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	<title>l'Insomniaque &#187; descartes</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>La mémoire des choses et la conscience du temps sont au coeur de la complexité humaine</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Mar 2009 04:17:39 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Comme la vue est un sens trompeur, un corps humain, même aimé, comme était celui d’Albertine, nous semble, à quelques mètres, à quelques centimètres, distant de nous. Et l’âme qui est à lui de même. Seulement, que quelque chose change violemment la place de cette âme par rapport à nous, nous montre qu’elle aime d’autres êtres et pas nous, alors, aux battements de notre cœur disloqué, nous sentons que c’est, non pas à quelques pas de nous, mais en nous, qu’était la créature chérie. En nous, dans des régions plus ou moins superficielles. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du récit <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/Sodome_et_Gomorrhe" target="_blank"><em>Sodome et Gomorrhe</em></a> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Proust" target="_blank">Marcel Proust</a>, <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu" target="_blank">quatrième volume</a> du roman <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu" target="_blank">À la recherche du temps perdu</a>.</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;"><strong>La dichotomie entre la rationalité et les émotions</strong></p>
<p style="text-align:justify;">À mon avis, l&#8217;opposition traditionnelle entre la pensée cartésienne et pascalienne ne permet pas de bien saisir la nature humaine dans toute sa complexité. La dualité entre le « corps et l&#8217;esprit » est galvaudée et surfaite. Cette dualité est souvent décrite comme étant un choix délibéré qui s&#8217;offre à nous entre la voie de la réflexion et celle de la spontanéité.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;être humain est en mesure de produire une réflexion rationnelle sans qu&#8217;il en ait réellement conscience. La « cognition rapide », terme inventé par le journaliste et auteur populaire <a href="http://www.gladwell.com/" target="_blank">Malcolm Gladwell</a> dans son ouvrage <a href="http://www.gladwell.com/blink/index.html" target="_blank"><em>Blink</em></a>, facilite un traitement rapide de l&#8217;information afin de nous fournir des conclusions sur la façon dont il faut conduire nos actions, et ce, avec le peu de connaissances en notre possession.</p>
<p style="text-align:justify;">Un urgentologue qui se doit de décider lequel parmi ses patients est dans une situation critique et doit être opéré en priorité, un policier qui se retrouve dans une situation où l&#8217;utilisation de son arme à feu semble justifiée et tout individu qui rencontre quelqu&#8217;un pour la première fois, sont des exemples où la cognition rapide est sollicitée. Si l&#8217;être humain était dépourvu de sa faculté de « cognition rapide », il lui serait impossible d&#8217;agir lorsque la situation demande une réponse quasi-instantanée.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cas célèbre de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Phineas_Gage" target="_blank">Phineas P. Gage</a>, contremaître des chemins de fer, mérite d&#8217;être mentionné. Le 13 septembre 1848, Gage travaille au dynamitage de rochers lorsqu&#8217;une barre de fer lui traverse le crâne et provoque des dommages aux lobes frontaux de son cerveau. Phineas survit à ce traumatisme crânien, mais la partie émotionnelle de son cerveau est affectée, causant dès lors des effets négatifs sur son comportement social et personnel et le laissant dans un état instable et asocial.</p>
<p style="text-align:justify;">Si l&#8217;état post-traumatique de Gage démontre que le rôle des émotions chez l&#8217;Homme va au-delà d&#8217;une simple réaction à des stimuli de l&#8217;environnement immédiat, un individu qui subit un traumatisme crânien causant des lésions à son cortex cérébral, section de notre cerveau qui affecte la rationalité, subira différents troubles neurologiques qui auront des effets tout autant dévastateurs que ceux ressentis par Gage. Notons simplement qu&#8217;une des formes courantes de dégénérescence des cellules neurales est celle de la maladie d&#8217;alzheimer où l&#8217;on observe une diminution des capacités cognitives du sujet.</p>
<p style="text-align:justify;">Selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Damasio" target="_blank">Antonio Damasio</a>, spécialiste en neurologie, l&#8217;être humain ne peut pas prendre une décision sans le « module » émotionnel de son cerveau. Aux yeux de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Descartes" target="_blank">René Descartes</a>, penseur qui a ouvert la grande aventure de la pensée moderne, l&#8217;Homme peut atteindre la vérité à condition qu&#8217;il utilise sa raison et les préceptes avancés par la philosophie cartésienne du doute méthodique. Dans son ouvrage <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Descartes%27_Error:_Emotion,_Reason,_and_the_Human_Brain" target="_blank">L&#8217;Erreur de Descartes</a></em>, Damasio va à l&#8217;encontre de l&#8217;idée cartésienne du dualisme entre raison et émotions en présentant plutôt ses deux identités comme étant interreliées.</p>
<p style="text-align:justify;">Il existe néanmoins une dualité qui est rarement abordée dans les discussions, soit celle qui a lieu dans notre esprit entre la mémoire volontaire et la mémoire involontaire.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La mémoire </strong><strong>de l&#8217;intelligence</strong></p>
