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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>L&#8217;homme en tant que « projet »</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Dec 2008 03:26:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une question de perception « Je compris que ce n&#8217;est pas le monde physique seul qui diffère de l&#8217;aspect sous lequel nous le voyons; que toute réalité est peut-être aussi dissemblable de celle que nous croyons percevoir directement, que les arbres, le soleil et le ciel ne seraient pas tels que nous les voyons, s&#8217;ils [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=479&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Une question de perception</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Je compris que ce n&#8217;est pas le monde physique seul qui diffère de l&#8217;aspect sous lequel nous le voyons; que toute réalité est peut-être aussi dissemblable de celle que nous croyons percevoir directement, que les arbres, le soleil et le ciel ne seraient pas tels que nous les voyons, s&#8217;ils étaient connus par des êtres ayant des yeux autrement constitués que les nôtres, ou bien possédant pour cette besogne des organes autres que des yeux et qui donneraient des arbres, du ciel et du soleil des équivalents mais non visuels.</p>
<p style="text-align:justify;">[...]</p>
<p style="text-align:justify;">Et ainsi ce fut elle qui la première me donna l&#8217;idée qu&#8217;une personne n&#8217;est pas, comme j&#8217;avais cru, claire et immobile devant nous avec ses qualités, ses défauts, ses projets, ses intentions à notre égard (comme un jardin qu&#8217;on regarde, avec toutes ses plates-bandes, à travers une grille) mais est une ombre où nous ne pouvons jamais pénétrer, pour laquelle il n&#8217;existe pas de connaissance directe, au sujet de quoi nous nous faisons des croyances nombreuses à l&#8217;aide de paroles et même d&#8217;actions, lesquelles les unes et les autres ne nous donnent que des renseignements insuffisants et d&#8217;ailleurs contradictoires, une ombre où nous pouvons tour à tour imaginer, avec autant de vraisemblance, que brillent la haine et l&#8217;amour. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du récit <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/Le_C%C3%B4t%C3%A9_de_Guermantes" target="_blank">Le Côté de Guermantes</a> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Proust" target="_blank">Marcel Proust</a>, <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu" target="_blank">troisième volume</a> du roman <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu" target="_blank">À la recherche du temps perdu</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">La conception que nous avons de notre être est tiraillée entre un idéal que nous construisons dans notre imagination et la réalité que nous percevons de nous-mêmes et du monde qui nous entoure. Cette conception est aussi en constante opposition avec celle des autres. Cette intersubjectivité, soit ce moment de flottement où chacun construit sa réflexion sur l’autre qu’il a en face de lui, précipite l’éclatement de notre conception de notre propre réalité : chacun nie l’autre pour être lui-même.</p>
<p style="text-align:justify;">Comment arrive-t-on à un équilibre entre ces trois grands principes comportementaux que sont notre désir d&#8217;être nous-mêmes avec nos souvenirs, nos sentiments, nos jugements et nos valeurs qui définissent notre identité personnelle et notre essence d&#8217;être unique; notre refus de suivre les directives biologiques de notre organisme et de les outrepasser afin de mettre en place des règles de vie qui assurent le bien commun des autres individus &#8211; c&#8217;est-à-dire dans une perspective altruiste; et notre irrationalité comportementale qui nous pousse à agir afin d&#8217;être reconnu par nos pairs?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La métamorphose de Tom Ripley</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Dans le film <em><a href="http://www.imdb.com/title/tt0134119/" target="_blank">L&#8217;Énigmatique Monsieur Ripley</a></em>, les circonstances externes ainsi que des décisions prises consciemment amènent Tom Ripley &#8211; personnage interprété par Matt Damon &#8211; à devenir quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Ce dernier utilise notamment le mensonge pour camoufler sa véritable identité plutôt que d&#8217;être ce qu&#8217;il est réellement, soit, à ses yeux, quelqu&#8217;un d&#8217;ordinaire. Il poussera son obsession identitaire à l&#8217;extrême limite en légitimant le meurtre au lieu de révéler à son entourage sa supercherie.</p>
<p style="text-align:justify;">Contrairement aux films que l&#8217;on qualifie par l&#8217;expression <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Happy_end" target="_blank">happy ending</a> où le gentil triomphe du méchant et la vertu l&#8217;emporte sur le vice, la dernière scène de ce long-métrage d&#8217;Anthony Minghella (soulignons qu&#8217;il a aussi réalisé les films <a href="http://www.imdb.com/title/tt0116209/" target="_blank"><em>Le Patient anglais</em></a> et <a href="http://www.imdb.com/title/tt0159365/" target="_blank"><em>Retour à Cold Mountain</em></a>) s&#8217;écarte de cette tendance hollywoodienne. Tom ne paie pas devant la justice pour les crimes qu&#8217;il a commis; il se résigne seulement &#8211; du moins, c&#8217;est ce que je présume &#8211; à vivre une existence en solitaire.</p>
<p style="text-align:justify;">Malgré le fait que j&#8217;ai vu ce film à plusieurs reprises, il me bouleverse toujours autant. Ce long-métrage nous expose d&#8217;une manière frappante la naïveté qui se cache derrière l&#8217;expression « soi toi-même » (plus souvent utilisé en langue anglaise, <em>be yourself</em>).</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Être soi-même</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Que veut-on exprimer lorsqu&#8217;on nous conseille d&#8217;être fidèles à nous-mêmes, soit la personne que nous sommes réellement?</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;un côté, on nous incite à être nous-mêmes, de ne pas camoufler nos idées et nos opinions et de l&#8217;autre, on nous dit que la diplomatie jumelée à une certaine inhibition sociale constituent un atout très utile lorsqu&#8217;on veut projeter une bonne première impression. On peut trouver un exemple de cette ambivalence comportementale dans l&#8217;émission québécoise de téléréalité <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_Double" target="_blank"><em>Occupation double</em></a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Une des expressions les plus utilisées par les participants est le mot « vrai » : « il (ou elle) a de vraies valeurs », « il est vrai » et « il ne joue pas une <em>game</em> ». Je n&#8217;ai suivi aucune des cinq saisons de cette téléréalité, mais, il y a quelques semaines, j&#8217;ai écouté le souper de clôture de la dernière saison. La plupart des individus reprochaient au gagnant son manque de <em>fairplay</em>, c&#8217;est-à-dire d&#8217;avoir tout fait pour gagner en jouant un double-jeu et en mentant à tout le monde. Ce dernier se défendait en déclarant qu<em>&#8216;Occupation double</em> et sa vie ordinaire sont deux mondes différents.</p>
