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	<title>l'Insomniaque &#187; Histoire</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>Un passé qui ne veut pas passer</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Feb 2009 22:30:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« D&#8217;une certaine façon, ce <em>maintenant </em>dont tu parles existe à peine. On le sent, mais il est impossible à mesurer. Le passé est toujours en train de manger le présent. C&#8217;est pour ça que j&#8217;ai toujours aimé la peinture. Quelqu&#8217;un peint un tableau dans le temps, mais, une fois qu&#8217;il est peint, le tableau reste au présent. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du roman <em><a href="http://www.amazon.fr/Tout-que-jaimais-Siri-Hustvedt/dp/2742755403" target="_blank">Tout ce que j&#8217;aimais</a></em> de l&#8217;écrivaine <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Siri_Hustvedt" target="_blank">Siri Hustvedt</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Depuis quelques mois, je m&#8217;interroge sur la notion que nous avons du passé et de son pouvoir de réminiscence qui influe sur la conduite de nos actions quotidiennes. Contrairement à l&#8217;idée voulant que nous soyons la somme de nos expériences, je suis plutôt d&#8217;avis que c&#8217;est le futur, et non le passé, qui devrait moduler le développement de notre être. Nous avons la possibilité et la faculté de nous « projeter dans le temps », de construire notre propre voie particulière vers une existence heureuse et, au gré de nos découvertes, de changer de direction et ainsi de transcender ce passé.</p>
<p style="text-align:justify;">Deux analogies s&#8217;imposent. Premièrement, c&#8217;est la vérité qui devrait être au début de toutes observations du monde extérieur ainsi que de chacune de nos introspections. L&#8217;être humain, en tant que sujet pensant, se doit d&#8217;agir à la manière d&#8217;un scientifique qui entame ses recherches avec la vérité comme point de départ. Certaines de ses hypothèses seront invalidées et il devra approfondir une bonne partie de ses présupposées initiaux.</p>
<p style="text-align:justify;">Une proposition scientifique n&#8217;est donc pas une proposition vérifiée &#8211; ni même vérifiable par l&#8217;expérience -, mais une proposition réfutable (ou falsifiable) dont on ne peut affirmer qu&#8217;elle ne sera jamais réfutée. Paradoxalement, une vérité se doit de posséder les germes de sa réfutabilité future. « Dieu existe », n&#8217;est pas une proposition scientifique puisqu&#8217;elle n&#8217;est pas réfutable. La théorie du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ocentrisme" target="_blank">géocentrisme</a> était une théorie scientifique lorsqu&#8217;elle était défendue par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Aristote" target="_blank">Aristote</a> du fait qu&#8217;il était possible de mener une expérience qui démontrerait que l&#8217;affirmation était fausse (comme le démontra <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Copernic" target="_blank">Copernic</a> au XVIe siècle avec la théorie de l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9liocentrisme" target="_blank">héliocentrisme</a>).</p>
<p style="text-align:justify;">Citons à ce sujet les mots trop souvent oubliés de la philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt" target="_blank">Hannah Arendt</a> dans sa <a href="http://www.amazon.fr/Between-Friends-Correspondence-McCarthy-1949-1975/dp/0156002507/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1234830760&amp;sr=8-1" target="_blank">correspondance</a> avec <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mary_McCarthy" target="_blank">Mary McCarthy</a> : « la vérité n&#8217;est pas dans la pensée, mais, elle est la condition de possibilité de la pensée. » À l&#8217;instar de la conception que nous avons de l&#8217;avenir, la vérité du penseur va varier au rythme de ses découvertes ainsi que de celles de son domaine d&#8217;étude. La vérité n&#8217;est pas permanente et c&#8217;est grâce au travail continu des scientifiques que nous pouvons aujourd&#8217;hui bénéficier d&#8217;un perfectionnement constant du savoir humain.</p>
<p style="text-align:justify;">La vérité est au début de toute démarche intellectuelle. Une <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_ouverte" target="_blank">société ouverte</a> &#8211; concept développé par le philosophe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bergson" target="_blank">Henri Bergson</a> et repris en particulier par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper" target="_blank">Karl Popper</a> dans <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Soci%C3%A9t%C3%A9_ouverte_et_ses_ennemis" target="_blank">La Société ouverte et ses ennemis</a></em> &#8211; ne devrait jamais permettre la conception d&#8217;une vérité immuable et permanente. C&#8217;est une des idées exprimées par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Stuart_Mill" target="_blank">John Stuart Mill</a> dans l&#8217;ouvrage <a href="http://en.wikisource.org/wiki/On_Liberty/Chapter_2" target="_blank">De la liberté</a> : « But the peculiar evil of silencing the expression of an opinion is, that it is robbing the human race; posterity as well as the existing generation; those who dissent from the opinion, still more than those who hold it. If the opinion is right, they are deprived of the opportunity of exchanging error for truth: if wrong, they lose, what is almost as great a benefit, the clearer perception and livelier impression of truth, produced by its collision with error. »</p>
<p style="text-align:justify;">Pourrions-nous alors envisager la conception de notre devenir à la manière de Popper, à savoir de nous interdire le fait d&#8217;avoir une vision déterminée de notre avenir et de toujours se permettre de modifier notre vie au gré des événements?</p>
<p style="text-align:justify;">Une deuxième analogie me semble pertinente. Bien que notre bagage génétique ait une grande influence sur le développement physique et psychologique de notre être, il est possible d’outrepasser les directives biologiques de notre organisme. L’être humain est la seule espèce qui refuse d’être ce qu’elle est, mais aussi la seule qui peut être autre chose que son code génétique lui dicte.</p>
<p style="text-align:justify;">Si nous adoptons fréquemment des comportements altruistes qui vont à l&#8217;encontre de nos <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A8ne_%C3%A9go%C3%AFste" target="_blank">gènes égoïstes</a>, serait-il alors possible de nous « projeter dans le temps » et ainsi d&#8217;aller à l&#8217;encontre de notre tendance à vivre au temps présent en étant soumis au diktat de nos expériences passées?</p>
<p style="text-align:justify;">Les expériences du passé ne se répéteront jamais selon les mêmes paramètres. La place que le passé occupe dans nos vies est beaucoup plus grande que celle occupée par le futur. Certes, notre point de référence étant le présent, le futur moi ne verra peut-être pas le monde comme je le vois en ce moment. Cependant, en débutant notre analyse en fonction « de ce qui est » et non « de ce qui fut », nous pouvons donner un sens à cet avenir. Le terme « avenir » doit être envisagé sans aucune limite temporelle précise, le temps futur englobe autant la prochaine heure, la journée de demain et l&#8217;année suivante.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;avenir doit être au commencement de toute réflexion humaine, l&#8217;Homme étant la seule espèce animale qui a une conscience élargie du temps et de sa condition humaine de finitude - pour les autres espèces animales, la perception du temps est limitée aux rythmes biologiques et à leur conscience instinctive de leur environnement. C&#8217;est en partant de l&#8217;existence, du présent, que nous pouvons construire notre projet de vie.</p>
<p style="text-align:justify;">Les événements de la vie se déroulent sur un espace temporel continu et ceux-ci trouvent leur signification &#8211; tel un cinéphile qui visionne un long-métrage une seconde fois - lorsqu&#8217;on les examine en sens inverse. Mais, cette signification n&#8217;a plus sa place au présent si ce n&#8217;est qu&#8217;elle nous permet de constater l&#8217;état des choses.</p>