<p><strong></strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Regardez la réalité : qui parle d&#8217;âme ou de profondeur psychologique aujourd&#8217;hui? Le XXe siècle, c&#8217;est le triomphe d&#8217;une explication scientifique du monde, le triomphe d&#8217;une ontologie matérialiste et du déterminisme local. Dorénavant, pour expliquer un comportement humain, on dresse la liste d&#8217;un certain nombre de paramètres numériques : hormones, neuromédiateurs&#8230; et puis voilà. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait d&#8217;une entrevue accordée en 1998 par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Houellebecq" target="_blank">Michel Houellebecq</a> au magazine <a href="http://www.lire.fr/" target="_blank"><em>Lire</em></a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Considéré comme le père de la sociologie, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Comte" target="_blank">Auguste Comte</a> est surtout reconnu en tant que fondateur du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Positivisme" target="_blank">positivisme</a> et partisan du triomphe de la raison sur les autres facultés de l&#8217;esprit humain. Philosophie qui s&#8217;appuie sur les sciences dites positives, aujourd&#8217;hui appelées sciences exactes, le positivisme postule que le scientifique doit renoncer à la question du « pourquoi » et se limiter au « comment » afin que la progression des connaissances humaines ne soit pas tributaire des croyances théologiques et des explications métaphysiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Les partisans de cette philosophie estiment que pour expliquer la réalité des faits, il faut utiliser les méthodes scientifiques que sont notamment l&#8217;observation et l&#8217;expérimentation. Aujourd&#8217;hui, le néopositivisme n&#8217;a conservé des théories de Comte que le recours aux faits. Une idée qui n&#8217;est pas basée sur des faits et réductible à un processus de réflexion rationnelle doit être rejetée.</p>
<p style="text-align:justify;">Michel Houellebecq est l&#8217;un des écrivains dont la pensée positiviste influence les écrits et c&#8217;est notamment le cas dans l&#8217;ouvrage <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Particules_%C3%A9l%C3%A9mentaires" target="_blank"><em>Les particules élémentaires</em></a> où nous retrouvons plusieurs citations d&#8217;Auguste Comte placées en exergue en début de chapitre. Houellebecq &#8211; qui me semble être un partisan du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Scientisme" target="_blank">scientisme</a>, théorie selon laquelle la connaissance scientifique permettrait d&#8217;échapper à l&#8217;ignorance dans tous les domaines &#8211; est d&#8217;avis que le roman doit constituer un témoignage sur la condition psychologique de l&#8217;Homme contemporain. L&#8217;écrivain se doit alors d&#8217;intégrer l&#8217;état actuel des connaissances humaines afin d’éviter que l&#8217;art romanesque devienne purement et simplement un processus de « l&#8217;écriture pour l&#8217;écriture ».</p>
<p style="text-align:justify;">Pour ce faire, il doit s&#8217;affranchir d&#8217;une écriture personnelle et éviter une ligne directrice en fonction de ses désirs intimes. L&#8217;art romanesque, selon Houellebecq, ne doit plus se limiter à un rôle de simple divertissement. Le roman doit avoir une fonction informationnelle au même titre qu&#8217;un ouvrage scientifique. En lisant les ouvrages de cet écrivain français, on se rend compte que la science, la technologie et l&#8217;histoire se côtoient et que leur amalgame tend à vouloir créer une vision objective de la réalité.</p>
<p style="text-align:justify;">Les procédés littéraires employés par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Umberto_Eco" target="_blank">Umberto Eco</a> ont des similitudes avec celles d&#8217;Houellebecq. On retrouve dans les romans d&#8217;Eco, notamment <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Nom_de_la_rose" target="_blank">Le Nom de la rose</a></em> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pendule_de_Foucault" target="_blank">Le</a><em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pendule_de_Foucault" target="_blank"> Pendule de Foucault</a>, </em>une multitude de références philosophiques et historiques et à partir desquelles le lecteur n&#8217;est pas toujours en mesure de départager la fiction de la réalité et l&#8217;opinion de l&#8217;auteur des faits historiques établis. Les deux auteurs s&#8217;interrogent sur la démarche scientifique de leur monde immédiat et si l&#8217;on peut considérer la « méthode houellebecquienne » comme étant moralisatrice, l&#8217;érudition d&#8217;Eco &#8211; il est notamment spécialiste en sémiologie et en esthétique médiévale tout en ayant une formation académique en philosophie &#8211; vise à « débusquer du sens là où on serait porté à ne voir que des faits ».</p>
<p style="text-align:justify;">La similarité épistémologique que nous retrouvons entre les écrivains Auguste Comte, Michel Houellebecq et Umberto Eco se situe au niveau de leur perception des connaissances humaines, emmagasinées grâce à la mémoire de l&#8217;intelligence, qui seraient en mesure de restituer la réalité humaine dans son intégralité.</p>
<p style="text-align:justify;">La mémoire des choses &#8211; ou la mémoire volontaire de l&#8217;intelligence - s&#8217;apparente à la photographie, à savoir qu&#8217;elle est figée dans le temps et qu&#8217;elle ne donne qu&#8217;une parcelle de la réalité, unilatérale et momentanée. Grâce à notre intelligence, nous pouvons nous rappeler une sélection d&#8217;événements passés, mais ceux-ci demeureront toujours fragmentés.</p>
<p style="text-align:justify;">Une analyse exhaustive de l&#8217;oeuvre d&#8217;un écrivain et une reconstitution du passé d&#8217;un être humain seront toujours inachevées. Nous ne sommes pas uniquement la somme de nos expériences; nous ne sommes pas la somme de ce que nous écrivons. Il y a une « chose » qui demeure insaisissable à notre intellect et que la mémoire volontaire ne sera jamais à même de décrire. Marcel Proust, dont la philosophie bergsonienne a influencé sa pensée, a fait de cette « chose » la thématique principale de l&#8217;oeuvre de sa vie.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La réminiscence des souvenirs</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« J&#8217;ai vraiment perdu la notion du temps. Si on n&#8217;a plus de centre émotionnel&#8230; <em>elle s&#8217;interrompit, fit un effort, et reprit d&#8217;une voix rauque</em> &#8230;c&#8217;est ce qui arrive. Des éternités&#8230; des fractions de secondes&#8230; ça revient au même. On n&#8217;a plus le sens ordinaire des mesures. