8217;ils ne contiennent que peu d&#8217;information sur la vie personnelle de l&#8217;auteur. Ce texte d&#8217;opinion va outrepasser cette tendance éditoriale en présentant une question polémique selon différentes thématiques illustrées à l&#8217;aide de faits tirés du vécu immédiat de l&#8217;auteur ainsi que de ses expériences passées.</p>
<p style="text-align:justify;">Le 18 février dernier, l&#8217;émission <a href="http://www.telequebec.tv/emissions/sommesnous/index.aspx" target="_blank"><em>Sommes-nous&#8230;</em></a>, animée par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Masbourian" target="_blank">Patrick Masbourian</a> que l&#8217;on a découvert à la télévision québécoise lors de son passage à <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Course_destination_monde" target="_blank">La course destination monde</a></em> au début des années quatre-vingt-dix, abordait la question de la culture selon plusieurs thèmes notamment, la démocratisation, la transmission et la hiérarchisation. Après le visionnement de cette émission d&#8217;enquête, c&#8217;est à mon tour de réfléchir sur le sujet et de m&#8217;interroger sur l&#8217;épineuse question de la culture.</p>
<p style="text-align:center;"><strong>L&#8217;éducation : entre compétence et savoir</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« À la conception traditionnelle d&#8217;un savoir désintéressé, de « la culture pour la culture », on oppose un ensemble de techniques efficaces. Dès lors qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;atteindre des résultats définis à l&#8217;avance, la pratique pédagogique ne se définit plus par des contenus de connaissance à transmettre, mais par des objectifs définis en dehors de ces contenus. Les contenus ne valent plus que comme moyens pour atteindre les objectifs. » Bernard Berthelot sur <a href="http://www.sauv.net/imposture.htm" target="_blank">l’Imposture pédagogique</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">À la lumière des informations que je possède sur le sujet, je suis en mesure d&#8217;affirmer que les nouveaux programmes pédagogiques québécois ont mis en place une vision utilitariste de l&#8217;enseignement. Cette philosophie n&#8217;est pas apparue de nulle part au début du 21e siècle puisqu&#8217;elle est directement reliée à l&#8217;abolition du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Coll%C3%A8ge_classique" target="_blank">cours classique</a> et de l&#8217;implantation des théories de la psychologie comportementale (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_comportementale" target="_blank">béhaviorisme</a>) au sein des méthodes d&#8217;enseignement. Les gestionnaires pédagogiques qui désirent former des élèves compétents et d&#8217;évaluer leurs comportements selon une grille d&#8217;objectifs uniformisée opposent leurs méthodes à celle qui a prévalu durant plusieurs décennies, soit l&#8217;école des savoirs.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;école ne joue plus son rôle principal de transmission d&#8217;un savoir désintéressé qui conduirait à former des étudiants cultivés et doués. L&#8217;éducation a adopté le jargon des dirigeants d&#8217;entreprise en voulant que l&#8217;élève soit compétent et qu&#8217;ils atteignent certains objectifs précis. Dans l&#8217;ouvrage <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/La_crise_de_la_culture" target="_blank">La crise de la culture</a></em> publié durant les années 60, la philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt" target="_blank">Hannah Arendt</a> avait déjà noté le côté néfaste des théories béhavioristes sur l&#8217;enseignement du savoir : « sous l’influence de la psychologie moderne et des doctrines pragmatiques, la pédagogie est devenue une science de l’enseignement en général, au point de s’affranchir complètement de la matière à enseigner. »</p>
<p style="text-align:justify;">Aujourd&#8217;hui, nous craignons tellement que l&#8217;éducation soit jugée comme étant élitiste et que nos futurs étudiants ne soient pas en mesure de s&#8217;adapter au monde professionnel que nous faisons le choix de ne pas mettre certains savoirs au programme scolaire. Mais, le fait de déclarer que certaines choses ne devraient pas être enseignées ne démontre-t-il pas un biais normatif qui consiste à porter un jugement de valeur sur les connaissances que l&#8217;on devrait enseigner?</p>