<p style="text-align:justify;">Le passé est un temps fini où rien ne pourra être modifié tandis que nous nous devons d&#8217;envisager l&#8217;avenir comme un vaste champ d&#8217;opportunités où rien n&#8217;est déterminé à l&#8217;avance. Une fois que nous avons franchi cette limite &#8211; cet état de fait - le passé se doit de passer.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Le temps n&#8217;existe pas pour l&#8217;animal, c&#8217;est-à-dire pour un être qui vit tout entier dans le moment présent; car ses réminiscences elles-mêmes, évoquées par l&#8217;intérêt actuel, s&#8217;effacent avec lui, et s&#8217;y absorbent sans laisser le souvenir ou conscience de l&#8217;existence passée. L&#8217;homme, au contraire, porte en lui la notion du temps, comme passé, présent et avenir. Il peut sortir du présent, se transporter dans le passé, reprendre chacun de ses souvenirs, ou anticiper sur une suite d&#8217;événements futurs. Maître en quelque sorte de son existence, planant au dessus d&#8217;elle, appréciant la solidarité des moments qui se succèdent, il est mis en demeure de rendre cette solidarité heureuse ou malheureuse; et tandis que l&#8217;animal ne se soucie pas du moment futur, l&#8217;homme le devance de ses désirs, de ses pensées, de ses espérances, et la notion du temps fait de lui un être avide d&#8217;immortalité. »</p>
<p style="text-align:justify;">Discours qu&#8217;a tenu, en 1863, devant l&#8217;Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, le docteur <a href="http://char-fr.net/SITE/CYPRIEN-ORE-DECOUVERTE-DE-L.html" target="_blank">Pierre-Cyprien Oré</a>, professeur adjoint à l&#8217;École préparatoire de Médecine et de Pharmacie, sur <em><a href="http://books.google.ca/books?id=sUYtAAAAYAAJ&amp;pg=PA522&amp;lpg=PA522&amp;dq=%22le+temps+n'existe+pas+pour+l'animal%22&amp;source=web&amp;ots=8rbAz2iEWm&amp;sig=jAmg5O1qN1PhLUiwwihr7-bkD6I&amp;hl=fr&amp;ei=BmOdSdOlGtKgtwfUl9TcBA&amp;sa=X&amp;oi=book_result&amp;resnum=4&amp;ct=result#PPA523,M1" target="_blank">l&#8217;importance de l&#8217;expérimentation en physiologie</a></em>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:center;"><strong>La « querelle des historiens »</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le titre de mon billet, « un passé qui ne veut pas passer », fait référence au <a href="http://cd94-upbc.creteil.iufm.fr/Histoire-geographie_cycle3/HG/faitevenement/Interpret_03.htm#Nolte" target="_blank">célèbre article</a> (traduction en langue française par Brigitte Vergne-Cain et publiée dans l&#8217;ouvrage <em><a href="http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=4621" target="_blank">Devant l&#8217;histoire : Les documents de la controverse sur la singularité de l&#8217;extermination des Juifs par le régime nazi</a>)</em> rédigé par l&#8217;historien <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Nolte" target="_blank">Ernst Nolte</a> et publié originalement le 6 juin 1986 dans le <a href="http://www.faz.net/s/homepage.html" target="_blank"><em>Frankfurter Allgemeine Zeitung</em></a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Cet écrit est considéré comme l&#8217;élément déclencheur de l&#8217;<em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Historikerstreit" target="_blank">Historikerstreit</a></em> (la « querelle des historiens »), à savoir une controverse historiographique et politique qu&#8217;a connue l&#8217;Allemagne de l&#8217;Ouest à la fin des années 1980. Cette controverse a pour objet la place à accorder à la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah" target="_blank">Shoah</a> dans l&#8217;histoire de l&#8217;Allemagne et a opposé des historiens conservateurs, en particulier <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Nolte" target="_blank">Ernst Nolte</a>, soutenu par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Klaus_Hildebrand" target="_blank">Klaus Hildebrand</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_St%C3%BCrmer" target="_blank">Michael Stürmer</a>, à des intellectuels « de gauche », parmi lesquels <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%BCrgen_Habermas" target="_blank">Jürgen Habermas</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Mommsen" target="_blank">Hans Mommsen</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Broszat" target="_blank">Martin Broszat</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Eberhard_J%C3%A4ckel" target="_blank">Eberhard Jäckel</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">À l&#8217;instar de l&#8217;historien américain <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Daniel_Goldhagen" target="_blank">Daniel Goldhagen</a> dans son ouvrage controversé, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Hitler%27s_Willing_Executioners" target="_blank"><em>Les bourreaux volontaires de Hitler</em></a>, où l&#8217;auteur analyse la responsabilité de l&#8217;Allemand ordinaire en fonction des crimes perpétrés par le régime hitlérien, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Nolte" target="_blank">Nolte</a> rédige une interprétation polémique des crimes nazis en soutenant qu&#8217;ils auraient été commis en réaction aux crimes soviétiques sous le régime stalinien.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;autres questionnements ont aussi été soulevés durant l&#8217;<em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Querelle_des_historiens" target="_blank">Historikerstreit</a></em> et en voici quelques-unes : les crimes de l’Allemagne nazie incarnent-ils le mal absolu dans l’Histoire? Les crimes de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Staline" target="_blank">Joseph Staline</a> en Union soviétique sont-ils équivalents, sinon pires, à ceux commis par le régime hitlérien? L’histoire allemande a-t-elle suivi un <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sonderweg" target="_blank">Sonderweg</a></em> (une « voie spéciale ») conduisant inévitablement au nazisme? D’autres génocides, dont le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_des_Hereros" target="_blank">génocide des Hereros</a>, le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien" target="_blank">génocide arménien</a> et le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Khmers_rouges" target="_blank">génocide des Khmers rouges</a> au Cambodge, sont-ils comparables à celui de l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Holocauste" target="_blank">Holocauste</a>? Le peuple allemand devrait-il supporter un fardeau de culpabilité pour les crimes nazis? Les nouvelles générations d’Allemands pourraient-elles trouver des sources de fierté dans leur histoire?</p>
<p style="text-align:justify;">Si vous voulez en apprendre davantage sur ce débat historiographique et sur la période hitlérienne, je vous invite à consulter deux billets que j&#8217;ai publiés sur le sujet, soit <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2008/02/28/analyse-historiographique/" target="_blank">« Une analyse historiographique »</a> et <a href="http://jean-nicolaslacoste.com/2005/10/29/quest-ce-que-le-nazisme" target="_blank">« Qu’est-ce que le nazisme? »</a>.</p>
<p style="text-align:center;"><strong>La subjectivité</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les débats historiographiques, comme celui de la querelle des historiens, illustrent bien les multiples interprétations du passé. En soutenant l&#8217;idée que l&#8217;Humain se doit de se libérer de son passé, mon objectif n&#8217;est pas de faire la promotion d&#8217;une<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Contre-utopie" target="_blank"> « philosophie dysutopique »</a>, à l&#8217;instar de celle que l&#8217;on retrouve dans <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Meilleur_des_Mondes" target="_blank">Le meilleur des mondes</a> d&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Aldous_Huxley" target="_blank">Aldous Huxley</a>, qui ferait abstraction du passé et interdirait certains ouvrages (dans le roman d&#8217;Huxley, les livres de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Shakespeare" target="_blank">William Shakespeare</a> ont été retirés des bibliothèques), ni que cette remise en question du passé allemand fut inutile. Je suis d&#8217;avis que les débats d&#8217;idées sont nécessaires et qu&#8217;ils témoignent de l&#8217;état de la démocratie au sein d&#8217;une société &#8211; un régime totalitaire ne tolère pas la pluralité des opinions.</p>
<p style="text-align:justify;">Le passé qui m&#8217;intéresse ici est celui qui est propre à chacun d&#8217;entre-nous.</p>