<p style="text-align:justify;">Vivons-nous constamment dans deux mondes différents? L&#8217;un où nous nous permettons d&#8217;être nous-mêmes, sans suivre de normes sociales et comportementales, et l&#8217;autre où nous portons un masque pour créer un écran de protection ou une image flatteuse que nous voulons donner de nous-mêmes.</p>
<p style="text-align:justify;">À mon avis, les gens ne comprennent pas toujours la signification de l&#8217;expression « soi toi-même ». En fait, cette phrase impérative devrait indiquer à notre interlocuteur qu&#8217;il n&#8217;a pas besoin de revêtir un masque et de camoufler ses opinions puisque nous l&#8217;apprécions tel qu&#8217;il est, et non comme nous aimerions qu&#8217;il soit.</p>
<p style="text-align:justify;">Bien sûr, cela ne veut pas dire d&#8217;abolir toutes inhibitions puisqu&#8217;il est possible de conserver notre intégrité sans pour autant dire tout ce qui nous passe par la tête et d&#8217;agir sans se soucier des autres.</p>
<p style="text-align:justify;">Après avoir réfléchi sur le sujet et observé les agissements de mes pairs, j&#8217;en viens à la conclusion qu&#8217;un des grands problèmes des relations humaines, c&#8217;est que nous avons une image idéalisée des gens que nous côtoyons. Par contre, en tant qu&#8217;individu, nous avons aussi une conception de l&#8217;image idéale de notre être qui plairait à notre entourage et nous préférons souvent projeter cette image embellie plutôt que de revêtir notre véritable identité par crainte d&#8217;être marginalisé.</p>
<p style="text-align:justify;">À quelque part, nous sommes tous des Tom Ripley. À un moment ou à un autre durant notre existence, nous nions une partie de notre identité afin de paraître sous un meilleur jour et de renforcer l&#8217;estime que nous avons de nous-mêmes.</p>
<p style="text-align:justify;">Je crois que c&#8217;est seulement lorsqu&#8217;il ment sur sa véritable identité que Tom est heureux. Je ne crois pas qu&#8217;il ait de remords ou de regrets vis-à-vis des crimes qu&#8217;il a commis. Ses choix ont été pris consciemment, et ce, même si c&#8217;est l&#8217;enchaînement de certaines circonstances fortuites qui ont permis sa métamorphose.</p>
<p style="text-align:justify;">Tom Ripley porte au paroxysme la métamorphose d&#8217;un individu qui est prêt à tout pour modifier sa vie afin d&#8217;être reconnu et accepté.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La métamorphose de Gregor Samsa</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Dans le récit <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/La_M%C3%A9tamorphose" target="_blank">La Métamorphose</a></em> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Franz_Kafka" target="_blank">Franz Kafka</a>, Gregor Samsa se réveille dans la peau d&#8217;un insecte monstrueux. Kafka l&#8217;a précisé à son éditeur, la métamorphose de Gregor ne doit pas être dessinée puisqu&#8217;il est voué à n&#8217;être que « ça », un être abject : « devant ce monstre, dit la sœur, je n&#8217;ai pas l&#8217;intention de prononcer le nom de mon frère. »</p>
<p style="text-align:justify;">On peut interpréter cette fable de Kafka comme le châtiment que subit tout individu qui s&#8217;écarte des normes établies. Les pressions sociales font en sorte que les individus marginaux sont traités sévèrement par la masse.</p>
<p style="text-align:justify;">Contrairement à Ripley, Gregor n&#8217;a pas choisi de se métamorphoser. Aucun signe avant coureur ne pouvait laisser croire à Gregor qu&#8217;il se métamorphoserait. Un matin, il prend conscience, subitement, qu&#8217;il est désormais un être transformé. Face à ce châtiment, Gregor est impuissant et contrairement aux espèces animales, il a conscience de son impuissance face à sa condition physique. Gregor ne perd pas sa lucidité et sa dignité. Il luttera jusqu&#8217;à la mort contre l&#8217;injustice qui découle de sa métamorphose.</p>
<p style="text-align:justify;">Si nous avons moins de sympathie pour Tom Ripley étant donné que nous le considérons comme étant le seul responsable de sa métamorphose, il n&#8217;en demeure pas moins que les deux individus mènent une lutte pour la reconnaissance.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le <em>thymos</em> (ou désir de reconnaissance)</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Notre vie est une éternelle lutte pour la reconnaissance vis-à-vis d&#8217;autrui. Nos actes ne prennent un sens qu&#8217;une fois qu&#8217;ils sont imprégnés dans la psyché d&#8217;un individu, comme l&#8217;a si bien résumé <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Paul_Sartre" target="_blank">Jean-Paul Sartre</a> dans son essai philosophique <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Being_and_Nothingness" target="_blank">l&#8217;Être et le Néant </a>: « nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. » Selon Socrate, l&#8217;âme humaine se divise en trois parties distinctes, celle des désirs/émotions (instincts et besoins), celle de la raison et celle du <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Thymos" target="_blank"><em>thymos</em></a> (ou désir de reconnaissance), soit la volonté d&#8217;un individu d&#8217;être reconnu par ses pairs en tant qu&#8217;individualité distincte et unique.</p>
<p style="text-align:justify;">Le philosophe allemand <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hegel" target="_blank">Hegel</a> dans la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ph%C3%A9nom%C3%A9nologie_de_l%27esprit" target="_blank">phénoménologie de l&#8217;esprit</a> et plus récemment le philosophe américain <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Fukuyama" target="_blank">Francis Fukuyama</a> dans son ouvrage <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_End_of_History_and_the_Last_Man" target="_blank">La Fin de l&#8217;histoire et le Dernier homme</a> sont d&#8217;avis que le <em>thymos </em>est le véritable moteur de l&#8217;histoire humaine. L&#8217;histoire humaine, dixit Hegel, a été fondée sur la lutte pour la reconnaissance; le <em>thymos </em>sous-tend plusieurs de nos actions et on se doit de le distinguer de la partie rationnelle de notre cerveau puisqu&#8217;il peut conduire à des comportements tout a fait irrationnels, mais justifiables d&#8217;un point de vue du désir de reconnaissance.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Des interrogations</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Pouvons-nous être toujours nous-mêmes &#8211; faire, dire et être comme nous le souhaitons &#8211; sans être rejetés par notre entourage?</p>
<p style="text-align:justify;">Si l&#8217;on s&#8217;écarte des normes établies, sommes-nous inévitablement condamnés, tôt ou tard, à devenir un paria de la société, un vulgaire insecte à l&#8217;instar de Gregor Samsa?</p>
<p style="text-align:justify;">À l&#8217;image de Tom Ripley, la fin justifie-t-elle toujours les moyens au point de nier une partie de notre individualité?</p>