<p style="text-align:justify;">Pour justifier l&#8217;abolition du cours classique au Québec, on a utilisé notamment l&#8217;argument démocratique de l&#8217;accessibilité à l&#8217;éducation pour tous. En jugeant que certains savoirs (le Grec, la philosophie, le latin) étaient peu utiles et qu&#8217;une minorité d&#8217;individus avaient les capacités pour réussir ces cours, les gestionnaires ont fait preuve d&#8217;élitisme!</p>
<p style="text-align:justify;">Certains élèves ont plus de facilité à assimiler les théorèmes mathématiques, il y en a qui ont des aptitudes plus développées pour apprendre et maîtriser les langues et leurs règles de grammaire et d&#8217;autres encore pour qui les connaissances des sciences de la nature ne posent aucun problème. Rendus à un certain âge, les goûts de chacun vont se préciser et les jeunes adultes choisiront leur domaine de spécialisation. Or, nous décidons arbitrairement que certains savoirs n&#8217;intéressent pas les étudiants, que les jeunes n&#8217;aiment pas la lecture malgré le fait que les romans de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bryan_Perro" target="_blank">Bryan Perro</a> connaissent un succès phénoménal et qu&#8217;ils préfèrent la télévision et les émissions de téléréalité aux connaissances académiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Entre l&#8217;éducation des savoirs et celle qui prévaut aujourd&#8217;hui, la distinction réside dans le fait que la première présente les connaissances à l&#8217;étudiant tout en lui laissant le choix de faire ce qu&#8217;il veut de ce qu&#8217;on lui transmet. Ce type d&#8217;éducation ressemble à la méthode socratique du partage du savoir et forme des citoyens libres au lieu de former des individus obsédés par l&#8217;atteinte d&#8217;objectifs bien définis.</p>
<p style="text-align:justify;">Croyez-vous sincèrement que la lecture de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_et_Paix" target="_blank"><em>Guerre et Paix</em></a> est plus ardue que celle des romans d&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Potter" target="_blank">Harry Potter</a>? Lorsque nous décidons que cette lecture ne plairait pas aux étudiants, nous faisons de l&#8217;élitisme. Si nous voulons que les jeunes s&#8217;intéressent aux classiques de la littérature, aux théâtres et à la musique classique, il faut leur présenter ces formes artistiques sur un pied d&#8217;égalité avec celles qu&#8217;ils absorbent au quotidien.</p>
<p style="text-align:justify;">Au lieu de l&#8217;école des savoirs, on préfère celle de l&#8217;utilitarisme. L&#8217;important, c&#8217;est ce qui est utile. Ce qui compte, c&#8217;est d&#8217;être compétent. Peu importe le sujet d&#8217;étude &#8211; <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-paul_sartre" target="_blank">Jean-Paul Sartre</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Britney_Spears" target="_blank">Britney Spears</a>, le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res" target="_blank">Siècle des Lumières</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_Double" target="_blank"><em>Occupation Double</em></a> -, ce qui importe c&#8217;est de « savoir rédiger un texte » ou « savoir faire une recherche ». On réduit l&#8217;enseignement de la philosophie et de la littérature à une série d&#8217;étapes bien précises comme s&#8217;il s&#8217;agissait de construire une chaise ou de faire un gâteau.</p>
<p style="text-align:justify;">Or, dixit Berthelot, comment mesure-t-on l’émerveillement d’un élève, fût-il le plus mauvais de la classe, devant un poème de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rimbaud" target="_blank">Rimbaud</a> ou la découverte des toiles de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fra_Angelico" target="_blank">Fra Angelico</a>?</p>
