Notre monde intérieur

•Lundi, 23 juin 2008 • Pas de commentaire

« Si le regard des autres t’effraie autant, ça doit être parce que tu crains l’opinion d’autrui sur ta personne. »

« En intellectualisant tout ce que tu fais, tu vis dans ton propre monde des idées et tu oublies le monde réel, celui du concret et des actions. »

Voilà deux exemples de commentaires que j’ai reçus après avoir publié mon dernier texte. Il est toujours plaisant de jouer le rôle du psychologue et de tenter d’analyser l’autre. Nous le faisons tous : par exemple, on peut se demander si notre voisin n’est pas homosexuel puisqu’il vit seul.

À maintes reprises au cours d’une journée, on se permet, d’une part, d’étiqueter l’autre en fonction de ce qu’il n’est pas (« il n’est pas comme moi, il n’est pas comme la plupart des gens, il n’est pas comme on devrait l’être, il s’écarte de la norme établie, etc. ») et, d’autre part, on le juge à partir d’une simple observation. Pourtant, après plusieurs années d’échange avec les gens de notre entourage, on a toujours de la difficulté a bien les connaître.

Combien de fois avons-nous entendu aux nouvelles à la suite d’un meurtre perpétré par un père de famille : « il nous semblait être quelqu’un de bien, la famille semblait heureuse… » Lorsque Gaétan Girouard s’est suicidé, tout le monde médiatique du Québec a été étonné. Bien qu’il fût workalcoolique, personne n’aurait pu prédire un tel dénouement.

Mais, il nous est impossible de concevoir ce qui échappe à notre entendement. La nature première de l’autre, c’est d’être imprévisible. Bien que de nature imprévisible, les caractéristiques de l’autre nous sont pourtant fondamentales. C’est l’autre et son regard qu’il nous renvoie sur nous-mêmes qui nous permet de nous interroger sur notre propre nature : je suis comme ceci, il est comme cela, mais pourquoi il n’est pas comme moi? Et pourquoi je ne suis pas comme lui?

Entre la personnalité que nous projetons aux yeux des autres et notre moi intérieur, il y a un écart et celui-ci m’apparaît être plus élevé que ce que la majorité des gens l’imagine habituellement. Certes, les gens que je côtoie depuis plusieurs années en viennent à connaître mes particuliarités et vice-versa. Mais, nous projetons aux autres l’image que l’on veut bien exposer (ou peut-être inconsciemment).

Ce n’est pas le fait que cette image varie en fonction du type d’individu que l’on a devant nous – collègue de travail, connaissance, ami, famille, etc. – qui suscite mon questionnement, mais le fait que cette image est brouillée et submergée. L’image qui refait surface n’est qu’une infime partie de notre être. Le schéma du glacier de Freud m’apparaît encore valable aujourd’hui. Je crois que le « moi », le « surmoi » et le « ça » définissent qui nous sommes réellement. Mais cette partie demeure inconnue aux autres.

Jacques Lacan disait que « l’image de mon corps passe par celle imaginée dans le regard de l’autre; ce qui fait du regard un concept capital pour tout ce qui touche à ce que j’ai de plus cher en moi et donc de plus narcissique » puisque c’est l’image que l’autre perçoit de notre être qui nous importe : être gros, laid, petit ou introvertie, c’est toujours en fonction de l’image perçue par l’autre.

Dans le film Fight Club, il y a un passage que j’apprécie en particulier. Tyler Durden insiste sur le fait que les hommes sont tous, en définitive, dirigés par les mêmes instincts; personne n’est différent de l’autre. Nous sommes tous un amas de particules élémentaires contrôlées par nos pulsions primaires.

« Vous n’êtes pas exceptionnel. Vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes fait de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde prêt à servir à tout. Nous appartenons tous au même tas d’humus en décomposition. […] Vous n’êtes pas votre travail, vous n’êtes pas votre compte en banque, vous n’êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis. Vous êtes la merde de ce monde, prête à servir à tout. »

Faut-il ramener l’Homme à ses plus bas instincts, à ses pulsions animales pour qu’il y ait moins d’écart entre ce que nous sommes et l’image que les autres ont de nous?

Je ne crois pas.

Nous ne réagissons pas tous de la même manière puisque nous avons nos propres codes et nos propres idiosyncrasies. Entre réalité, perception et imagination, les méandres de la pensée de chacun nous déstabilisent. En fin de compte, c’est peut-être une des beautés de l’être humain, soit d’être incompréhensible à ses semblables. Et pour tenter d’y voir plus clair et pour éviter de jeter du pessimisme sur les relations humaines, il faut peut-être abandonner notre logique habituelle, notre vérité subjective, pour faire face aux multiples « empires intérieurs » de chacun !