<p style="text-align:justify;">Tom Ripley et Gregor Samsa subissent tous les deux une métamorphose. Si le premier en est le décideur principal et le second la subi contre son gré, tous les deux terminent leur quête en étant seuls au monde (pour Samsa sa métamorphose le conduira jusqu&#8217;à la mort).</p>
<p style="text-align:justify;">Il importe d&#8217;être fidèle à ses valeurs et de suivre sa propre voie. Mais, que vaut la poursuite de nos intérêts égoïstes face à une humanité qui souffre quotidiennement? Peut-on être heureux dans notre marginalité, même si l&#8217;on n&#8217;obtient aucune reconnaissance pour ce que nous faisons?</p>
<p style="text-align:justify;">ll importe de suivre les règles sociétales établies par le <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/03/16/le-contrat-social/" target="_blank">contrat social</a> afin de contrer notre tendance naturelle à être dominé par nos pulsions et nos intérêts égoïstes &#8211; les principes rousseauistes sont toujours présents lorsqu&#8217;on met en place des règles altruistes pour satisfaire l&#8217;intérêt général et atteindre une liberté civile. Cependant, qu&#8217;importe le bonheur de notre entourage en face de nos souffrances quotidiennes?</p>
<p style="text-align:justify;">Il importe d&#8217;être pragmatique et d&#8217;adopter temporairement le port du masque afin de ne pas dévoiler tout ce qui circule dans les méandres de notre âme. Mais à force de camoufler notre vraie nature et de mentir à ceux que l’on aime, ne risque-t-on pas de payer encore plus cher leur déception?</p>
<p style="text-align:justify;">Il est impossible de faire fi du <em>thymos</em> &#8211; ce besoin d&#8217;être reconnu &#8211; qui habite chacun de nous. Ce besoin nous pousse parfois à devenir un être qui ne nous ressemble pas, simplement pour être reconnu et obtenir ce que l&#8217;on désire. Mais, qu&#8217;elle est l&#8217;utilité d&#8217;être reconnu par autrui si le prix à payer est de se retrouver seul au monde?</p>
<p style="text-align:justify;">Je crois que nous pouvons arriver à vivre avec ces contradictions comportementales. Un point d&#8217;équilibre théorique existe même s&#8217;il est sans cesse menacé par la tension inhérente à la vie. Cet équilibre dépend de nous, de notre volonté à nous projeter dans le temps, à voir notre existence comme étant un perpétuel dépassement, un « projet », soit cette idée sartrienne où l&#8217;important c&#8217;est ce que nous faisons de nous-mêmes.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Être un éternel « projet »<br />
</strong>
</p>
<p style="text-align:justify;">Sans contredit, rien n’est stable dans la vie : tout change à tout moment, tout s’écoule et même les montagnes, symboles de pérennité, se transforment imperceptiblement sous l’action ininterrompue de l’érosion. L&#8217;instant présent est le seul qui semble être à notre portée, mais celui-ci s&#8217;envole et ne peut être saisi dans sa plénitude; un moment qui passe, c’est un moment qui ne reviendra pas. Et comme le souligne avec justesse l&#8217;écrivain <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Milan_Kundera" target="_blank">Milan Kundera</a> dans le roman <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ignorance" target="_blank">L&#8217;ignorance</a>, « si nous ne savons pas vers quel avenir le présent nous mène, comment pourrions-nous dire que ce présent est bon ou mauvais, qu’il mérite notre adhésion, notre méfiance ou notre haine? »</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est donc l’avenir qui donne au présent, et au passé, leur force, leur sens et leur saveur. De cette prémisse existentialiste est venue l&#8217;idée que l&#8217;homme est un « projet ». Ce qui compte, selon cette philosophie, c’est notre « projet » qui, à chaque instant, transcende ce passé, le transfigure et a le pouvoir de le rejouer.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout n&#8217;acte n&#8217;est pas pour autant permis : si vous êtes libre et condamné a être libre, vos choix vous engagent sur la voie de la responsabilité puisque vous avez choisi une certaine façon de penser l’homme.</p>
<p style="text-align:justify;">Vous êtes unique, maître non seulement de vos actes et de votre destin, mais également des valeurs que vous décidez d&#8217;adopter. À tous moments et au gré de vos découvertes, vous pouvez changer de direction et décider de changer votre vie. Tant que vous existez, tant que vous n&#8217;êtes qu&#8217;un projet, un point dans le temps, vous pouvez arriver à sauver votre passé.</p>
<p style="text-align:justify;">Soyez un éternel projet. Donnez un sens au monde qui vous entoure.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« En fin de compte, chacun est toujours responsable de ce qu’on a fait de lui-même s’il ne peut rien faire de plus que d’assumer cette responsabilité. Je crois qu’un homme peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de lui, c’est la définition que je donnerai aujourd’hui de la liberté : ce petit mouvement qui fait d’un être social totalement conditionné une personne qui ne restitue pas la totalité de ce qu’elle a reçu, de son conditionnement. L’important n’est pas ce qu’on a fait de nous, mais ce que nous faisons de nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait de l&#8217;ouvrage <em>Situations, IX. Melanges</em> de Jean-Paul Sartre</p>
</blockquote>
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		<pubDate>Tue, 24 Jun 2008 00:00:13 +0000</pubDate>
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		<guid isPermaLink="false">http://insomniaque.wordpress.com/?p=243</guid>
		<description><![CDATA[« Si le regard des autres t’effraie autant, ça doit être parce que tu crains l’opinion d’autrui sur ta personne. » « En intellectualisant tout ce que tu fais, tu vis dans ton propre monde des idées et tu oublies le monde réel, celui du concret et des actions. » Voilà deux exemples de commentaires [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=243&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p align="justify">« Si le regard des autres t’effraie autant, ça doit être parce que tu crains l’opinion d’autrui sur ta personne. »</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p align="justify">« En intellectualisant tout ce que tu fais, tu vis dans ton propre monde des idées et tu oublies le monde réel, celui du concret et des actions. »</p>
</blockquote>
<p align="justify">Voilà deux exemples de commentaires que j’ai reçus après avoir <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/06/15/le-regard-d%e2%80%99autrui/" target="_blank">publié mon dernier texte</a>. Il est toujours plaisant de jouer le rôle du psychologue et de tenter d’analyser l’autre. Nous le faisons tous : par exemple, on peut se demander si notre voisin n’est pas homosexuel puisqu’il vit seul.</p>
<p align="justify">À maintes reprises au cours d’une journée, on se permet, d’une part, d’étiqueter l’autre en fonction de ce qu’il n’est pas (« il n’est pas comme moi, il n’est pas comme la plupart des gens, il n’est pas comme on devrait l’être, il s’écarte de la norme établie, etc. ») et, d’autre part, on le juge à partir d’une simple observation. Pourtant, après plusieurs années d’échange avec les gens de notre entourage, on a toujours de la difficulté a bien les connaître.</p>
