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	<title>l'Insomniaque &#187; Compte rendu</title>
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	<description>Quand on souffre d'insomnie, on n'est jamais vraiment endormi et on n'est jamais vraiment éveillé.</description>
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		<title>Une analyse historiographique</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Feb 2008 00:08:11 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Dans l’histoire de l’humanité, tout comme au sein de la mémoire collective, le Troisième Reich (1933-1945) occupe une place spécifique et suscite encore de nos jours des débats animés, comme en fait foi la Historikerstreit ou « querelle des historiens » survenue en 1986. Plusieurs questions ont suscité de vifs débats en 1986 et, encore [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=228&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Dans l’histoire de l’humanité, tout comme au sein de la mémoire collective, le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nazification" target="_blank">Troisième Reich</a> (1933-1945) occupe une place spécifique et suscite encore de nos jours des débats animés, comme en fait foi la <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Historikerstreit" target="_blank">Historikerstreit</a></em> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Historikerstreit" target="_blank">« querelle des historiens »</a> survenue en 1986. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Plusieurs questions ont suscité de vifs débats en 1986 et, encore aujourd&#8217;hui, la controverse historiographique est toujours d&#8217;actualité.</span></p>
<ol>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que les crimes de l&#8217;Allemagne nazie incarnent le mal absolu dans l&#8217;Histoire, ou est-ce que les crimes de Joseph Staline en Union soviétique sont équivalents, sinon pires?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que l&#8217;histoire allemande a suivi une « voie spéciale » (<em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Sonderweg" target="_blank">Sonderweg</a></em>) conduisant inévitablement au nazisme?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que d&#8217;autres génocides, dont le génocide des Hereros, le génocide arménien et le génocide des Khmers rouges au Cambodge, sont comparables à l&#8217;Holocauste ?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Est-ce que les crimes commis par les nazis sont une réaction aux crimes soviétiques sous Staline, comme <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Nolte" target="_blank">Ernst Nolte</a> l&#8217;a soutenu?<br />
</span></div>
</li>
<li>
<div><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Le peuple allemand devrait-il supporter un fardeau de culpabilité pour les crimes nazis, ou bien les nouvelles générations d&#8217;Allemands pourraient trouver des sources de fierté dans leur histoire? </span></div>
</li>
</ol>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">L’ouvrage retenu pour cette analyse historiographique, soit <em><a href="http://www.amazon.fr/Quest-ce-nazisme-Probl%C3%A8mes-perspectives-dinterpr%C3%A9tation/dp/2070403513/ref=pd_bbs_4?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1204203973&amp;sr=8-4" target="_blank">Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d’interprétation</a></em> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ian_Kershaw" target="_blank">Ian Kershaw</a>, s’inscrit dans le contexte mouvementé des années quatre-vingt : soulignons au passage le cinquantième anniversaire de la prise de pouvoir nazie en 1983, le plaidoyer de Martin Broszat pour une « historicisation » (<em>Historisierung</em>) du national-socialisme en 1985 et l’ouverture du mur de Berlin le 9 novembre 1989. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Publiée en 1985, l’œuvre de Kershaw vient proposer une complémentarité entre les intentions d’Hitler et les structures du Troisième Reich. Toutefois, je défends la thèse que l&#8217;on peut déceler le penchant structuraliste de l&#8217;auteur dès le début des années 80 (qu’il exprime de façon implicite) et qui atteindra son point culminant lors de la parution de sa biographie sur Hitler en 1998.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Articulée autour de trois aspects, cette analyse tentera d&#8217;illustrer certaines hypothèses qui peuvent expliquer les différentes prises de position de Kershaw </span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">: le contexte particulier entourant l’auteur et ses écrits d’avant 1985 est d’abord exposé, puis suivi par la relation entre l’esprit de l’époque et l’ouvrage à l’étude et pour terminer, par l’énoncé d’une hypothèse, celle du hasard ou des circonstances de la vie, quant à l’explication de la perspective adoptée par Kershaw dans l’œuvre analysée.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">D’entrée de jeu, la nationalité de Ian Kershaw est un élément explicatif de sa prise de position en ce qui a trait au débat « intentionnalisme/structuralisme ». </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Britannique et non d’origine allemande, l’auteur n’appartient pas de fait à la « génération des jeunesses hitlériennes » – celle des historiens qui furent adolescents lors de la période nazie – et par conséquent, ne se sent pas concerné par l’âpreté de leurs polémiques. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Ses premiers travaux l’ont exposé aux débats historiographiques des années soixante-dix, cependant comme il le souligne lui-même dans sa biographie de Hitler, « n’étant pas allemand et m’intéressant surtout à la réception de l’image de Hitler […] je suis resté pour l’essentiel étranger à ces débats. » Analyser le IIIe Reich avec une certaine distance permet dès lors à son auteur d’adopter une position conciliante entre les deux approches.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Pour bien mener la mise en contexte historiographique, il importe aussi de prendre en considération les deux ouvrages de Kershaw qui furent rédigés quelques années avant la parution de l’œuvre à l’étude. Bien que toujours à l’écart des débats historiographiques en Allemagne, Kershaw ne se considère cependant plus comme un novice en la matière. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">C’est en 1980 et en langue allemande qu’est publié <em>Der Hitler-Mythos. Volksmeinung und Propaganda in Dritter Reich</em> (<em><a href="http://www.amazon.fr/mythe-Hitler-Image-r%C3%A9alit%C3%A9-Reich/dp/208210365X/ref=pd_bbs_sr_5?