<p style="text-align:justify;">Cette perspective utilitariste en est une où l&#8217;utilité est jugée en fonction non pas du futur citoyen, mais plutôt du futur travailleur. Très loin de l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Utilitarisme" target="_blank">utilitarisme</a> selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Stuart_Mill" target="_blank">John Stuart Mill</a>, celui des gestionnaires modernes se mélange à la sauce capitaliste de l&#8217;archétype du travailleur modèle avec un soupçon d&#8217;assaisonnement machiavélique où « <a href="http://fr.wiktionary.org/wiki/la_fin_justifie_les_moyens" target="_blank">la fin justifie les moyens</a> ». On veut une société productive et, peu importe la façon d&#8217;atteindre notre objectif, l&#8217;essentiel c&#8217;est d&#8217;avoir entre les mains des citoyens compétents dans leur profession.</p>
<p style="text-align:justify;">Le reportage de Patrick Masbourian présentait aussi les propos d&#8217;un professeur de philosophie qui m&#8217;ont particulièrement interpellé. Selon ce dernier, tout étudiant qui réussi à lire et à comprendre l&#8217;ouvrage <em>la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Ph%C3%A9nom%C3%A9nologie_de_l%27Esprit" target="_blank">Phénoménologie de l&#8217;esprit</a></em> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hegel" target="_blank">Friedrich Hegel</a> sera en mesure d&#8217;assimiler toutes connaissances futures, et ce, peu importe le domaine d&#8217;étude. Si la lecture d&#8217;Hegel et des ouvrages de connaissances générales ne nous permettent pas d&#8217;améliorer notre bagage de savoir-faire, ces lectures peuvent néanmoins améliorer nos capacités analytiques qui s&#8217;avèrent être très utiles dans notre vie professionnelle.</p>
<p style="text-align:justify;">Mon objectif n&#8217;est pas de faire la promotion de l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Classicisme" target="_blank">art classique</a>. Les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeux_vid%C3%A9o" target="_blank">jeux vidéo</a>, les émissions de sport et les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain" target="_blank">films hollywoodiens</a> sont des réalités que je vis et que j&#8217;apprécie au quotidien. Il m&#8217;apparaît par contre essentiel que l&#8217;éducation, dans son rôle de vecteur de la culture, soit orientée de manière à présenter aux sujets une diversité de connaissances. Elle devrait aussi retrouver le rôle qu&#8217;elle occupait durant l&#8217;Antiquité grecque et plus récemment dans les années cinquante et soixante au Québec, à savoir une transmission et un partage de savoirs désintéressés où l&#8217;on ne dirait pas à l&#8217;élève quoi penser, mais où l&#8217;on inculquerait le principe de liberté en leur laissant le choix de faire ce qu&#8217;il veut des connaissances acquises.</p>
<p style="text-align:center;"><strong>La pensée unique</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Un phénomène nouveau est apparu au cours du 20e siècle dans les pays industrialisés. L&#8217;éducation devenant obligatoire et accessible pour tous, l&#8217;élitisme de la culture s&#8217;étiola au profit d&#8217;une culture générale. Tout individu éduqué peut aujourd&#8217;hui consulter les oeuvres de la culture mondiale, et ce, peu importe la classe sociale à laquelle il appartient. Cependant, une théorie erronée perdure au sujet de la culture, soit celle qui la définit en fonction des classes socio-économiques d&#8217;une société, à savoir une culture de masse et une culture bourgeoise, et selon une hiérarchisation en fonction d&#8217;une appréciation qualitative.</p>
<p style="text-align:justify;">La culture ne serait donc pas un ensemble de connaissances neutres et transmises inconsciemment, mais elle serait tributaire du monde immédiat auquel nous appartenons. Cette vision marxiste entre dominant et dominé m&#8217;apparaît aujourd&#8217;hui dépassée. Même si certains groupes voulaient limiter l&#8217;accès à certaines sphères de la connaissance, les technologies permettent aux individus de s&#8217;informer par leurs propres moyens et ainsi d&#8217;améliorer leur culture personnelle.</p>
<p style="text-align:justify;">La culture ne serait pas non plus une question de goût, mais elle serait quantifiable selon des règles de classification. Selon ses adeptes, la musique classique, la dégustation de vins, les <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_Criterion_Collection" target="_blank">films Criterion</a> et la peinture seraient des exemples de culture majeure tandis que le <em>heavy metal</em>, la consommation de bières, les films d&#8217;action et la danse hip-hop (<em>break dancing</em>) appartiendraient plutôt à la culture populaire et devraient être déconsidérés par rapport aux premiers.</p>