<p align="justify">Combien de fois avons-nous entendu aux nouvelles à la suite d’un meurtre perpétré par un père de famille : « il nous semblait être quelqu’un de bien, la famille semblait heureuse… » Lorsque Gaétan Girouard s’est suicidé, tout le monde médiatique du Québec a été étonné. Bien qu’il fût <em>workalcoolique</em>, personne n’aurait pu prédire un tel dénouement.</p>
<p align="justify">Mais, il nous est impossible de concevoir ce qui échappe à notre entendement. La nature première de l’autre, c’est d’être imprévisible. Bien que de nature imprévisible, les caractéristiques de l&#8217;autre nous sont pourtant fondamentales. C’est l’autre et son regard qu’il nous renvoie sur nous-mêmes qui nous permet de nous interroger sur notre propre nature : je suis comme ceci, il est comme cela, mais pourquoi il n’est pas comme moi? Et pourquoi je ne suis pas comme lui?</p>
<p align="justify">Entre la personnalité que nous projetons aux yeux des autres et notre moi intérieur, il y a un écart et celui-ci m’apparaît être plus élevé que ce que la majorité des gens l’imagine habituellement. Certes, les gens que je côtoie depuis plusieurs années en viennent à connaître mes particuliarités et vice-versa. Mais, nous projetons aux autres l’image que l’on veut bien exposer (ou peut-être inconsciemment).</p>
<p align="justify">Ce n’est pas le fait que cette image varie en fonction du type d’individu que l’on a devant nous – collègue de travail, connaissance, ami, famille, etc. – qui suscite mon questionnement, mais le fait que cette image est brouillée et submergée. L’image qui refait surface n’est qu’une infime partie de notre être. Le schéma du glacier de Freud m’apparaît encore valable aujourd’hui. Je crois que le « moi », le « surmoi » et le « ça » définissent qui nous sommes réellement. Mais cette partie demeure inconnue aux autres.</p>
<p><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2008/06/theorie-de-freud-deuxieme-topique.jpg"><img class="size-medium wp-image-244 alignnone" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2008/06/theorie-de-freud-deuxieme-topique.jpg?w=220&h=266" alt="" width="220" height="266" /></a></p>
<p align="justify">Jacques Lacan disait que « l&#8217;image de mon corps passe par celle imaginée dans le regard de l&#8217;autre; ce qui fait du regard un concept capital pour tout ce qui touche à ce que j&#8217;ai de plus cher en moi et donc de plus narcissique » puisque c’est l’image que l’autre perçoit de notre être qui nous importe : être gros, laid, petit ou introvertie, c’est toujours en fonction de l&#8217;image perçue par l’autre.</p>
<p align="justify">Dans le film <em>Fight Club</em>, il y a un passage que j’apprécie en particulier. Tyler Durden insiste sur le fait que les hommes sont tous, en définitive, dirigés par les mêmes instincts; personne n’est différent de l’autre. Nous sommes tous un amas de particules élémentaires contrôlées par nos pulsions primaires.</p>
<blockquote>
<p align="justify">« Vous n’êtes pas exceptionnel. Vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes fait de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde prêt à servir à tout. Nous appartenons tous au même tas d&#8217;humus en décomposition. […] Vous n’êtes pas votre travail, vous n&#8217;êtes pas votre compte en banque, vous n’êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis. Vous êtes la merde de ce monde, prête à servir à tout. »</p>
</blockquote>
<p align="justify">Faut-il ramener l’Homme à ses plus bas instincts, à ses pulsions animales pour qu’il y ait moins d’écart entre ce que nous sommes et l’image que les autres ont de nous?</p>
<p align="justify">Je ne crois pas.</p>
<p align="justify">Nous ne réagissons pas tous de la même manière puisque nous avons nos propres codes et nos propres idiosyncrasies. Entre réalité, perception et imagination, les méandres de la pensée de chacun nous déstabilisent. En fin de compte, c’est peut-être une des beautés de l’être humain, soit d’être incompréhensible à ses semblables. Et pour tenter d’y voir plus clair et <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/06/13/epidermique/" target="_blank">pour éviter de jeter du pessimisme sur les relations humaines</a>, il faut peut-être abandonner notre logique habituelle, notre vérité subjective, pour faire face aux multiples « empires intérieurs » de chacun !</p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/243/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/243/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/243/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=243&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Le regard d’autrui</title>
		<link>http://jean-nicolaslacoste.com/2008/06/15/le-regard-d%e2%80%99autrui/</link>
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		<pubDate>Mon, 16 Jun 2008 04:02:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
				<category><![CDATA[Caractéristique humaine]]></category>
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		<description><![CDATA[« Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. » (Sartre) « La possibilité de vivre commence dans le regard de l&#8217;autre. » (Houellebecq) C’est dans l’ouvrage l’Être et le Néant que Sartre développe les principaux concepts de sa philosophie d’ontologie [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=242&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p align="justify">« Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. » (Sartre)</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p align="justify">« La possibilité de vivre commence dans le regard de l&#8217;autre. » (Houellebecq)</p>
</blockquote>
<p align="justify">C’est dans l’ouvrage <em>l’Être et le Néant</em> que Sartre développe les principaux concepts de sa philosophie d’ontologie phénoménologique tels que l’« en-soi », le « pour-soi » et le « pour-autrui ». L’« en-soi » et le « pour soi » sont en perpétuel état d’opposition, le premier désignant toute chose, toute réalité qui existe sans avoir la conscience d’exister et le second désigne « l’être de l’homme » conscient de ce qu’il est et des possibilités infinies de choisir d’être autre chose.</p>
<p align="justify">La roche (« en-soi ») existe de manière passive, sans avoir la liberté d’être autre chose que ce qu’elle est, mais l’Homme, lui, a une liberté absolue. Si le caractère solipsiste du cogito vouait l’être à une solitude absolue puisque la seule chose, selon Descartes, qu’on est certain c’est la conscience de notre propre réalité, le « pour-soi » postule la liberté de tous les hommes. Pour reprendre une formule de Heidegger « l’homme ne possède pas la liberté, mais c’est la liberté qui possède l’homme. »</p>
<p align="justify">La liberté nous possède et si celle-ci est absolue, elle est limitée par la responsabilité que nous avons envers autrui; et c’est ce concept, celui de « pour-autrui », que je voudrais aborder.</p>