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1204205207&amp;sr=8-5" target="_blank">The « Hitler Myth ». Image and Reality in the Third Reich</a></em>), où Kershaw étudie « l’autorité charismatique » du Führer selon le modèle développé par le célèbre sociologue Max Weber. Œuvre proposant une interprétation nouvelle – l’auteur utilise un concept de la sociologie pour expliquer la création du « Mythe du Führer » qui serait à l’origine du ralliement au régime nazi de la grande masse du peuple allemand –, on y découvre cependant une tendance structuraliste.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">De plus, l’historien adopte aussi une approche radicalement nouvelle dans <em><a href="http://www.amazon.com/Popular-Opinion-Political-Dissent-Third/dp/0199251118/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1204205298&amp;sr=8-1" target="_blank">Popular opinions and political dissent in the Third Reich. Bavaria, 1933-1945</a></em>, publié en 1983, dans lequel ouvrage il se distance des études traitant « par le haut » le IIIe Reich en abordant plutôt le système « par le bas », c’est-à-dire en étudiant la conscience politique de « l’Allemand ordinaire » dans une région déterminée.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">En somme, dans les années soixante-dix, la dichotomie entre sa nationalité et son objet d’étude incite Ian Kershaw à se distancer des deux courants qui s’opposent, intentionnaliste pour l’un et structuraliste pour l’autre, puisqu’il ne se sent pas concerné par les polémiques entre des historiens appartenant à la « génération des jeunesses hitlériennes » d’une part et d’autre part, ne se considère pas encore comme un spécialiste de la période &#8211; fait à rappeler, Ian Kershaw a débuté sa carrière d’historien en tant que médiéviste -, toujours en apprentissage avec son mentor, Martin Broszat. (Soulignons que Broszat est reconnu pour sa position structuraliste : faut-il voir dans la relation Broszat-Kershaw des années soixante-dix un signe précurseur de la même tendance pour Kershaw, laquelle est implicitement exprimée dans l’ouvrage étudié et devient une approche clairement définie dans sa biographie de Hitler publiée en 1998?) </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Pour faire suite, il me semble pertinent de mettre en perspective l’esprit de la société allemande à l’époque de la rédaction et de la parution de l’ouvrage à l’étude.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">D’abord, l’œuvre de Kershaw vient répondre à un engouement populaire, celui « d’un public de plus en plus étendu, réclamant des analyses exhaustives et des ouvrages de référence sur l’histoire du nazisme. » La nécessité d’une compréhension de la singularité du IIIe Reich est ravivée entre autres, par les nombreuses manifestations de 1983 que suscite le cinquantième anniversaire de la prise de pouvoir nazie. En proposant une étude – destinée à l’origine aux étudiants – sur les problèmes et les perspectives d’interprétation du nazisme, Ian Kershaw s’applique ainsi à répondre aux préoccupations de l’époque, ce qu’il reconnaît lui même : « [affirmer] que les préoccupations du présent déterminent la manière dont les historiens abordent le passé est une évidence. »</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">C’est aussi en 1985 qu’est utilisé pour la première fois le terme « historicisation » par l’historien <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Martin_Broszat" target="_blank">Martin Broszat</a>, dont j&#8217;ai déjà mentionné les liens professionnels avec Ian Kershaw lors de leur participation commune au « projet bavarois » d’entre 1977 et 1983. Or, le <em>Plaidoyer pour une historicisation</em> du national-socialisme de Broszat présente l’idée d’une « normalisation » des procédés méthodologiques utilisés pour l’étude du IIIe Reich, en appliquant « les principes de rigueur dont fait preuve toute enquête historique minutieuse déployant des hypothèses de « portée intermédiaire » susceptibles d’être soumises à une vérification empirique. » </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Martin Broszat aspire à restituer le passé nazi dans un portrait complexe du régime hitlérien, en ne limitant pas son analyse uniquement au domaine historico-philosophique ou politico-idéologique et en rejetant les a priori moraux. Ian Kershaw, pour sa part, propose lui aussi une perspective innovatrice en voulant rétablir le passé nazi, mais en utilisant cependant la complémentarité de deux approches polémiques et non pas en créant une nouvelle perspective d’étude, comme c’est le cas pour Broszat avec sa « normalisation ».</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Le plaidoyer de Broszat suscite davantage de controverses que l’essai de Kershaw compte tenu que certains historiens, comme Saül Friedländer, perçoivent dans le concept de « normalité » la négation de la spécificité et de la place historique de la politique d’extermination du IIIe Reich.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Quant au « bilan historiographique » sur la période nazie de Ian Kershaw, il est le reflet des points de vue divergents des années soixante-dix entre historiens allemands et celui des débats polarisés du début des années quatre-vingt entre défenseurs d’une approche intentionnaliste et partisans de celle des structures. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Par ailleurs, lorsqu’il affirme que les « [composantes] essentielles d’une explication du IIIe Reich, « intention » et « structure » doivent faire l’objet d’une synthèse, plutôt que d’être mises en opposition […] », Kershaw propose une approche qui attire davantage la louange que la critique puisqu’en s’inscrivant dans une logique atypique, il lui est permis par conséquent d’exposer les thèses en présence avant de trancher dans un sens le plus souvent nuancé.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Dans cette troisième et dernière partie, mon objectif est de présenter d’entrée de jeu l’hypothèse « du hasard » pour expliquer la thèse de la complémentarité défendue par Ian Kershaw. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">D’abord, cette conjecture ne réfère aucunement au hasard de l’histoire &#8211; tout historien sérieux rejette la « théorie du nez de Cléopâtre » qui ne ramène l’histoire qu’à l’accidentel; utiliser le hasard pour comprendre l’histoire est un moyen détourné pour se soustraire à la recherche des causes d’un phénomène ou d’un événement à l’étude -, mais plutôt au hasard de la vie, c’est-à-dire aux circonstances imprévues intervenant dans l’existence d’un individu. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">C’est ainsi que, lors d’une entrevue en octobre 2002, Kershaw se rappelle toujours d’un événement capital survenu il y a quelque trente années : </span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">« […] je suis tombé par hasard, au comptoir d&#8217;un café, sur un ancien nazi. Au milieu de la conversation il me dit : &#8220;Vous les Anglais, vous avez manquez un[e] occasion. Vous auriez dû vous allier avec nous et ensemble nous aurions détruit le bolchevisme et dominé le monde.