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	<title>l'Insomniaque &#187; absurde</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>Que restera-t-il de nous?</title>
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		<pubDate>Sun, 26 Oct 2008 18:57:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En mars 1907, le New York Times publiait un article intitulé « Soul has weight, physician thinks » et basé sur les recherches du docteur Duncan MacDougall. Ce dernier cherchait à savoir si les fonctions psychiques du cerveau (esprit) continuaient à fonctionner en tant qu&#8217;individualité séparée du corps après la mort du cerveau (death of [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=425&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">En mars 1907, le <a href="http://www.nytimes.com/" target="_blank">New York Times</a> publiait un article intitulé <em><a href="http://query.nytimes.com/mem/archive-free/pdf?_r=1&amp;res=9D07E5DC123EE033A25752C1A9659C946697D6CF&amp;oref=slogin" target="_blank">« Soul has weight, physician thinks »</a></em> et basé sur les recherches du docteur <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Duncan_MacDougall_(doctor)" target="_blank">Duncan MacDougall</a>. Ce dernier cherchait à savoir si les fonctions psychiques du cerveau (esprit) continuaient à fonctionner en tant qu&#8217;individualité séparée du corps après la mort du cerveau (<em>death of brain and body</em>). En d&#8217;autres mots, MacDougall voulait affirmer ou infirmer de manière scientifique l&#8217;existence de l&#8217;âme humaine.</p>
<p style="text-align:justify;">Les fondateurs du site Web <a href="http://www.snopes.com" target="_blank">Snopes</a> &#8211; immense site où sont répertoriées plus de 1000 rumeurs et autres légendes contemporaines &#8211; <a href="http://www.snopes.com/religion/soulweight.asp" target="_blank">Barbara Mikkelson et David P. Mikkelson</a> sont d&#8217;avis que les résultats de l&#8217;expérience doivent être rejetés :</p>
<p style="text-align:justify;">« MacDougall&#8217;s [...] methodology [...] was suspect, [his] sample size [was] far too small, and [his] ability to measure changes in weight imprecise. For this reason, credence should not be given to the idea his experiments proved something, let alone that they measured the weight of the soul [...] His postulations on this topic are a curiosity, but nothing more. »</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, malgré le fait que les scientifiques s&#8217;entendent pour dire qu&#8217;il n&#8217;y aucune certitude sur l&#8217;existence de l&#8217;âme humaine, le résultat de cette recherche, c&#8217;est-à-dire le poids de 21 grammes qu&#8217;aurait l&#8217;âme humaine, est toujours d&#8217;actualité au sein des mythes populaires. Un film a même été réalisé en 2003 par Alejandro González Iñárritu ayant comme titre <a href="http://www.imdb.com/title/tt0315733/" target="_blank">21 grams</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Des individus qui n&#8217;ont pas de croyance religieuse particulière, qui se disent non-pratiquants dans les sondages et qui admettent l&#8217;existence de Dieu, mais s&#8217;en s&#8217;attarder plus qu&#8217;il faut à cette question dans leur vie quotidiennes, prennent tout de même pour acquis le principe religieux de la séparation en deux entités distinctes du corps et de l&#8217;esprit (âme). Ils rejettent l&#8217;interprétation purement matérialiste et, s&#8217;ils ne sont pas nécessairement en mesure de l&#8217;exprimer clairement, ils sont plutôt d&#8217;avis que l&#8217;essence humaine se situe à un niveau supérieur de ce qui est palpable, soit l&#8217;enveloppe corporelle. Il y a quelque chose de «  plus », disent-ils, qui nous distingue des autres espèces animales.</p>
<p style="text-align:justify;">Ainsi, le concept de l&#8217;âme humaine et, plus récemment au 20e siècle, l&#8217;expression « 21 grammes » sont devenus un mème. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un mène (de l&#8217;anglais <em>meme</em> ainsi que du français même)? C&#8217;est un élément culturel transmis inconsciemment et de manière non génétique.</p>
<p style="text-align:justify;">Le terme a été proposé pour la première fois par <a href="http://richarddawkins.net/" target="_blank">Richard Dawkins</a> dans son ouvrage le <em><a href="http://www.amazon.fr/G%C3%A8ne-%C3%A9go%C3%AFste-Richard-Dawkins/dp/2738112439/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1224592172&amp;sr=8-1" target="_blank">Gène égoïste</a></em> publié originalement en 1976. La définition que donne Dawkins du mème correspond à une « unité d&#8217;information contenue dans un cerveau, échangeable au sein d&#8217;une société ». Il résulte d&#8217;une hypothèse selon laquelle les cultures évolueraient comme les êtres vivants, par variations et sélection naturelle. À l&#8217;instar du gène, le mème serait l&#8217;unité de base dans cette évolution.</p>
<p style="text-align:justify;">Les mèmes englobent donc tous comportements ou connaissances non transmis par les gènes et, par conséquent, on parle ici de transmission orale, gestuelle ou écrite. Par contre, les mèmes évoluent de la même façon que les gènes, par réplication, et sont soumis à la compétition darwinienne au sein du bassin mémétique (au lieu du bassin génétique).</p>