<p align="justify">À force d’interagir avec ma famille, mes amis et les gens que je côtoie régulièrement, je peux deviner leurs comportements, leurs pensées, leurs idiosyncrasies, mais la relation que j’entretiens avec eux n’est pas contingente, essentielle, mais accidentelle.</p>
<p align="justify">L’autre, c’est la personne que j’ai en face de moi qui me ressemble, mais qui m’est étranger.  Mais cet autre appartient à mon « pour-soi ». Je peux me faire une représentation de l’autre, en faire un « pour-moi » (un être que je donne un sens), mais en définitive la nature première de l’autre, c’est <em>d’être autre</em>.</p>
<p align="justify">C’est le regard d’autrui qui donne tout son sens à nos réactions émotives telles que la honte, la fierté, la jalousie et l’amour. C’est cette intersubjectivité, soit ce moment de flottement où chacun construit sa réflexion sur l’autre qu’il a en face de lui, qui, pour reprendre les termes de Sartre, précipite « notre chute » et « l’éclatement de moi-même » : chacun nie l’autre pour être lui-même.</p>
<p align="justify">De mon néant – soit le vertige que l’on ressent face à ce sentiment de liberté absolue et des possibilités qui s’offrent à nous – je peux devenir ce que je veux. Mais, en définitive, suis-je réellement ce que suis? (celui fabriqué par ma conscience que j’ai d’être)? Ou suis-je la construction du regard d’autrui? Ma liberté et mon intentionnalité sont sans cesse remises en question par le regard que l’autre porte sur moi.</p>
<p align="justify">J’aime les hommes, mais je déteste l’autre. Il m’est insupportable. Cet être échappe à mon entendement puisque je ne suis pas en mesure de saisir avec certitude sa pensée profonde. Si ce ramassis de particules élémentaires n’était qu’un objet inerte, je pourrais certes continuer à exister sans m’en soucier. Mais, mes actes prennent une tout autre signification lorsqu’ils sont portés à la psyché d’autrui.</p>
<p align="justify">L’autre, dit-on, permet de mieux nous connaître. Je crois que l’autre nous empêche plutôt d’être qui nous sommes réellement. La plupart du temps, nous agissons non pas en fonction de qui nous sommes véritablement, mais plutôt en jonglant entre qui nous désirons être et l’image de qui nous voulons projeter à ceux qui nous côtoie.</p>
<blockquote>
<p align="justify">« On se trompe avant même de rencontrer les gens, quand on imagine la rencontre avec eux; on se trompe quand on est avec eux; et puis quand on rentre chez soi, et qu’on raconte la rencontre à quelqu’un d’autre, on se trompe de nouveau. Or, comme la réciproque est généralement vraie, personne n’y voit que du feu, ce n’est qu’illusion, malentendu qui confine à la farce. Pourtant, comment s’y prendre dans cette affaire si importante – <em>les autres</em> – qui se vide de toute la signification que nous lui supposons et sombre dans le ridicule, tant nous sommes mal équipés pour nous représenter le fonctionnement intérieur d’autrui et  ses mobiles cachés? » (Philipe Roth – <em>Pastorale américaine</em>)</p>
</blockquote>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/242/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/242/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/242/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/242/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/242/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/242/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/242/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/242/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/242/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/242/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/242/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/242/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/242/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/242/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/242/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/242/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=242&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;Énigme</title>
		<link>http://jean-nicolaslacoste.com/2008/01/08/lenigme/</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Jan 2008 06:44:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
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		<description><![CDATA[J’aime remettre en question ce qui semble aller de soi selon les normes établies par notre société, mais qui ne fonctionne pas avec ma personnalité et selon ma philosophie de vie. Je ne m’acharne pas à aller toujours à contre-courant ou d’être marginal pour le simple plaisir de l’être. Je fais plein de choses courantes [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=212&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">J’aime remettre en question ce qui semble aller de soi selon les normes établies par notre société, mais qui ne fonctionne pas avec ma personnalité et selon ma philosophie de vie. Je ne m’acharne pas à aller toujours à contre-courant ou d’être marginal pour le simple plaisir de l’être. Je fais plein de choses courantes comme jouer à des jeux vidéo, écouter des films américains, manger du fast-food et abuser de l’alcool et en payer le prix le lendemain et je ne pense pas spécifiquement en dehors des normes établies : je suis un partisan des Canadiens de Montréal, je chiale contre les politiciens ou contre le fait que l’on paie trop d’impôt. Mais, à mon avis, il est fondamental de remettre en question les choses qui ne vont pas de paires avec notre mode de pensée, au lieu de dire, sans cesse, « je fais ceci ou cela puisque de toute façon, tout le monde fait ou pense ainsi. »</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Voici certaines de mes idées qui peuvent être qualifiées de marginales par certains : le Bien ne triomphe pas toujours du Mal puisque dans le mot inhumain il y a celui d’humain; les religions vont un jour s’effacer au profit d’une éthique de vie; le réalisme moral doit être adopté mondialement; les partis politiques n’ont pas à l’esprit le bien commun des gens qu’ils gouvernent.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">« Est-ce que tu sais c&#8217;est quoi ton problème? Tu as plus peur de l&#8217;amour que de la mort. » Depuis quelque temps, cette phrase circule dans ma tête. Cette idée n’est peut-être pas répandue, mais, pour ma part, je crois qu’il est plus logique de craindre l’amour que d’appréhender la mort. Craindre l’amour ne signifie pas que l’on veuille l’éviter. Je crois simplement qu’on ne peut pas éviter l’amour et c’est tout l’inconnu qui en découle qui nous fait peur : l’amour est invariablement, constamment et inévitablement une nouveauté puisqu’il n’y a jamais deux amours pareils.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Il n’est pas certain que tout soit certain, disait Pascal. Nous avons par contre la certitude que nous allons tous mourir et c’est à nous de décider de ce que nous allons faire de ce temps qui nous est alloué. En vieillissant, plusieurs personnes appréhendent la mort : ils regardent leur vie avec amertume, ils se disent qu&#8217;ils n&#8217;ont rien accompli d&#8217;extraordinaire et que leurs meilleures années, celles de leur jeunesse, sont derrière eux. Pour ma part, j&#8217;ai toujours eu une vision stoïcienne de la mort : l&#8217;homme est un animal rationnel et mortel et ce n&#8217;est pas la mort qui nous effraie, mais bien l&#8217;image qu&#8217;on s&#8217;en fait. Sénèque disait que la vie nous a été donnée avec la mort pour condition et que grâce à elle, on n&#8217;a plus rien à craindre puisque nous possédons cette certitude plus qu’elle nous possède.