<p style="text-align:justify;">Lorsque la pensée unique s&#8217;attaque à la culture, elle vise à mettre dans l&#8217;esprit du sujet pensant des présuppositions en fonction de ce que l&#8217;oeuvre semble représenter. Cette contamination de l&#8217;esprit se déroule avant que la personne puisse s&#8217;en faire une opinion personnelle. Qu&#8217;il y ait des critiques littéraires et cinématographies, c&#8217;est une chose. Je n&#8217;ai aucun problème à ce qu&#8217;on juge une oeuvre après l&#8217;avoir assimilé. Lorsqu&#8217;on dit que les films d&#8217;action ont moins d&#8217;intérêt que les documentaires, que les gens de théâtre sont les artistes les plus accomplis ou que l&#8217;opéra s&#8217;adresse aux snobs, ont établi alors une hiérarchisation de la culture.</p>
<p style="text-align:justify;">Être réceptif à toutes formes de connaissances et n&#8217;avoir aucune idée préconçue, voilà deux règles de vie que je mets en pratique au quotidien. L&#8217;oeuvre, en elle-même, est neutre. Je peux aimer <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Wagner" target="_blank">Wagner</a> et détester <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Beethoven" target="_blank">Beethoven</a>, préférer le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain" target="_blank">cinéma américain</a> au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_fran%C3%A7ais" target="_blank">cinéma français</a>, mais mes préférences ne peuvent pas être établies comme vérités universelles.</p>
<p style="text-align:center;"><strong>La mondialisation de la culture</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Dans son acceptation la plus générale, la mondialisation correspond à un changement d’échelle et de référence dans tous les domaines de la vie sociale, politique et culturelle et elle pourrait conduire en conséquence à une circulation des biens culturels pour le bénéfice du plus grand nombre. Il me semble pourtant que plus est affirmé le caractère inéluctable de la mondialisation, plus c’est l&#8217;une uniformisation de la culture qui est véhiculée par les médias.</p>
<p style="text-align:justify;">Les avocats du néolibéralisme affirment que la mondialisation offre une hétérogénéité de choix aux consommateurs et si dans certains secteurs de la consommation une homogénéisation des choix se présente, le blâme doit en être imputé à l’acheteur, puisque, par définition, les marchés sont démocratiques. Cette rhétorique semble oublier les milliards de dollars dépensés par les industries pour façonner les goûts et les désirs des citoyens, en créant un processus de conditionnement auquel, il faut le souligner, les jeunes sont souvent les plus influençables. Cette vision est aussi favorisée par la concentration médiatique où l’on nous vend une image stéréotypée d’un style de vie.</p>
<p style="text-align:justify;">Comme c&#8217;est le cas dans l&#8217;éducation, les médias dictent les goûts des individus en présentant seulement ce qui est jugé comme étant populaire en fonction des cotes d&#8217;écoute. On ne présentera pas des chansons de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Malajube" target="_blank">Malajube</a> et de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Loco_Locass" target="_blank">Loco Locass</a> à l&#8217;émission <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Star_Acad%C3%A9mie" target="_blank">Star Académie</a></em> étant donné que nous jugeons que ces groupes ne rejoignent pas un assez vaste public.</p>
