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	<title>l'Insomniaque &#187; Philosophie</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>l'Insomniaque &#187; Philosophie</title>
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		<title>Quand le cinéma illustre la philosophie</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Apr 2010 23:17:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/04/montauk-sophocles.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1275" title="montauk-sophocles" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/04/montauk-sophocles.jpg?w=328&#038;h=382" alt="" width="328" height="382" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Dernièrement, j&#8217;ai réécouté les deux volets du long-métrage <em>Kill Bill</em>, réalisé par Quentin Tarantino. Bien que je n&#8217;ai pas encore visionné ses deux plus récentes productions, je crois, a priori, qu&#8217;elles iraient rejoindre ses autres œuvres cinématographiques dans mon regroupement personnel et restreint de films que je peux visionner à maintes reprises sans jamais m&#8217;ennuyer.</p>
<p style="text-align:justify;">Écouter un film de Tarantino, c&#8217;est comme manger un plat réconfortant et préparé de la même façon depuis 25 ans par sa chère maman : il n&#8217;y a aucune surprise désagréable puisque nous savons à l&#8217;avance ce qui nous attend. Les tourtières préparées par ma mère sont excellentes et j&#8217;en mangerais  plusieurs fois par année, mais le fait d&#8217;en manger fréquemment ne me  permet pas de découvrir de nouvelles saveurs ou de nouveaux aliments.</p>
<p style="text-align:justify;">Le scénario des films de Tarantino est souvent rocambolesque et l&#8217;histoire se déroule toujours au sein d&#8217;univers qui  me sont très étrangers, à l&#8217;instar de celui du monde criminel. Tarantino est un grand réalisateur et un de mes cinéastes préférés, mais ses films ne me font pas réfléchir sur l&#8217;existence humaine. Ce ne sont pas des films philosophiques puisqu&#8217;ils exigent peu d&#8217;effort de réflexion de la part du spectateur.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette constatation n&#8217;enlève absolument rien à la qualité de ses longs-métrages, mon objectif étant simplement de souligner les différentes approches valorisées par un metteur en scène, certains choisissant le divertissement, d&#8217;autres la réflexion.</p>
<p style="text-align:justify;">Contrairement à la vision très répandue, notamment chez les individus qui sont d&#8217;avis que la philosophie est une discipline ennuyeuse, un film à propos philosophique n&#8217;est pas nécessairement une œuvre dite de répertoire, un chef d&#8217;œuvre de la cinémathèque ou bien encore un long-métrage dont la trame narrative est indéchiffrable, à l&#8217;instar de certains films réalisés par David Lynch.</p>
<p style="text-align:justify;">Certes, un film philosophique nous demande une plus grande réceptivité intellectuelle qui n&#8217;est pas nécessairement au rendez-vous le vendredi soir, après une dure semaine de travail.</p>
<p style="text-align:justify;">À mon avis, la caractéristique principale d&#8217;un film philosophique réside dans le fait que les réponses aux questions soulevées sont habituellement laissées en suspend lors de la conclusion du récit afin que le spectateur se forge sa propre interprétation.</p>
<h2 style="text-align:justify;">« Meet me&#8230; in Montauk&#8230; »</h2>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">[In the house on the beach]</p>
<p>Joël : I really should go! I&#8217;ve gotta catch my ride.</p>
<p>Clémentine : So go.</p>
<p>J : I did. I thought maybe you were a nut&#8230; but you were exciting.</p>
<p>C : I wish you had stayed.</p>
<p>J : I wish I had stayed to. NOW I wish I had stayed. I wish I had done a lot of things. I wish I had&#8230; I wish I had stayed. I do.</p>
<p>C : Well I came back downstairs and you were gone!</p>
<p>J : I walked out, I walked out the door!</p>
<p>C : Why?</p>
<p>J : I don&#8217;t know. I felt like I was a scared little kid, I was like&#8230; it was above my head, I don&#8217;t know.</p>
<p>C : You were scared?</p>
<p>J : Yeah. I thought you knew that about me. I ran back to the bonfire, trying to outrun my humiliation.</p>
<p>C : Was it something I said?</p>
<p>J : Yeah, you said &laquo;&nbsp;so go.&nbsp;&raquo; With such disdain, you know?</p>
<p>C : Oh, I&#8217;m sorry.</p>
<p>J : It&#8217;s okay.</p>
<p>[Walking Out]</p>
<p>C : Joel? What if you stayed this time?</p>
<p>J : I walked out the door. There&#8217;s no memory left.</p>
<p>C : Come back and make up a good-bye at least. Let&#8217;s pretend we had one.</p>
<p>[Joel comes back]</p>
<p>C : Bye Joel.</p>
<p>J : I love you&#8230;</p>
<p>C : Meet me&#8230; in Montauk&#8230;</p>
<p>(<a href="http://www.youtube.com/watch?v=FvUJ9zCmOIY#t=4m35s" target="_blank">Visionner ce dialogue</a>)</p></blockquote>
<p style="text-align:justify;">Long-métrage réalisé par Michel Gondry et sortie en 2004, <em>Eternal Sunshine of the Spotless Mind</em> raconte l&#8217;histoire d&#8217;un couple qui ne voit plus que les mauvais côtés de leur liaison. Clémentine décide alors d&#8217;effacer de sa mémoire toute trace de cette relation amoureuse. Effondré, Joël contacte l’inventeur du procédé Lacuna, le Docteur Howard Mierzwiak, pour qu’il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clémentine.</p>
<p style="text-align:justify;">Un comprimé pharmaceutique qui pourrait effacer la mémoire d’un individu fait encore partie du domaine de la science-fiction, mais, avouons-le, si nous avions la possibilité de bénéficier d&#8217;une telle pilule, il y a certains moments de notre existence que nous aimerions bien effacer de notre mémoire.</p>