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Pour être heureux et atteindre le bonheur, nous avons besoin de certitudes et de stabilité, soit une assurance pleine et entière en quelque chose : l’inévitabilité de la mort nous force à tout donner à la vie que nous vivons quotidiennement. La mort, qui est traditionnellement considérée comme une source de douleur, peut se transformer en source de bonheur si on l’analyse sous cet angle.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Il y a quelque chose de paradoxal avec la vie que menons : si la plupart d’entre nous craignent la mort, nous recherchons tous l’amour où l’absence de certitude est reine. Au contraire du bonheur, l&#8217;amour se nourrit de doute, d&#8217;inquiétude et d&#8217;insécurité. Pour être heureux en amour, il faut donc accepter de délaisser un peu de nos certitudes et de notre liberté. Mais en délaissant nos certitudes, nous perdons aussi une certaine partie de notre bonheur. Est-ce que l’incertitude peut être une source de bonheur?</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Lorsque j’aime, je me sens près du néant puisque je me retrouve en face d’un être humain comme moi, mais étrangement différent. En fait, le néant c’est plutôt l’inconnu; et si c’est la même chose que nous ressentons avec tous les gens que nous côtoyons, le caractère spécifique à l’amour c’est que nous voulons transformer cet inconnu en concret; on veut transposer notre mode de pensée en l’Autre pour en faire un être qui nous ressemble.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Mais, entre nos désirs et ce que l’on désire de l’autre et entre l’image de l’Autre idéalisée et celle perçue réellement par nos sens, il y a des niveaux de perception complètement différents. Pour reprendre l&#8217;idée freudienne de désir, le problème repose sur la construction de notre identité qui se bâtie à la fois en fonction de notre désir d&#8217;être différent de l&#8217;Autre et par le fait que nous partageons un bagage commun qui fait en sorte que nous nous ressemblons : l&#8217;Autre est à la fois le modèle du désir et l&#8217;obstacle à son accomplissement.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Aimer, c’est partager un moment privilégié, c’est une preuve que nous avons vécu et c’est un moment qui ne se vit pas pareillement une seconde fois. Mais, qui sait : si l’Amour, comme le Bien, ne peut triompher de tout, ne serait-elle pas par contre la réponse à l’Énigme de la vie humaine? Ce que les religions appellent le paradis n’est peut-être que l’« amourosphère », c’est-à-dire un endroit où toutes les traces des amours passés seraient encore vivantes, flottant éternellement, s’entrechoquant l’une contre l’autre et laissant parfois échapper certaines poussières qui viendraient heurter l&#8217;inconscient des êtres humains, permettant ainsi à l’Amour et aux amours de chacun d&#8217;entre nous de ne jamais mourir et d&#8217;être éternel.</font></font></p>
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		<title>Le point d&#8217;équilibre</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Oct 2007 00:42:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">En microéconomie, on décrit le point d&#8217;équilibre comme étant la rencontre entre les courbes de l&#8217;offre et de la demande sur un graphique donné. C&#8217;est une stabilité théorique où les producteurs sont prêts à vendre la même quantité de biens que les consommateurs veulent en acheter. Pour que cette théorie soit toujours valable, il faut que deux prémisses soient toujours respectées.</p>
<p align="justify">D&#8217;abord, nous devons être en présence d&#8217;une concurrence parfaite entre les agents économiques et de plus, l&#8217;<em>homo œconomicus</em> (terme créé par le sociologue Pareto), soit l&#8217;homme en tant qu&#8217;agent économique, doit se conduire comme un être parfaitement rationnel agissant toujours en fonction de la maximisation de sa satisfaction.</p>
<p align="justify">Dans les cas où ces ceux prémisses ne sont pas respectées, on parle d&#8217;une approximation du fonctionnement des marchés.</p>
<p align="justify">Le sociologue français Pierre Bourdieu a critiqué cette théorie de Pareto dans l&#8217;ouvrage <em>les structures sociales de l&#8217;économie</em> : « le mythe de l&#8217;<em>homo œconomicus</em> et de la <em>rational action theory</em> sont des formes paradigmatiques de l&#8217;illusion scolastique qui portent le savant à mettre sa pensée pensante dans la tête des agents agissants et à placer au principe de leurs pratiques, c&#8217;est-à-dire dans leur « conscience », ses propres représentations spontanées ou élaborées ou, au pire, les modèles qu&#8217;il a dû construire pour rendre raison de leurs pratiques. »</p>
<p align="justify">Ce que dit Bourdieu, en somme, c&#8217;est que la théorie de Pareto repose sur des hypothèses comportementales, alors que nous savons fort bien que les gens ont tous leurs petites habitudes liées à leur passé et à leur milieu environnant. Les individus recherchent peut-être dans l&#8217;idéal à maximiser leurs intérêts, mais ce n&#8217;est pas toujours selon des critères rationnels explicites, d’autant plus qu’au niveau biologique, la rationalité n’est pas la seule composante qui nous influence.</p>
<p align="justify">Notre cerveau est divisé en trois parties : le cortex (hémisphère cérébral) nous permet, notamment de raisonner, le système limbique (l&#8217;hippocampe, le complexe amygdalien et l&#8217;hypothalamus) joue un rôle très important dans diverses émotions et finalement, la partie reptilienne agit sur nos instincts les plus primitifs comme la survie de l&#8217;espèce et la reproduction.</p>
<p align="justify">Chaque fois que nous devons prendre une décision, une ou plusieurs de ces parties de notre cerveau est sollicitées. Ainsi, que ce soit en économie ou dans la vie de tous les jours, l&#8217;équilibre est une approximation. On souhaite mener une vie équilibrée, avoir une alimentation équilibrée et avoir une santé mentale équilibrée… mais nous ne pouvons pas définir clairement ce que signifie le terme « équilibré » qui varie par ailleurs pour chaque sujet. L&#8217;équilibre est donc toujours relatif.</p>
<p align="justify">Si nous recherchons constamment à redéfinir notre point d&#8217;équilibre, vivre signifie pourtant, et paradoxalement, être en état de tension entre deux éléments : tels le yin et le yang, le blanc et le noir, l&#8217;amour et la haine, la vie est faite de contraste et nous ne pouvons pas connaître l&#8217;un sans avoir connu l&#8217;autre. Pour apprécier le plaisir, il faut avoir connu la souffrance de même que la tristesse nous fait apprécier nos moments de joie et de bonheur.</p>