<p style="text-align:justify;">Autre exemple d&#8217;homogénéisation médiatique, <em><a href="http://archives.radio-canada.ca/emissions/432/" target="_blank">Les Beaux Dimanches</a></em> présentaient aux téléspectateurs des documentaires, des concerts, des pièces de théâtre, des films, des émissions rétrospectives et des galas, mais Radio-Canada a décidé de mettre fin à cette émission culturelle. Certes, les cotes d&#8217;écoute du dimanche soir étaient beaucoup plus basses que celles enregistrées par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tout_le_monde_en_parle_(Qu%C3%A9bec)" target="_blank"><em>Tout le monde en parle</em></a>, mais elle offrait aux gens une diversité de contenu et elle leur permettait de se forger eux-mêmes leur opinion sur l&#8217;art et la culture.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans une perspective néolibérale, outre la volonté d’imposer les lois du marché en matière de culture, les productions artistiques doivent chercher le profit maximum à court terme; autrement dit, le succès d’une œuvre littéraire doit être immédiat. Cette logique néolibérale constitue un danger pour la culture artistique : si une condition <em>sine qua non</em> avait toujours prévalu entre le profit et l’œuvre, plusieurs auteurs n’auraient jamais été publiés dont l’écrivain tchèque <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Franz_Kafka" target="_blank">Franz Kafka</a>, du fait que ses romans furent publics et générateurs des profits uniquement à titre posthume.</p>
<p style="text-align:justify;">Il m&#8217;apparaît évident que la supposée mondialisation de la culture s&#8217;apparente plutôt à une homogénéisation des goûts en fonction de ce qui semble plaire à la masse et des profits qui peuvent être générés. La culture est soumise aux mêmes lois du marché que les entreprises privées dans un régime économique de type capitaliste néolibéral.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;aucuns nous diront que nous bénéficions aujourd&#8217;hui d&#8217;une variété de produits, mais cette perspective devrait davantage se formuler en tant qu&#8217;une « illusion de choix » : nous observons une augmentation des industries qui se regroupent pour créer une intégration à la verticale, une véritable synergie d’intérêts. Au niveau des télécommunications, on observe fréquemment la fusion de deux groupes, l’un orienté vers la production des contenus et l’autre vers la diffusion (comme c&#8217;est le cas pour <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Quebecor_Media" target="_blank">Quebecor Médias</a>.</p>
<p style="text-align:center;"><strong>Étude de cas</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Né dans un quartier populaire de Montréal, j&#8217;ai fait mes études primaires et secondaires à l&#8217;intérieur du système scolaire public de mon quartier. Mes parents étaient des gens éduqués cependant, ils ne provenaient ni de la bourgeoise, ni d&#8217;une classe d&#8217;intellectuels ayant un doctorat d&#8217;une université prestigieuse. Ma mère travaillait en microbiologie au sein du réseau hospitalier québécois et mon père, après sa carrière de politicien, a occupé le poste d&#8217;agent d&#8217;immeuble pendant plus de 25 ans.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai joué à un nombre incalculable d&#8217;heures aux jeux vidéo, je faisais du sport, j&#8217;allais à la bibliothèque et je préférais la lecture des bandes-dessinées à celle des romans. J&#8217;allais voir des pièces de théâtre destinées aux enfants, je regardais le Canadien de Montréal, j&#8217;allais voir des spectacles Rock ainsi que ceux de Céline Dion. Je mangeais des hot-dogs l&#8217;été entre deux parties de baseball, mais une alimentation saine et équilibrée était une habitude de vie que mes parents tenaient à faire respecter.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;éducation que j&#8217;ai reçue ressemblait beaucoup à la méthode socratique. Je crois qu&#8217;il n&#8217;y avait aucune hiérarchisation des connaissances. Ils voulaient que je puisse bénéficier d&#8217;un vaste champ de savoir en me laissant le libre choix, durant l&#8217;adolescence et le début de l&#8217;âge adulte, de déterminer ce qui me plairait.</p>
<p style="text-align:justify;">Le caractère fondamental de la culture s&#8217;observe lorsqu&#8217;un individu estime que sa vie terrestre sera trop courte pour qu&#8217;il puisse connaître, apprendre, jouir, bref de vivre toutes les expériences voulues. Dès lors que nous prenons en considération notre temps limité sur Terre par rapport à l&#8217;incommensurabilité des connaissances humaines, il m&#8217;apparaît évident que la question « somme-nous cultivés ? » ne puisse se répondre de manière affirmative ou négative. En définitive, il est impossible d&#8217;affirmer que nous sommes trop cultivés; la seule certitude c&#8217;est que la culture, nous n&#8217;en avons jamais assez!</p>