<p style="text-align:justify;">Les diverses interprétations d&#8217;un événement historique nous portent à croire qu&#8217;il est pratiquement impossible d&#8217;arriver à une vision commune du passé. Comme le dit Kierkegaard, père de l’existentialisme, qu’est-ce que la vérité, sinon la subjectivité? La « subjectivité est vérité » et la « vérité est subjectivité ». Ce paradoxe kierkegaardien fait la distinction entre ce qui est objectivement vrai et la relation de subjectivité qu’entretient un individu avec cette vérité. Contrairement à l&#8217;objet d&#8217;étude du spécialiste des sciences naturelles, pour l&#8217;historien ainsi que tous individus qui étudient l&#8217;être humain dans ses agissements particuliers, il n&#8217;existe aucune séparation entre le sujet étudié et le sujet pensant.</p>
<p style="text-align:justify;">Bien que l&#8217;objectivité soit un but vers lequel nous aspirons, dans le domaine des sciences humaines il est impossible de l&#8217;atteindre. En étudiant les Hommes dans le temps, l&#8217;histoire peut éclairer les choix du temps présent, si et seulement si, nous ne lui accordons aucune valeur normative. Selon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Duhamel" target="_blank">Georges Duhamel</a>, « le romancier est l&#8217;historien du présent, alors que l&#8217;historien est le romancier du passé. »</p>
<p style="text-align:justify;">En plaçant le romancier et l&#8217;historien sur le même niveau, Duhamel introduit l&#8217;idée de subjectivité inhérente à tout intellectuel, et ce, qu&#8217;il soit écrivain ou historien. Le romancier croit posséder la vérité du temps présent. L&#8217;historien croit décrire avec justesse les événements passés, à savoir tels qu&#8217;ils se sont réellement passés.</p>
<p style="text-align:center;"><strong>La présence de l&#8217;absence</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« Malgré ces aperçus momentanés d&#8217;une vie, ces toiles et ces matériaux avaient un caractère abstrait, une inexpressivité ultime qui suggérait la précarité de toute chose, l&#8217;idée que même si l&#8217;on pouvait sauver toutes les miettes d&#8217;une existence, en faire un tas géant et puis les passer soigneusement au crible afin d&#8217;en extraire tout le sens possible, le total n&#8217;en ferait pas une vie. »</p>
<p style="text-align:justify;">Extrait du roman <em><a href="http://www.amazon.fr/Tout-que-jaimais-Siri-Hustvedt/dp/2742755403" target="_blank">Tout ce que j&#8217;aimais</a></em> de l&#8217;écrivaine <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Siri_Hustvedt" target="_blank">Siri Hustvedt</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Le regard que les gens posent sur le temps passé est souvent inexact. De nombreuses expressions de la langue française &#8211; à savoir « si le passé est garant de l&#8217;avenir&#8230; », « les leçons du passé », « démystifier le passé », etc. &#8211; devraient être utilisées avec précaution étant donné qu&#8217;elles décrivent une vision téléologique et déterministe du passé, comme si le passé portait en lui les germes de ses aboutissements.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ricoeur" target="_blank">Paul Ricoeur</a>, philosophe français, a formulé une aporie &#8211; on nomme aporie (en grec <em>aporia</em>, soit une absence de passage, une difficulté ou un embarras) une difficulté à résoudre un problème; pour Aristote, c&#8217;est une question qui place le lecteur ou l&#8217;auditeur dans l&#8217;embarras pour trancher entre deux affirmations &#8211; qui résume bien notre situation face au temps passé en décrivant la mémoire en tant que « présence de l’absence ».</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut cesser de se glorifier de ses expériences passées en les quantifiant et en les mesurant par rapport à celles des autres, tout en leur accordant une valeur normative (une expérience heureuse, une expérience malheureuse, une expérience à oublier, une expérience enrichissante, etc.).</p>
<p style="text-align:justify;">Une de mes convictions au sujet de la vie, c&#8217;est que nous ne sommes pas uniquement la somme de nos expériences. Si je supprimais toutes mes expériences, je ne disparaitrais pas pour autant dans le néant; je serais peut-être un être différent, mais je serais toujours moi. J&#8217;ai une série de conditionnements, mais je ne restitue pas la totalité de ce que j&#8217;ai reçu.</p>
<p style="text-align:justify;">Une trace, c&#8217;est la seule chose que vous avez de votre passé. Vous aurez toujours une « présence de l’absence » sommeillant à quelque part au sein des méandres de votre esprit. Mais, votre passé n&#8217;est plus rien; il est un temps mort qui ne compte plus.</p>
<p style="text-align:justify;">Tournez-vous vers l&#8217;avenir, vers ce que vous pourriez devenir! Puisque c&#8217;est lui, l&#8217;avenir, qui donnera un sens à l&#8217;être que vous êtes présentement.</p>
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		<title>Le monde est plat</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Sep 2008 03:22:29 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[En 2005, Thomas Friedman, journaliste au New York Times, publie The World Is Flat qui deviendra rapidement un best-seller.  Cet ouvrage est une analyse de la mondialisation des dernières décennies. Dix bouleversements sociologiques, économiques et technologiques (des flatteners dans le jargon de l&#8217;auteur) ont permis d&#8217;abolir certaines frontières communicationnelles. En voici quelques-uns : La chute du [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=312&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">En 2005, <a href="http://www.thomaslfriedman.com" target="_blank">Thomas Friedman</a>, journaliste au <em>New York Times</em>, publie <em>The World Is Flat </em> qui deviendra rapidement un <em>best-seller</em>.  Cet ouvrage est une analyse de la mondialisation des dernières décennies. Dix bouleversements sociologiques, économiques et technologiques (des <em>flatteners</em> dans le jargon de l&#8217;auteur) ont permis d&#8217;abolir certaines frontières communicationnelles.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;">En voici quelques-uns :</span></p>
<ul>
<li>
<div style="text-align:justify;">La chute du mur de Berlin : symbole de la fin du communisme et de l&#8217;ouverture au capitalisme pour la plupart des marchés du monde qui étaient sous le joug soviétique.</div>
</li>
<li>
<div style="text-align:justify;">La révolution de l&#8217;Internet : le navigateur Netscape a permis dès 1995 à rendre l&#8217;Internet davantage accessible, un plus grand nombre de gens pouvant dès lors communiquer virtuellement.</div>
</li>
<li>
<div style="text-align:justify;">Des Logiciels aux &#8220;flux de travail&#8221; autonomes : des machines peuvent désormais parler à d&#8217;autres machines sans l&#8217;intervention d&#8217;un être humain.</div>
</li>
<li>
<div style="text-align:justify;">L&#8217;<em>Open source</em> (logiciels à libre distribution) : Linux ou Mozilla (Firefox) sont des sociétés qui se sont formées grâce à ce principe. Plus récemment, les communautés sociales comme Facebook ou les blogues ont permis aussi un rapprochement des communications.</div>
</li>
<li>
<div style="text-align:justify;">L&#8217;<em>Outsourcing</em> (externalisation) : transfert d&#8217;une partie ou de l&#8217;ensemble d&#8217;une fonction d&#8217;une organisation (entreprise ou administration) vers un partenaire externe. Aujourd&#8217;hui, les frontières sont abolies. À titre indicatif, l&#8217;Inde produit davantage d&#8217;ingénieurs que les États-Unis.</div>
</li>
<li>
<div style="text-align:justify;">Les outils technologiques personnels : iPod, cellulaire, SMS, vidéo-conférence, etc.</div>
</li>
</ul>