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du récit <em><a href="http://www.amazon.fr/Jour-enseveli-Rosamond-Lehmann/dp/2859408630" target="_blank">Le Jour enseveli</a></em> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosamond_Lehmann" target="_blank">Rosamond Lehmann</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Dans ce XIXe siècle marqué par la théorie positiviste d&#8217;Auguste Comte et la prééminence de la raison en tant que seul instrument valable de la connaissance humaine, une voix dissidente émerge. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bergson" target="_blank">Henri Bergson</a> sera le premier à remettre en question la philosophie positiviste en démontrant qu&#8217;il y a une « chose » qui échappe à la science et qui ne peut être saisie par la mémoire de l&#8217;intelligence. Cette « chose », c&#8217;est l&#8217;esprit humain au prise avec sa conscience du temps. Pour Bergson, la durée du temps mesurée par le scientifique n&#8217;est pas la même chose que le temps vécu par chaque être humain ayant leur propre individualité.</p>
<p style="text-align:justify;">La thématique du temps au sein de la philosophie bergsonienne a profondément influencé Marcel Proust. <em>À la recherche du temps perdu</em> est une réflexion majeure sur l&#8217;existence même du temps, sur sa relativité et sur l&#8217;incapacité de le saisir au temps présent. La méthode positiviste de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Augustin_Sainte-Beuve" target="_blank">Charles Augustin Sainte-Beuve</a>, critique littéraire et écrivain français, où seule l&#8217;intelligence humaine serait en mesure de découvrir les intentions qui se cachent derrière l&#8217;oeuvre d&#8217;un auteur, est remise en question par Marcel Proust dans son ouvrage <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Contre_Sainte-Beuve" target="_blank">Contre Sainte-Beuve.</a></em></p>
<p style="text-align:justify;">Dans l’univers proustien, l’édifice immense du souvenir est fréquemment ébranlé par les réveils involontaires de la mémoire. Cette mémoire échappe à l’intelligence et elle ne se cache pas dans les intentions de l’auteur; elle est nulle part et partout, hors et en nous; elle peut être retrouvée, ressaisie, mais elle part et revient sans préavis.</p>
<p style="text-align:justify;">En consultant les cahiers de rédaction de Proust, nous apprenons que le premier titre envisagé était « les intermittences du cœur ». Bien que Proust ait finalement intitulé son œuvre « à la recherche du temps perdu », cette métaphore nous permet de saisir le sens de cette quête du « moi profond » à travers le temps perdu. « L&#8217;intermittence du cœur », c&#8217;est la temporalité discontinue qui existe entre le moment où notre sensibilité est vécue et celui où nous la reconstruisons et que nous comprenons sa signification.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Les réveils imprévisibles de la mémoire</strong></p>
<p><strong></strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du coeur.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est sans doute l&#8217;existence de notre corps, semblable pour nous à un vase où notre spiritualité serait enclose, qui nous induit à supposer que tous nos biens intérieurs, nos joies passées, toutes nos douleurs sont perpétuellement en notre possession. Peut-être est-il aussi inexact de croire qu&#8217;elles s&#8217;échappent ou reviennent.</p>
<p style="text-align:justify;">En tout cas, si elles restent en nous c&#8217;est, la plupart du temps, dans un domaine inconnu où elles ne sont de nul service pour nous, et où même les plus usuelles sont refoulées par des souvenirs d&#8217;ordre différent et qui excluent toute simultanéité avec elles dans la conscience. Mais si le cadre de sensations où elles sont conservées est ressaisi, elles ont à leur tour ce même pouvoir d&#8217;expulser tout ce qui leur est incompatible, d&#8217;installer seul en nous, le moi qui les vécut. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du récit <em>Sodome et Gomorrhe</em> de Marcel Proust, quatrième volume du roman <em>À la recherche du temps perdu.</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Dans l&#8217;ouvrage <em>À la recherche du temps perdu</em>, un des thèmes évoqués est l&#8217;opposition entre la mémoire volontaire (celle de l&#8217;intelligence) et les réminiscences de la mémoire involontaire (celle du subconscient). Une odeur, un bruit, et tout le décor passé peut être retrouvé. Cette mémoire nous submerge comme la vague. Il est impossible de la saisir par la voie de la raison et d&#8217;arriver à la reconstruire dans sa totalité. Cependant, elle retrouve en quelque sorte une part de vécu, fait de sensations éprouvées dans le passé. Une mémoire vivante en soi, et ce, même après de longues périodes d&#8217;hibernation.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout ce qui fait parti du subconscient ne peut pas être retrouvé dans les écrits d&#8217;un romancier. « L&#8217;homme qui fait des vers et qui cause dans un salon n&#8217;est pas la même personne » nous rappelle Proust. Mais les réveils imprévus de la mémoire nous permettent de ressentir à nouveau cette sensibilité que l&#8217;on croyait perdue à jamais.</p>
<p style="text-align:justify;">Vos photographies, vos écrits et toutes autres formes de traces concrètes d&#8217;intelligence volontaire ne pourront pas résumer dans sa totalité votre passage sur cette Terre. S&#8217;il vous était possible de reconstruire votre existence à partir de fragments du passé, votre création ne représenterait pas le reflet de votre vie puisque, en définitive, le réel ne sera jamais en mesure de transcender « les intermittences du cœur ».</p>