<p style="text-align:justify;">En perpétuelle quête de perfectionnement et d&#8217;amélioration personnels, l&#8217;Homme souhaiterait que les gens de son entourage adhèrent à ses objectifs de vie. Dès qu&#8217;il s&#8217;engage dans une relation amoureuse, l&#8217;individu est porté à idéaliser la personne qu&#8217;il côtoie sur une base régulière. Cette idéalisation fait en sorte que l&#8217;individu amoureux se permet de croire que ses propres ambitions pourraient devenir les siennes et qu&#8217;à force de persuasion, il pourrait l&#8217;amener à envisager les choses telles qu&#8217;il les envisage. Sa partenaire deviendrait alors sa réciproque et non pas simplement son complément.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;être humain ne se contente pas d&#8217;aimer sans attente, mais il aime plutôt en fonction de ce que l&#8217;autre pourrait lui apporter en fonction des attentes et des objectifs qu&#8217;il s&#8217;est fixés. Plutôt que de considérer notre amoureux comme la personne qui pourrait donner de la consistance à notre être, la personne aimée est simplement subordonnée à notre désir de perfection.</p>
<p style="text-align:justify;">À l&#8217;instant où la relation ne progresse plus selon nos désirs et que l&#8217;autre ne se conforme plus à l&#8217;image idéalisée que nous nous étions construite lors des premiers matins d&#8217;amour, nous ressentons de la frustration et nous songeons parfois à mettre fin à la relation afin de poursuivre notre quête de l&#8217;âme sœur idéale. Pourtant, il faudrait toujours garder à l&#8217;esprit que les travers observés chez une personne en début de relation ne s&#8217;estomperont pas avec le temps. Nous oublions trop souvent que l&#8217;être humain est fait de contraste et ce qu&#8217;on considère comme un « défaut » peut s&#8217;avérer être un trait de sa personnalité qui le différencie de ses semblables.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est ce que Joël réalise lorsqu&#8217;il est en train de subir le procédé d&#8217;effacement de sa mémoire : ce sont les idiosyncrasies de Clémentine qui lui plaisaient, sa spontanéité, son impulsivité, sa loquacité, en somme, les caractéristiques de sa personnalité qui contrastent avec la sienne. Et c&#8217;est cette opposition entre leurs deux personnalités qui amènent d&#8217;abord des frictions au sein du couple, puis la rupture. Mais, ce sont aussi les contraires qui nous attirent.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://www.youtube.com/watch?v=FvUJ9zCmOIY#t=6m28s" target="_blank">La phrase « meet me&#8230; in Montauk&#8230; </a>» devrait avoir sa place au panthéon des meilleures citations de film au côté du célèbre «<a href="http://www.youtube.com/watch?v=cfxJCdBFuLk#t=59s" target="_blank"> We&#8217;ll have Paris » prononcé par Rick Blaine dans le film <em>Casablanca</em></a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Les quatre petits mots prononcés par Clémentine, que l&#8217;on entend difficilement, comme si elle lui insufflait à travers son esprit, veulent indiquer à Joël de retourner à Montauk, le lieu de leur premier rendez-vous. À son réveil, Joël n&#8217;aura plus aucun souvenir de Clémentine. Ainsi, leur histoire d&#8217;amour devait disparaître à jamais de leur mémoire commune. Tel ne fut pas le cas, car en retournant à Montauk, les amoureux recommenceront leur histoire d&#8217;amour malgré le fait qu&#8217;ils sont conscients qu&#8217;un jour elle se terminera.</p>
<p style="text-align:justify;">Entre temps, que doivent-ils faire? <a href="http://www.youtube.com/watch?v=FvUJ9zCmOIY#t=1m54s" target="_blank">Simplement d&#8217;en profiter au maximum</a>!</p>
<p style="text-align:justify;">Ce film est une très belle métaphore du <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2005/07/04/leternel-retour/" target="_blank">concept nietzschéen de l&#8217;éternel retour</a> de toute chose. D&#8217;ailleurs, une employée du Docteur Mierzwiak, Mary Svevo, récite à deux reprises un célèbre aphorisme de ce philosophe : « blessed are the forgetful, for they get the better even of their blunders ».</p>
<p style="text-align:justify;">La dernière scène du film m&#8217;apparaît comme étant une conclusion  empreinte de lucidité où aucune accolade et aucun baiser langoureux ne sont échangés. Les deux protagonistes prennent conscience de la réalité de leur situation, acceptent de recommencer leur cycle amoureux, d&#8217;oublier qu&#8217;ils avaient échoué à la première tentative, puisqu&#8217;ils sont d&#8217;avis que les bons moments qu&#8217;ils vivront supplanteront les moments de souffrance qu&#8217;ils subiront inévitablement. C&#8217;est une belle philosophie de vie qui peut avoir une résonance auprès de chacun d&#8217;entre nous!</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">J : I can&#8217;t see anything that I don&#8217;t like about you.</p>
<p>C : But you will! But you will. You know, you will think of  things. And I&#8217;ll get bored with you and feel trapped because that&#8217;s what  happens with me.</p>
<p>J : Okay.</p>
<p>C : [pauses] Okay.</p></blockquote>
<h2 style="text-align:justify;">« Échapper à la naissance, c&#8217;est sans doute la plus grande des chances. »</h2>
<blockquote>
<p style="text-align:left;">Nola : I don&#8217;t think this is a good idea. You shouldn&#8217;t have followed me here.</p>
<p>Christopher : Do you feel guilty?</p>
<p>Nola : Do you?</p>
<p>[They kiss]</p>
<p style="text-align:left;">(<a href="http://www.youtube.com/watch?v=qp_m-zeWioo#t=8s" target="_blank">Visionner ce dialogue</a>)</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Long-métrage réalisé par Woody Allen et sortie en 2005, <em>Match Point</em> est l&#8217;histoire de Chris Wilton, issu d&#8217;un milieu modeste, qui est amené, par un concours de circonstances, à fréquenter Tom Hewett, un jeune homme né au sein d&#8217;une famille bourgeoise. Chris se mariera avec Chloé, la soeur de Tom, mais éprouvera rapidement une passion pour Nola Rice, la copine de Tom. Jusqu&#8217;à la conclusion de ce film, ce dernier sera tiraillé entre, d&#8217;une part, son désir de demeurer au sein d&#8217;un milieu bourgeois et, d&#8217;autre part, sa passion pour Nola.</p>