Le regard d’autrui

•Dimanche, 15 juin 2008 • 3 commentaires

« Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. » (Sartre)

« La possibilité de vivre commence dans le regard de l’autre. » (Houellebecq)

C’est dans l’ouvrage l’Être et le Néant que Sartre développe les principaux concepts de sa philosophie d’ontologie phénoménologique tels que l’« en-soi », le « pour-soi » et le « pour-autrui ». L’« en-soi » et le « pour soi » sont en perpétuel état d’opposition, le premier désignant toute chose, toute réalité qui existe sans avoir la conscience d’exister et le second désigne « l’être de l’homme » conscient de ce qu’il est et des possibilités infinies de choisir d’être autre chose.

La roche (« en-soi ») existe de manière passive, sans avoir la liberté d’être autre chose que ce qu’elle est, mais l’Homme, lui, a une liberté absolue. Si le caractère solipsiste du cogito vouait l’être à une solitude absolue puisque la seule chose, selon Descartes, qu’on est certain c’est la conscience de notre propre réalité, le « pour-soi » postule la liberté de tous les hommes. Pour reprendre une formule de Heidegger « l’homme ne possède pas la liberté, mais c’est la liberté qui possède l’homme. »

La liberté nous possède et si celle-ci est absolue, elle est limitée par la responsabilité que nous avons envers autrui; et c’est ce concept, celui de « pour-autrui », que je voudrais aborder.

À force d’interagir avec ma famille, mes amis et les gens que je côtoie régulièrement, je peux deviner leurs comportements, leurs pensées, leurs idiosyncrasies, mais la relation que j’entretiens avec eux n’est pas contingente, essentielle, mais accidentelle.

L’autre, c’est la personne que j’ai en face de moi qui me ressemble, mais qui m’est étranger.  Mais cet autre appartient à mon « pour-soi ». Je peux me faire une représentation de l’autre, en faire un « pour-moi » (un être que je donne un sens), mais en définitive la nature première de l’autre, c’est d’être autre.

C’est le regard d’autrui qui donne tout son sens à nos réactions émotives telles que la honte, la fierté, la jalousie et l’amour. C’est cette intersubjectivité, soit ce moment de flottement où chacun construit sa réflexion sur l’autre qu’il a en face de lui, qui, pour reprendre les termes de Sartre, précipite « notre chute » et « l’éclatement de moi-même » : chacun nie l’autre pour être lui-même.

De mon néant – soit le vertige que l’on ressent face à ce sentiment de liberté absolue et des possibilités qui s’offrent à nous – je peux devenir ce que je veux. Mais, en définitive, suis-je réellement ce que suis? (celui fabriqué par ma conscience que j’ai d’être)? Ou suis-je la construction du regard d’autrui? Ma liberté et mon intentionnalité sont sans cesse remises en question par le regard que l’autre porte sur moi.

J’aime les hommes, mais je déteste l’autre. Il m’est insupportable. Cet être échappe à mon entendement puisque je ne suis pas en mesure de saisir avec certitude sa pensée profonde. Si ce ramassis de particules élémentaires n’était qu’un objet inerte, je pourrais certes continuer à exister sans m’en soucier. Mais, mes actes prennent une tout autre signification lorsqu’ils sont portés à la psyché d’autrui.

L’autre, dit-on, permet de mieux nous connaître. Je crois que l’autre nous empêche plutôt d’être qui nous sommes réellement. La plupart du temps, nous agissons non pas en fonction de qui nous sommes véritablement, mais plutôt en jonglant entre qui nous désirons être et l’image de qui nous voulons projeter à ceux qui nous côtoie.

« On se trompe avant même de rencontrer les gens, quand on imagine la rencontre avec eux; on se trompe quand on est avec eux; et puis quand on rentre chez soi, et qu’on raconte la rencontre à quelqu’un d’autre, on se trompe de nouveau. Or, comme la réciproque est généralement vraie, personne n’y voit que du feu, ce n’est qu’illusion, malentendu qui confine à la farce. Pourtant, comment s’y prendre dans cette affaire si importante – les autres – qui se vide de toute la signification que nous lui supposons et sombre dans le ridicule, tant nous sommes mal équipés pour nous représenter le fonctionnement intérieur d’autrui et  ses mobiles cachés? » (Philipe Roth – Pastorale américaine)

Épidermique

•Vendredi, 13 juin 2008 • Un commentaire

Il m’apparaît que l’amitié entre les hommes et les femmes est une vaine chimère. Je sais, ça fait mal de lire ceci et vous vous dites que j’ai tort, ou que j’ai de la rancoeur vis-à-vis des femmes. Ne vous en faites pas, vous être au stade du déni. Ce n’est pas de votre faute. Vous avez été éduqué par des féministes et elles vous ont appris que les hommes et les femmes sont égales (tiens je me permets le luxe de conjuguer ce mot avec le féminin), même dans leur plaisir.