&#8221; Et toujours pendant cette conversation je me rappelle exactement, mot pour mot, ce propos qu&#8217;il m&#8217;a tenu, affirmant que les Juifs sont des poux. J&#8217;ai été tellement choqué par son comportement que j&#8217;ai ressenti le besoin de savoir ce qui avait pu se passer en Allemagne dans les années trente. Ce fut une autre grande étape. » </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Si Kershaw se souvient encore de cette rencontre, c’est qu’il lui accorde une importance majeure dans son cheminement professionnel. Je peux ainsi extrapoler davantage en supposant que cette circonstance fortuite l’aurait incité à s’écarter des courants univoques – ceux ne privilégiant qu’une seule approche dans l’étude historique – et qui n’avaient pu jusque-là lui fournir une réponse éclairée sur la période nazie.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">La relation entre Kershaw et Broszat constitue le deuxième aspect de notre hypothèse. Encore une fois, Kershaw n’est pas insensible à la part du hasard : « [j’ai] ensuite eu la <em>chance</em>, en 1975, de pouvoir quitter mon emploi de conférencier en histoire médiévale […] [et à] la même époque, Martin Broszat, grand historien allemand de la période nazie, m’a <em>invité</em> à participer au sein de son équipe à un projet d’histoire sociale relatif au nazisme. » (il est à noter que l’italique des mots « chance » et « invité » est une initiative personnelle pour souligner l’importance que Kershaw lui-même semble accorder au hasard pour expliquer sa reconversion à l’étude du IIIe Reich) </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">J&#8217;estime que c’est à l’époque de sa participation au projet de Broszat que Kershaw rejette de façon définitive toutes les théories « hitlérocentristes » et qu’il adopte davantage les thèses structuralistes, en ne considérant toutefois pas le Führer comme le « maître du Reich », mais plutôt en insistant sur son « pouvoir charismatique ».</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Pourquoi Ian Kershaw choisit-il alors de concilier les approches dans son ouvrage <em>Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d’interprétation</em> si nous savons qu’à ses débuts, il est plutôt un adepte de l’approche structuraliste – notamment par sa relation avec Broszat et par son écrit <em>The &#8220;Hitler myth&#8221; : image and reality in the Third Reich</em> paru en 1980 – et qu’il se qualifie lui-même comme « historien structuraliste » dans son livre le plus récent (son imposante biographie sur Hitler)? </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">À l’époque de la rédaction et de la parution de son essai sur le nazisme, je considère la position de Kershaw comme étant celle d’un historien qui souhaitait demeurer à l’écart du débat des intellectuels allemands de l’époque d’une part et d’autre part, que le contexte des années quatre-vingt se prêtait davantage à une explication dégageant les problèmes fondamentaux d’interprétation du IIIe Reich dans une perspective dialectique des deux courants polémiques en question.</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Peut-on alors avancer que Kershaw fut foncièrement structuraliste durant les trois dernières décennies? S&#8217;il est difficile de discerner les motivations d&#8217;un auteur à travers l&#8217;ensemble de son oeuvre, cette analyse historiographique </span></span><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">démontre à l’évidence que non, même si on y décèle une tendance implicite vers le structuralisme. </span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">J&#8217;estime plutôt que le contexte de l&#8217;époque, soit l&#8217;âpreté des débat durant les années 80, et son sentiment « d&#8217;étranger »  - le fait qu&#8217;il ne soit pas Allemand et qu&#8217;il ait débuté sa carrière en tant que médiéviste &#8211; font en sorte que de concilier les deux tendances était la seule approche valable pour comprendre cette période historique. Cet ouvrage lui permet de faire le bilan des différentes approches avant de prendre lui-même position.</span></span></p>
<p><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span><span style="font-size:x-small;"></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;"><span style="font-family:Verdana;font-size:x-small;">Dans les années quatre-vingt-dix, la réunification de l’Allemagne rend accessible les Archives de la RDA (République Démocratique d’Allemagne ou Allemagne de l’Est) permettant une analyse plus complète et détaillée du Troisième Reich et de son Führer ainsi qu’une révision de certaines tendances historiographiques des années quatre-vingt. C&#8217;est dans ce contexte particulier que Kershaw décide de rédiger sa biographie d&#8217;Hitler.</span> </span></span></p>
<p><span style="font-size:x-small;"></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Il importe de préciser ici que même si sa biographie de Hitler en est une de type stucturaliste, Kershaw ne réduit pas le Führer à un simple rôle de pantin ou de dictateur faible. C&#8217;est la structure <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Polycratie" target="_blank">polycratique</a> du système nazie et « l’autorité charismatique » du chef qui permettent notamment d&#8217;expliquer le fonctionnement du régime. (encore une fois, il ne fait pas abstraction des intentions dans son analyse!)</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">En définitive, il appert que la thèse de l’historien peut être bien synthétisée par cette citation de Marx: « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de leur propre mouvement, ni dans des conditions choisies par eux seuls, mais bien dans les conditions qu’ils trouvent directement et qui leur sont données et transmises. »</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Déjà et avant la parution récente de sa colossale biographie de Hitler, d’aucuns considèrent Ian Kershaw comme l’un des plus grands spécialistes de la période nazie et son lumineux essai sur le nazisme à l’étude comme son livre maître. Si la référence à cet ouvrage est fréquente dans l’histoire du phénomène nazi, sa détraction semble y être absente. <span style="font-size:x-small;"><span style="font-family:Verdana;">Lorsque j&#8217;analyse la relation entre le contexte mouvementé des années quatre-vingt, les premiers écrits de Kershaw et l’ouvrage soumis à l’analyse, il est néanmoins possible d’émettre certaines hypothèses quant à l’approche conciliante d’un historien britannique peu concerné par les disputes et les conflits moraux au sein de la confrérie allemande et qui se montre soucieux de contribuer par sa réflexion à la compréhension du Troisième Reich.</span></span></span></span></p>