<p style="text-align:justify;">Un jour ou l&#8217;autre, nous ferons tous face à une situation où nous serons confrontés à devoir prendre une décision entre deux options. Nous savons qu&#8217;une décision de notre part en faveur d&#8217;une option éliminera l&#8217;autre de l&#8217;équation. Notre sélection se fait habituellement de façon spontanée, notre choix s&#8217;arrêtant sur l&#8217;option qui nous plaît davantage. Cependant, à un certain moment, une situation inextricable survient et la seule issue possible réside dans le fait de comptabiliser les points positifs et les points négatifs de chaque option.</p>
<p style="text-align:justify;">Il arrive aussi que nous nous retrouvions, à l&#8217;instar de Chris, confrontés à un dilemme : nous sommes incapables de prendre une décision éclairée étant donné que nous ne pouvons faire un choix sans perdre quelque chose que nous considérons comme étant essentielle à notre existence.</p>
<p style="text-align:justify;">En économie, en prenant en considération le cas où les ressources ne sont pas illimitées, lorsqu&#8217;un agent décide de faire un choix en se procurant un bien de luxe, il se met dans une situation où il devra patienter avant d&#8217;acheter un autre bien. L&#8217;enfant de cinq ans comprend ce principe : « si maman t&#8217;achète ce jouet, elle ne pourra pas t&#8217;acheter celui que tu voulais la semaine dernière. »</p>
<p style="text-align:justify;">Un choix implique souvent une perte d&#8217;une jouissance quelconque puisqu&#8217;il y a toujours une ou plusieurs options qui seront écartées.</p>
<p style="text-align:justify;">Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n’a de pouvoir sur les circonstances, mais chacun en a sur ses choix. J&#8217;ai abordé à maintes reprises la thématique de la chance : <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/07/27/leurre-par-le-hasard/" target="_blank">nous sommes souvent leurrés par le hasard</a> et <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/07/01/la-part-de-l%E2%80%99autre/" target="_blank">la part de l&#8217;autre, ce que nous aurions pu devenir</a>, doit être considérée lorsque nous réfléchissons sur notre existence.</p>
<p style="text-align:justify;">Dès la première scène de ce long-métrage, le réalisateur nous présente la thématique du hasard. Nous voyons une balle de tennis qui frappe le haut du filet et qui peut soit passer de l&#8217;autre côté, soit retomber en arrière : avec un peu de chance, la balle passe et le joueur remporte la partie. Cette séquence est décrite par Chris : « les gens n&#8217;osent pas admettre à quel point leur vie dépend de la chance : ça fait peur de penser que tant de choses échappent à notre contrôle. »</p>
<p style="text-align:justify;">Outre la thématique de la dichotomie entre choix et circonstances, il me semble que nous pouvons aussi relever l&#8217;influence du romancier Dostoïevski et du philosophe Nietzsche tout le long de ce long-métrage de Woody Allen.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;abord, au début du film, Chris lit le roman <em>Crime et Châtiment</em> de Dostoïevski où la théorie nihiliste du « tout est permis » est formulée sans ambiguïté par Raskolnikov, protagoniste principal du roman qui commet le meurtre prémédité d’une vieille prêteuse sur gages. C&#8217;est, ni plus ni moins, une vision exacerbée de la théorie du surhomme de Nietzsche : Raskolnikov pense être un « surhomme » et estime qu’il peut transcender les limites morales en tuant  l’usurière, en volant son argent et en l’utilisant pour faire le bien.</p>
<p style="text-align:justify;">Si à la fin de <em>Crime et Châtiment</em> le héros est condamné, celui de <em>Match Point</em> n&#8217;est pas puni pour son crime. Ce long-métrage ne condamne pas le nihilisme, il affirme plutôt, haut et fort, que la morale est une fabrication de l&#8217;Homme et que, dans les faits, elle n&#8217;existe pas. À la fin du récit, Chris déclare qu&#8217;il aurait aimé être appréhendé et puni. Ainsi, il aurait pu croire à une existence humaine significative, c&#8217;est-à-dire qui aurait un sens, un but quelconque, où la vertu triompherait du vice. Même chez les gens non-croyants, l&#8217;idée que le criminel doit payer pour ses crimes est ancrée profondément dans nos gênes.</p>
<p style="text-align:justify;">La scène finale ne répond pas à la question qu&#8217;elle soulève, laissant plutôt au spectateur le soin d&#8217;y réfléchir. Chris a sacrifié sa passion pour Nola et a décidé de demeurer avec Chloé, au sein d&#8217;un milieu bourgeois. Ce film nous fait réfléchir sur le concept de la  moralité. Certes, Chris n&#8217;est pas condamné, cependant nous présumons qu&#8217;il ressent du remord relativement au crime qu&#8217;il a commis.</p>
<p style="text-align:justify;">La conclusion du film ne nous laisse pas indifférents. Chris est toujours marié à Chloé, sa prospérité économique semble assurée et la naissance de son enfant devrait lui procurer de la joie. Pourtant, Chris évoque plutôt ce cruel aphorisme de Sophocle : « échapper à la naissance, c&#8217;est sans doute la plus grande des chances. »</p>
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		<title>Les vertus de la simplicité</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Mar 2010 04:02:43 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[L&#8217;utilisation des transports en commun prédispose l&#8217;usager à écouter distraitement les conversations. La semaine dernière, deux jeunes filles discutaient de leur dernier coup de foudre. « La blonde » voulait connaître l&#8217;avis de son amie « la brune » au sujet du comportement d&#8217;un garçon qu&#8217;elle aimerait bien fréquenter : elle l&#8217;a invité à aller [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&blog=741093&post=1104&subd=insomniaque&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">L&#8217;utilisation des transports en commun prédispose l&#8217;usager à écouter distraitement les conversations. La semaine dernière, deux jeunes filles discutaient de leur dernier coup de foudre. « La blonde » voulait connaître l&#8217;avis de son amie « la brune » au sujet du comportement d&#8217;un garçon qu&#8217;elle aimerait bien fréquenter : elle l&#8217;a invité à aller au cinéma, mais celui-ci a refusé prétextant un empêchement de dernière minute. La jeune fille voulait connaître l&#8217;opinion de son amie sur les diverses conjectures qu&#8217;elle a élaborées, à savoir serait-il intimidé, occupé ou simplement trop gêné pour accepter son invitation. Je poursuis la lecture de mon roman, mais la conversation entendue demeure en mon esprit.</p>