<br />Publié dans Caractéristique humaine, Livre, Philosophie, Uncategorized  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/730/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/730/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/730/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/730/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/730/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/730/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/730/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/730/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/730/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/730/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/730/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/730/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/730/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/730/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=730&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Leurré par le hasard</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Jul 2008 23:46:48 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Chaque jour, nous sommes leurrés par le hasard. Nous voyons une certaine logique là où il n&#8217;y en a aucune. Par conséquent, nous sous-estimons le rôle de la chance. Après l&#8217;événement, les choses apparaissent comme étant inévitables et nécessaires. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle la « surcausalité » : « on pense avoir compris beaucoup plus après le fait qu’avant », [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=262&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Chaque jour, nous sommes leurrés par le hasard. Nous voyons une certaine logique là où il n&#8217;y en a aucune. Par conséquent, nous sous-estimons le rôle de la chance. Après l&#8217;événement, les choses apparaissent comme étant inévitables et nécessaires. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle la « surcausalité » : « on pense avoir compris beaucoup plus après le fait qu’avant », dit <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Nassim_Taleb" target="_blank">Nassim Nicholas Taleb</a> auteur du livre <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Fooled_by_Randomness" target="_blank">Fooled <em>by Randomness : The Hidden Role of Chance in Life and in the Markets</em></a>.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai souvent louangé l&#8217;apport de Descartes à la réflexion humaine. Le cartésianisme nous permet, entre autres, de construire notre pensée sur une base rationnelle en partant du doute méthodique pour arriver à une évidence; de l&#8217;intuition à la déduction. La grande préoccupation de la philosophie de Descartes est ainsi d&#8217;atteindre la certitude; et c&#8217;est à ce stade-ci de sa réflexion que je m&#8217;oppose au philosophe français.</p>
<p style="text-align:justify;">À mon avis, il y a peu de certitudes dans la vie. Le scepticisme s&#8217;avère alors une arme utile envers les tenants d&#8217;un formalisme intellectuel. Il est beaucoup plus difficile et courageux pour un homme d&#8217;utiliser le « que sais-je? » de Montaigne que le « je pense donc je suis  » de Descartes; pour le premier, le doute intellectuel est un devoir tandis que pour le second, père du cartésianisme, le but de toute réflexion humaine est d&#8217;arriver à une certitude.</p>
<p style="text-align:justify;">Lorsqu&#8217;on considère les événements de notre vie et que l&#8217;on essaie d&#8217;aboutir à une explication dite rationnelle, on se range souvent du côté de l&#8217;évidence du déterminisme, tandis qu&#8217;une interprétation basée sur  l&#8217;enchaînement de circonstances fortuites serait jugée comme beaucoup moins rationnelle. Les gens ont l&#8217;impression de vivre dans un univers beaucoup plus déterministe qu&#8217;il ne l&#8217;est réellement.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;abord, notre cerveau conçoit le monde de façon beaucoup moins aléatoire qu&#8217;il ne l&#8217;est en réalité. Ce qui ne signifie pas que tout n&#8217;est qu&#8217;une question de hasard; le scepticisme n&#8217;est pas du nihilisme! La chance n&#8217;est pas la seule responsable du succès des Péladeau, Desmarais et Dion de ce monde. La chance sourit qu&#8217;aux esprits bien préparés, disait Louis Pasteur. S&#8217;il faut posséder certaines habiletés comme de l&#8217;intelligence, de l&#8217;intuition et de la persévérance pour arriver au succès, ce n&#8217;est pas nécessairement tous les gens intelligents, intuitifs et persévérants qui réussissent dans la vie. C&#8217;est le sophisme de l&#8217;affirmation de la conséquence : un argument de la forme si A alors B, B, donc A. Sous forme conditionnelle (« Si A alors B, donc si B alors A »), c&#8217;est appelé conversion d&#8217;un conditionnel.</p>
<p style="text-align:justify;">Ensuite, notre cerveau est incapable de concevoir que des événements peuvent être imprévisibles. De nombreux événements n&#8217;ont simplement aucun précédent, on les appelle alors des <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Black_swan_theory" target="_blank">black swans</a></em>. Selon Nassim Nicholas Taleb, inventeur du terme, un <em>black swan<strong>*</strong></em><strong> </strong>est un événement qui a des répercussions majeures, difficiles à prédire, au-delà du domaine des attentes normales. En voici quelques exemples : la Première Guerre mondiale,  le 11 septembre 2001, les grandes faillites de sociétés, la bulle financière de l’an 2000&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Finalement, nous avons une impression subjective qui nous conduit à croire que tel événement était inévitable; nous proclamons alors que nous le savions depuis le début. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle le biais rétrospectif (ou la distorsion rétrospective) qui désigne, en psychologie du raisonnement,  la tendance de l&#8217;esprit humain à juger a posteriori qu&#8217;un événement était probable ou prévisible, alors même que ce n&#8217;était pas le cas avant qu&#8217;il ait eu lieu. </p>
<p style="text-align:justify;">Il m&#8217;apparaît que ces trois tendances de l&#8217;esprit humain -  la difficulté à accepter l&#8217;enchaînement de causes aléatoires, l’incapacité à concevoir les phénomènes imprévisibles (les <em>black swans</em>) et la tendance à considérer rétrospectivement les événements comme étant inévitables &#8211; font en sorte que, la plupart du temps, on réduit le dénouement d’un événement quelconque à sa plus simple expression et on rejette toutes les explications alternatives qui auraient pu avoir lieu : si je réussis, c’est parce que j’ai pris la bonne décision et si j’échoue c’est parce que je me suis trompé.</p>