Pourquoi l’amitié ne serait-elle pas possible, si, finalement, nous sommes égaux et construits dans un même moule?

Effectivement, peu de chromosomes séparent l’homme de la femme. Mais au niveau du psyché, il y a quelque chose de particulier dans cette relation qui ne permet pas une véritable amitié : le désir. En fait, l’amitié pourrait être possible n’eut été du désir, ou si aucun des deux protagonistes n’en ressentait. Mais, tel est rarement le cas.

Mesdames, il faut faire face à la réalité. Ne croyez jamais ce que vous dit un homme. Le masculin ment toujours pour arriver à ses fins; la fin justifie les moyens comme le dirait ce cher Machiavel. La vérité, c’est que pour les hommes toutes femmes est objet de désir et si désir n’y a pas, l’homme perd tout intérêt. Et l’amitié est incompatible avec le désir, puisque l’amitié exige de la confiance et de l’écoute attentive.

Oh, un instant! J’ai un appel d’une auditrice.

« Désolé de vous interrompre, mais je crois que vous faites fausse route, j’ai un homme comme ami. »

« Êtes-vous célibataire? Et est-ce que votre ami l’est? »

« Non je ne suis pas célibataire et il l’est depuis quelques mois. »

« Si vous me dites que vous le connaissez depuis votre enfance, je suis prêt à nuancer mes propos et de dire que dans certains cas rarissimes l’amitié est possible, mais autrement, s’il y a un semblant d’amitié entre vous, c’est parce qu’il ressent du désir. Ça ne veut pas dire qu’il veut absolument faire l’amour avec vous, mais si vous faisiez les premiers pas, je ne crois pas qu’il refuserait. »

Bon, je reçois déjà des courriels. On va en lire un d’un homme.

« Vous êtes une honte pour les hommes. Avez-vous évolué? La vie ne se résume pas aux quelques pouces qui grouillent dans vos culottes. Dom »

Mon cher Dom, je crois que les rapports entre les hommes et les femmes seraient nettement meilleurs si on consentait à admettre cette évidence. Malgré notre évolution, l’homme est toujours influencé par ses instincts primitifs et je suis désolé de heurter vos croyances, mais notre instinct sexuel gouverne encore notre vie.

Ah, mais oui! Aujourd’hui on camoufle l’instinct ou le désir par des artifices. On va manger au restaurant, on visite un musée, on se fait des promesses…

Les voiles de la séduction sont illimités et dissimulent la pulsion aveugle du désir érotique. Le problème avec les relations humaines, c’est qu’on est intime avant de savoir quoi que ce soit de l’autre. C’est la surface de l’autre qui nous intéresse, d’abord, et le reste, on s’en fou.

J’entends déjà vos plaintes : « je connais un homme et une femme célibataire qui ont une relation d’amitié. » Je le répète, j’aurais tendance à dire qu’il y a toujours un des deux protagonistes (généralement l’homme) qui ressent du désir dans l’amitié.

Les conventions l’obligent, nous avons créé le terme affinité pour maquiller le désir pour qu’il paraisse sous son jour le plus noble. « Je désire l’autre, mais c’est plus que simplement sexuel. C’est une question d’affinités. »

Bullshit!

On aime se jouer la comédie, ramener l’instinct à un aspect socialement acceptable. Et si quelqu’un me parle encore de l’attirance mutuelle, je crois que je vais l’étrangler. Il n’y a rien de symétrique dans le désir; elle aime ceci, tu aimes cela.

That’s it!

On ne veut pas l’admettre, mais finalement…

C’est épidermique.*

*En plus de faire référence à l’épiderme et au sens du touché - la surface de l’être -, le terme épidermique signifie aussi, au sens figuré, d’une grande intensité, mais en définitive superficiel…

L’autre

•Jeudi, 12 juin 2008 • Pas de commentaire

- Alors?

- Rien.

- C’est impossible.

- Je sais.

- Dis quelque chose.

- Peu importe.

- Si, ça importe.

- Non.

- Oui.

- Tu m’énerves, ça n’a aucune importance.

- Pourquoi?

- Parce que c’est épidermique, c’est simplement pour assouvir ta soif de curiosité.