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		<title>Le point d&#8217;équilibre</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Oct 2007 00:42:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En microéconomie, on décrit le point d&#8217;équilibre comme étant la rencontre entre les courbes de l&#8217;offre et de la demande sur un graphique donné. C&#8217;est une stabilité théorique où les producteurs sont prêts à vendre la même quantité de biens que les consommateurs veulent en acheter. Pour que cette théorie soit toujours valable, il faut [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=199&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></font></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">En microéconomie, on décrit le point d&#8217;équilibre comme étant la rencontre entre les courbes de l&#8217;offre et de la demande sur un graphique donné. C&#8217;est une stabilité théorique où les producteurs sont prêts à vendre la même quantité de biens que les consommateurs veulent en acheter. Pour que cette théorie soit toujours valable, il faut que deux prémisses soient toujours respectées.</p>
<p align="justify">D&#8217;abord, nous devons être en présence d&#8217;une concurrence parfaite entre les agents économiques et de plus, l&#8217;<em>homo œconomicus</em> (terme créé par le sociologue Pareto), soit l&#8217;homme en tant qu&#8217;agent économique, doit se conduire comme un être parfaitement rationnel agissant toujours en fonction de la maximisation de sa satisfaction.</p>
<p align="justify">Dans les cas où ces ceux prémisses ne sont pas respectées, on parle d&#8217;une approximation du fonctionnement des marchés.</p>
<p align="justify">Le sociologue français Pierre Bourdieu a critiqué cette théorie de Pareto dans l&#8217;ouvrage <em>les structures sociales de l&#8217;économie</em> : « le mythe de l&#8217;<em>homo œconomicus</em> et de la <em>rational action theory</em> sont des formes paradigmatiques de l&#8217;illusion scolastique qui portent le savant à mettre sa pensée pensante dans la tête des agents agissants et à placer au principe de leurs pratiques, c&#8217;est-à-dire dans leur « conscience », ses propres représentations spontanées ou élaborées ou, au pire, les modèles qu&#8217;il a dû construire pour rendre raison de leurs pratiques. »</p>
<p align="justify">Ce que dit Bourdieu, en somme, c&#8217;est que la théorie de Pareto repose sur des hypothèses comportementales, alors que nous savons fort bien que les gens ont tous leurs petites habitudes liées à leur passé et à leur milieu environnant. Les individus recherchent peut-être dans l&#8217;idéal à maximiser leurs intérêts, mais ce n&#8217;est pas toujours selon des critères rationnels explicites, d’autant plus qu’au niveau biologique, la rationalité n’est pas la seule composante qui nous influence.</p>
<p align="justify">Notre cerveau est divisé en trois parties : le cortex (hémisphère cérébral) nous permet, notamment de raisonner, le système limbique (l&#8217;hippocampe, le complexe amygdalien et l&#8217;hypothalamus) joue un rôle très important dans diverses émotions et finalement, la partie reptilienne agit sur nos instincts les plus primitifs comme la survie de l&#8217;espèce et la reproduction.</p>
<p align="justify">Chaque fois que nous devons prendre une décision, une ou plusieurs de ces parties de notre cerveau est sollicitées. Ainsi, que ce soit en économie ou dans la vie de tous les jours, l&#8217;équilibre est une approximation. On souhaite mener une vie équilibrée, avoir une alimentation équilibrée et avoir une santé mentale équilibrée… mais nous ne pouvons pas définir clairement ce que signifie le terme « équilibré » qui varie par ailleurs pour chaque sujet. L&#8217;équilibre est donc toujours relatif.</p>
<p align="justify">Si nous recherchons constamment à redéfinir notre point d&#8217;équilibre, vivre signifie pourtant, et paradoxalement, être en état de tension entre deux éléments : tels le yin et le yang, le blanc et le noir, l&#8217;amour et la haine, la vie est faite de contraste et nous ne pouvons pas connaître l&#8217;un sans avoir connu l&#8217;autre. Pour apprécier le plaisir, il faut avoir connu la souffrance de même que la tristesse nous fait apprécier nos moments de joie et de bonheur.</p>
<p align="justify">En fait, ce que nous expérimentons au cours de notre vie se situe sur un axe entre deux extrêmes et tout n&#8217;est qu&#8217;une question de degrés : petit plaisir, grande souffrance, tristesse passagère, etc. Notre équilibre, l’état de stabilité du corps et de l&#8217;esprit, est menacé par la tension inhérente à la vie.</p>
<p align="justify">Certaines interrogations s’imposent donc :</p>
<ol>
<li>
<p align="justify">Peut-on, parfois, outrepasser les dissonances cognitives?</p>
</li>
<li>
<p align="justify">Est-il possible de concilier notre désir immédiat avec notre ambition future?</p>
</li>
<li>
<p align="justify">Sommes-nous condamnés à être désillusionnés par le clivage entre notre monde imaginaire (celui de la pensée) et celui de notre existence et perçu à l&#8217;aide de nos sens?</p>
</li>
</ol>
<p align="justify">Bonne lecture!</p>
<p align="justify"><strong>Encore ces satanées dissonances cognitives</strong></p>
<p align="justify">En juin dernier, je rédigeai un texte où je donnai mes impressions sur la dissonance cognitive. Bien que je ne sois pas un expert dans le domaine de la psychologie, je crois avoir réussi à résumer le concept, et ce, autant par des termes théoriques qu’en exemples pratiques qui s’appliquent dans la vie de tous les jours.</p>
<p align="justify">Je concluais mon texte par une observation personnelle : l’inconsistance est, à certains égards, l’une des particularités qui fait partie de la beauté de l’être humain puisque, après tout, c’est ce qui nous distingue, d’une part, des autres espèces animales qui réagissent en suivant leur instinct et, d’autre part, des machines que nous avons programmées pour qu&#8217;elles répètent le même procédé indéfiniment.</p>
<p align="justify">Rappelons brièvement en quoi consiste la dissonance cognitive.</p>
<p align="justify">On utilise ce concept chaque fois qu&#8217;un individu est en présence de deux cognitions incompatibles. L’individu prend alors conscience que la nouvelle cognition qui affecte son cerveau s&#8217;avère être la bonne (c’est-à-dire celle à suivre en toute logique), mais il préfère appliquer un principe de réduction et faire abstraction de cette nouvelle information.</p>
<p align="justify">Par exemple, peu importe comment vous nuancez vos propos, fumer est nocif pour votre santé. Si vous décidez, en toute connaissance de cause, de continuer à fumer, vous allez utiliser des stratégies qui visent à rétablir un équilibre cognitif dans votre cerveau.</p>