<p style="text-align:justify;">La part de l&#8217;autre peut aussi être illustrée sous forme d&#8217;histoire alternative. Imaginé qu’un riche homme d’affaires vous offre 10 millions de dollars si vous participez à une ronde de roulette russe et que vous sortez gagnant (c’est-à-dire que vous demeurez en vie!). 5 histoires alternatives sur 6 feraient de vous un homme riche. Le problème, c’est que seulement une de ces histoires est observée dans la réalité. Et dans la réalité, nous observons seulement les gagnants : pour un Bill Gates, il y a des milliers d’hommes d’affaires qui ont dû déclarer faillite.</p>
<p style="text-align:justify;">La plupart des individus considèrent que c’est faire preuve de folie que de considérer dans notre analyse à la fois ce qui est observable et ce qui ne l’est pas. Les probabilités ne font pas partie, selon la croyance commune, de la réalité et nous devons les laisser entre les mains des statisticiens et des vendeurs d’assurance.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qu&#8217;on appelle « probabilité » n&#8217;est pas un simple calcul de cotes sur les dés ou des variantes plus compliquées. C&#8217;est l&#8217;acceptation de l&#8217;absence de certitude dans nos connaissances (dans notre vie) et le développement de méthodes pour faire face à notre ignorance.</p>
<p style="text-align:justify;">Les histoires alternatives ne sont pas très intuitives, les recherches sur le cerveau humain démontrent que les évidences mathématiques ont peu de sens à nos yeux. Les réalistes sont dans l’erreur lorsqu’ils croient que c’est seulement ce qui arrive réellement qui est important, mais les sceptiques des théories probabilistes le sont encore davantage. Mais, ne les blâmons pas trop : il est difficile de vivre tous les jours en gardant à l’esprit les différentes probabilités qui pourraient nous arriver.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>*</strong>Pendant longtemps, on a cru que tous les cygnes étaient blancs. Juvénal - un poète latin de la fin du premier siècle et du début du deuxième siècle de notre ère auquel nous devons entre autres l&#8217;expression « mens sana in corpore sano », soit « un esprit sain dans un corps sain » - est le premier a avoir utilisé l&#8217;expression du cygne noir : « of rara avis in terris nigroque simillima cygno », soit une expression sarcastique qui signifie quand les cygnes seront noirs.. L&#8217;expression est donc utilisée jusqu&#8217;au 17e siècle, moment de la découverte de cygnes noirs en Australie, comme une métaphore pour illustrer quelque chose qui ne peut pas exister.</p>
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		<title>Le regard d’autrui</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Jun 2008 04:02:24 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. » (Sartre) « La possibilité de vivre commence dans le regard de l&#8217;autre. » (Houellebecq) C’est dans l’ouvrage l’Être et le Néant que Sartre développe les principaux concepts de sa philosophie d’ontologie [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=242&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p align="justify">« Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. » (Sartre)</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p align="justify">« La possibilité de vivre commence dans le regard de l&#8217;autre. » (Houellebecq)</p>
</blockquote>
<p align="justify">C’est dans l’ouvrage <em>l’Être et le Néant</em> que Sartre développe les principaux concepts de sa philosophie d’ontologie phénoménologique tels que l’« en-soi », le « pour-soi » et le « pour-autrui ». L’« en-soi » et le « pour soi » sont en perpétuel état d’opposition, le premier désignant toute chose, toute réalité qui existe sans avoir la conscience d’exister et le second désigne « l’être de l’homme » conscient de ce qu’il est et des possibilités infinies de choisir d’être autre chose.</p>
<p align="justify">La roche (« en-soi ») existe de manière passive, sans avoir la liberté d’être autre chose que ce qu’elle est, mais l’Homme, lui, a une liberté absolue. Si le caractère solipsiste du cogito vouait l’être à une solitude absolue puisque la seule chose, selon Descartes, qu’on est certain c’est la conscience de notre propre réalité, le « pour-soi » postule la liberté de tous les hommes. Pour reprendre une formule de Heidegger « l’homme ne possède pas la liberté, mais c’est la liberté qui possède l’homme. »</p>
<p align="justify">La liberté nous possède et si celle-ci est absolue, elle est limitée par la responsabilité que nous avons envers autrui; et c’est ce concept, celui de « pour-autrui », que je voudrais aborder.</p>
<p align="justify">À force d’interagir avec ma famille, mes amis et les gens que je côtoie régulièrement, je peux deviner leurs comportements, leurs pensées, leurs idiosyncrasies, mais la relation que j’entretiens avec eux n’est pas contingente, essentielle, mais accidentelle.</p>
<p align="justify">L’autre, c’est la personne que j’ai en face de moi qui me ressemble, mais qui m’est étranger.  Mais cet autre appartient à mon « pour-soi ». Je peux me faire une représentation de l’autre, en faire un « pour-moi » (un être que je donne un sens), mais en définitive la nature première de l’autre, c’est <em>d’être autre</em>.</p>
<p align="justify">C’est le regard d’autrui qui donne tout son sens à nos réactions émotives telles que la honte, la fierté, la jalousie et l’amour. C’est cette intersubjectivité, soit ce moment de flottement où chacun construit sa réflexion sur l’autre qu’il a en face de lui, qui, pour reprendre les termes de Sartre, précipite « notre chute » et « l’éclatement de moi-même » : chacun nie l’autre pour être lui-même.</p>
<p align="justify">De mon néant – soit le vertige que l’on ressent face à ce sentiment de liberté absolue et des possibilités qui s’offrent à nous – je peux devenir ce que je veux. Mais, en définitive, suis-je réellement ce que suis? (celui fabriqué par ma conscience que j’ai d’être)? Ou suis-je la construction du regard d’autrui? Ma liberté et mon intentionnalité sont sans cesse remises en question par le regard que l’autre porte sur moi.</p>