<p align="justify">En fait, ce que nous expérimentons au cours de notre vie se situe sur un axe entre deux extrêmes et tout n&#8217;est qu&#8217;une question de degrés : petit plaisir, grande souffrance, tristesse passagère, etc. Notre équilibre, l’état de stabilité du corps et de l&#8217;esprit, est menacé par la tension inhérente à la vie.</p>
<p align="justify">Certaines interrogations s’imposent donc :</p>
<ol>
<li>
<p align="justify">Peut-on, parfois, outrepasser les dissonances cognitives?</p>
</li>
<li>
<p align="justify">Est-il possible de concilier notre désir immédiat avec notre ambition future?</p>
</li>
<li>
<p align="justify">Sommes-nous condamnés à être désillusionnés par le clivage entre notre monde imaginaire (celui de la pensée) et celui de notre existence et perçu à l&#8217;aide de nos sens?</p>
</li>
</ol>
<p align="justify">Bonne lecture!</p>
<p align="justify"><strong>Encore ces satanées dissonances cognitives</strong></p>
<p align="justify">En juin dernier, je rédigeai un texte où je donnai mes impressions sur la dissonance cognitive. Bien que je ne sois pas un expert dans le domaine de la psychologie, je crois avoir réussi à résumer le concept, et ce, autant par des termes théoriques qu’en exemples pratiques qui s’appliquent dans la vie de tous les jours.</p>
<p align="justify">Je concluais mon texte par une observation personnelle : l’inconsistance est, à certains égards, l’une des particularités qui fait partie de la beauté de l’être humain puisque, après tout, c’est ce qui nous distingue, d’une part, des autres espèces animales qui réagissent en suivant leur instinct et, d’autre part, des machines que nous avons programmées pour qu&#8217;elles répètent le même procédé indéfiniment.</p>
<p align="justify">Rappelons brièvement en quoi consiste la dissonance cognitive.</p>
<p align="justify">On utilise ce concept chaque fois qu&#8217;un individu est en présence de deux cognitions incompatibles. L’individu prend alors conscience que la nouvelle cognition qui affecte son cerveau s&#8217;avère être la bonne (c’est-à-dire celle à suivre en toute logique), mais il préfère appliquer un principe de réduction et faire abstraction de cette nouvelle information.</p>
<p align="justify">Par exemple, peu importe comment vous nuancez vos propos, fumer est nocif pour votre santé. Si vous décidez, en toute connaissance de cause, de continuer à fumer, vous allez utiliser des stratégies qui visent à rétablir un équilibre cognitif dans votre cerveau.</p>
<p align="justify">Fréquemment, notre cerveau est la proie de cognitions incompatibles entre elles et je me rends compte qu&#8217;il est parfois (pour ne pas dire souvent) difficile d&#8217;être toujours logique; même lorsque nous savons que nous ne devons pas faire tel geste, il arrive que nous le fassions tout de même.</p>
<p align="justify">Comme je l’écrivais aussi dans mon texte sur la dissonance cognitive, je crois que lorsque nous sommes, par exemple, en état d’ébriété, nous devons tendre le plus possible vers une logique absolue et, de ce fait, « nous montrer plus fort que la dissonance ».</p>
<p align="justify">Puisque même si notre désir immédiat (continuer à boire, se rendre à la maison le plus rapidement possible et par nos propres moyens ou bien ne pas dépenser de l&#8217;argent pour un trajet en taxi) est celui qui nous vient souvent en premier à l&#8217;esprit, il faut utiliser notre logique et se montrer « raisonnable ».</p>
<p align="justify">Je crois que nous pouvons arriver à vivre avec les cognitions contradictoires qui nous influencent quotidiennement en trouvant un juste milieu, soit un équilibre, entre une idiosyncrasie et une cohérence cognitive : comme le scientifique qui tend vers l’objectivité, il faut, en tant qu’être humain, tendre vers un niveau de rationalité élevé sans toutefois perdre de vue que ce sont parfois les petits détails insignifiants de notre vie qui nous permettent de nous définir dans notre manière d’être et de nous différencier de tous et chacun.</p>
<p align="justify"><strong>I want or I should</strong></p>
<p align="justify">Dans le cerveau humain, il y a constamment une tension entre ce que l’on veut faire et ce que l’on devrait faire. En tant qu&#8217;individu, nous vivons dans un état de conflit quotidien entre notre désir présent et notre ambition future. Dans leur ouvrage collectif <em>Negociating with Yourself and Losing</em>, Bazerman, Tenbrunsel et Wade expliquent que ce conflit domine toujours le processus de prise de décision chez l&#8217;être humain.</p>
<p align="justify">Regardez attentivement votre vie de tous les jours. Des résolutions délaissées à la mi-janvier, un programme de conditionnement physique abandonné après quelques semaines ou encore une promesse de cesser les excès d’alcool après avoir eu la tête dans l’évier de la cuisine durant toute la soirée!</p>
<p align="justify">Nous vivons en état continu de légèreté. Après tout, puisque notre vie est éphémère et ne se répète pas, aussi bien la vivre intensément et sans se soucier du lendemain! Et s&#8217;il s’avère que nous avons commis une erreur, nous aimons bien utiliser cette phrase clichée « si j’avais su ». Nous sommes en quelque sorte tous des petits historiens puisque nous préférons vivre d&#8217;abord, et ensuite analyser et reconnaître la nature de nos expériences.</p>
<p align="justify">Nous sommes aussi incapables d&#8217;imaginer le futur correctement étant donné que notre point de référence est le présent et qu’une fois arrivé à ce « futur» nos émotions ne seront pas les mêmes que lorsqu&#8217;on les imaginait. Comme l’a écrit Daniel Gilbert dans son ouvrage <em>Stumbling on Happiness</em>, « bad things feel not so bad as they are imagined to feel. » Nous analysons le futur avec notre vision du présent; mais, le futur moi ne verra pas le monde comme je le vois en ce moment. Et, paradoxalement, nous travaillons quotidiennement pour embellir un être et pour devenir quelqu’un que nous allons peut-être détester!</p>
<p align="justify">Parfois, nous avons l&#8217;impression de mener un combat entre une bonne et une mauvaise conscience (comme si un ange et un démon se chamaillaient). On pourrait dire que la bonne conscience c&#8217;est le <em>should-self</em> et la mauvaise c&#8217;est le <em>want-self</em>. Je m&#8217;explique.</p>
<p align="justify">Le premier (le <em>want-self</em> ou le désir immédiat) veut des résultats rapidement : lorsque j&#8217;ai une fringale, j&#8217;ouvre un sac de chips plutôt qu&#8217;un sac de légumes puisque je veux atteindre un état satiété et je ne pense pas aux bénéfices futurs d&#8217;une bonne alimentation. Tandis que l&#8217;autre partie, le <em>should-self</em> ou l&#8217;idéal à atteindre, veut maximiser la satisfaction sur le long terme : j&#8217;investis mon argent dans des placements financiers même si je ne connais pas ce que demain me réserve.</p>
<p align="justify">Inconsciemment, dans le processus de décision, nous comparons toujours nos désirs immédiats versus nos projections futures. Cette théorie des « multiples moi » est intéressante puisqu&#8217;elle fait un contre poids à la théorie de Pareto qui conçoit l&#8217;humain comme un acteur purement rationnel et équilibré.</p>