<p style="text-align:justify;">Comme le démontre Friedman, la mondialisation et l&#8217;essor technologique permettent à l&#8217;Homme de se rapprocher et de réduire les distances et les barrières qui l&#8217;empêchaient auparavant d&#8217;entrer en contact avec son prochain. Il se peut que je ne connaisse pas l&#8217;individu qui habite la maison en face de chez nous, mais la publication de mes pensées à l&#8217;intérieur d&#8217;un carnet personnel virtuel (blogue) m&#8217;amène à communiquer en temps réel avec des gens aux quatre coins du globe.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>6 ou 3 degrés de séparations?</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Malgré tout, d&#8217;après l&#8217;avis de certains spécialistes, la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9ration_Y" target="_blank">génération Y</a>, c&#8217;est-à-dire les individus nés entre 1979 et 1994 (définition relevée sur le site <a href="http://www.e-marketing.fr/xml/Glossaire/6490/Y-generation-/" target="_blank">e-marketing.fr</a>), serait plus individualiste et moins portée à manifester leurs désaccords politiques ou à revendiquer des changements sociaux lorsqu&#8217;on la compare à la génération de leurs parents (les baby-boomers) qu&#8217;ils aient été hippies, syndicalistes ou souverainistes. D&#8217;autres analystes iront même jusqu&#8217;à dire que la mondialisation, au lieu de favoriser le contact humain  avec l&#8217;autre et de créer de nouveaux échanges culturels, entraînerait plutôt un repli sur soi dans un processus d&#8217;auto-défense afin de protéger son terroir et sa culture personnelle.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;après l&#8217;hypothèse émise par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stanley_Milgram" target="_blank">Stanley Milgram</a>, psychologue américain, dans <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tude_du_petit_monde" target="_blank">l&#8217;étude du petit monde</a> publiée en 1967, chacun serait relié à n&#8217;importe quel autre individu par une courte chaîne de relations sociales. Cette théorie porte le nom des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Six_degr%C3%A9s_de_s%C3%A9paration" target="_blank">six degrés de séparation</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Une <a href="http://www.clubic.com/actualite-154316-microsoft-degres-separation.html" target="_blank">étude menée par la compagnie Microsoft</a> et publiée en 2008 vient renforcer cette théorie. L&#8217;étude révèle qu&#8217;il faut en moyenne créer des liens avec 6,6 contacts avant de pouvoir parler à une personne particulière qui ne figure pas sur sa liste de contacts. Dans 78% des cas, 7 contacts intermédiaires sont nécessaires. Un des chercheurs de Microsoft qui a contribué à cette étude a tenu ces propos au <em>Washington Post</em> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« J&#8217;ai trouvé ça très surprenant. Il semblerait qu&#8217;il y ait une connectivité sociale constante pour l&#8217;humanité. Si les gens ont toujours eu l&#8217;impression d&#8217;être proches, nous avons montré à grande échelle que cette idée était bien plus qu&#8217;un mythe urbain. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">Un rapport de recherche publié par O2 télécommunication en août dernier va encore plus loin. <a href="http://www.o2.com/media/press_releases/latest_pr_14276.asp" target="_blank">Selon Jeff Rodriguez</a>, directeur du département de recherche pour O2 télécommunication, à l&#8217;intérieur d&#8217;un réseau social d&#8217;intérêt commun, les individus seraient séparés seulement par 3 degrés. Selon l&#8217;auteur, l&#8217;être humain a trois réseaux sociaux principaux, la famille, le travail et les amis, et au moins cinq réseaux sociaux basés notamment sur ses intérêts et ses passes-temps.</p>
<blockquote>
<p style="text-align:justify;">« For example, one of the respondents Katrina, 27 from Brighton, is a classical musician and leads a jazz band. She was asked to make contact with a Japanese jazz singer, Natsuo Murakami, halfway across the world. She contacted her record producer in Berlin via an email. He called his opposite number in Tokyo who had a register of all jazz singers in the country. Therefore making the link from Katrina to Natsuo in three personal steps. »</p>
</blockquote>
<p style="text-align:justify;">A priori, on pourrait croire que l&#8217;Homme moderne individualiste et égoïste est moins intéressé à entrer en contact avec les autres individus. Cependant, d&#8217;après l&#8217;étude d&#8217;O2 télécommunication, les gens ont le sentiment que la qualité des relations qu&#8217;ils ont et qu&#8217;ils développent chaque jour à l&#8217;intérieur de leur réseau social est meilleure qu&#8217;il y a 5, 10, voir 20 ans. Il faut tout de même mettre les choses en perspective et considérer cette étude comme une image figée dans le temps tout comme l&#8217;est un sondage mené lors d&#8217;une campagne électorale.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le monde est plat</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les chansons de mes aïeux sont bien plaisantes à entendre, mais elles témoignent à mon avis d&#8217;une fausse analyse de la société actuelle. On analyse souvent les événements du passé avec une certaine nostalgie lorsqu&#8217;on les scrute à l&#8217;aide de notre regard du présent.</p>
<p style="text-align:justify;">Les familles sont plus petites qu&#8217;au début du 20e siècle et les gens préfèrent peut-être le confort de leur maison (<em>cocooning</em>) aux activités traditionnelles de rencontre sociale, mais ils n&#8217;ont pas perdu pour autant le besoin de sociabiliser. Paradoxalement, plus on a l&#8217;impression d&#8217;être séparé de tous et chacun, plus on se rapproche et que l&#8217;on crée des liens qui étaient impensables il y a à peine 20 ans grâce à l&#8217;utilisation de nouveaux outils de communication.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qui a changé, c&#8217;est le moyen. La communication à l&#8217;aide des nouveaux médias - comme envoyer un courriel, commenter un article sur un blogue ou retrouver d&#8217;anciens amis sur facebook - est considérée par bon nombre d&#8217;individus comme étant une forme d&#8217;échange qui déshumanise les relations humaines.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais, à mon avis, les écrits permettent davantage de découvrir le monde intérieur de chacun. Le port du masque (la dissimulation de notre moi) est utilisé lorsque l&#8217;autre est devant nous. Les nouvelles formes de communications permettent alors d&#8217;étaler nos réflexions profondes avec une plus grande liberté et, par le fait même, de rejoindre un grand public.</p>
<p style="text-align:justify;">« Jamais le monde n&#8217;a été aussi grand qu&#8217;au lendemain du périple de Magellan », écrit l&#8217;historien Pierre Chaunu dans l&#8217;ouvrage <em>Conquête et exploitation des nouveaux mondes</em>. Grâce à la globalisation des échanges commerciaux, à l&#8217;accessibilité informationnelle en un temps record et au développement de nouvelles formes de communication, le lien d&#8217;interdépendance entre les êtres humains n&#8217;a jamais été aussi fort et, par conséquent, jamais le monde n&#8217;a été aussi petit!</p>
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		<title>Une analyse historiographique</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Feb 2008 00:08:11 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Dans l’histoire de l’humanité, tout comme au sein de la mémoire collective, le Troisième Reich (1933-1945) occupe une place spécifique et suscite encore de nos jours des débats animés, comme en fait foi la Historikerstreit ou « querelle des historiens » survenue en 1986. Plusieurs questions ont suscité de vifs débats en 1986 et, encore [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=228&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Dans l’histoire de l’humanité, tout comme au sein de la mémoire collective, le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nazification" target="_blank">Troisième Reich</a> (1933-1945) occupe une place spécifique et suscite encore de nos jours des débats animés, comme en fait foi la <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Historikerstreit" target="_blank">Historikerstreit</a></em> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Historikerstreit" target="_blank">« querelle des historiens »</a> survenue en 1986. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Plusieurs questions ont suscité de vifs débats en 1986 et, encore aujourd&#8217;hui, la controverse historiographique est toujours d&#8217;actualité.</span></p>