<p style="text-align:justify;">La reproduction permet la perpétuation de l&#8217;espèce humaine dans le temps. Il y a de fortes chances que nos gènes survivent à notre mort en évoluant dans le corps d&#8217;un autre être vivant &#8211; il est à noter que malgré le fait qu&#8217;un individu n&#8217;ait aucun descendant lors de son existence, ses gènes peuvent continuer à exister, par exemple, au sein d&#8217;un neveu ou d&#8217;une nièce; on oublie trop souvent que le bagage génétique entre un frère et une sœur est le même qu&#8217;entre un parent et son enfant (soit 50%).</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, après quelques générations, nos gènes risquent de disparaître ou, a tout de moins, de se retrouver en quantité minime à l&#8217;intérieur d&#8217;individus de notre lignée &#8211; je ne crois pas qu&#8217;il y ait beaucoup de gènes en commun entre Élizabeth II, la reine actuelle de l&#8217;Angleterre, et George Ier, premier roi de la Maison de Hanovre (1714-1727).</p>
<p style="text-align:justify;">Voici un extrait de l&#8217;ouvrage le gène égoïste où Dawkins donne des exemples de mèmes, notamment l&#8217;idée de l&#8217;existence de Dieu et de la notion de la vie après la mort :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Examples of memes are tunes, ideas, catch-phrases, clothes fashions, ways of making pots or of building arches. Just as genes propagate themselves in the gene pool by leaping from body to body via sperms or eggs, so memes propagate themselves in the meme pool by leaping from brain to brain via a process which, in the broad sense, can be called imitation. If a scientist hears, or reads about, a good idea, he passed it on to his colleagues and students. He mentions it in his articles and his lectures. If the idea catches on, it can be said to propagate itself, spreading from brain to brain. As my colleague N.K. Humphrey neatly summed up an earlier draft of this chapter: &#8220;memes should be regarded as living structures, not just metaphorically but technically. When you plant a fertile meme in my mind you literally parasitize my brain, turning it into a vehicle for the meme&#8217;s propagation in just the way that a virus may parasitize the genetic mechanism of a host cell. And this isn&#8217;t just a way of talking &#8211; the meme for, say, &#8220;belief in life after death&#8221; is actually realized physically, millions of times over, as a structure in the nervous systems of individual men the world over.&#8221;</p>
<p style="text-align:justify;">Consider the idea of God. We do not know how it arose in the meme pool. Probably it originated many times by independent &#8220;mutation&#8221;. In any case, it is very old indeed. How does it replicate itself? By the spoken and written word, aided by great music and great art. Why does it have such high survival value? Remember that &#8220;survival value&#8221; here does not mean value for a gene in a gene pool, but value for a meme in a meme pool. The question really means: What is it about the idea of a god that gives it its stability and penetrance in the cultural environment? The survival value of the god meme in the meme pool results from its great psychological appeal. It provides a superficially plausible answer to deep and troubling questions about existence. It suggests that injustices in this world may be recified in the next. The &#8220;everlasting arms&#8221; hold out a cushion against our own inadequacies which, like a doctor&#8217;s placebo, is none the less effective for being imaginary. These are some of the reasons why the idea of God is copied so readily by successive generations of individual brains. God exists, if only in the form of a meme with high survival value, or infective power, in the environment provided by human culture. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Lorsqu&#8217;on considère l&#8217;existence humaine du point de vue mémétique, la vie perd de son absurdité.</p>
<p style="text-align:justify;">La première étape que doit franchir l&#8217;homme absurde, selon Camus, c&#8217;est celle de la révolte. La révolte joue le même rôle que le cogito de Descartes au niveau de la pensée, elle est la première évidence : je pense donc je suis&#8230; l’existence humaine est absurde, je me révolte. Et ma révolte face au non-sens de la vie témoigne que, paradoxalement, la vie humaine a finalement un sens.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;homme révolté devient alors l&#8217;homme libéré. Au « je me révolte donc nous sommes » nous devons rajouter le « nous sommes seuls ». « Dieu est mort » et tout est donc permis au sens où nous pouvons épuiser la vie dans toutes ses possibilités. Ce fameux « tout est permis » ne légitime pas pour autant tous les crimes. Il veut dire que tout acte implique des conséquences qu’il nous faut mesurer de par notre propre éthique. Nous sommes les seuls responsables de nos actes.</p>
<p style="text-align:justify;">Finalement, l&#8217;homme révolté conscient de sa liberté doit ultimement faire vivre « sa passion ». Être passionné, selon Camus, c’est multiplier les expériences lucides (éthique de la quantité) : « Sentir sa vie, sa révolte, sa liberté, et le plus possible, c’est vivre et le plus possible. Là où la lucidité règne, l’échelle des valeurs devient inutile&#8230; Le présent et la succession des présents devant une âme sans cesse consciente, c’est l’idéal de l’homme absurde ».</p>
<p style="text-align:justify;">Et c&#8217;est à cette étape que les mèmes prennent tout leur sens : vivre passionnément, en propageant ses idées et en influençant positivement les gens qui nous entourent. Après trois générations, il y a peu de chance que les gens se souviennent de nous. Mon enfant et mes petits-enfants vont probablement avoir quelques traits physiques en commun avec les miens, peut-être aussi vont-ils avoir certains de mes talents; mais, à chaque génération, mes gènes diminuent de moitié et cela ne prend pas beaucoup de temps, seulement quelques générations, avant que les proportions ne soient négligeables.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors, que restera-t-il de nous? (et non de nos amours comme le chante Charles Trenet).</p>