<p align="justify">Fréquemment, notre cerveau est la proie de cognitions incompatibles entre elles et je me rends compte qu&#8217;il est parfois (pour ne pas dire souvent) difficile d&#8217;être toujours logique; même lorsque nous savons que nous ne devons pas faire tel geste, il arrive que nous le fassions tout de même.</p>
<p align="justify">Comme je l’écrivais aussi dans mon texte sur la dissonance cognitive, je crois que lorsque nous sommes, par exemple, en état d’ébriété, nous devons tendre le plus possible vers une logique absolue et, de ce fait, « nous montrer plus fort que la dissonance ».</p>
<p align="justify">Puisque même si notre désir immédiat (continuer à boire, se rendre à la maison le plus rapidement possible et par nos propres moyens ou bien ne pas dépenser de l&#8217;argent pour un trajet en taxi) est celui qui nous vient souvent en premier à l&#8217;esprit, il faut utiliser notre logique et se montrer « raisonnable ».</p>
<p align="justify">Je crois que nous pouvons arriver à vivre avec les cognitions contradictoires qui nous influencent quotidiennement en trouvant un juste milieu, soit un équilibre, entre une idiosyncrasie et une cohérence cognitive : comme le scientifique qui tend vers l’objectivité, il faut, en tant qu’être humain, tendre vers un niveau de rationalité élevé sans toutefois perdre de vue que ce sont parfois les petits détails insignifiants de notre vie qui nous permettent de nous définir dans notre manière d’être et de nous différencier de tous et chacun.</p>
<p align="justify"><strong>I want or I should</strong></p>
<p align="justify">Dans le cerveau humain, il y a constamment une tension entre ce que l’on veut faire et ce que l’on devrait faire. En tant qu&#8217;individu, nous vivons dans un état de conflit quotidien entre notre désir présent et notre ambition future. Dans leur ouvrage collectif <em>Negociating with Yourself and Losing</em>, Bazerman, Tenbrunsel et Wade expliquent que ce conflit domine toujours le processus de prise de décision chez l&#8217;être humain.</p>
<p align="justify">Regardez attentivement votre vie de tous les jours. Des résolutions délaissées à la mi-janvier, un programme de conditionnement physique abandonné après quelques semaines ou encore une promesse de cesser les excès d’alcool après avoir eu la tête dans l’évier de la cuisine durant toute la soirée!</p>
<p align="justify">Nous vivons en état continu de légèreté. Après tout, puisque notre vie est éphémère et ne se répète pas, aussi bien la vivre intensément et sans se soucier du lendemain! Et s&#8217;il s’avère que nous avons commis une erreur, nous aimons bien utiliser cette phrase clichée « si j’avais su ». Nous sommes en quelque sorte tous des petits historiens puisque nous préférons vivre d&#8217;abord, et ensuite analyser et reconnaître la nature de nos expériences.</p>
<p align="justify">Nous sommes aussi incapables d&#8217;imaginer le futur correctement étant donné que notre point de référence est le présent et qu’une fois arrivé à ce « futur» nos émotions ne seront pas les mêmes que lorsqu&#8217;on les imaginait. Comme l’a écrit Daniel Gilbert dans son ouvrage <em>Stumbling on Happiness</em>, « bad things feel not so bad as they are imagined to feel. » Nous analysons le futur avec notre vision du présent; mais, le futur moi ne verra pas le monde comme je le vois en ce moment. Et, paradoxalement, nous travaillons quotidiennement pour embellir un être et pour devenir quelqu’un que nous allons peut-être détester!</p>
<p align="justify">Parfois, nous avons l&#8217;impression de mener un combat entre une bonne et une mauvaise conscience (comme si un ange et un démon se chamaillaient). On pourrait dire que la bonne conscience c&#8217;est le <em>should-self</em> et la mauvaise c&#8217;est le <em>want-self</em>. Je m&#8217;explique.</p>
<p align="justify">Le premier (le <em>want-self</em> ou le désir immédiat) veut des résultats rapidement : lorsque j&#8217;ai une fringale, j&#8217;ouvre un sac de chips plutôt qu&#8217;un sac de légumes puisque je veux atteindre un état satiété et je ne pense pas aux bénéfices futurs d&#8217;une bonne alimentation. Tandis que l&#8217;autre partie, le <em>should-self</em> ou l&#8217;idéal à atteindre, veut maximiser la satisfaction sur le long terme : j&#8217;investis mon argent dans des placements financiers même si je ne connais pas ce que demain me réserve.</p>
<p align="justify">Inconsciemment, dans le processus de décision, nous comparons toujours nos désirs immédiats versus nos projections futures. Cette théorie des « multiples moi » est intéressante puisqu&#8217;elle fait un contre poids à la théorie de Pareto qui conçoit l&#8217;humain comme un acteur purement rationnel et équilibré.</p>
<p align="justify">Si la théorie de Pareto s&#8217;appliquait toujours, l&#8217;être humain devrait privilégier chaque jour de l&#8217;année une alimentation saine et équilibrée. Mais, une étude de la <em>Harvard Business School</em> a démontré que ce n&#8217;est pas le cas.</p>
<p align="justify">Après avoir analysé pendant une année les produits alimentaires que les gens ont achetés sur un site de distribution en ligne, l&#8217;étude conclut qu&#8217;il existe un rapport de corrélation entre le type de produits achetés et le délai de la commande. Plus les gens achètent à l&#8217;avance plus ils ont tendance à privilégier des produits nutritifs comme des fruits et légumes, tandis que lorsqu&#8217;ils souhaitent recevoir leur commande dans un futur immédiat (demain) et combler rapidement un désir, la crème glacée et autres gâteries sont davantage achetées.</p>
<p align="justify">Mais, un équilibre intrapersonnel est possible : si la plupart des gens ne mangent pas du <em>fast-food</em> sept jours par semaine (bonne conscience), ils choisissent pourtant de se faire plaisir en s&#8217;offrant une poutine graisseuse (mauvaise conscience) tout en privilégiant un entraînement physique sporadique (bonne conscience). Ceci permet de trouver un point d&#8217;équilibre entre notre désir immédiat et l&#8217;image future que l&#8217;on voudrait projeter.</p>
<p align="justify"><strong>Monde réel/sensible versus monde imaginaire/idéationnel</strong></p>
<p align="justify">Pouvons-nous trouver le moyen de faire coexister le monde des idées avec celui des sens? C’est une question qui ne se répond pas simplement par l’affirmatif ou le négatif. Ce conflit métaphysique est au cœur même de la nature de l’être humain.</p>
<p align="justify">Tout a commencé par un cri : notre premier contact avec le monde réel en est un de type sensoriel. La suite en est une de construction et de déconstruction entre les images formées dans notre imaginaire et celles transmises par le monde extérieur.</p>