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		<title>Feeling 3.</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Mar 2008 03:57:32 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. » En 1956, Albert Camus achève l&#8217;écriture de La chute. À ce moment précis, il ne se doute pas que ce roman sera le dernier écrit qu&#8217;il laissera à la postérité : quatre ans plus tard, il [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=227&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">« La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. »</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">En 1956, Albert Camus achève l&#8217;écriture de <em>La chute.</em> À ce moment précis, il ne se doute pas que ce roman sera le dernier écrit qu&#8217;il laissera à la postérité : quatre ans plus tard, il perdra la vie dans un accident de la route. </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Rarement cité comme étant un ouvrage monumental de Camus, ce roman est, à mes yeux, fondamental pour comprendre le cheminement de l’auteur. </font></font><font size="2"><font face="Verdana">Ce récit est à part dans l&#8217;œuvre de l&#8217;auteur; c&#8217;est en quelque sorte une rupture philosophique. Il y eut d&#8217;abord le cycle de l&#8217;absurde qui comprend <em>Le mythe de Sisyphe</em>, <em>Caligula</em> et <em>l&#8217;Étranger</em>, puis suit le cycle de la révolte avec <em>La peste</em>, <em>Les justes</em> et <em>L&#8217;homme révolté</em>.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">La question que je me pose est la suivante : comment Camus est-il passé de Meursault (<em>L&#8217;Étranger</em>) à Jean-Baptiste Clamence (le juge-pénitent et personnage principal de <em>La chute</em>)? Est-ce que ce sont les désillusions de l&#8217;après-guerre ou simplement un pessimisme latent et exacerbé vers la fin de sa vie lorsqu&#8217;il se retrouve face à une humanité à laquelle il se sent de plus en plus étranger? Je n&#8217;ai pas les réponses à ces questions.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">En fait, j&#8217;ai toujours été intrigué par les changements philosophiques d&#8217;un auteur. Par exemple, <a target="_blank" href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/02/28/analyse-historiographique/">j&#8217;ai étudié la plupart des ouvrages de l&#8217;historien Ian Kershaw</a>, sommité de la période nazie, pour être en mesure de capter le moment où il passe d&#8217;une explication conciliante entre « intention » et « structure » à une analyse clairement structuraliste du régime hitlérien. </font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Mais, laissons Kershaw de côté, j&#8217;en ai assez fait état dans mon billet précédent, et revenons à Camus.</font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Rappelons-nous la dernière phrase de <em>l’homme révolté</em> : « À cette heure où chacun d’entre nous doit tendre l’arc pour refaire ses preuves, conquérir, dans et contre l’histoire, ce qu’il possède déjà, la maigre moisson de ses champs, le bref amour de cette terre, à l’heure où naît enfin un homme, il faut laisser l’époque et ses fureurs adolescentes. L’arc se tord, le bois crie. Au sommet de la plus haute tension va jaillir l’élan d’une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre. »</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">L’image que cette phrase nous renvoie est celle d’une montée en puissance. Tout est à construire, l’homme est libre et il n’a qu’à épuiser son champ des possibilités. D’une flèche qui monte, nous somme maintenant rendus à la descente, la chute. J&#8217;estime que <em>La chute</em> ne peut pas être analysée en faisant abstraction de l&#8217;état d&#8217;esprit de l&#8217;auteur. Cette oeuvre témoigne de l&#8217;état d&#8217;esprit de l&#8217;auteur, mais aussi de celle de son époque, soit celle du désenchantement.