<p align="justify">J’aime les hommes, mais je déteste l’autre. Il m’est insupportable. Cet être échappe à mon entendement puisque je ne suis pas en mesure de saisir avec certitude sa pensée profonde. Si ce ramassis de particules élémentaires n’était qu’un objet inerte, je pourrais certes continuer à exister sans m’en soucier. Mais, mes actes prennent une tout autre signification lorsqu’ils sont portés à la psyché d’autrui.</p>
<p align="justify">L’autre, dit-on, permet de mieux nous connaître. Je crois que l’autre nous empêche plutôt d’être qui nous sommes réellement. La plupart du temps, nous agissons non pas en fonction de qui nous sommes véritablement, mais plutôt en jonglant entre qui nous désirons être et l’image de qui nous voulons projeter à ceux qui nous côtoie.</p>
<blockquote>
<p align="justify">« On se trompe avant même de rencontrer les gens, quand on imagine la rencontre avec eux; on se trompe quand on est avec eux; et puis quand on rentre chez soi, et qu’on raconte la rencontre à quelqu’un d’autre, on se trompe de nouveau. Or, comme la réciproque est généralement vraie, personne n’y voit que du feu, ce n’est qu’illusion, malentendu qui confine à la farce. Pourtant, comment s’y prendre dans cette affaire si importante – <em>les autres</em> – qui se vide de toute la signification que nous lui supposons et sombre dans le ridicule, tant nous sommes mal équipés pour nous représenter le fonctionnement intérieur d’autrui et  ses mobiles cachés? » (Philipe Roth – <em>Pastorale américaine</em>)</p>
</blockquote>
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		<title>Pensées disparates 1.</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Jan 2008 07:53:19 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">En y réfléchissant quelque peu, il est aberrant que nous pleurons davantage la mort d’un jeune enfant, qu’elle soit tragique ou non, que celle d’un vieillard. Lorsqu’un individu décède en bas âge, tout le monde s’exclame avec émotion, « il était si jeune, il a eu à peine le temps de découvrir ce monde; esseyer d&#8217;imaginer ce qu’il aurait pu accomplir! » Les gens sont peut-être aussi tristes lorsqu’une personne âgée décède, mais on a l’habitude d’utiliser des clichés tels qu’« il a eu une belle vie » ou encore « son heure était venue ». Est-ce à dire que l’on valorise davantage les possibilités qu’un individu pourrait accomplir (comme dans l’argument « ça aurait pu être un futur Beethoven » utilisé par le mouvement pro-vie) au détriment de ce qui est attesté, c’est-à-dire les réalisations et l’expérience d’une vieille personne?</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">On est porté à dire que mourir jeune et heureux est plus souhaitable que mourir vieux et malheureux. L’est-ce vraiment? Dans le film <em>American Beauty</em>, Lester, interprété sublimement par Kevin Spacey, tient ce discours à sa mort : « Bien sûr je pourrais être aigri de ce qui m’est arrivé, mais c’est inutile. Il y a tant de beauté dans le monde. Parfois, j’ai l’impression qu’elle me submerge de partout en même temps et c’en est trop, mon cœur se remplit comme un ballon prêt à exploser. » Au début du récit, il détestait son existence (sa femme, son travail, sa vie, etc.) et il entreprend graduellement de modifier sa situation. À la fin, il est mort heureux. « Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s’il dormait. Lorsqu’on le retourna, on vit qu’il n’avait pas dû souffrir longtemps. Son visage était calme et exprimait comme un contentement de ce que cela s’était ainsi terminé. » Ce sont les derniers mots du roman <em>À l’Ouest rien de nouveau</em> qui sont aussi utilisés à la fin de la télésérie québécoise <em>Minuit, le soir</em>. Que ce soit le <em>bouncer</em> de cette série ou le soldat de ce roman, cette phrase démontre que malgré la souffrance de leur vie, ces individus sont morts heureux. Peut-on affirmer que ce ne sont ni les souffrances inhérentes à la vie, ni la quantité de bonheur vécu et ni à l&#8217;âge à laquelle nous mourons qui importe à la fin de notre périple, mais bien l’état psychologique dans lequel l’individu se trouve lors de sa mort?</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">La respiration et les petites manies d’un individu peuvent en révéler davantage sur sa personnalité qu’une séance de psychanalyse. Lorsque je fais mon entraînement musculaire, j’ai remarqué que je n’emploie pas la bonne méthode, soit celle d’expirer lorsque notre muscle se relâche et d’inspirer lorsqu’il se contracte. Doit-on en conclure que je suis un individu qui conserve toutes ses émotions à l’intérieur de son corps et qui évacue rarement le « méchant »?</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Pour cette question-ci, puisque je crois être un bon juge de ma propre personne, je vais y répondre. Je suis effectivement quelqu’un de plutôt introverti. Je vais vous en donner un exemple concret (Oh l’insomniaque parle de son vécu, ça n’arrive pas souvent!) La dernière fois que j’ai pleuré, c’est lorsque mon grand-père est rentré à l’hôpital (il y a plus de 2 ans). J’étais chez ma copine et il était 4 heures du matin et nous revenions d’un bar (au <em>Big cheez</em> devenu maintenant <em>Le rockette</em>, près de l&#8217;intersection des rues Mont-Royal et St-Denis à Montréal) et j&#8217;étais plutôt émeché. Je m’assis sur son lit et je pleure. Ma copine ne comprend absolument rien : nous venions de passer une superbe belle soirée et tout allait bien; je ne montrais aucun signe de tristesse. Son premier réflexe a été de croire que ma réaction la concernait. Réaction commune, mais très égocentrique. </font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana">
<p align="justify">Je lui explique donc que c’est à cause de mon grand-père. « Tu es triste parce qu’il est malade » me demande t-elle. Je lui dis alors que ce n’est pas cette raison qui justifie mes pleures, mais bien parce que je n’ai pas vraiment de peine et que je ne me sens pas normal de ne pas en avoir. Je lui dis aussi que je l’ai connu lorsqu’il était en pleine forme et que j’en garde de très bons souvenirs. Qu’est-ce que cela signifie? D’abord, j’ai dû utiliser un psychotrope, l’alcool, pour déclencher mes larmes. Puis, ça l’a sorti de « nulle part ». Et finalement, je crois que j’ai besoin de garder le contrôle sur mon existence pour « garder une emprise sur le réel ». Je suis au courant que les émotions sont essentielles, lesquelles contribuent au bon fonctionnement de l’organisme. Je travaille pour améliorer cet aspect de ma personnalité.</font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">Je pourrais vous donner d’autres exemples de ce genre, mais on n’a pas toute la soirée!</p>