<ol>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que les crimes de l&#8217;Allemagne nazie incarnent le mal absolu dans l&#8217;Histoire, ou est-ce que les crimes de Joseph Staline en Union soviétique sont équivalents, sinon pires?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que l&#8217;histoire allemande a suivi une « voie spéciale » (<em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Sonderweg" target="_blank">Sonderweg</a></em>) conduisant inévitablement au nazisme?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que d&#8217;autres génocides, dont le génocide des Hereros, le génocide arménien et le génocide des Khmers rouges au Cambodge, sont comparables à l&#8217;Holocauste ?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que les crimes commis par les nazis sont une réaction aux crimes soviétiques sous Staline, comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Nolte" target="_blank">Ernst Nolte</a> l&#8217;a soutenu?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Le peuple allemand devrait-il supporter un fardeau de culpabilité pour les crimes nazis, ou bien les nouvelles générations d&#8217;Allemands pourraient trouver des sources de fierté dans leur histoire? </span></div>
</li>
</ol>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">L’ouvrage retenu pour cette analyse historiographique, soit <em><a href="http://www.amazon.fr/Quest-ce-nazisme-Probl%C3%A8mes-perspectives-dinterpr%C3%A9tation/dp/2070403513/ref=pd_bbs_4?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1204203973&amp;sr=8-4" target="_blank">Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d’interprétation</a></em> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ian_Kershaw" target="_blank">Ian Kershaw</a>, s’inscrit dans le contexte mouvementé des années quatre-vingt : soulignons au passage le cinquantième anniversaire de la prise de pouvoir nazie en 1983, le plaidoyer de Martin Broszat pour une « historicisation » (<em>Historisierung</em>) du national-socialisme en 1985 et l’ouverture du mur de Berlin le 9 novembre 1989. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Publiée en 1985, l’œuvre de Kershaw vient proposer une complémentarité entre les intentions d’Hitler et les structures du Troisième Reich. Toutefois, je défends la thèse que l&#8217;on peut déceler le penchant structuraliste de l&#8217;auteur dès le début des années 80 (qu’il exprime de façon implicite) et qui atteindra son point culminant lors de la parution de sa biographie sur Hitler en 1998.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Articulée autour de trois aspects, cette analyse tentera d&#8217;illustrer certaines hypothèses qui peuvent expliquer les différentes prises de position de Kershaw </span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">: le contexte particulier entourant l’auteur et ses écrits d’avant 1985 est d’abord exposé, puis suivi par la relation entre l’esprit de l’époque et l’ouvrage à l’étude et pour terminer, par l’énoncé d’une hypothèse, celle du hasard ou des circonstances de la vie, quant à l’explication de la perspective adoptée par Kershaw dans l’œuvre analysée.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">D’entrée de jeu, la nationalité de Ian Kershaw est un élément explicatif de sa prise de position en ce qui a trait au débat « intentionnalisme/structuralisme ». </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Britannique et non d’origine allemande, l’auteur n’appartient pas de fait à la « génération des jeunesses hitlériennes » – celle des historiens qui furent adolescents lors de la période nazie – et par conséquent, ne se sent pas concerné par l’âpreté de leurs polémiques. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Ses premiers travaux l’ont exposé aux débats historiographiques des années soixante-dix, cependant comme il le souligne lui-même dans sa biographie de Hitler, « n’étant pas allemand et m’intéressant surtout à la réception de l’image de Hitler […] je suis resté pour l’essentiel étranger à ces débats. » Analyser le IIIe Reich avec une certaine distance permet dès lors à son auteur d’adopter une position conciliante entre les deux approches.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Pour bien mener la mise en contexte historiographique, il importe aussi de prendre en considération les deux ouvrages de Kershaw qui furent rédigés quelques années avant la parution de l’œuvre à l’étude. Bien que toujours à l’écart des débats historiographiques en Allemagne, Kershaw ne se considère cependant plus comme un novice en la matière. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">C’est en 1980 et en langue allemande qu’est publié <em>Der Hitler-Mythos. Volksmeinung und Propaganda in Dritter Reich</em> (<em><a href="http://www.amazon.fr/mythe-Hitler-Image-r%C3%A9alit%C3%A9-Reich/dp/208210365X/ref=pd_bbs_sr_5?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1204205207&amp;sr=8-5" target="_blank">The « Hitler Myth ». Image and Reality in the Third Reich</a></em>), où Kershaw étudie « l’autorité charismatique » du Führer selon le modèle développé par le célèbre sociologue Max Weber. Œuvre proposant une interprétation nouvelle – l’auteur utilise un concept de la sociologie pour expliquer la création du « Mythe du Führer » qui serait à l’origine du ralliement au régime nazi de la grande masse du peuple allemand –, on y découvre cependant une tendance structuraliste.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">De plus, l’historien adopte aussi une approche radicalement nouvelle dans <em><a href="http://www.amazon.com/Popular-Opinion-Political-Dissent-Third/dp/0199251118/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1204205298&amp;sr=8-1" target="_blank">Popular opinions and political dissent in the Third Reich. Bavaria, 1933-1945</a></em>, publié en 1983, dans lequel ouvrage il se distance des études traitant « par le haut » le IIIe Reich en abordant plutôt le système « par le bas », c’est-à-dire en étudiant la conscience politique de « l’Allemand ordinaire » dans une région déterminée.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">En somme, dans les années soixante-dix, la dichotomie entre sa nationalité et son objet d’étude incite Ian Kershaw à se distancer des deux courants qui s’opposent, intentionnaliste pour l’un et structuraliste pour l’autre, puisqu’il ne se sent pas concerné par les polémiques entre des historiens appartenant à la « génération des jeunesses hitlériennes » d’une part et d’autre part, ne se considère pas encore comme un spécialiste de la période &#8211; fait à rappeler, Ian Kershaw a débuté sa carrière d’historien en tant que médiéviste -, toujours en apprentissage avec son mentor, Martin Broszat. (Soulignons que Broszat est reconnu pour sa position structuraliste : faut-il voir dans la relation Broszat-Kershaw des années soixante-dix un signe précurseur de la même tendance pour Kershaw, laquelle est implicitement exprimée dans l’ouvrage étudié et devient une approche clairement définie dans sa biographie de Hitler publiée en 1998?) </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Pour faire suite, il me semble pertinent de mettre en perspective l’esprit de la société allemande à l’époque de la rédaction et de la parution de l’ouvrage à l’étude.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">D’abord, l’œuvre de Kershaw vient répondre à un engouement populaire, celui « d’un public de plus en plus étendu, réclamant des analyses exhaustives et des ouvrages de référence sur l’histoire du nazisme. » La nécessité d’une compréhension de la singularité du IIIe Reich est ravivée entre autres, par les nombreuses manifestations de 1983 que suscite le cinquantième anniversaire de la prise de pouvoir nazie. En proposant une étude – destinée à l’origine aux étudiants – sur les problèmes et les perspectives d’interprétation du nazisme, Ian Kershaw s’applique ainsi à répondre aux préoccupations de l’époque, ce qu’il reconnaît lui même : « [affirmer] que les préoccupations du présent déterminent la manière dont les historiens abordent le passé est une évidence. »</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">C’est aussi en 1985 qu’est utilisé pour la première fois le terme « historicisation » par l’historien <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Martin_Broszat" target="_blank">Martin Broszat</a>, dont j&#8217;ai déjà mentionné les liens professionnels avec Ian Kershaw lors de leur participation commune au « projet bavarois » d’entre 1977 et 1983. Or, le <em>Plaidoyer pour une historicisation</em> du national-socialisme de Broszat présente l’idée d’une « normalisation » des procédés méthodologiques utilisés pour l’étude du IIIe Reich, en appliquant « les principes de rigueur dont fait preuve toute enquête historique minutieuse déployant des hypothèses de « portée intermédiaire » susceptibles d’être soumises à une vérification empirique. » </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Martin Broszat aspire à restituer le passé nazi dans un portrait complexe du régime hitlérien, en ne limitant pas son analyse uniquement au domaine historico-philosophique ou politico-idéologique et en rejetant les a priori moraux. Ian Kershaw, pour sa part, propose lui aussi une perspective innovatrice en voulant rétablir le passé nazi, mais en utilisant cependant la complémentarité de deux approches polémiques et non pas en créant une nouvelle perspective d’étude, comme c’est le cas pour Broszat avec sa « normalisation ».