<p style="text-align:justify;">Bien qu&#8217;une des hypothèses formulée par la jeune fille pourrait éventuellement s&#8217;avérer comme étant un fait confirmé, cette dernière commet une erreur très répandue, soit celle de multiplier les scénarios compliqués en oubliant de retenir, a priori, le scénario le plus simple et le plus près de la réalité. Si j&#8217;avais pu participer à la discussion, j&#8217;aurais émis l&#8217;hypothèse que le garçon qu&#8217;elle trouve de son goût est probablement insensible à ses charmes.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous aimons particulièrement nous construire des scénarios fantaisistes. Un individu regarde par la fenêtre et voit dans le ciel un objet non identifié et décide d&#8217;appeler les médias pour leur signaler la présence d&#8217;une soucoupe volante. Ce même individu se promène dans sa maison la nuit et a soudainement l&#8217;impression que des formes spectrales se déplacent rapidement sur les murs de son salon. Le fait que vous fassiez preuve de scepticisme par rapport à ces deux affirmations n&#8217;amènera pas cette personne à changer d&#8217;avis sur le sujet.</p>
<p style="text-align:justify;">Vous devez lui présenter ses hypothèses comme étant trop complexes. Lorsqu&#8217;il y a opposition entre deux ou plusieurs idées qui décrivent adéquatement la réalité, il faut d&#8217;abord analyser celle qui est la plus simple. Pour expliquer la plupart des phénomènes, il existe un nombre indéfini d&#8217;hypothèses. Nous nous devons donc de trouver une façon de gagner du temps et pour se faire, il faut se référer à un principe énoncé durant l&#8217;époque médiévale.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/03/occam.png"><img class="size-full wp-image-1158 alignleft" title="occam" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/03/occam.png?w=162&#038;h=216" alt="" width="162" height="216" /></a>Moine franciscain et philosophe du XIVe siècle, Guillaume d&#8217;Occam est célèbre pour avoir élaboré un « principe de simplicité » : « les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire. » Ce principe, appelé aujourd&#8217;hui le « rasoir d&#8217;Occam », exclut la multiplication des démonstrations à l&#8217;intérieur d&#8217;une construction logique. Bien que cette formule fût formulée au Moyen-Âge, ce principe ne relève pas de la métaphysique et ne doit pas être considéré comme étant obsolète. Einstein s&#8217;est servi de ce principe pour conclure que sa théorie de la relativité restreinte était préférable à celle énoncée par le physicien Hendrik Lorentz, celui-ci utilisant l&#8217;hypothèse de l&#8217;éther, fluide dans lequel devait se propager les ondes lumineuses, mais qui ne pouvait pas être démontré à l&#8217;aide d&#8217;équations mathématiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Il est bien important d&#8217;envisager le principe du « rasoir d&#8217;Occam » en tant que méthode de travail et non comme une loi scientifique, son inventeur n&#8217;avait aucune prétention que ce procédé pouvait déterminer le vrai du faux d&#8217;une hypothèse. L&#8217;idée la plus simple n&#8217;est pas nécessairement celle qui explique la situation, mais c&#8217;est celle qu&#8217;il faut analyser en premier lieu. L&#8217;analogie du rasoir signifie qu&#8217;il faut couper toutes les idées superflues afin de garder seulement ce qui essentiel pour expliquer la situation actuelle. C&#8217;est ce que font les médecins lorsqu&#8217;ils font leur diagnostic auprès d&#8217;un patient : ils trouvent la maladie qui pourrait correspondre à tous les symptômes au lieu de trouver une maladie par symptôme.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;">Le tranchant du rasoir peut être utilisé dans le débat opposant les évolutionnistes aux créationnistes. Pour tenter d&#8217;expliquer l&#8217;apparition de la vie humaine sur Terre qui est, jusqu&#8217;à présent, un phénomène inexplicable, les créationnistes rajoutent une autre couche inexplicable, celle d&#8217;un créateur omnipotent. L&#8217;hypothèse de Dieu n&#8217;apporte rien au débat et en complexifie davantage la théorie tandis que la théorie évolutionniste s&#8217;applique à plusieurs phénomènes biologiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Principe d&#8217;économie, de parcimonie et de minimalisme, le rasoir d&#8217;Occam n&#8217;est pas un modèle qui nous permettrait de trouver la réponse unique à un problème. C&#8217;est une vision des choses, une règle de vie, voulant qu&#8217;il faille supprimer les hypothèses non nécessaires à notre analyse.</p>
<p style="text-align:justify;">Pourquoi faire les choses compliquées, lorsqu&#8217;on peut les faire simples et arriver au même résultat?</p>
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		<title>Bucéphale</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Mar 2010 02:29:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