<p align="justify">Par contre, cela me permet d&#8217;en profiter pour souligner que de nouvelles catégories de textes risquent de faire leur apparition sur ce site. D’abord, celui de « pensées disparates » comme le titre de ce billet l’indique et aussi un autre intitulé « feeling ».</p>
<p align="justify">Être insomniaque ne signifie pas seulement dans mon jargon personnel souffrir d’insomnie, mais bien être constamment éveillé afin d’être à l&#8217;affût de nouvelles connaissances et sensations. J’ai consciemment utilisé à trois reprises le mot « être » dans la phrase précédente pour illustrer une nouvelle approche que je vais tenter de mettre de l’avant pour la nouvelle année qui vient de débuter. La plupart des textes que j’ai écrits, l’année dernière, traitaient surtout de l’être pensant et, de ce fait, ne suivaient pas la ligne éditoriale adoptée par la plupart des blogueurs, soit des textes personnels centrés sur le vécu quotidien. En 2008, je vais davantage parler de ce que je ressens, c’est-à-dire de mes « feelings », pour reprendre l’expression anglaise qui n’a pas vraiment son pareil en français.</p>
<p align="justify">Ce site ne deviendra pas pour autant un journal personnel, mais vous allez (du moins, je l’espère) en apprendre davantage sur mon vécu; je vais devoir conjuguer les réflexions métaphysiques avec celles des passions. Le Descartes solitaire qui sommeille en moi prend beaucoup trop de place. Il est temps de lui trouver un nouvel allié!</p>
<p></font></font></p>
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		<title>Une philosophie de la liberté</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2007 23:24:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cogito ergo sum En 1644, René Descartes fut le premier philosophe à mettre au centre de sa réflexion le « sujet pensant ». C’est dans les principes de la philosophie qu’il rédige le célèbre « je pense, donc je suis » : « Cette pensée, je pense, donc je suis, est la première et la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=165&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong>Cogito ergo sum</strong></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">En 1644, René Descartes fut le premier philosophe à mettre au centre de sa réflexion le « sujet pensant ». C’est dans <a target="_blank" href="http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Principes_de_la_philosophie"><em>les principes de la philosophie</em></a> qu’il rédige le célèbre « je pense, donc je suis » : « Cette pensée, je pense, donc je suis, est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre. » Trois cents ans plus tard, un homme bouleverse le monde de la philosophie en se réappropriant le <em>cogito</em> de Descartes pour fonder une théorie existentialiste de la liberté.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong>L’existentialisme est un humanisme</strong></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">C’est dans le cadre d’une célèbre conférence prononcée le 29 octobre 1945 que Jean-Paul Sartre émet l’axiome « l’existence précède l’essence » : l’homme existe d’abord, puis IL se définit lui-même et librement.</font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana">
<p align="justify">Cette théorie s’oppose aux visions déterministes de la religion catholique (c’est Dieu qui détermine l’essence de l&#8217;Homme) et de la philosophie marxiste (ce sont les conditions, en insistant sur celles de la sphère économique, dans lesquelles l&#8217;Homme est placé qui déterminent son essence : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de leur propre mouvement, ni dans des conditions choisies par eux seuls, mais bien dans les conditions qu’ils trouvent directement et qui leur sont données et transmises. »). Sartre, athée, estime que l’homme est seul, sans valeurs et sans nature; il n’y a rien de prédéterminé, pas de nécessité, tout est à construire :</font></font><font size="2"><font face="Verdana"> </font></font><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify">L&#8217;essentiel est la contingence. Je veux dire que par définition, l&#8217;existence n&#8217;est pas la nécessité. Exister c&#8217;est être là, simplement; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. Il y a des gens, je crois, qui ont compris ça. Seulement, ils ont essayé de surmonter cette contingence en inventant un être nécessaire et cause de soi. (<em>La Nausée</em>)</p>
</blockquote>
<p align="justify">Bien que Sartre qualifie son existentialisme comme un humanisme au sens où c’est l&#8217;essence que construit le « sujet pensant » qui est au centre de notre vie, il faut le distinguer de l&#8217;humanisme dit classique : soit, ceux qui prennent l’homme pour fin, alors que chez Sartre il est un « projet », toujours en quête de dépassement.</p>
<p align="justify">Ce n’est pas sans rappeler l’idée du Surhomme de Nietzsche : « L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain, — une corde sur l’abîme. Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but : ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin. »</p>
<p align="justify"><strong>Existence &gt; Essence &gt; Choix &gt; Liberté</strong></p>
<p align="justify">Sur quoi devons-nous nous baser pour agir? Nos actes ne nous sont dictés par aucune force supérieure; nous sommes SEULS responsables de nos choix, nous ne disposons de RIEN au départ, tout reste à faire. Pour reprendre une idée de Sartre, l’existentialiste authentique est « esclave » de sa propre liberté. C’est à l’individu de bâtir sa propre éthique. Dans la philosophie sartrienne, l’homme est libre d’agir et c’est par ses choix que l’homme se définit, lui permettant ainsi d’exercer sa liberté. Pour Sartre, le choix – ce que nous entendons souvent par « faire le bon choix » – n’est pas inscrit quelque part par avance.</p>