<p align="justify">Lorsque je pense au mot « pomme », plusieurs concepts me viennent spontanément à l’esprit : fruit, rouge ou vert, sucré, pommier, etc. Mais, c’est seulement l’image d’une pomme et non pas la pomme en elle-même, comme l’indique le célèbre tableau du peintre Magrite où est représentée une pomme avec comme texte « ceci n’est pas une pomme ».</p>
<p align="justify">J&#8217;ai aussi une image d&#8217;Hitler en mémoire, mais je ne l&#8217;ai jamais côtoyé. J&#8217;ai lu abondamment sur la Shoah, mais je n&#8217;ai jamais ressenti la souffrance d&#8217;un juif enfermé et torturé dans un camp de concentration durant la Seconde Guerre mondiale, malgré le fait que connaisse une certaine perception de la souffrance.</p>
<p align="justify">Le conflit entre le monde imaginaire et celui sensoriel s&#8217;opère à deux niveaux.</p>
<p align="justify">D&#8217;abord, au niveau intrapersonnel, nous sommes tiraillés entre notre idéal que nous construisons dans notre imagination et la réalité perceptible. Plusieurs personnes de mon entourage souhaitent voyager en Europe puisque ce continent semble renfermer de multiples lieux touristiques. Certains seront peut-être déçus lors de leur voyage puisque le plaisir qu&#8217;il croyait ressentir était plus grand dans leur construction imaginaire que le plaisir réel et vécu par leurs sens.</p>
<p align="justify">Puis, au niveau interpersonnel, nous sommes en opposition constante entre nos perceptions et celles des autres. Même si nous sommes tous dotés des mêmes capacités sensorielles, nos référentiels sont différents. Nous connaissons tous le bonheur, l&#8217;amour, la joie, mais nous ne les ressentons pas de la même manière puisque chacun a son propre monde idéationnel ancré dans son esprit. Parfois, ces visions se recoupent et d’autres fois, elles sont irréconciliables.</p>
<p align="justify">Les grands archétypes de l’esprit, les idées pures, sont usurpées par de simples images sensorielles. C’est David Lurie, professeur de communication, de poésie romantique et personnage principal du roman <em>Disgrâce</em> de J.M. Coetzee qui émet cette idée. Nos idées, notre façon de penser et d’envisager le monde sont en perpétuelle confrontation avec l’image que nos sens nous renvois. C’est inévitable : nous ne pouvons pas vivre dans un abri nucléaire à l’abri du monde sensoriel.</p>
<p align="justify">Utilisons un exemple universel comme l’amour. Nous ne pouvons pas ressentir de l’amour pour quelqu’un les yeux fermés et, pour ce faire, nous devons l&#8217;éprouver avec nos sens. Mais, après la rencontre entre nos sens et ceux de l&#8217;autre, il y a un moment de flottement dans notre esprit et on se demande si ce que l&#8217;on ressent convient à l&#8217;image idéalisée que nous avions de l&#8217;amour. Ainsi, un point de rencontre se forme entre d&#8217;une part notre vision de l’amour que nos idées (notre imaginaire) projettent sur notre rétine et d&#8217;autre part, notre perception réelle vécue par nos sens.</p>
<p align="justify">Ce point de rencontre, c’est la fracture entre le monde imaginaire et le monde sensible. Mais, le monde sensoriel a ses limites.</p>
<p align="justify">Même si nous savons qu’il y a quelqu’un derrière cette porte, notre vision ne peut nous l’indiquer. Notre ouïe ne perçoit pas non plus le contraste entre, d’une part, le silence de la nuit où un être est étendu seul sur son lit froid et vide et, d’autre part, l’absence de parole, lorsque le regard prend toute la place entre deux êtres qui se sentent seuls au monde. Puisque même si dans les deux cas il n&#8217;y a aucun bruit et que le silence y est maître, le monde imaginaire, lui, est en mesure de saisir la différence entre la mélancolie suscitée au sein de notre âme par la solitude d&#8217;une nuit et le bonheur ressenti lorsque l’on est en bonne compagnie.</p>
<p align="justify">Je crois que l’être humain préfère l’un ou l’autre des deux mondes, mais rarement la cohabitation entre les deux. Parfois, nous vivons dans un monde très idéalisé grâce à la force de notre imaginaire, comme c’est le cas avec l’amour. Nous voulons tomber en amour pour nous délecter du penchant que cet être a pour nous et non pas pour simplement « se sentir bien », sans se poser trop de questions et de profiter du contact réciproque que nous procure cette relation. Nous recherchons quelque chose qui serait en conformité avec notre désir et non pas avec la réalité.</p>
<p align="justify">À d’autres occasions, nous sommes très enclins vers le sensoriel. Comme le disait Yvon Deschamps, « on ne veut pas le savoir, on veut le voir ». Une semaine de vacances ne serait pas une vraie semaine de vacances si on n’en profitait pas pour explorer le monde qui nous entoure : voyages, expéditions, croisières, etc.</p>
<p align="justify">Et pourtant, un équilibre est possible, voire souhaitable. Puisque sans notre système sensoriel, l’amour et tout le reste perdent toute signification, mais pour connaître des moments pareils, notre œil se doit de se tourner à demi vers les grands archétypes de l’imagination que nous portons tous en nous!</p>
<p></font></font></p>
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		<title>Une philosophie de la liberté</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2007 23:24:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cogito ergo sum En 1644, René Descartes fut le premier philosophe à mettre au centre de sa réflexion le « sujet pensant ». C’est dans les principes de la philosophie qu’il rédige le célèbre « je pense, donc je suis » : « Cette pensée, je pense, donc je suis, est la première et la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=165&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong>Cogito ergo sum</strong></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">En 1644, René Descartes fut le premier philosophe à mettre au centre de sa réflexion le « sujet pensant ». C’est dans <a target="_blank" href="http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Principes_de_la_philosophie"><em>les principes de la philosophie</em></a> qu’il rédige le célèbre « je pense, donc je suis » : « Cette pensée, je pense, donc je suis, est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre. » Trois cents ans plus tard, un homme bouleverse le monde de la philosophie en se réappropriant le <em>cogito</em> de Descartes pour fonder une théorie existentialiste de la liberté.</font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong>L’existentialisme est un humanisme</strong></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">C’est dans le cadre d’une célèbre conférence prononcée le 29 octobre 1945 que Jean-Paul Sartre émet l’axiome « l’existence précède l’essence » : l’homme existe d’abord, puis IL se définit lui-même et librement.</font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana">