<p style="text-align:justify;">Il restera nos mènes, c&#8217;est-à-dire tous ce que l&#8217;on transmet aux gens que l&#8217;on côtoie. Nous contribuons, tous, à notre manière à l&#8217;enrichissement de la culture mondiale. Les gènes de Socrate, Beethoven, Davinchi et Copernic sont disparus de la surface de la Terre. Pourtant, leur présence est toujours vivante au sein de notre culture.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais, ce n&#8217;est pas seulement les mènes des personnages historiques qui sont transmis et qui perdurent dans le temps. Tout est précieux. Nous ne pouvons jamais mesurer précisément l’influence de nos actions sur l’existence humaine. La plupart de nos gestes et/ou paroles demeurent incrustés à jamais dans les souvenirs de gens sans que nous en soyons conscients. L’effet généré par vos gestes quotidiens, le plus petit qui soit, peut engendrer des conséquences considérables&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Je conclus mon propos sur une note positive. Comme Dawkins l&#8217;énonce, au lieu d&#8217;examiner l&#8217;évolution de l&#8217;Homme au niveau de l&#8217;espèce comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Darwin" target="_blank">Charles Darwin</a> l&#8217;énonça en 1859 dans l&#8217;ouvrage <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Origine_des_esp%C3%A8ces" target="_blank"><em>l&#8217;origine des espèces</em></a>, il faut étudier la sélection naturelle en fonction des gènes de l&#8217;espèce. Alors, ce n&#8217;est pas l&#8217;espèce qui est égoïste, mais ses gènes.</p>
<p style="text-align:justify;">Cependant, l&#8217;espèce humaine a la possibilité d&#8217;outrepasser les directives biologiques de son organisme. L&#8217;être humain est la seule espèce qui refuse d&#8217;être ce qu&#8217;elle est, mais aussi la seule qui peut être autre chose que son code génétique lui dicte!</p>
<p style="text-align:justify;">Je vous laisse sur la conclusion optimiste du livre le gène égoïste de Richard Dawkins :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« It is possible that yet another unique quality of man is a capacity for genuine, desinterested, true altruism. I hope so, but I am not going to argue the case one way or another, nor to speculate over its possible memic evolution. The point I am making now is that, even if we look on the dark side and assume that individual man is fundamentally selfish, our conscious foresight &#8211; our capacity to simulate the future in imagination &#8211; could save us from the worst selfish excesses of the blind replicators. We have at least the mental equipment to foster our long-term selfish interests rather than merely our short-term selfish interests.</p>
<p style="text-align:justify;">We can see the long-term benefits of participating in a &#8220;conspiracy of doves&#8221;, and we can sit down together to discuss ways of making the conspiracy work. We have the power to defy the selfish genes of our birth and, if necessary, the selfish memes of our indoctrination. We can even discuss ways of deliberately cultivating and nurturing pure, disinterested altruism &#8211; something that has no place in nature, something that has never existed before in the whole history of the world.</p>
<p style="text-align:justify;">We are built as gene machines and cultured as meme machines, but we have the power to turn against our own creators. We, alone on earth, can rebel against the tyranny of the selfish replicators. »</p>
</blockquote>
<br />Publié dans Caractéristique humaine, Philosophie, Religion, Uncategorized  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/425/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/425/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/425/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/425/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/425/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/425/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/425/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/425/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/425/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/425/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/425/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/425/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/425/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/425/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=425&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Feeling 3.</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Mar 2008 03:57:32 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. » En 1956, Albert Camus achève l&#8217;écriture de La chute. À ce moment précis, il ne se doute pas que ce roman sera le dernier écrit qu&#8217;il laissera à la postérité : quatre ans plus tard, il [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=227&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">« La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. »</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">En 1956, Albert Camus achève l&#8217;écriture de <em>La chute.</em> À ce moment précis, il ne se doute pas que ce roman sera le dernier écrit qu&#8217;il laissera à la postérité : quatre ans plus tard, il perdra la vie dans un accident de la route. </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Rarement cité comme étant un ouvrage monumental de Camus, ce roman est, à mes yeux, fondamental pour comprendre le cheminement de l’auteur. </font></font><font size="2"><font face="Verdana">Ce récit est à part dans l&#8217;œuvre de l&#8217;auteur; c&#8217;est en quelque sorte une rupture philosophique. Il y eut d&#8217;abord le cycle de l&#8217;absurde qui comprend <em>Le mythe de Sisyphe</em>, <em>Caligula</em> et <em>l&#8217;Étranger</em>, puis suit le cycle de la révolte avec <em>La peste</em>, <em>Les justes</em> et <em>L&#8217;homme révolté</em>.