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		<description><![CDATA[Selon une idée répandue, il serait possible de déterminer le « vrai caractère » d&#8217;un individu en fonction de ses particularités à l&#8217;instar de la manière dont il s&#8217;habille, dont il s&#8217;exprime en public et d&#8217;après ses goûts et ses passes-temps. Malgré le peu d&#8217;information que nous possédons sur les individus que nous côtoyons, nous [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&blog=741093&post=1081&subd=insomniaque&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Selon une idée répandue, il serait possible de déterminer le « vrai caractère » d&#8217;un individu en fonction de ses particularités à l&#8217;instar de la manière dont il s&#8217;habille, dont il s&#8217;exprime en public et d&#8217;après ses goûts et ses passes-temps. Malgré le peu d&#8217;information que nous possédons sur les individus que nous côtoyons, nous estimons que nous pouvons connaître leur essence profonde. Dès notre plus jeune âge, nos parents examinaient nos comportements et s&#8217;efforçait d&#8217;y trouver des traits de caractère communs à d&#8217;autres membres de notre famille : ce jeune garçon est sauvage comme son père, cette jeune fille est loquace comme sa mère; et ainsi de suite, <em>ad nauseam</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2008/06/theorie-de-freud-deuxieme-topique.jpg"><img class="size-full  wp-image-244 alignleft" title="theorie-de-freud-deuxieme-topique" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2008/06/theorie-de-freud-deuxieme-topique.jpg?w=220&#038;h=266" alt="" width="220" height="266" /></a>Nous grandissons, nous cheminons dans la vie et, peu à peu, nous parvenons à nous connaître nous-mêmes. Toutefois, nos agissements sont aussi soumis à notre inconscience, la partie immergée du glacier freudien</p>
<p style="text-align:justify;">Nos moindres gestes sont analysés par les gens que nous côtoyons et parmi ces derniers, d&#8217;aucuns, ceux ayant une haute opinion d&#8217;eux-mêmes, se permettent de déduire le cours d&#8217;une vie. Ainsi, il existerait un ensemble de lois de la personnalité qui, de la même manière que les lois de la physique, énonceraient un rapport entre des phénomènes.</p>
<p style="text-align:justify;">Ceux qui prétendent connaître les gens grâce à une analyse dite scientifique de leur comportement font fausse route. Le monde est irrégulier et chaotique.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;une part, essayer de prévoir le comportement de l&#8217;autre va à l&#8217;encontre de la propension humaine à rendre ses comportements imprévisibles et, d&#8217;autre part, un comportement n&#8217;explique rien d&#8217;autre en dehors de ce comportement : la façon dont un individu se mouche le nez ne révèle aucune information sur sa personnalité et indique simplement sa façon d&#8217;utiliser un mouchoir.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;imprévisibilité comportementale de l&#8217;être humain est traitée par le philosophe écossais David Hume dans ce qu&#8217;il a nommé le « problème de l&#8217;induction » : l’induction est un raisonnement où l’individu s’appuie sur un ou des cas particuliers pour tirer une conclusion générale. Cette démarche intellectuelle consiste à procéder par inférence probable, c’est-à-dire à déduire des lois par généralisation des observations. L’induction est utile comme méthodologie dans le domaine des sciences naturelles, mais son application est plus restreinte dans l&#8217;analyse du comportement humain. Lorsque l&#8217;induction se généralise en philosophie, le passé devient alors garant de l&#8217;avenir et des conclusions sont tirées à partir de faits isolés.</p>
<p style="text-align:justify;">Une erreur que nous commettons fréquemment est celle d&#8217;affirmer que le fait A <em>devait nécessairement entraîner</em> le fait B : nous pouvons examiner de nouveaux phénomènes, les analyser pour eux-mêmes, mais nous ne pouvons pas en déduire quelque chose d&#8217;extérieur à leur propre nature.</p>
<p style="text-align:justify;">Si un poulet traverse la route et qu&#8217;il se fait frapper par un automobiliste, il est inexact d&#8217;affirmer après coup que le poulet <em>devait</em> se faire frapper. Cette collision est accidentelle, n<em>on nécessaire</em>, le poulet pouvant traverser la route sans se faire frapper. Malgré la contingence de l&#8217;événement, plusieurs personnes seraient tentées d&#8217;analyser le comportement du poulet : c&#8217;était historiquement inévitable, diront les marxistes, le poulet voulait simplement traverser la rue, affirmeront les cartésiens.</p>
<p style="text-align:justify;">Vous n&#8217;avez pas besoin d&#8217;emprunter le poulet à un ami agronome et lui faire traverser la rue afin d&#8217;observer ce phénomène. Vous n&#8217;avez qu&#8217;à ouvrir votre téléviseur et écouter les nouvelles. Pour ne citer qu&#8217;un seul exemple, lors d&#8217;un homicide, les commentaires recueillis auprès des voisins du meurtrier s&#8217;apparentent souvent à deux clichés répandus : je qualifierais le premier sous le vocable de la stupéfaction – « Je suis surpris : c&#8217;était un individu discret qui nous saluait toujours lorsque nous le croisions dans la rue » – et le second sous celui de l&#8217;intuition – « J&#8217;aurais pu prévoir que cet individu commettrait un meurtre : il était antipathique et je crois qu&#8217;il fréquentait des motards. » –. Ces deux énoncés procèdent par généralisation en analysant le comportement général d&#8217;un individu pour expliquer son geste criminel.</p>
<p style="text-align:justify;">Le fait qu&#8217;un événement succède à un autre, qu&#8217;un individu déplaisant et ayant de mauvaises fréquentations commette un meurtre, n&#8217;implique pas qu&#8217;il existerait un lien secret entre les deux, qu&#8217;ils seraient inséparables l&#8217;un de l&#8217;autre. Si c&#8217;était le cas, il serait inconcevable de considérer que le second événement ne se produise pas, soit qu&#8217;un individu sympathique ne puisse perpétrer un meurtre. Comme l&#8217;ont souligné dernièrement les chercheurs du <em>National Center for the Analysis of Violent Crime</em>, la majorité des tueurs en série ne sont pas des individus reclus ou inadaptés sociaux, ils ont souvent des familles et des emplois respectables, et apparaissent comme des membres normaux de leur communauté.</p>
<p style="text-align:justify;">Je conclus mon propos par une légende antique et je vous laisse méditer sur les conclusions que nous devons en tirer : Alexandre aurait réussi à dompter Bucéphale, un cheval soi-disant rétif et indocile, en le plaçant face au soleil, ce dernier ayant simplement peur de son ombre.</p>