</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Le plaidoyer de Broszat suscite davantage de controverses que l’essai de Kershaw compte tenu que certains historiens, comme Saül Friedländer, perçoivent dans le concept de « normalité » la négation de la spécificité et de la place historique de la politique d’extermination du IIIe Reich.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Quant au « bilan historiographique » sur la période nazie de Ian Kershaw, il est le reflet des points de vue divergents des années soixante-dix entre historiens allemands et celui des débats polarisés du début des années quatre-vingt entre défenseurs d’une approche intentionnaliste et partisans de celle des structures. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Par ailleurs, lorsqu’il affirme que les « [composantes] essentielles d’une explication du IIIe Reich, « intention » et « structure » doivent faire l’objet d’une synthèse, plutôt que d’être mises en opposition […] », Kershaw propose une approche qui attire davantage la louange que la critique puisqu’en s’inscrivant dans une logique atypique, il lui est permis par conséquent d’exposer les thèses en présence avant de trancher dans un sens le plus souvent nuancé.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Dans cette troisième et dernière partie, mon objectif est de présenter d’entrée de jeu l’hypothèse « du hasard » pour expliquer la thèse de la complémentarité défendue par Ian Kershaw. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">D’abord, cette conjecture ne réfère aucunement au hasard de l’histoire &#8211; tout historien sérieux rejette la « théorie du nez de Cléopâtre » qui ne ramène l’histoire qu’à l’accidentel; utiliser le hasard pour comprendre l’histoire est un moyen détourné pour se soustraire à la recherche des causes d’un phénomène ou d’un événement à l’étude -, mais plutôt au hasard de la vie, c’est-à-dire aux circonstances imprévues intervenant dans l’existence d’un individu. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">C’est ainsi que, lors d’une entrevue en octobre 2002, Kershaw se rappelle toujours d’un événement capital survenu il y a quelque trente années : </span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">« […] je suis tombé par hasard, au comptoir d&#8217;un café, sur un ancien nazi. Au milieu de la conversation il me dit : &#8220;Vous les Anglais, vous avez manquez un[e] occasion. Vous auriez dû vous allier avec nous et ensemble nous aurions détruit le bolchevisme et dominé le monde.&#8221; Et toujours pendant cette conversation je me rappelle exactement, mot pour mot, ce propos qu&#8217;il m&#8217;a tenu, affirmant que les Juifs sont des poux. J&#8217;ai été tellement choqué par son comportement que j&#8217;ai ressenti le besoin de savoir ce qui avait pu se passer en Allemagne dans les années trente. Ce fut une autre grande étape. » </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Si Kershaw se souvient encore de cette rencontre, c’est qu’il lui accorde une importance majeure dans son cheminement professionnel. Je peux ainsi extrapoler davantage en supposant que cette circonstance fortuite l’aurait incité à s’écarter des courants univoques – ceux ne privilégiant qu’une seule approche dans l’étude historique – et qui n’avaient pu jusque-là lui fournir une réponse éclairée sur la période nazie.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">La relation entre Kershaw et Broszat constitue le deuxième aspect de notre hypothèse. Encore une fois, Kershaw n’est pas insensible à la part du hasard : « [j’ai] ensuite eu la <em>chance</em>, en 1975, de pouvoir quitter mon emploi de conférencier en histoire médiévale […] [et à] la même époque, Martin Broszat, grand historien allemand de la période nazie, m’a <em>invité</em> à participer au sein de son équipe à un projet d’histoire sociale relatif au nazisme. » (il est à noter que l’italique des mots « chance » et « invité » est une initiative personnelle pour souligner l’importance que Kershaw lui-même semble accorder au hasard pour expliquer sa reconversion à l’étude du IIIe Reich) </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">J&#8217;estime que c’est à l’époque de sa participation au projet de Broszat que Kershaw rejette de façon définitive toutes les théories « hitlérocentristes » et qu’il adopte davantage les thèses structuralistes, en ne considérant toutefois pas le Führer comme le « maître du Reich », mais plutôt en insistant sur son « pouvoir charismatique ».</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Pourquoi Ian Kershaw choisit-il alors de concilier les approches dans son ouvrage <em>Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d’interprétation</em> si nous savons qu’à ses débuts, il est plutôt un adepte de l’approche structuraliste – notamment par sa relation avec Broszat et par son écrit <em>The &#8220;Hitler myth&#8221; : image and reality in the Third Reich</em> paru en 1980 – et qu’il se qualifie lui-même comme « historien structuraliste » dans son livre le plus récent (son imposante biographie sur Hitler)? </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">À l’époque de la rédaction et de la parution de son essai sur le nazisme, je considère la position de Kershaw comme étant celle d’un historien qui souhaitait demeurer à l’écart du débat des intellectuels allemands de l’époque d’une part et d’autre part, que le contexte des années quatre-vingt se prêtait davantage à une explication dégageant les problèmes fondamentaux d’interprétation du IIIe Reich dans une perspective dialectique des deux courants polémiques en question.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Peut-on alors avancer que Kershaw fut foncièrement structuraliste durant les trois dernières décennies? S&#8217;il est difficile de discerner les motivations d&#8217;un auteur à travers l&#8217;ensemble de son oeuvre, cette analyse historiographique </span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">démontre à l’évidence que non, même si on y décèle une tendance implicite vers le structuralisme. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">J&#8217;estime plutôt que le contexte de l&#8217;époque, soit l&#8217;âpreté des débat durant les années 80, et son sentiment « d&#8217;étranger »  - le fait qu&#8217;il ne soit pas Allemand et qu&#8217;il ait débuté sa carrière en tant que médiéviste &#8211; font en sorte que de concilier les deux tendances était la seule approche valable pour comprendre cette période historique. Cet ouvrage lui permet de faire le bilan des différentes approches avant de prendre lui-même position.</span></span></p>
<p><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;"><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Dans les années quatre-vingt-dix, la réunification de l’Allemagne rend accessible les Archives de la RDA (République Démocratique d’Allemagne ou Allemagne de l’Est) permettant une analyse plus complète et détaillée du Troisième Reich et de son Führer ainsi qu’une révision de certaines tendances historiographiques des années quatre-vingt. C&#8217;est dans ce contexte particulier que Kershaw décide de rédiger sa biographie d&#8217;Hitler.</span> </span></span></p>