<p align="justify">Une fois effectué, le choix est le bon et il est inutile de penser aux autres options qui se présentaient à nous. Si rien n&#8217;est prédéterminé, s&#8217;il n&#8217;y a aucune nécessité et que tout est à construire, tout n&#8217;est pas pour autant permis. Chaque acte implique des conséquences qu’il nous faut mesurer de par notre propre éthique; faire « le bien » ou faire « le mal » ne veut strictement rien dire; les remords ne servant à rien. C’est ce qu’il appelle un « engagement sur la voie de la responsabilité ». Certes, nous prenons nos choix en toute liberté, mais nous avons une « responsabilité » puisque nous l’exerçons face à autrui.</p>
<p align="justify">C’est dans le champ des possibles et avec ses limites que s’exerce la liberté. Et, on y revient encore une fois, l’existence est la liberté. La table ne peut jamais être plus que la table qu’elle est. Mais l’homme, rien de tel : l’existence est comme l’a souligné Heidegger « le lieu-tenant du rien ». La liberté ne se touche pas, ne se sent pas et ne se trouve dans aucun lieu tangible. Heidegger, encore lui, disait que l’homme ne possède pas la liberté, mais que c’est la liberté qui possède l’homme : l’homme est condamné à être libre.</p>
<p align="justify"><strong>Un engagement sur la voie de la responsabilité</strong></p>
<p align="justify">Être libre, s’est s’engager sur la voie de la responsabilité humaine; nous choisissons nos valeurs en toute liberté, mais une fois que ce choix est engagé, nous avons une responsabilité envers autrui puisque nous avons choisi une certaine façon de penser l’homme. Sartre ne croit pas en Dieu. Sa philosophie est influencée par un athéisme de type nietzschéen du « dieu est mort » : tout doit être créé, inventé; nous portons en chacun de nous un projet commun, qui engage l’humanité :</p>
<blockquote>
<p align="justify">« En voulant la liberté, nous découvrons qu&#8217;elle dépend entièrement de la liberté des autres et que la liberté des autres dépend de la nôtre. » (<em>L&#8217;existentialisme est un humanisme</em>)</p>
</blockquote>
<p align="justify"><strong>L’idée du temps ou le « projet » (Bernard-Henri Lévy)</strong></p>
<p align="justify">C’est le passé qui, d’habitude, leste le présent, le charge de sens et de valeur – il y a une poussée du passé, une force du passé, qui donne sa forme au présent et, de proche en proche, au futur. Chez Sartre le passé n’est plus rien. Il ne compte plus, ne pèse plus, ne pousse plus.</p>
<p align="justify">En sorte que si l’on veut que le présent échappe au pur néant, si l’on ne veut pas qu’il soit cette réalité « infinitésimale », ce « point sans dimension », que décrivait Husserl dans ses <em>Leçons sur la conscience interne</em> du temps et qui ressemblerait, dit-il, toujours dans <em>l’Être et le Néant</em>, au « terme idéal d’une division poussée à l’infini », si l’on veut qu’il soit un présent humain, vraiment humain, inscrit dans une existence humaine et se vivant comme telle, il n’y a pas d’autre solution que de se tourner de l’autre côté, c’est-à-dire vers le futur, pour lui trouver une identité.</p>
<p align="justify">C’est le futur qui fait le présent, pas le présent qui fait le futur. C’est le futur qui pèse sur le présent, pas le présent qui, comme chez Bergson, appuierait de sa lourde pointe sur le futur. Loin, comme on croit toujours, que le passé engendre le futur, c’est le futur qui « décide » du passé et qui, notamment, décide « si le passé est vivant ou mort ». Au lieu, comme le disent et le sens commun et la plupart des philosophies avant lui, que je me prépare à être ce que je serai à partir de ce que j’ai été, c’est ce que je suis, ici, maintenant, qui dépend de ce que je vais être et c’est lui, donc, l’avenir, qui donne au présent, et au passé, leur force, leur sens, leur saveur. J’ai un présent. J’ai un passé. J’ai toute une série de « conditionnements », hérités du passé et qui forment ma « situation ».</p>
<p align="justify">Ce qui compte c’est ce que je fais de ce que ce passé a fait de moi. Ce qui compte c’est le « projet » qui, à chaque instant, transcende ce passé, le transfigure et a le pouvoir de le rejouer. Ce qui compte et ce dont il va, d’ailleurs, faire l’analyse dans tous ses essais de psychanalyse existentielle, c’est « ce petit mouvement qui fait d’un être social totalement conditionné une personne qui ne restitue pas la totalité de ce qu’elle a reçu. » On comprend l’éblouissement des contemporains. On comprend l’émerveillement devant ces idées qui nous semblent vieillottes, dépassées, mais qui étaient la liberté même.</p>
<p align="justify">Peut-être Sartre est-il une sorte de monstre. Peut-être y avait-il quelques monstruosités à être Sartre – ce penseur bizarre, singulier, exorbitant à la règle commune, un peu dément, dont nombre d’énoncés, mis dans une autre bouche, produiraient des effets désastreux. Peut-être était-ce plus compliqué, douloureux, périlleux, que d’être Aron le sage, cogitant paisiblement dans son bureau du <em>Figaro</em>, ou le professeur Merleau-Ponty remontant la rue des Écoles à heure fixe, ou même le bon Camus terminant vite sa journée d’écriture pour aller disputer sa partie de foot sur le stade de Lourmarin.</p>
<p align="justify">Mais, il n’y en a pas tant que cela, des monstres, dans l’histoire de la philosophie. Et celui-là, ce monstre-là, à tout de même la particularité d’être le plus radical des penseurs de la liberté – il a ce mérite, au moins, d’avoir produit la pensée contemporaine qui aura poussé le plus loin, jusqu’au vertige, presque à l’absurde, l’hypothèse de la liberté.</p>
<p align="justify">Les autres antihumanistes, ceux qui viendront après lui, et prétendront, justement, le périmer, buteront sur cette hypothèse comme sur leur impensé nécessaire. Lui, c’est parce qu’il n’est pas humaniste, c’est parce qu’il a récusé l’idée même d’essence de l’homme, qu’il fait une philosophie qui est une philosophie de la liberté. Et c’est cela qui, au fond, me semble, chez lui, le plus précieux.</p>
<p></font></font></p>
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