- Je veux savoir ce que tu en penses.

- Tu sais bien que je vais te dire ce que tu veux entendre.

- Pourquoi?

- Parce que c’est comme ça que les relations humaines fonctionnent : on se joue la comédie. On croit bien connaître l’autre, mais finalement ce n’est qu’une illusion on connaît la surface des gens et c’est tout.

- C’est quoi le rapport…

- Le rapport!!! Ça fait 6 mois qu’on se connaît. Mais, dans le fond, tu ne sais rien à mon sujet.

- Je croyais qu’on était intime.

- C’est là le problème. On nous fait croire que parce que qu’on est « intime » avec quelqu’un, on sait tout de l’autre. Mais c’est archi faux. Une poigné de main, un sourire, faire l’amour… Tout ça, ce n’est qu’épidermique, cela ne nous permet pas de saisir la profondeur de l’âme de quelqu’un.

L’Existant

•Dimanche, 9 mars 2008 • 2 commentaires

Théorie élaborée par le psychiatre Carl Gustav Jung (1875-1961), la psychologie analytique propose, d’une part, de donner un sens à ce qu’elle nomme l’âme humaine (système psychique) et, d’autre part, elle recommande une forme de développement de soi menant à la découverte de notre Moi intérieur. On peut dire que c’est une théorie qui s’intéresse aux profondeurs de l’âme humaine.

Dès les premiers écrits de Jung, nous observons que ce dernier prend ses distances de la psychanalyse de Freud et des théories exclusivement rationalistes basées sur la recherche d’une vérité unifiée : « Apprenez vos théories aussi bien que vous le pouvez, puis mettez-les de côté quand vous entrez en contact avec le vivant miracle de l’âme humaine; l’Homme mérite qu’il se soucie de lui-même, car il porte dans son âme les germes de son devenir. »

Peut-on dès lors qualifier la psychologie analytique de théorie humaniste puisqu’elle affirme que l’Homme peut se définir par ses propres moyens en faisant fi du déterminisme ambiant, en redevant maître de sa destinée et en retrouvant sa propre vérité? Je réponds à cette question par la négative. L’humanisme met l’Homme en tant qu’humanité au centre de ses réflexions tandis que Jung s’intéresse à l’homme dans ses particularités intimes et individuelles.

Dans le cadre d’un cours de psychologie à l’université durant les années soixante, ma mère rédigea un travail sur Jung qui s’intitulait « connais-toi toi même ». Cette phrase résume à merveille la psychologie analytique : celle-ci nous invite à une découverte de notre âme (individuation) afin de nous libérer du Soi, c’est-à-dire la personne au-delà de notre Moi, soit la part de notre personnalité qui est socialement prédéfinie et redéfinie par notre inconscient.

La synchronicité, telle que définie par Jung, est l’occurrence simultanée de deux évènements qui ne présentent pas de rapport de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Par définition, la synchronicité est donc acausale et elle s’oppose à une vision uniquement déterministe du monde. Pour un scientifique, tous événements présentent un effet de causalité et l’acausalité n’est utilisée que de façon temporaire.

Voici un exemple un peu loufoque de synchronicité qui met en relation deux présidents américains.

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Un exemple de synchronicité que chacun d’entre nous connaît c’est celui du coup de téléphone d’un ami auquel nous venions tout juste de penser. Réalisé par Denis Villeneuve, le film Maelström, mettant en vedette Marie-Josée Cruze et Jean-Nicolas Verreault, est un autre exemple très bien illustré de synchronicité. Il y a aussi l’excellent long-métrage Magnolia réalisé par P.T. Anderson qui est une belle représentation de synchronicité où, à travers une mosaïque de destin, la vie de plusieurs protagonistes semblent être interreliée sans qu’il n’y ait toujours, à proprement parler, de causalité apparente (ce qu’on appelle dans notre jargon d’étranges coïncidences).

La psychologie analytique de Jung est perçue par plusieurs intellectuels comme de la pseudo-science puisque certains concepts, comme celui de synchronicité, ne sont pas réfutables.

Le problème de démarcation entre ce qui relève de la science et ce qui est non-scientifique a été analysé par Karl Popper, un des plus influents philosophes du 20e siècle. Selon Popper, on dit d’une proposition qu’elle est scientifique non pas si c’est une proposition vérifiée ni même vérifiable par l’expérience, mais lorsqu’elle est réfutable (ou falsifiable). La proposition « Dieu existe » peut être expérimentée par ceux qui ont la foi, mais elle n’est pas scientifique, car elle n’est pas réfutable. La proposition « tous les cygnes sont blancs » est une conjecture scientifique. Si j’observe un cygne noir, cette proposition sera réfutée. C’est donc la démarche de conjectures et de réfutations qui permet de faire croître les connaissances scientifiques. Les critères de scientificité de Popper sont facilement applicables dans les sciences dites de la nature (expérimentales et d’observation) où s’exercent les principes de causalité.