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Je pourrais remplir des dizaines de pages sur Albert Camus et ses ouvrages. Tout ce qui touche, de près ou de loin, à cet auteur me passionne. Mais, écrire sur Camus n’est qu’un prétexte pour parler de moi. Laissez-moi une chance! Déjà que je parle de moi plus fréquemment depuis quelques mois, je trouve que c&#8217;est un bon début! Pour l&#8217;instant, il me faut parler des autres ou d&#8217;un contexte général avant d&#8217;introduire ma pensée intime. Puisque lorsque j&#8217;utilise le « je », je me sens vulnérable. Deux lettres qui changent tout le sens d&#8217;un texte. Mais, je ne vais pas parler de moi tout de suite puisque je m’en voudrais de parler du « moi profond » (aussi appelé le « moi véritable ») ou du « je » sans mentionner ce cher Proust.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Généralement, on s’entend sur le fait que la littérature moderne débute avec Proust, l’écrivain devient alors celui qui cherche à rendre la vérité de l’âme. Imaginer un instant l&#8217;œuvre de Marcel Proust écrite à la troisième personne du singulier…</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Dès la première phrase, l&#8217;auteur abolit la distance entre l&#8217;écrivain et son œuvre : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » <em>La recherche du temps perdu</em> n&#8217;est pas pour autant un résumé de la vie de l&#8217;auteur et même s&#8217;il existe plusieurs similitudes entre le narrateur et l&#8217;auteur, dont l&#8217;homosexualité et la maladie, son récit n&#8217;est pas une autopsychanalyse. Proust, au même titre que les impressionnistes, croit que la réalité n’a de sens qu&#8217;à travers la perception, réelle ou imaginaire, qu&#8217;en a le sujet.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Le « je » exhibe au grand jour les contrastes humains entre la réalité qu’un individu a de lui-même et la perception que les autres ont de ce dernier. Est-ce que la conscience de soi est toujours subjective ou bien est-il possible d&#8217;en tirer des lois générales? Proust démontre qu&#8217;il en est possible, si ce n&#8217;est que lorsqu&#8217;il introduit le contraste entre mémoire volontaire et mémoire involontaire.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Les principes, les valeurs, les idéologies, les idées « prêtes à porter » et « prêtes à consommer » sont pour moi des chimères que l’on se fabrique pour que le monde nous apparaisse moins absurde. Dès le jeune âge, on nous apprend à penser selon un mode bien défini : les petits gars n&#8217;agissent pas de cette façon, mange tes légumes, brosse tes dents, fais ceci, ne fais pas cela, etc. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle l&#8217;éducation. Au lieu, de former un être à en devenir, nous formons quelqu&#8217;un selon nos désirs.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Il faut apprendre à découvrir notre moi véritable, soit-ce que nous sommes réellement et non ce qu&#8217;on a fait de nous. L&#8217;important, c&#8217;est ce que je fais de ce que ce passé a fait de moi et même si on ne peut pas toujours faire fi des conditionnements de notre milieu, nous ne restituons pas la totalité de ce qu&#8217;on a reçu. </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">De nos jours, nous laissons peu de place aux contradictions. </font></font><font size="2"><font face="Verdana">Qu&#8217;est-ce que la contradiction? </font></font><font size="2" face="Verdana">C&#8217;est simplement l&#8217;opposition résultant de l&#8217;union de choses dites incompatibles; en logique, c&#8217;est une relation existant entre deux notions dont l&#8217;une nie l&#8217;affirmation de l&#8217;autre. Mais notre vie, et la vie, est faite de contradictions!</font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Je crois que c&#8217;est seulement dans ses contradictions que l&#8217;homme apparaît sous son vrai jour. Et voici une de mes contradictions : </font></font><font size="2"><font face="Verdana">« J&#8217;étais à l&#8217;aise en tout, il est vrai, mais en même temps satisfait de rien. » </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Cela doit faire quelques mois que je voulais parler de cet état d&#8217;esprit, mais j&#8217;effaçais toujours mon texte puisque je trouvais qu&#8217;il ressemblait à de l&#8217;apitoiement. Finalement, j&#8217;ai décidé de l&#8217;écrire étant donné que je crois que l&#8217;on peut être à la fois heureux et insatisfait de sa condition. On reconnaît que le Canada est un pays où il fait bon de vivre et où les gens sont les plus à même d&#8217;être heureux. Pourtant, je n&#8217;ai pas les statistiques exactes, mais je ne crois pas me tromper en affirmant qu&#8217;une personne sur cinq souffre de désordre psychiatrique et qu&#8217;une femme sur trois a déjà consommé des antidépresseurs.