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">La question que je me pose est la suivante : comment Camus est-il passé de Meursault (<em>L&#8217;Étranger</em>) à Jean-Baptiste Clamence (le juge-pénitent et personnage principal de <em>La chute</em>)? Est-ce que ce sont les désillusions de l&#8217;après-guerre ou simplement un pessimisme latent et exacerbé vers la fin de sa vie lorsqu&#8217;il se retrouve face à une humanité à laquelle il se sent de plus en plus étranger? Je n&#8217;ai pas les réponses à ces questions.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">En fait, j&#8217;ai toujours été intrigué par les changements philosophiques d&#8217;un auteur. Par exemple, <a target="_blank" href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/02/28/analyse-historiographique/">j&#8217;ai étudié la plupart des ouvrages de l&#8217;historien Ian Kershaw</a>, sommité de la période nazie, pour être en mesure de capter le moment où il passe d&#8217;une explication conciliante entre « intention » et « structure » à une analyse clairement structuraliste du régime hitlérien. </font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Mais, laissons Kershaw de côté, j&#8217;en ai assez fait état dans mon billet précédent, et revenons à Camus.</font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Rappelons-nous la dernière phrase de <em>l’homme révolté</em> : « À cette heure où chacun d’entre nous doit tendre l’arc pour refaire ses preuves, conquérir, dans et contre l’histoire, ce qu’il possède déjà, la maigre moisson de ses champs, le bref amour de cette terre, à l’heure où naît enfin un homme, il faut laisser l’époque et ses fureurs adolescentes. L’arc se tord, le bois crie. Au sommet de la plus haute tension va jaillir l’élan d’une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre. »</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">L’image que cette phrase nous renvoie est celle d’une montée en puissance. Tout est à construire, l’homme est libre et il n’a qu’à épuiser son champ des possibilités. D’une flèche qui monte, nous somme maintenant rendus à la descente, la chute. J&#8217;estime que <em>La chute</em> ne peut pas être analysée en faisant abstraction de l&#8217;état d&#8217;esprit de l&#8217;auteur. Cette oeuvre témoigne de l&#8217;état d&#8217;esprit de l&#8217;auteur, mais aussi de celle de son époque, soit celle du désenchantement.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Je pourrais remplir des dizaines de pages sur Albert Camus et ses ouvrages. Tout ce qui touche, de près ou de loin, à cet auteur me passionne. Mais, écrire sur Camus n’est qu’un prétexte pour parler de moi. Laissez-moi une chance! Déjà que je parle de moi plus fréquemment depuis quelques mois, je trouve que c&#8217;est un bon début! Pour l&#8217;instant, il me faut parler des autres ou d&#8217;un contexte général avant d&#8217;introduire ma pensée intime. Puisque lorsque j&#8217;utilise le « je », je me sens vulnérable. Deux lettres qui changent tout le sens d&#8217;un texte. Mais, je ne vais pas parler de moi tout de suite puisque je m’en voudrais de parler du « moi profond » (aussi appelé le « moi véritable ») ou du « je » sans mentionner ce cher Proust.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Généralement, on s’entend sur le fait que la littérature moderne débute avec Proust, l’écrivain devient alors celui qui cherche à rendre la vérité de l’âme. Imaginer un instant l&#8217;œuvre de Marcel Proust écrite à la troisième personne du singulier…</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Dès la première phrase, l&#8217;auteur abolit la distance entre l&#8217;écrivain et son œuvre : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » <em>La recherche du temps perdu</em> n&#8217;est pas pour autant un résumé de la vie de l&#8217;auteur et même s&#8217;il existe plusieurs similitudes entre le narrateur et l&#8217;auteur, dont l&#8217;homosexualité et la maladie, son récit n&#8217;est pas une autopsychanalyse. Proust, au même titre que les impressionnistes, croit que la réalité n’a de sens qu&#8217;à travers la perception, réelle ou imaginaire, qu&#8217;en a le sujet.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Le « je » exhibe au grand jour les contrastes humains entre la réalité qu’un individu a de lui-même et la perception que les autres ont de ce dernier. Est-ce que la conscience de soi est toujours subjective ou bien est-il possible d&#8217;en tirer des lois générales? Proust démontre qu&#8217;il en est possible, si ce n&#8217;est que lorsqu&#8217;il introduit le contraste entre mémoire volontaire et mémoire involontaire.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Les principes, les valeurs, les idéologies, les idées « prêtes à porter » et « prêtes à consommer » sont pour moi des chimères que l’on se fabrique pour que le monde nous apparaisse moins absurde. Dès le jeune âge, on nous apprend à penser selon un mode bien défini : les petits gars n&#8217;agissent pas de cette façon, mange tes légumes, brosse tes dents, fais ceci, ne fais pas cela, etc. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle l&#8217;éducation. Au lieu, de former un être à en devenir, nous formons quelqu&#8217;un selon nos désirs.