<p><span style="font-size:x-small;"></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Il importe de préciser ici que même si sa biographie de Hitler en est une de type stucturaliste, Kershaw ne réduit pas le Führer à un simple rôle de pantin ou de dictateur faible. C&#8217;est la structure <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Polycratie" target="_blank">polycratique</a> du système nazie et « l’autorité charismatique » du chef qui permettent notamment d&#8217;expliquer le fonctionnement du régime. (encore une fois, il ne fait pas abstraction des intentions dans son analyse!)</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">En définitive, il appert que la thèse de l’historien peut être bien synthétisée par cette citation de Marx: « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de leur propre mouvement, ni dans des conditions choisies par eux seuls, mais bien dans les conditions qu’ils trouvent directement et qui leur sont données et transmises. »</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Déjà et avant la parution récente de sa colossale biographie de Hitler, d’aucuns considèrent Ian Kershaw comme l’un des plus grands spécialistes de la période nazie et son lumineux essai sur le nazisme à l’étude comme son livre maître. Si la référence à cet ouvrage est fréquente dans l’histoire du phénomène nazi, sa détraction semble y être absente. <span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Lorsque j&#8217;analyse la relation entre le contexte mouvementé des années quatre-vingt, les premiers écrits de Kershaw et l’ouvrage soumis à l’analyse, il est néanmoins possible d’émettre certaines hypothèses quant à l’approche conciliante d’un historien britannique peu concerné par les disputes et les conflits moraux au sein de la confrérie allemande et qui se montre soucieux de contribuer par sa réflexion à la compréhension du Troisième Reich.</span></span></span></span></p>
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		<title>Présentisme et futurisme</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2007 00:02:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<description><![CDATA[« L’état du temps présent » Nous définissons le « presentism » par un mode d’analyse qui se base sur l’état du temps présent pour juger des événements passés. Répandu dans les débats télévisés et parmi une certaine classe de soi-disant intellectuels, ce discours se veut moralisateur du fait qu&#8217;il juge en des termes « bons » [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=157&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong>« L’état du temps présent »</strong></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">Nous définissons le « <em>presentism</em> » par un mode d’analyse qui se base sur l’état du temps présent pour juger des événements passés. Répandu dans les débats télévisés et parmi une certaine classe de soi-disant intellectuels, ce discours se veut moralisateur du fait qu&#8217;il juge en des termes « bons » et « mauvais » les actions antérieures. Par exemple, je fais du « <em>presentism</em> » si je dis que puisque les pères fondateurs des États-Unis (dont Jefferson et Washington) étaient tous des propriétaires d’esclaves et étant donné que l’esclavage est une pratique jugée comme étant scandaleuse aujourd’hui, nous devrions réévaluer leurs réussites.</font></font><font size="2"><font face="Verdana"> </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong>L’histoire « whig »</strong></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">On qualifie d’histoire whig les travaux menés par certains historiens britanniques des dix-huitièmes et dix-neuvièmes siècles qui utilisaient le passé pour valider leur idéologie. C’est faire preuve de « <em>presentism</em> » puisqu’ils utilisaient uniquement les événements passés qui satisfaisaient et confortaient leur vision actuelle. </font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana"><strong>« L’état du temps futur »</strong></font></font><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">Si ce type de « <em>presentism</em> » est surtout présent dans les débats historiques, en tant qu’être humain nous créons souvent un « <em>presentism</em> » dans le sens inverse : nous analysons le futur avec notre vision du présent; mais, le futur moi ne verra pas le monde comme je le vois en ce moment. On oublie souvent de se contenter de la vie que nous vivons actuellement et on vient à vivre avec l’idée d’une vie imaginaire, puisque future. Nous travaillons quotidiennement pour embellir un être et pour devenir quelqu’un que nous allons peut-être détester.</p>
<blockquote>
<p align="justify">Nous tâchons de soutenir [le présent] par l&#8217;avenir et pensons à disposer les choses pour un temps où nous n&#8217;avons aucune assurance d&#8217;arriver. [...] Nous ne pensons presque point au présent et si nous y pensons, ce n&#8217;est que pour en prendre des lumières, pour disposer l&#8217;avenir. Le présent n&#8217;est jamais notre but. Le passé et le présent sont nos moyens, le seul avenir est notre objet. Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et nous disposant toujours à être heureux, il est indubitable que nous ne le serons jamais. (Blaise Pascal)</p>
</blockquote>
<p></font></font></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/insomniaque.wordpress.com/157/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/insomniaque.wordpress.com/157/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/insomniaque.wordpress.com/157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/insomniaque.wordpress.com/157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/insomniaque.wordpress.com/157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/insomniaque.wordpress.com/157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/insomniaque.wordpress.com/157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/insomniaque.wordpress.com/157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/insomniaque.wordpress.com/157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/insomniaque.wordpress.com/157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/insomniaque.wordpress.com/157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/insomniaque.wordpress.com/157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/insomniaque.wordpress.com/157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/insomniaque.wordpress.com/157/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/insomniaque.wordpress.com/157/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/insomniaque.wordpress.com/157/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=157&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Ten myths about atheism</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2007 18:37:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Several polls indicate that the term &#8220;atheism&#8221; has acquired such an extraordinary stigma in the United States that being an atheist is now a perfect impediment to a career in politics (in a way that being black, Muslim or homosexual is not). According to a recent Newsweek poll, only 37% of Americans would vote for [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=155&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">Several polls indicate that the term &#8220;atheism&#8221; has acquired such an extraordinary stigma in the United States that being an atheist is now a perfect impediment to a career in politics (in a way that being black, Muslim or homosexual is not). According to a recent Newsweek poll, only 37% of Americans would vote for an otherwise qualified atheist for president.</p>
<p align="justify">Atheists are often imagined to be intolerant, immoral, depressed, blind to the beauty of nature and dogmatically closed to evidence of the supernatural.</p>
<p align="justify">Even John Locke, one of the great patriarchs of the Enlightenment, believed that atheism was &#8220;not at all to be tolerated&#8221; because, he said, &#8220;promises, covenants and oaths, which are the bonds of human societies, can have no hold upon an atheist.&#8221;</p>
<p align="justify">That was more than 300 years ago. But in the United States today, little seems to have changed. A remarkable 87% of the population claims &#8220;never to doubt&#8221; the existence of God; fewer than 10% identify themselves as atheists — and their reputation appears to be deteriorating.</p>
<p align="justify">Given that we know that atheists are often among the most intelligent and scientifically literate people in any society, it seems important to deflate the myths that prevent them from playing a larger role in our national discourse.</p>
<p align="justify"><strong>1- Atheists believe that life is meaningless.</strong></p>
<p align="justify">On the contrary, religious people often worry that life is meaningless and imagine that it can only be redeemed by the promise of eternal happiness beyond the grave. Atheists tend to be quite sure that life is precious. Life is imbued with meaning by being really and fully lived. Our relationships with those we love are meaningful now; they need not last forever to be made so. Atheists tend to find this fear of meaninglessness … well … meaningless.</p>
<p align="justify"><strong>2- Atheism is responsible for the greatest crimes in human history.</strong></p>