Mais dans le cas des sciences humaines, la comparaison des situations pose problème étant donné, d’une part, le fait que toutes les conditions de départ ne sont pas les mêmes (le moi profond est particulier à chacun) et, d’autre part, qu’il n’y ait pas de séparation entre le sujet d’étude et celui qui l’étudie.

Je me considère comme un être plutôt rationnel, mais il me semble que, de Descartes à nos jours, les systèmes rationalistes et les ardents défenseurs de la science comme seule voie de la vérité ont tous une faille importante : en utilisant leur seul guide qu’est la raison pour rechercher la vérité ou l’objectivité scientifique (une réflexion abstraite détachée de la réalité), les rationalistes dissuadent l’être humain à rechercher la vérité à l’intérieur de lui-même.

Comme le dit Kierkegaard, père de l’existentialisme, qu’est-ce que la vérité, sinon la subjectivité? La « subjectivité est vérité » et la « vérité est subjectivité ». Ce paradoxe kierkegaardien fait la distinction entre ce qui est objectivement vrai et la relation de subjectivité qu’entretient un individu avec cette vérité. Deux personnes peuvent reconnaître qu’ils devraient faire davantage d’activité physique (connaissance objective), mais seulement une des deux peut décider de passer à l’action; c’est toute la différence ce que l’on reconnaît comme vrai (objectif) et ce que nous décidons de faire (notre vérité subjective).

Je crois que mon existence, ma vérité subjective, est la seule certitude que je peux affirmer. Renversons le cogito cartésien : du je pense donc je suis au je suis donc je pense. Par corrélation de mon existence, je postule aussi celle des autres, mais c’est seulement à travers mon expérience que je peux affirmer mon individualité et donc ma propre vérité. Mes sens sont trompeurs (illusions d’optique) et l’histoire n’est qu’une approximation et une interprétation. La seule chose qui importe c’est ce que je suis présentement, un existant, un être en construction.

Quel serait donc le but de l’homme selon Kierkegaard? C’est d’exister. Pas comme le rocher ou l’animal, mais en mettant à profit mes 3 entités d’existant : connaissance, action et spiritualité. Exister c’est trouver un sens à SA vie et non pas à la Vie en général.  Nous contrôlons en grande partie nos choix, mais nous n’avons aucune emprise sur les circonstances. Les marxistes croient à un déterminisme historique et la foi chrétienne nous oblige à envisager un temps futur, c’est-à-dire que nos actions du moment présent détermineraient notre vie future.

Rendons-nous à l’évidence : dans notre vie de tous les jours, l’indéterminisme semble aller de soi et ce que nous voulons rejoindre par notre action n’est jamais pleinement atteint puisque ce qui façonne notre existence ne consiste pas seulement à la façon dont nous planifions nos propres actions. Nous ne pouvons modifier ce qui nous entoure par notre simple volonté, car nous sommes sans cesse en interaction avec des individus ayant des visées divergentes des nôtres et partageant une vision différente de laquelle nous envisageons. Le monde est entrevu différemment selon chacun d’entre nous.

Croire en la synchronicité c’est, ni plus ni moins, être partisan de la subjectivité de l’individu et de louanger l’état subjectif du moment. Fermez les yeux pendant 2 minutes et essayez d’entrer dans les profondeurs de votre âme. Oubliez ce que la société vous dit de faire et ce que les gens autour de vous voudraient que vous fassiez et trouvez votre intériorité. Votre vocation première c’est d’être un individu et votre tâche c’est de vous comprendre d’abord. La vérité est à l’intérieur de vous et non au dehors comme on veut vous le faire croire.

Dans la vie de tous les jours, la synchronicité permet d’englober notre existence d’une couche rassurante en nous disant que nos actes ne sont pas insignifiants lorsqu’on les reporte dans la trame de notre psyché; elle permet aussi d’intensifier la prise de conscience d’être en vie en nous faisant réaliser que notre vie n’est pas déterminée à l’avance et que d’étranges coïncidences percutent notre existence. La seule chose que je connaisse, c’est ma vie d’individu particulier.

Pour paraphraser Vian, votre histoire (votre vie) est entièrement vraie, puisque vous l’avez imaginée d’un bout à l’autre!