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Il faut apprendre à découvrir notre moi véritable, soit-ce que nous sommes réellement et non ce qu&#8217;on a fait de nous. L&#8217;important, c&#8217;est ce que je fais de ce que ce passé a fait de moi et même si on ne peut pas toujours faire fi des conditionnements de notre milieu, nous ne restituons pas la totalité de ce qu&#8217;on a reçu. </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">De nos jours, nous laissons peu de place aux contradictions. </font></font><font size="2"><font face="Verdana">Qu&#8217;est-ce que la contradiction? </font></font><font size="2" face="Verdana">C&#8217;est simplement l&#8217;opposition résultant de l&#8217;union de choses dites incompatibles; en logique, c&#8217;est une relation existant entre deux notions dont l&#8217;une nie l&#8217;affirmation de l&#8217;autre. Mais notre vie, et la vie, est faite de contradictions!</font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Je crois que c&#8217;est seulement dans ses contradictions que l&#8217;homme apparaît sous son vrai jour. Et voici une de mes contradictions : </font></font><font size="2"><font face="Verdana">« J&#8217;étais à l&#8217;aise en tout, il est vrai, mais en même temps satisfait de rien. » </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Cela doit faire quelques mois que je voulais parler de cet état d&#8217;esprit, mais j&#8217;effaçais toujours mon texte puisque je trouvais qu&#8217;il ressemblait à de l&#8217;apitoiement. Finalement, j&#8217;ai décidé de l&#8217;écrire étant donné que je crois que l&#8217;on peut être à la fois heureux et insatisfait de sa condition. On reconnaît que le Canada est un pays où il fait bon de vivre et où les gens sont les plus à même d&#8217;être heureux. Pourtant, je n&#8217;ai pas les statistiques exactes, mais je ne crois pas me tromper en affirmant qu&#8217;une personne sur cinq souffre de désordre psychiatrique et qu&#8217;une femme sur trois a déjà consommé des antidépresseurs.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">« Plus les gens peuvent être heureux, plus ils sont malheureux », affirme le Dr. Igor du roman <em>Véronika décide de mourir</em> de Paulo Coelho. </font><font size="2" face="Verdana">Être heureux est quelque chose de facile pour moi et lorsque l&#8217;on prend en compte le fait que la plupart des gens (sur une échelle planétaire) ne le sont pas, je me dis que je devrais peut-être m&#8217;en satisfaire. Mais je veux plus! Je suis à l&#8217;aise en tout, mais satisfait en rien. Mais lâchez-moi avec votre mot dépression!!! Au contraire, j&#8217;adore la vie et c&#8217;est justement mon amour de la vie qui me procure une insatisfaction puisque je crois que je pourrais en faire tellement plus, c&#8217;est-à-dire quelque chose de significatif.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Ma contradiction, c&#8217;est d&#8217;être insatisfait malgré tout&#8230;</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je suis en santé, je m&#8217;alimente très bien et je fais du sport; je crois que c&#8217;est la période de ma vie où je me sens le plus en forme sur le plan physique.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je bois moins d&#8217;alcool et j&#8217;ai les idées plus claires que par le passé. Mon état psychologique est peu perturbé.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">J&#8217;ai terminé mes études, mais je trouve que j&#8217;apprends davantage de nouvelles connaissances depuis que je ne suis plus forcé d&#8217;apprendre : je lis chaque jour, j&#8217;ai un emploi qui n&#8217;est pas en lien avec mon domaine d&#8217;étude donc qui me pousse à être autodidacte.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Ma famille va bien, je vais être mo&#8217;oncle d&#8217;ici un mois, mes amis sont toujours présents pour moi, et je rencontre plusieurs individus intéressants au sein de mon milieu de travail.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je ne suis pas en amour, mais je ne le recherche pas à tout prix! Je suis bien en tant que célibataire même si je ne ferme pas la porte à une éventuelle rencontre.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Alors, qu&#8217;est-ce qui cloche?</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Malgré tout cela, il me manque quelque chose, une étincelle, une flamme, un renouveau&#8230; un événement, une rencontre&#8230; je ne recherche pas l&#8217;extraordinaire, mais une chose qui me bouleverserait dans le bon sens du terme, c&#8217;est-à-dire qui me ferait sortir de mon état d&#8217;insatisfaction.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">J&#8217;ai appris depuis le début de mon âge adulte à me construire une carapace qui me protège des aléas de la vie, telle qu&#8217;enseigné par les maîtres sophistes de la Grèce antique. Parfois, j&#8217;explose et tout sort d&#8217;un seul coup, mais la plupart du temps, je trouve que c&#8217;est très utile puisque cela permet de relativiser ma situation présente.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Et si je la relativisais, je dirais que finalement il n&#8217;y a pas grand-chose à se plaindre et j&#8217;effacerais le tout comme d&#8217;habitude! Et on tournerait en rond&#8230;</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Je veux de l&#8217;amour, de la joie, de la souffrance, des découvertes, des sensations fortes, je veux quelque chose d&#8217;inattendu, je veux, je veux&#8230;. finalement, qu&#8217;est-ce que je veux?</font></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/227/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/227/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/227/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/227/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=227&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Le sentiment de l&#8217;absurde</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Feb 2008 00:54:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La vraie générosité envers l&#8217;avenir consiste à tout donner au présent. (A. Camus) Le jour de la marmotte est un excellent film. En fait, j&#8217;adore la prémisse du film, c&#8217;est-à-dire celle de mettre en scène les réactions d&#8217;un individu condamné à revivre éternellement la même journée. Plusieurs états psychologiques se succèdent dans la psyché de Phil [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=217&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify">La vraie générosité envers l&#8217;avenir consiste à tout donner au présent. (A. Camus)</p>