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		<title>La fuite vers l&#8217;oubli</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 06:11:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
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		<description><![CDATA[J&#8217;écoutais récemment à la télévision une émission dominicale très populaire et le témoignage d&#8217;un individu injustement accusé d&#8217;agressions sexuelles contre de jeunes enfants m&#8217;a particulièrement troublé. Lors d&#8217;un procès, les propos d&#8217;une présumée victime supplantent souvent ceux de l&#8217;accusé. Il faut évidemment prendre au sérieux le témoignage des enfants sur ce sujet. Cependant, il est [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&blog=741093&post=1088&subd=insomniaque&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><a href="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/02/mnemosyne_au_banquet.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1092" title="Mnemosyne au banquet" src="http://insomniaque.files.wordpress.com/2010/02/mnemosyne_au_banquet.jpg?w=397&#038;h=365" alt="Mnemosyne au banquet" width="397" height="365" /></a></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:justify;">J&#8217;écoutais récemment à la télévision une émission dominicale très populaire et le témoignage d&#8217;un individu injustement accusé d&#8217;agressions sexuelles contre de jeunes enfants m&#8217;a particulièrement troublé. Lors d&#8217;un procès, les propos d&#8217;une présumée victime supplantent souvent ceux de l&#8217;accusé.</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut évidemment prendre au sérieux le témoignage des enfants sur ce sujet. Cependant, il est tout de même possible que la victime mélange des images de son passé à celles de son présent immédiat. Une victime d&#8217;un viol pourrait, plusieurs années après l&#8217;incident, être très méfiante à l&#8217;égard de tout contact physique commis sans son consentement : un collègue de travail qui poserait simplement sa main sur son épaule pourrait déclencher  une réminiscence douloureuse et l&#8217;inciter à porter plainte pour agression sexuelle.</p>
<p style="text-align:justify;">Se pose alors la question de la fidélité de notre mémoire et de la validité des souvenirs qu&#8217;elle contient.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est au  temps de la Grèce antique qu&#8217;est établi la distinction entre, d&#8217;une  part, la mémoire pragmatique des connaissances, l&#8217;<em>anamnésis, </em>et  d&#8217;autre part la <em>mnémé</em>, apparentée davantage à la mémoire des  émotions : le premier terme signifiant un rappel conscient où l&#8217;être  humain se remémore activement et délibérément un souvenir tandis que le  second terme, le <em>mnémé,</em> concerne toutes les réminiscences qui  surgissent subitement et involontairement.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette distinction démontre bien la dichotomie entre la mémoire qui se construit progressivement au fil des années et à laquelle nous faisons appel à tout moment, et celle qui réapparaît subitement.</p>
<p style="text-align:justify;">Si l&#8217;<em>anamnésis</em> disparaît au moment de notre décès, la <em>mnémé</em> continue,  elle, à vivre à l&#8217;intérieur de la mémoire des êtres que nous avons côtoyée lors de notre existence. Nous n&#8217;avons aucun contrôle  sur cette mémoire involontaire : ses réminiscences nous percutent à un moment inattendu et ses multiples particules se répandent  sans que nous ayons le pouvoir de les retenir.</p>
<p style="text-align:justify;">Le fait que cette partie de notre mémoire peut être reconstituée  implique que la trace de notre existence ne disparaîtra pas totalement  au moment de notre mort.</p>
<p style="text-align:justify;">À  l&#8217;aide de l&#8217;<em>anamnésis,</em> la mémoire de l&#8217;intelligence, l&#8217;être humain peut se construire une identité en fonction du temps vécu par sa conscience :  les événements du passé lui  fournissent une base de réflexion sur sa vie présente qui l&#8217;amènera  ensuite à envisager son projet de vie future. Cette construction  sera cependant toujours imparfaite puisque l&#8217;intégralité du souvenir se  situe hors de l’être humain.</p>
<p style="text-align:justify;">Hors du temps,  à la rencontre impromptue entre l&#8217;instant présent qui réveille un  fragment du passé, se situe la réminiscence d&#8217;une sensation que l&#8217;on croyait perdue à jamais.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour  contrer cette inévitable fuite vers l&#8217;oubli, celle d&#8217;un être qui se  détériore avec le passage du temps et disparaîtra éventuellement sans  laisser aucune trace résiduelle, il nous reste la mémoire des choses et  sans elle, l&#8217;être humain n&#8217;est rien. Sans la <em>mnémé</em>, la vie  humaine serait absurde du fait que d&#8217;une origine inconnue, à une vie  créatrice et à une mort sans fondement, l&#8217;existence humaine serait aussi  futile que celle de tout autre organisme, elle n&#8217;aurait aucune  influence sur la suite des choses :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Julián est mort seul, convaincu que personne ne se souviendrait de lui ni de ses livres et que sa vie n&#8217;avait eu aucun sens. Ça lui aurait fait plaisir de savoir que quelqu&#8217;un voulait le garder vivant, conserver sa mémoire. Il disait souvent que nous existons tant que quelqu&#8217;un se souvient de nous. » Extrait de <em>L&#8217;Ombre du vent</em> écrit par Carlos Ruiz Zafón.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">En utilisant le pouvoir créatif, qui n&#8217;est pas nécessairement artistique, scientifique ou littéraire, présent en chacun de nous, nous participons à la conservation de notre mémoire personnelle et, ultimement, à celle de la mémoire collective. Les gènes de Socrate, Beethoven, Davinchi et Copernic sont disparus de la surface de la Terre. Pourtant, leur présence est toujours vivante au sein de notre culture. Ce qu&#8217;il restera de nous, c’est tout ce que l’on transmet (le bon et le mauvais) aux gens que l’on côtoie durant notre passage sur Terre.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout est précieux. Tous vos gestes et toutes vos paroles qui ont été captés par un individu demeureront incrustés à jamais dans ses souvenirs et sans que ce transfert mémétique soit enregistré consciemment par l&#8217;un des deux protagonistes. Nous ne pourrons jamais mesurer précisément l’influence, présente et future, de nos actions sur l’existence humaine. L’effet généré par nos gestes quotidiens, le plus petit qui soit, peut engendrer des conséquences considérables.</p>