<p align="justify">Cette théorie s’oppose aux visions déterministes de la religion catholique (c’est Dieu qui détermine l’essence de l&#8217;Homme) et de la philosophie marxiste (ce sont les conditions, en insistant sur celles de la sphère économique, dans lesquelles l&#8217;Homme est placé qui déterminent son essence : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de leur propre mouvement, ni dans des conditions choisies par eux seuls, mais bien dans les conditions qu’ils trouvent directement et qui leur sont données et transmises. »). Sartre, athée, estime que l’homme est seul, sans valeurs et sans nature; il n’y a rien de prédéterminé, pas de nécessité, tout est à construire :</font></font><font size="2"><font face="Verdana"> </font></font><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify">L&#8217;essentiel est la contingence. Je veux dire que par définition, l&#8217;existence n&#8217;est pas la nécessité. Exister c&#8217;est être là, simplement; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. Il y a des gens, je crois, qui ont compris ça. Seulement, ils ont essayé de surmonter cette contingence en inventant un être nécessaire et cause de soi. (<em>La Nausée</em>)</p>
</blockquote>
<p align="justify">Bien que Sartre qualifie son existentialisme comme un humanisme au sens où c’est l&#8217;essence que construit le « sujet pensant » qui est au centre de notre vie, il faut le distinguer de l&#8217;humanisme dit classique : soit, ceux qui prennent l’homme pour fin, alors que chez Sartre il est un « projet », toujours en quête de dépassement.</p>
<p align="justify">Ce n’est pas sans rappeler l’idée du Surhomme de Nietzsche : « L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain, — une corde sur l’abîme. Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but : ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin. »</p>
<p align="justify"><strong>Existence &gt; Essence &gt; Choix &gt; Liberté</strong></p>
<p align="justify">Sur quoi devons-nous nous baser pour agir? Nos actes ne nous sont dictés par aucune force supérieure; nous sommes SEULS responsables de nos choix, nous ne disposons de RIEN au départ, tout reste à faire. Pour reprendre une idée de Sartre, l’existentialiste authentique est « esclave » de sa propre liberté. C’est à l’individu de bâtir sa propre éthique. Dans la philosophie sartrienne, l’homme est libre d’agir et c’est par ses choix que l’homme se définit, lui permettant ainsi d’exercer sa liberté. Pour Sartre, le choix – ce que nous entendons souvent par « faire le bon choix » – n’est pas inscrit quelque part par avance.</p>
<p align="justify">Une fois effectué, le choix est le bon et il est inutile de penser aux autres options qui se présentaient à nous. Si rien n&#8217;est prédéterminé, s&#8217;il n&#8217;y a aucune nécessité et que tout est à construire, tout n&#8217;est pas pour autant permis. Chaque acte implique des conséquences qu’il nous faut mesurer de par notre propre éthique; faire « le bien » ou faire « le mal » ne veut strictement rien dire; les remords ne servant à rien. C’est ce qu’il appelle un « engagement sur la voie de la responsabilité ». Certes, nous prenons nos choix en toute liberté, mais nous avons une « responsabilité » puisque nous l’exerçons face à autrui.</p>
<p align="justify">C’est dans le champ des possibles et avec ses limites que s’exerce la liberté. Et, on y revient encore une fois, l’existence est la liberté. La table ne peut jamais être plus que la table qu’elle est. Mais l’homme, rien de tel : l’existence est comme l’a souligné Heidegger « le lieu-tenant du rien ». La liberté ne se touche pas, ne se sent pas et ne se trouve dans aucun lieu tangible. Heidegger, encore lui, disait que l’homme ne possède pas la liberté, mais que c’est la liberté qui possède l’homme : l’homme est condamné à être libre.</p>
<p align="justify"><strong>Un engagement sur la voie de la responsabilité</strong></p>
<p align="justify">Être libre, s’est s’engager sur la voie de la responsabilité humaine; nous choisissons nos valeurs en toute liberté, mais une fois que ce choix est engagé, nous avons une responsabilité envers autrui puisque nous avons choisi une certaine façon de penser l’homme. Sartre ne croit pas en Dieu. Sa philosophie est influencée par un athéisme de type nietzschéen du « dieu est mort » : tout doit être créé, inventé; nous portons en chacun de nous un projet commun, qui engage l’humanité :</p>
<blockquote>
<p align="justify">« En voulant la liberté, nous découvrons qu&#8217;elle dépend entièrement de la liberté des autres et que la liberté des autres dépend de la nôtre. » (<em>L&#8217;existentialisme est un humanisme</em>)</p>
</blockquote>
<p align="justify"><strong>L’idée du temps ou le « projet » (Bernard-Henri Lévy)</strong></p>
<p align="justify">C’est le passé qui, d’habitude, leste le présent, le charge de sens et de valeur – il y a une poussée du passé, une force du passé, qui donne sa forme au présent et, de proche en proche, au futur. Chez Sartre le passé n’est plus rien. Il ne compte plus, ne pèse plus, ne pousse plus.</p>
<p align="justify">En sorte que si l’on veut que le présent échappe au pur néant, si l’on ne veut pas qu’il soit cette réalité « infinitésimale », ce « point sans dimension », que décrivait Husserl dans ses <em>Leçons sur la conscience interne</em> du temps et qui ressemblerait, dit-il, toujours dans <em>l’Être et le Néant</em>, au « terme idéal d’une division poussée à l’infini », si l’on veut qu’il soit un présent humain, vraiment humain, inscrit dans une existence humaine et se vivant comme telle, il n’y a pas d’autre solution que de se tourner de l’autre côté, c’est-à-dire vers le futur, pour lui trouver une identité.</p>
<p align="justify">C’est le futur qui fait le présent, pas le présent qui fait le futur. C’est le futur qui pèse sur le présent, pas le présent qui, comme chez Bergson, appuierait de sa lourde pointe sur le futur. Loin, comme on croit toujours, que le passé engendre le futur, c’est le futur qui « décide » du passé et qui, notamment, décide « si le passé est vivant ou mort ». Au lieu, comme le disent et le sens commun et la plupart des philosophies avant lui, que je me prépare à être ce que je serai à partir de ce que j’ai été, c’est ce que je suis, ici, maintenant, qui dépend de ce que je vais être et c’est lui, donc, l’avenir, qui donne au présent, et au passé, leur force, leur sens, leur saveur. J’ai un présent. J’ai un passé. J’ai toute une série de « conditionnements », hérités du passé et qui forment ma « situation ».</p>