<p align="justify">Si la théorie de Pareto s&#8217;appliquait toujours, l&#8217;être humain devrait privilégier chaque jour de l&#8217;année une alimentation saine et équilibrée. Mais, une étude de la <em>Harvard Business School</em> a démontré que ce n&#8217;est pas le cas.</p>
<p align="justify">Après avoir analysé pendant une année les produits alimentaires que les gens ont achetés sur un site de distribution en ligne, l&#8217;étude conclut qu&#8217;il existe un rapport de corrélation entre le type de produits achetés et le délai de la commande. Plus les gens achètent à l&#8217;avance plus ils ont tendance à privilégier des produits nutritifs comme des fruits et légumes, tandis que lorsqu&#8217;ils souhaitent recevoir leur commande dans un futur immédiat (demain) et combler rapidement un désir, la crème glacée et autres gâteries sont davantage achetées.</p>
<p align="justify">Mais, un équilibre intrapersonnel est possible : si la plupart des gens ne mangent pas du <em>fast-food</em> sept jours par semaine (bonne conscience), ils choisissent pourtant de se faire plaisir en s&#8217;offrant une poutine graisseuse (mauvaise conscience) tout en privilégiant un entraînement physique sporadique (bonne conscience). Ceci permet de trouver un point d&#8217;équilibre entre notre désir immédiat et l&#8217;image future que l&#8217;on voudrait projeter.</p>
<p align="justify"><strong>Monde réel/sensible versus monde imaginaire/idéationnel</strong></p>
<p align="justify">Pouvons-nous trouver le moyen de faire coexister le monde des idées avec celui des sens? C’est une question qui ne se répond pas simplement par l’affirmatif ou le négatif. Ce conflit métaphysique est au cœur même de la nature de l’être humain.</p>
<p align="justify">Tout a commencé par un cri : notre premier contact avec le monde réel en est un de type sensoriel. La suite en est une de construction et de déconstruction entre les images formées dans notre imaginaire et celles transmises par le monde extérieur.</p>
<p align="justify">Lorsque je pense au mot « pomme », plusieurs concepts me viennent spontanément à l’esprit : fruit, rouge ou vert, sucré, pommier, etc. Mais, c’est seulement l’image d’une pomme et non pas la pomme en elle-même, comme l’indique le célèbre tableau du peintre Magrite où est représentée une pomme avec comme texte « ceci n’est pas une pomme ».</p>
<p align="justify">J&#8217;ai aussi une image d&#8217;Hitler en mémoire, mais je ne l&#8217;ai jamais côtoyé. J&#8217;ai lu abondamment sur la Shoah, mais je n&#8217;ai jamais ressenti la souffrance d&#8217;un juif enfermé et torturé dans un camp de concentration durant la Seconde Guerre mondiale, malgré le fait que connaisse une certaine perception de la souffrance.</p>
<p align="justify">Le conflit entre le monde imaginaire et celui sensoriel s&#8217;opère à deux niveaux.</p>
<p align="justify">D&#8217;abord, au niveau intrapersonnel, nous sommes tiraillés entre notre idéal que nous construisons dans notre imagination et la réalité perceptible. Plusieurs personnes de mon entourage souhaitent voyager en Europe puisque ce continent semble renfermer de multiples lieux touristiques. Certains seront peut-être déçus lors de leur voyage puisque le plaisir qu&#8217;il croyait ressentir était plus grand dans leur construction imaginaire que le plaisir réel et vécu par leurs sens.</p>
<p align="justify">Puis, au niveau interpersonnel, nous sommes en opposition constante entre nos perceptions et celles des autres. Même si nous sommes tous dotés des mêmes capacités sensorielles, nos référentiels sont différents. Nous connaissons tous le bonheur, l&#8217;amour, la joie, mais nous ne les ressentons pas de la même manière puisque chacun a son propre monde idéationnel ancré dans son esprit. Parfois, ces visions se recoupent et d’autres fois, elles sont irréconciliables.</p>
<p align="justify">Les grands archétypes de l’esprit, les idées pures, sont usurpées par de simples images sensorielles. C’est David Lurie, professeur de communication, de poésie romantique et personnage principal du roman <em>Disgrâce</em> de J.M. Coetzee qui émet cette idée. Nos idées, notre façon de penser et d’envisager le monde sont en perpétuelle confrontation avec l’image que nos sens nous renvois. C’est inévitable : nous ne pouvons pas vivre dans un abri nucléaire à l’abri du monde sensoriel.</p>
<p align="justify">Utilisons un exemple universel comme l’amour. Nous ne pouvons pas ressentir de l’amour pour quelqu’un les yeux fermés et, pour ce faire, nous devons l&#8217;éprouver avec nos sens. Mais, après la rencontre entre nos sens et ceux de l&#8217;autre, il y a un moment de flottement dans notre esprit et on se demande si ce que l&#8217;on ressent convient à l&#8217;image idéalisée que nous avions de l&#8217;amour. Ainsi, un point de rencontre se forme entre d&#8217;une part notre vision de l’amour que nos idées (notre imaginaire) projettent sur notre rétine et d&#8217;autre part, notre perception réelle vécue par nos sens.</p>
<p align="justify">Ce point de rencontre, c’est la fracture entre le monde imaginaire et le monde sensible. Mais, le monde sensoriel a ses limites.</p>
<p align="justify">Même si nous savons qu’il y a quelqu’un derrière cette porte, notre vision ne peut nous l’indiquer. Notre ouïe ne perçoit pas non plus le contraste entre, d’une part, le silence de la nuit où un être est étendu seul sur son lit froid et vide et, d’autre part, l’absence de parole, lorsque le regard prend toute la place entre deux êtres qui se sentent seuls au monde. Puisque même si dans les deux cas il n&#8217;y a aucun bruit et que le silence y est maître, le monde imaginaire, lui, est en mesure de saisir la différence entre la mélancolie suscitée au sein de notre âme par la solitude d&#8217;une nuit et le bonheur ressenti lorsque l’on est en bonne compagnie.</p>
<p align="justify">Je crois que l’être humain préfère l’un ou l’autre des deux mondes, mais rarement la cohabitation entre les deux. Parfois, nous vivons dans un monde très idéalisé grâce à la force de notre imaginaire, comme c’est le cas avec l’amour. Nous voulons tomber en amour pour nous délecter du penchant que cet être a pour nous et non pas pour simplement « se sentir bien », sans se poser trop de questions et de profiter du contact réciproque que nous procure cette relation. Nous recherchons quelque chose qui serait en conformité avec notre désir et non pas avec la réalité.</p>
<p align="justify">À d’autres occasions, nous sommes très enclins vers le sensoriel. Comme le disait Yvon Deschamps, « on ne veut pas le savoir, on veut le voir ». Une semaine de vacances ne serait pas une vraie semaine de vacances si on n’en profitait pas pour explorer le monde qui nous entoure : voyages, expéditions, croisières, etc.</p>
<p align="justify">Et pourtant, un équilibre est possible, voire souhaitable. Puisque sans notre système sensoriel, l’amour et tout le reste perdent toute signification, mais pour connaître des moments pareils, notre œil se doit de se tourner à demi vers les grands archétypes de l’imagination que nous portons tous en nous!</p>
<p></font></font></p>
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