<p style="text-align:justify;">« C&#8217;est moi qui me souviens, moi l&#8217;esprit » (<em>Ego sum, qui memini, ego animus</em>), écrivait Saint-Augustin. La mémoire est peut-être ce qui nous définit le mieux en tant qu&#8217;être humain, mais qui nous plonge en même temps dans un abime indéchiffrable. Au sein de l&#8217;histoire humaine, notre vie ne représente qu&#8217;un minime fragment de temps. Bien que nous voulions laisser notre marque et fuir l&#8217;oubli, nous nous devons d&#8217;être réalistes en considérant que la mémoire n&#8217;est, ni plus ni moins, qu&#8217;une intarissable promesse de latence.</p>
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		<title>Fixer le temps perdu</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Feb 2010 01:00:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
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		<description><![CDATA[« [La durée est] mémoire, mais non pas mémoire personnelle, extérieure à ce qu&#8217;elle retient, distincte d&#8217;un passé dont elle assurerait la conservation; c&#8217;est une mémoire intérieure au changement lui-même, mémoire qui prolonge « l&#8217;avant » dans « l&#8217;après » et les empêche d&#8217;être de purs instantanés apparaissant et disparaissant dans un présent qui renaîtrait [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&blog=741093&post=1031&subd=insomniaque&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« [La durée est] mémoire, mais non pas mémoire personnelle, extérieure à ce qu&#8217;elle retient, distincte d&#8217;un passé dont elle assurerait la conservation; c&#8217;est une mémoire intérieure au changement lui-même, mémoire qui prolonge « l&#8217;avant » dans « l&#8217;après » et les empêche d&#8217;être de purs instantanés apparaissant et disparaissant dans un présent qui renaîtrait sans cesse. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>Durée et simultanéité</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
<p style="text-align:justify;">« Quand nous écoutons une mélodie, nous avons la plus pure impression de succession que nous puissions avoir – une impression aussi éloignée que possible de celle de la simultanéité – et pourtant c&#8217;est la continuité même de la mélodie et l&#8217;impossibilité de la décomposer qui font sur nous cette impression. Si nous la découpons en notes distinctes, en autant « d&#8217;avant » et « d&#8217;après » qu&#8217;il nous plaît, c&#8217;est que nous y mêlons des images spatiales et que nous imprégnons la succession de simultanéité : dans l&#8217;espace et dans l&#8217;espace seulement, il y a distinction nette de parties extérieures les unes aux autres. Je reconnais d&#8217;ailleurs que c&#8217;est dans le temps spatialisé que nous nous plaçons d&#8217;ordinaire. Nous n&#8217;avons aucun intérêt à écouter le bourdonnement de la vie profonde. Et pourtant, la durée réelle est là. » Extrait de l&#8217;ouvrage <em>La pensée et le mouvant</em> d&#8217;Henri Bergson.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Les actions de l&#8217;être humain sont élaborées en fonction d&#8217;une trame existentielle spatialisée : le calendrier et l&#8217;horloge permettent de planifier le déroulement d&#8217;une journée selon le schéma tripartite passé/présent/futur et en y découpant le temps en plusieurs fragments. La vie est ainsi envisagée en terme de ruptures où des stations de correspondance entre différents points de départ et d&#8217;arrivée – à l&#8217;instar des dates d&#8217;anniversaire et des événements tels que le début de l&#8217;adolescence et de l&#8217;âge adulte – nous font croire que le temps s&#8217;apparente à une succession ordonnée d&#8217;événements.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette impression de succession est notamment influencée par la vision scientifique du temps, représentée de manière spatialisée  et objective, à l&#8217;instar de la distance parcourue par les aiguilles d&#8217;une  horloge. Au cours d&#8217;une journée, la mesure du temps est omniprésente dans chacun de nos gestes. C&#8217;est elle qui nous fournit des points de repère clairement délimités et partagés par un ensemble d&#8217;individus.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps scientifique est aussi considéré comme étant le « grand égalisateur », c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il agit indépendamment de l&#8217;existence que nous menons puisque le temps qui  nous est alloué ne dépend pas de notre libre arbitre, mais est  déterminé par les circonstances fortuites de la vie et les contraintes  extérieures à notre personne. L&#8217;Homme naît et meurt sans qu&#8217;il ait besoin de donner son consentement. Entre ces deux événements inévitables, il y a un espace-temps indéterminé, une durée, qui nous offre la possibilité de fixer le temps perdu.</p>