<p align="justify">People of faith often claim that the crimes of Hitler, Stalin, Mao and Pol Pot were the inevitable product of unbelief. The problem with fascism and communism, however, is not that they are too critical of religion; the problem is that they are too much like religions. Such regimes are dogmatic to the core and generally give rise to personality cults that are indistinguishable from cults of religious hero worship. Auschwitz, the gulag and the killing fields were not examples of what happens when human beings reject religious dogma; they are examples of political, racial and nationalistic dogma run amok. There is no society in human history that ever suffered because its people became too reasonable.</p>
<p align="justify"><strong>3- Atheism is dogmatic.</strong></p>
<p align="justify">Jews, Christians and Muslims claim that their scriptures are so prescient of humanity&#8217;s needs that they could only have been written under the direction of an omniscient deity. An atheist is simply a person who has considered this claim, read the books and found the claim to be ridiculous. One doesn&#8217;t have to take anything on faith, or be otherwise dogmatic, to reject unjustified religious beliefs. As the historian Stephen Henry Roberts (1901-71) once said: &#8220;I contend that we are both atheists. I just believe in one fewer god than you do. When you understand why you dismiss all the other possible gods, you will understand why I dismiss yours.&#8221;</p>
<p align="justify"><strong>4- Atheists think everything in the universe arose by chance.</strong></p>
<p align="justify">No one knows why the universe came into being. In fact, it is not entirely clear that we can coherently speak about the &#8220;beginning&#8221; or &#8220;creation&#8221; of the universe at all, as these ideas invoke the concept of time, and here we are talking about the origin of space-time itself.</p>
<p align="justify">The notion that atheists believe that everything was created by chance is also regularly thrown up as a criticism of Darwinian evolution. As Richard Dawkins explains in his marvelous book, &#8220;The God Delusion,&#8221; this represents an utter misunderstanding of evolutionary theory. Although we don&#8217;t know precisely how the Earth&#8217;s early chemistry begat biology, we know that the diversity and complexity we see in the living world is not a product of mere chance. Evolution is a combination of chance mutation and natural selection. Darwin arrived at the phrase &#8220;natural selection&#8221; by analogy to the &#8220;artificial selection&#8221; performed by breeders of livestock. In both cases, selection exerts a highly non-random effect on the development of any species.</p>
<p align="justify"><strong>5- Atheism has no connection to science.</strong></p>
<p align="justify">Although it is possible to be a scientist and still believe in God — as some scientists seem to manage it — there is no question that an engagement with scientific thinking tends to erode, rather than support, religious faith. Taking the U.S. population as an example: Most polls show that about 90% of the general public believes in a personal God; yet 93% of the members of the National Academy of Sciences do not. This suggests that there are few modes of thinking less congenial to religious faith than science is.</p>
<p align="justify"><strong>6- Atheists are arrogant.</strong></p>
<p align="justify">When scientists don&#8217;t know something — like why the universe came into being or how the first self-replicating molecules formed — they admit it. Pretending to know things one doesn&#8217;t know is a profound liability in science. And yet it is the life-blood of faith-based religion. One of the monumental ironies of religious discourse can be found in the frequency with which people of faith praise themselves for their humility, while claiming to know facts about cosmology, chemistry and biology that no scientist knows. When considering questions about the nature of the cosmos and our place within it, atheists tend to draw their opinions from science. This isn&#8217;t arrogance; it is intellectual honesty.</p>
<p align="justify"><strong>7- Atheists are closed to spiritual experience.</strong></p>
<p align="justify">There is nothing that prevents an atheist from experiencing love, ecstasy, rapture and awe; atheists can value these experiences and seek them regularly. What atheists don&#8217;t tend to do is make unjustified (and unjustifiable) claims about the nature of reality on the basis of such experiences. There is no question that some Christians have transformed their lives for the better by reading the Bible and praying to Jesus. What does this prove? It proves that certain disciplines of attention and codes of conduct can have a profound effect upon the human mind. Do the positive experiences of Christians suggest that Jesus is the sole savior of humanity? Not even remotely — because Hindus, Buddhists, Muslims and even atheists regularly have similar experiences.</p>
<p align="justify">There is, in fact, not a Christian on this Earth who can be certain that Jesus even wore a beard, much less that he was born of a virgin or rose from the dead. These are just not the sort of claims that spiritual experience can authenticate.</p>
<p align="justify"><strong>8- Atheists believe that there is nothing beyond human life and human understanding</strong></p>
<p align="justify">Atheists are free to admit the limits of human understanding in a way that religious people are not. It is obvious that we do not fully understand the universe; but it is even more obvious that neither the Bible nor the Koran reflects our best understanding of it. We do not know whether there is complex life elsewhere in the cosmos, but there might be. If there is, such beings could have developed an understanding of nature&#8217;s laws that vastly exceeds our own. Atheists can freely entertain such possibilities. They also can admit that if brilliant extraterrestrials exist, the contents of the Bible and the Koran will be even less impressive to them than they are to human atheists.</p>
<p align="justify">From the atheist point of view, the world&#8217;s religions utterly trivialize the real beauty and immensity of the universe. One doesn&#8217;t have to accept anything on insufficient evidence to make such an observation.</p>
<p align="justify"><strong>9- Atheists ignore the fact that religion is extremely beneficial to society.</strong></p>
<p align="justify">Those who emphasize the good effects of religion never seem to realize that such effects fail to demonstrate the truth of any religious doctrine. This is why we have terms such as &#8220;wishful thinking&#8221; and &#8220;self-deception.&#8221; There is a profound distinction between a consoling delusion and the truth.</p>
<p align="justify">In any case, the good effects of religion can surely be disputed. In most cases, it seems that religion gives people bad reasons to behave well, when good reasons are actually available. Ask yourself, which is more moral, helping the poor out of concern for their suffering, or doing so because you think the creator of the universe wants you to do it, will reward you for doing it or will punish you for not doing it?</p>
<p align="justify"><strong>10- Atheism provides no basis for morality.</strong></p>
<p align="justify">If a person doesn&#8217;t already understand that cruelty is wrong, he won&#8217;t discover this by reading the Bible or the Koran — as these books are bursting with celebrations of cruelty, both human and divine. We do not get our morality from religion. We decide what is good in our good books by recourse to moral intuitions that are (at some level) hard-wired in us and that have been refined by thousands of years of thinking about the causes and possibilities of human happiness.</p>
<p align="justify">We have made considerable moral progress over the years, and we didn&#8217;t make this progress by reading the Bible or the Koran more closely. Both books condone the practice of slavery — and yet every civilized human being now recognizes that slavery is an abomination. Whatever is good in scripture — like the golden rule — can be valued for its ethical wisdom without our believing that it was handed down to us by the creator of the universe.</p>
<p align="justify">Source : <a target="_blank" href="http://edge.org/documents/archive/edge199.html#sh">Edge</a></p>
<p></font></font></p>
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