</blockquote>
<p></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0107048/">Le jour de la marmotte</a> est un excellent film. En fait, j&#8217;adore la prémisse du film, c&#8217;est-à-dire celle de mettre en scène les réactions d&#8217;un individu condamné à revivre éternellement la même journée. Plusieurs états psychologiques se succèdent dans la psyché de Phil Connors, personnifié par <a target="_blank" href="http://imdb.com/name/nm0000195/">Bill Murray,</a> lorsqu&#8217;il comprend que demain sera inévitablement comme aujourd&#8217;hui : déni ou incrédulité, révolte contre sa condition, nihiliste du tout est permis (manger démesurément, mentir, voler et même se suicider), exploiter la situation pour séduire les femmes et finalement l&#8217;acceptation.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Cette fable moderne n&#8217;est ni plus moins qu&#8217;une illustration du concept de <a target="_blank" href="http://insomniaque.wordpress.com/2005/07/04/leternel-retour/">l&#8217;éternel retour</a> : chaque acte que tu poses durant ton existence terrestre, pose-le comme si tu devais le revire éternellement. Contrairement à l&#8217;idée de Nietzsche, dans ce long-métrage, les gens qui côtoient Phil Connors n&#8217;ont pas conscience qu&#8217;ils vivent eux aussi la même journée. Ainsi, le dernier stade à franchir, celui de l&#8217;acceptation, en est un à double niveau : d&#8217;abord, c&#8217;est d&#8217;accepter sa condition comme inévitable et puis c&#8217;est aussi d&#8217;accepter que nos actes n&#8217;auront aucun sens aux yeux des autres. </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Phil me fait un peu  penser à Sisyphe, héros absurde de la mythologie grecque. Sisyphe sait qu’il n’arrivera jamais au sommet de la montagne, mais juste le fait de lutter, de pouvoir exister, lui donne une raison de recommencer l’ascension. Il aurait pu se suicider, mais Sisyphe n&#8217;a pas perdu espoir, il lutte contre sa condition, il se révolte. </font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Est-ce que la vie vaut la peine d&#8217;être vécue? Le suicidé répond par la négative et embrasse dans sa totalité le non-sens de la vie humaine. Mais, l&#8217;absurde ne mène pas nécessairement au suicide puisque la plupart d&#8217;entre nous passons d&#8217;abord par le stade de la révolte. La révolte joue le même rôle que le cogito, elle est la première évidence : je pense donc je suis | l&#8217;existence humaine est absurde, je me révolte. Et ma révolte face au non-sens de la vie témoigne que, paradoxalement, la vie humaine a finalement un sens.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Pour Phil, vivre est absurde; il se révolte. C&#8217;est sa révolte qui donne un sens à sa vie : je répète peut-être inlassablement les mêmes ving-quatre heures, mais je vais faire en sorte de jouir pleinement de ce moment. Je vais notamment esseyer d&#8217;apprendre à connaître les particularités des gens que je côtoie régulièrement.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Nous sommes tous des êtres révoltés. L&#8217;absurde, disait Camus, naît de cette confrontation entre l&#8217;appel humain et le silence déraisonnable du monde. Deux forces qui s&#8217;opposent : l’appel humain à connaître sa raison d’être et l’absence de réponse du milieu où il se trouve. L’homme vivant dans un monde dont il ne comprend pas le sens, dont il ignore tout, jusqu’à sa raison d’être. L&#8217;absurde n&#8217;est pas dans l&#8217;homme, ni dans le monde, mais dans leur présence; l&#8217;absurde naît de l&#8217;antinomie entre ces deux entités.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Vivre, c&#8217;est faire vivre l&#8217;absurde. La seule façon cohérente d&#8217;y arriver, c&#8217;est par la révolte. Si le suicidé consent à l&#8217;absurdité de la vie, le condamné à mort (voir <em>l&#8217;Étranger</em>), lui, a à la fois la conscience de sa mort imminente, et le refus d&#8217;y consentir. C&#8217;est la révolte qui donne la grandeur à la vie, qui nous permet de garder notre lucidité;</font><font size="2" face="Verdana"> elle n&#8217;est pas nihiliste, mais constructive puisque c&#8217;est après avoir connu la révolte que l&#8217;on décide de créer. Mais avant de créer, il faut saisir sa liberté.</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">La liberté, c&#8217;est de connaître lucidement sa condition, même si elle peut être sans espoir et sans lendemain (comme pour les condamnés de ce monde, qu&#8217;ils soient Sisyphe ou Phil Connors).</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Que ce soit le &#8220;projet&#8221; dans l&#8217;existentialisme sartrien ou la création sous sa forme artistique ou autre, la troisième étape d&#8217;un esprit libre et révolté, c&#8217;est la passion. Être passionné, c&#8217;est multiplier les expériences lucides : « Sentir sa vie, sa révolte, sa liberté, et le plus possible, c&#8217;est vivre et le plus possible. Là où la lucidité règne, l&#8217;échelle des valeurs devient inutile&#8230; Le présent et la succession des présents devant une âme sans cesse consciente, c&#8217;est l&#8217;idéal de l&#8217;homme absurde ».</font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Vivre avec passion, c&#8217;est se dire comme le condamné à mort de Camus : j’avais vécu de telle façon et j’aurais pu vivre de telle autre; j’avais fait ceci et je n’avais pas fait cela; je n’avais pas fait telle chose alors que j’avais fait cette autre. Et après? C&#8217;est à l&#8217;intérieur du champ des possibles que s&#8217;exerce la liberté de l&#8217;homme absurde. </font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Une fois qu&#8217;il se délie des règles communes et stériles de la vie, l&#8217;homme peut finalement vivre sans appel et accepter la tendre indifférence du monde.</font></p>