<p style="text-align:justify;">Philosophe français dont les travaux ont grandement inspiré la pensée et  l&#8217;œuvre de Marcel Proust, Henri Bergson s&#8217;est d&#8217;abord intéressé à  l&#8217;analyse du temps après avoir observé que les équations mathématiques  exécutent un calcul du temps qui passe sans s&#8217;attarder à la durée  éprouvée par chacun d&#8217;entre nous. Le temps calculé de manière scientifique est, dixit Bergson, une pure  abstraction, une tentative pour rendre le monde prévisible, qui n&#8217;est pas à même de déterminer la valeur réelle du temps. Dans<em> Le Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps  perdu</em> de Proust, le narrateur en vient à la conclusion que c&#8217;est en devenant écrivain qu&#8217;il peut retrouver le temps perdu :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Si du moins il m&#8217;était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l&#8217;idée s&#8217;imposait à moi avec tant de force aujourd&#8217;hui, et j&#8217;y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l&#8217;espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu&#8217;ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes, – entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Selon Bergson, le temps subjectif, mesuré en terme de durée, est le temps réel, celui qui peut rendre compte du rôle joué par la conscience humaine. C&#8217;est la notion de durée qui nous permet de comprendre la différence de  perception qui existe entre les individus. La durée du temps échappe à tout calcul  scientifique, ce dernier  n&#8217;étant qu&#8217;une intellectualisation réductrice  de la réalité du temps.  Cette vision du temps doit être rejetée au  profit d&#8217;une vision  subjective du temps en tant  qu&#8217;écoulement  perpétuel de la durée et lié à  la conscience intime de chaque sujet.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cogito cartésien suppose que la pensée de chaque sujet est une chose permanente, celle-ci nous permettant ensuite de conclure de la réalité de l&#8217;existence humaine : je pense donc je suis. La pensée de Bergson nous amène plutôt à penser le moi comme une chose qui dure et qui se modifie avec l&#8217;écoulement du temps. La métaphore de la madeleine de Proust – le gâteau, trempé dans une tasse de thé, permet au narrateur de revivre l&#8217;espace de quelques instants un souvenir de son enfance – illustre bien l&#8217;idée voulant qu&#8217;il est possible de revivre au temps présent une expérience passée grâce à la mémoire involontaire. Bien que la vie sociale nous impose plusieurs moi – le moi des conventions, le moi des habitudes, bref un moi superficiel – qui divisent notre être en plusieurs parties, dissemblables au tout, la vie réelle se compose d&#8217;un seul moi, le moi intérieur, le moi profond, celui qui est intimement lié à la notion de durée et de temps réel.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;expérience nous montre que toutes les choses durent et qu&#8217;il existe  une profonde dichotomie entre leur durée réelle et leur durée éprouvée.  C&#8217;est l&#8217;intimité de notre conscience qui peut nous aider à saisir  l&#8217;essence du temps et, par le fait même, de nous guider dans la quête de  notre identité personnelle. Arriver à être soi-même lorsque le temps  perdu s&#8217;empare de nos vies, ce n&#8217;est pas une tâche facile.  Progressivement, nous oublions notre nature première, nous oublions la durée réelle du temps, et nous devenons  quelqu&#8217;un d&#8217;autre en fonction de diverses circonstances de la vie.  Derrière chaque visage, derrière chaque image et chaque regard qui se  posent sur ce visage, il y a un secret caché, une énigme à déchiffrer.</p>
<p style="text-align:justify;">Penser le temps en terme de durée, nous amène à revoir notre vision traditionnelle entre passé, présent et futur afin de considérer le temps comme un tout indivisible. La conscience humaine serait donc formée d&#8217;une mémoire intégrale qui, dans le processus de l&#8217;écoulement du temps, conserverait la totalité des instants passés. Conscience et mémoire seraient donc intimement liées et un individu qui ignore le passé pour ne garder que l&#8217;inaltérabilité du temps présent vivrait dans l&#8217;inconscience puisque l&#8217;instant présent occupe une place minime au sein de l&#8217;édifice immense du temps aux prises avec la durée.</p>
<p style="text-align:justify;">Regardez en arrière, dans votre pensée, et saisissez votre passé. C&#8217;est un peu ce que vous faites lorsque vous rêvez la nuit ou bien lorsque vos rêves éveillés vous transportent vers un temps révolu, la nostalgie de votre passé, ou vers un temps imaginaire, celui qui aurait pu arriver si les choses s&#8217;étaient passées autrement. Nous vivons dans une société où la réminiscence du passé est une chose proscrite. Saisir le jour, en oubliant le passé et en reléguant l&#8217;avenir dans une durée éloignée de nos occupations quotidiennes, voilà une philosophie très répandue.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps réel ne peut pas être divisé et comptabilisé en instants. Comparées l&#8217;une par rapport à l&#8217;autre, deux heures occuperont toujours le même espace-temps, mais leur durée variera selon la perception de l&#8217;expérience vécue. Autrement dit, le temps réel est intimement lié à notre monde intérieur, à nos états d&#8217;âme, et c&#8217;est uniquement notre conscience intuitive, la perception que nous avons de nous-mêmes, qui nous permet de relater la durée du temps qui passe. Fixer le temps perdu, c&#8217;est écouter le « bourdonnement de la vie profonde ». La durée réelle du temps, c&#8217;est l&#8217;intégration par la conscience humaine en un tout indivisible entre passé, présent et futur.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout comme l&#8217;eau qui se déplace sur un fleuve n&#8217;a pas de point de départ ni de point d&#8217;arrêt, le temps a un flux continu qui se retrouve au dedans de nous et qui est notre vie :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« J&#8217;éprouvais un sentiment de fatigue profonde à sentir que tout ce temps si long non seulement avait sans une interruption été vécu, pensé, sécrété par moi, qu&#8217;il était ma vie, qu&#8217;il était moi-même, mais encore que j&#8217;avais à toute minute à le maintenir attaché à moi, qu&#8217;il me supportait, que j&#8217;étais juché à son sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir, sans le déplacer avec moi. » Extrait du roman <em>Le</em> <em>Temps retrouvé</em>, dernier tome de l&#8217;œuvre <em>À la recherche du temps perdu</em> de Marcel Proust.</p>
</blockquote>
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