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">« Plus les gens peuvent être heureux, plus ils sont malheureux », affirme le Dr. Igor du roman <em>Véronika décide de mourir</em> de Paulo Coelho. </font><font size="2" face="Verdana">Être heureux est quelque chose de facile pour moi et lorsque l&#8217;on prend en compte le fait que la plupart des gens (sur une échelle planétaire) ne le sont pas, je me dis que je devrais peut-être m&#8217;en satisfaire. Mais je veux plus! Je suis à l&#8217;aise en tout, mais satisfait en rien. Mais lâchez-moi avec votre mot dépression!!! Au contraire, j&#8217;adore la vie et c&#8217;est justement mon amour de la vie qui me procure une insatisfaction puisque je crois que je pourrais en faire tellement plus, c&#8217;est-à-dire quelque chose de significatif.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Ma contradiction, c&#8217;est d&#8217;être insatisfait malgré tout&#8230;</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je suis en santé, je m&#8217;alimente très bien et je fais du sport; je crois que c&#8217;est la période de ma vie où je me sens le plus en forme sur le plan physique.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je bois moins d&#8217;alcool et j&#8217;ai les idées plus claires que par le passé. Mon état psychologique est peu perturbé.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">J&#8217;ai terminé mes études, mais je trouve que j&#8217;apprends davantage de nouvelles connaissances depuis que je ne suis plus forcé d&#8217;apprendre : je lis chaque jour, j&#8217;ai un emploi qui n&#8217;est pas en lien avec mon domaine d&#8217;étude donc qui me pousse à être autodidacte.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Ma famille va bien, je vais être mo&#8217;oncle d&#8217;ici un mois, mes amis sont toujours présents pour moi, et je rencontre plusieurs individus intéressants au sein de mon milieu de travail.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je ne suis pas en amour, mais je ne le recherche pas à tout prix! Je suis bien en tant que célibataire même si je ne ferme pas la porte à une éventuelle rencontre.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Alors, qu&#8217;est-ce qui cloche?</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Malgré tout cela, il me manque quelque chose, une étincelle, une flamme, un renouveau&#8230; un événement, une rencontre&#8230; je ne recherche pas l&#8217;extraordinaire, mais une chose qui me bouleverserait dans le bon sens du terme, c&#8217;est-à-dire qui me ferait sortir de mon état d&#8217;insatisfaction.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">J&#8217;ai appris depuis le début de mon âge adulte à me construire une carapace qui me protège des aléas de la vie, telle qu&#8217;enseigné par les maîtres sophistes de la Grèce antique. Parfois, j&#8217;explose et tout sort d&#8217;un seul coup, mais la plupart du temps, je trouve que c&#8217;est très utile puisque cela permet de relativiser ma situation présente.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Et si je la relativisais, je dirais que finalement il n&#8217;y a pas grand-chose à se plaindre et j&#8217;effacerais le tout comme d&#8217;habitude! Et on tournerait en rond&#8230;</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je veux de l&#8217;amour, de la joie, de la souffrance, des découvertes, des sensations fortes, je veux quelque chose d&#8217;inattendu, je veux, je veux&#8230;. finalement, qu&#8217;est-ce que je veux?</font></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/227/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/227/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=227&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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