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		<title>Samuel Beckett &#8211; Malone meurt</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Sep 2007 02:15:08 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Mais dire de quoi il retourne exactement, j’en serais bien incapable, à présent. C’est vague, la vie et la mort. J’ai dû avoir ma petite idée, quand j’ai commencé, sinon je n’aurais pas commencé, je me serais tenu tranquille, j’aurais continué tranquillement à m’ennuyer ferme, en faisant joujou, avec les cônes et cylindres par exemple, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=193&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">Mais dire de quoi il retourne exactement, j’en serais bien incapable, à présent. C’est vague, la vie et la mort. J’ai dû avoir ma petite idée, quand j’ai commencé, sinon je n’aurais pas commencé, je me serais tenu tranquille, j’aurais continué tranquillement à m’ennuyer ferme, en faisant joujou, avec les cônes et cylindres par exemple, avec les grains du millet des oiseaux et autres panics, en attendant qu’on veuille bien venir prendre mes mesures.</p>
<p></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Mais elle m’est sortie de la tête, ma petite idée. Qu’à cela ne tienne, je viens d’en avoir une autre. C’est peut-être la même, les idées se ressemblent tellement, quand on les connaît. Naître, voilà mon idée à présent, c’est-à-dire vivre le temps de savoir ce que c’est le gaz carbonique libre, puis remercier. Ça a toujours été mon rêve au fond. Toutes les choses qui ont toujours été mon rêve au fond. Tant de cordes et jamais une flèche. Pas besoin de mémoire.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Oui, voilà, je suis un vieux fœtus à présent, chenu et impotent, ma mère n’en peut plus, je l’ai pourrie, elle est morte, elle va accoucher par voie de gangrène, papa aussi peut-être est de la fête, je déboucherai vagissant en plein ossuaire, d’ailleurs je ne vagirai point, pas la peine.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Que d’histoires je me suis racontées, accroché au moisi, et enflant, enflant. En me disant, Ça y est, je la tiens ma légende. Et qu’y a-t-il de changé pour que je m’excite de cette façon? Non, disons-le, je ne naîtrai ni par conséquent ne mourrai jamais, c’est mieux ainsi. Et si je me raconte, et puis l’autre qui est mon petit, et que je mangerai comme j’ai mangé les autres, c’est comme toujours, par besoin d’amour, merde alors, je ne m’attendais pas à ça, d’homuncule, je ne peux m’arrêter.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Et cependant il me semble que je suis né et que j’ai vécu longuement et rencontré Jackson et erré dans les villes, les bois et les déserts, et que j’ai été longuement au bord des mers en pleurs devant les îles et péninsules où venaient briller la nuit les petites lumières jaunes et brèves des hommes et toutes la nuit les grands feux blancs ou aux vives couleurs qui venaient dans les cavernes où j’étais heureux, tapi sur le sable à l’abri des rochers dans l’odeur des algues et de la roche humide au bruit du vent des vagues me fouettant d’écume ou soupirant sur la grève et griffant à peine le galet, non, pas heureux, ça jamais, mais souhaitant que la nuit ne finisse jamais ni ne revienne le jour qui fait dire aux hommes, Allons, la vie passe, il faut en profiter.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">D’ailleurs peu importe que je sois né ou non, que j’aie vécu ou non, que je sois mort ou seulement mourant, je ferai comme j’ai toujours fait, dans l’ignorance de ce que je fais, de qui je suis, d’où je suis, de si je suis. Oui, j’essaierai de faire, pour tenir dans mes bras, une petite créature, à mon image, quoi que je dise. Et la voyant mal venue ou par trop ressemblante, je la mangerai. Puis serai seul un bon moment, malheureux, ne sachant quelle doit être ma prière, ni pour qui.</font></font></p>
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		<title>Le prochain ou le lointain</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Mar 2007 05:00:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si Dieu n&#8217;existe pas, tout est-il pour autant permis? C’est une question omniprésente dans l’œuvre de Dostoïevski et en particulier dans le roman Crime et Châtiment. En voici un résumé disponible sur l’encyclopédie libre Wikipédia. Le roman dépeint le meurtre prémédité d’une vieille prêteuse sur gages et de sa sœur cadette par un ancien étudiant [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&#038;blog=741093&#038;post=123&#038;subd=insomniaque&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><a target="_blank" href="http://insomniaque.wordpress.com/2007/03/13/gott-ist-tot/">Si Dieu n&#8217;existe pas</a>, tout est-il pour autant permis?</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">C’est une question omniprésente dans l’œuvre de <a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dosto%C3%AFevski">Dostoïevski</a> et en particulier dans le roman <em><a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Crime_et_Ch%C3%A2timent_%28roman%29">Crime et Châtiment</a></em>. En voici un résumé disponible sur <a target="_blank" href="http://wikipedia.org/">l’encyclopédie libre Wikipédia</a>.</font></font></p>
<p><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify">Le roman dépeint le meurtre prémédité d’une vieille prêteuse sur gages et de sa sœur cadette par un ancien étudiant de Saint-Pétersbourg nommé Raskolnikov, et ainsi que ses conséquences émotionnelles, mentales, et physiques sur le meurtrier. Raskolnikov pense être un « Surhomme » et qu’avec une bonne raison, il pourrait exécuter un acte ignoble — le meurtre de l’usurière — si cela peut l’amener à faire le bien. Il cite souvent Napoléon, estimant qu’il a eu raison de répandre autant de sang : « Si un jour, Napoléon n’avait pas eu le courage de mitrailler une foule désarmée, nul n’aurait fait attention à lui et il serait demeuré un inconnu ».</p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Raskolnikov estime qu’il peut transcender les limites morales en tuant l’usurière, en volant son argent et en l’utilisant pour faire le bien. Il soutient que si Newton ou Kepler avaient dû tuer une ou même cent personnes pour éclairer l’humanité de leurs idées, cela en aurait valu la peine.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Le vrai châtiment de Raskolnikov n’est pas le camp de travail auquel il est condamné, mais le tourment qu’il endure tout au long du roman. Ce tourment se manifeste autant sous la forme d’une paranoïa que par la prise de conscience qu’il n’est pas un « Surhomme », puisqu’il est incapable de supporter ce qu&#8217;il a fait.</font></font></p>
</blockquote>
<p></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Ce roman russe, le plus connu avec <a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_et_Paix">Guerre et Paix</a>, dépeint à merveille le tiraillement d’un homme qui croyait en la justesse de son crime pour améliorer le sort de l’humanité, mais qui est finalement incapable de vivre avec le fardeau de sa culpabilité. Dans l’état d’esprit de Raskolnikov lorsqu’il commet son meurtre, le lointain est plus précieux que le prochain : un homme « extraordinaire » a le droit et même le devoir d’éliminer un être humain, si son action amène une amélioration de la société humaine. Dans cette perspective, on sort Dieu par la porte pour le réintroduire par la fenêtre! Dans l’idéologie chrétienne, c’est le lointain qui prime : le paradis, la vie après la mort, fais le bien et tu seras récompensé&#8230;</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Selon Dostoïevski l’homme est libre et sans Dieu, « tout est permis ». Entendons, à l’instar de <a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sartre">Sartre</a>, que nos actes ne nous sont dictés par aucune force supérieure; nous sommes SEULS responsables de nos choix, nous ne disposons de RIEN au départ, tout reste à faire. L’homme absurde, l’existentialiste authentique, est « esclave » de sa propre liberté, pour reprendre une idée de Sartre. C’est à l’individu de bâtir sa propre éthique. Faire « le bien » ou faire « le mal » ne veut strictement rien dire. Dans l’absolu, personne n’est « coupable »! Le fameux « tout est permis » ne légitime pas pour autant tous les crimes. Il veut dire que tout acte implique des conséquences qu’il nous faut mesurer de par notre propre éthique; les remords ne servant à rien.</font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana"><a target="_blank" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Camus">Camus</a> note que ce cri [le tout est permis] comporte plus d&#8217;amertume que de joie, car il n&#8217;y a plus de valeurs consacrées pour orienter notre choix : </font></font><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify">« l&#8217;absurde, dit-il, ne délivre pas, il lie. Il n&#8217;autorise pas tous les actes. Tout est permis, ne signifie pas que rien n&#8217;est défendu. L&#8217;absurde rend seulement leur équivalence aux conséquences de ces actes. Il ne recommande pas le crime, ce serait puéril, mais il restitue au remords son inutilité. De même, si toutes les expériences sont indifférentes, celle du devoir est aussi légitime qu&#8217;une autre. »</p>
</blockquote>
<p align="justify">C&#8217;est justement dans le champ des possibles et avec ses limites que s&#8217;exerce la liberté de l&#8217;homme absurde. L&#8217;homme est sa propre fin et il est sa seule fin, mais parmi ses actes il en est qui servent ou desservent l&#8217;humanité; tuer la dernière des créatures, fut-elle la plus vile qui soit, ne dessert pas l&#8217;humanité. Rien d&#8217;extraordinaire et d&#8217;une répercussion mondiale n&#8217;en résulte.</p>
<p></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Dans l&#8217;esprit de Raskolnikov, au nom de la grandeur du Surhomme, au nom du bonheur d&#8217;une humanité future, lointaine, au nom de la révolution universelle, au nom de la liberté illimitée pour un seul, ou de l&#8217;égalité illimitée pour tous, il est permis de torturer ou de tuer un homme, une quantité d&#8217;hommes, de transformer tout être en simple moyen devant servir à une grande idée, à un but élevé. </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2" face="Verdana">Mais c&#8217;est l&#8217;utilisation du libre arbitre qui élève l&#8217;homme au rang de sage en lui permettant de SE déterminer, d&#8217;agir et de penser librement. Tandis que, dénaturée par Raskolnikov et transformée par celle d&#8217;« homme extraordinaire », l&#8217;idée du Surhomme éloigne l&#8217;homme de l&#8217;humanité en lui préférant un lointain, à en devenir, et en le jugeant à l&#8217;aide d&#8217;un arbitraire qui se donne le droit d&#8217;estimer lui-même la valeur de la vie humaine, et d&#8217;en disposer selon ses désirs.</font></p>
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