<p align="justify">Ce qui compte c’est ce que je fais de ce que ce passé a fait de moi. Ce qui compte c’est le « projet » qui, à chaque instant, transcende ce passé, le transfigure et a le pouvoir de le rejouer. Ce qui compte et ce dont il va, d’ailleurs, faire l’analyse dans tous ses essais de psychanalyse existentielle, c’est « ce petit mouvement qui fait d’un être social totalement conditionné une personne qui ne restitue pas la totalité de ce qu’elle a reçu. » On comprend l’éblouissement des contemporains. On comprend l’émerveillement devant ces idées qui nous semblent vieillottes, dépassées, mais qui étaient la liberté même.</p>
<p align="justify">Peut-être Sartre est-il une sorte de monstre. Peut-être y avait-il quelques monstruosités à être Sartre – ce penseur bizarre, singulier, exorbitant à la règle commune, un peu dément, dont nombre d’énoncés, mis dans une autre bouche, produiraient des effets désastreux. Peut-être était-ce plus compliqué, douloureux, périlleux, que d’être Aron le sage, cogitant paisiblement dans son bureau du <em>Figaro</em>, ou le professeur Merleau-Ponty remontant la rue des Écoles à heure fixe, ou même le bon Camus terminant vite sa journée d’écriture pour aller disputer sa partie de foot sur le stade de Lourmarin.</p>
<p align="justify">Mais, il n’y en a pas tant que cela, des monstres, dans l’histoire de la philosophie. Et celui-là, ce monstre-là, à tout de même la particularité d’être le plus radical des penseurs de la liberté – il a ce mérite, au moins, d’avoir produit la pensée contemporaine qui aura poussé le plus loin, jusqu’au vertige, presque à l’absurde, l’hypothèse de la liberté.</p>
<p align="justify">Les autres antihumanistes, ceux qui viendront après lui, et prétendront, justement, le périmer, buteront sur cette hypothèse comme sur leur impensé nécessaire. Lui, c’est parce qu’il n’est pas humaniste, c’est parce qu’il a récusé l’idée même d’essence de l’homme, qu’il fait une philosophie qui est une philosophie de la liberté. Et c’est cela qui, au fond, me semble, chez lui, le plus précieux.</p>
<p></font></font></p>
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		<title>Légèreté et pesanteur</title>
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		<pubDate>Sat, 12 May 2007 03:55:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous ne vivons qu’une seule fois On nous rappelle constamment qu’il faut « profiter du moment présent » (carpe diem) puisque nous ne pouvons prédire l’instant où le dernier grain de notre sablier s’écoulera. Il faut remonter à l’Antiquité pour trouver l’origine de cette philosophie. On doit la locution latine carpe diem (« cueille le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=148&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana"><strong>Nous ne vivons qu’une seule fois</strong></font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">On nous rappelle constamment qu’il faut « profiter du moment présent » (<em>carpe diem</em>) puisque nous ne pouvons prédire l’instant où le dernier grain de notre sablier s’écoulera. Il faut remonter à l’Antiquité pour trouver l’origine de cette philosophie. </font></font></p>
<p align="justify"><font size="2"><font face="Verdana">On doit la locution latine <em>carpe diem</em> (« cueille le jour sans te soucier du lendemain ») au poète Horace. Si aujourd’hui on assimile souvent cette expression avec de l’hédonisme, Horace cherchait pourtant à persuader ses lecteurs que le bonheur réside dans un hédonisme d’ascèse, soit de bien savourer l&#8217;instant présent, mais sans toutefois récuser toute discipline de vie. Enfin, si cette locution est souvent citée de nos jours, c’est qu’on la retrouve dans le film La société des poètes disparus : <a target="_blank" href="http://www.afi.com/tvevents/100years/quotes.aspx">« Carpe diem. Seize the day, boys. Make your lives extraordinary. »</a></font></font><font size="2"><font face="Verdana"> </font></font></p>
<p><font size="2"><font face="Verdana"><strong>Dualité</strong></font></font><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">J’ai souvent réfléchi sur la dualité humaine raison/passion que j’ai appelée l’éternel balancier qui habite chacun de nous entre notre Descartes cérébral et notre Pascal émotif. Un autre clivage m’apparaît intéressant à examiner, soit celui entre légèreté et pesanteur que l’on retrouve brillamment exposé dans le roman <em>l’Insoutenable légèreté de l’être</em> de l&#8217;écrivain Milan Kundera.</p>
<p align="justify"><strong>Légèreté</strong></p>
<p align="justify">La légèreté nous propulse vers la cueillette des plaisirs spontanés : prenez un repas bien apprêté, rajoutez-y un peu de boisson alcoolisée et terminez votre quête par une nuit animée. C’est la formule de Chamfort : « Jouir et faire jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne. » On vit qu’une seule fois, aussi bien vivre intensément et sans se soucier du lendemain! Voilà le côté hédonisme ou épicurien de la légèreté.</p>
<p align="justify">On remarque aussi que la légèreté peut parfois prendre le visage d’un manque absolu de responsabilité; la plupart des gens ne reconnaissent la nature de leur expérience qu’après-coup. Nos erreurs ne se répètent pas. Celles-ci ont des conséquences, parfois désastreuses, mais nous nous consolons en nous disant que ces désastres ne sont qu’éphémères. Un Hitler ou un Pol Pot ont commis des atrocités, mais ils sont morts et ils ne reviendront plus pour les commettre à nouveau.</p>
<p align="justify"><strong>Pesanteur</strong></p>
<p align="justify">La pesanteur nous « encadre » dans notre prise de décision : on s’attache à des êtres et non à une image de l’autre, on souscrit à des principes et on pense selon une morale. C’est un peu la méthode de Descartes : « Et j’avais toujours un extrême désir d’apprendre à distinguer le vrai d’avec le faux pour voir clair en mes actions et marcher avec assurance en cette vie. »</p>
<p align="justify"><strong>Parménide</strong></p>
<p align="justify">Au sixième siècle avant Jésus-Christ, Parménide croyait que l’Univers était divisé en couples de contraires : lumière/obscurité, fin/épais, chaud/froid, être/non-être. Selon ce dernier, un des pôles de ces dualités est positif (la lumière, le fin, le chaud et l’être) et l’autre négatif. Si cette division peut nous paraître facile, un cas pose problème : entre la légèreté et la pesanteur, qu’est-ce qui est positif? Parménide répondait que le léger est positif. Avait-il raison?</p>
<p align="justify"><strong>L’éternel retour</strong></p>
<blockquote>
<p align="justify">« Le poids formidable. &#8211; Que serait-ce si, de jour ou de nuit, un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes solitudes et te disait : « Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l&#8217;as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois; et il n&#8217;y aura en elle rien de nouveau, au contraire! il faut que chaque douleur et chaque joie, chaque pensée et chaque soupir, tout l&#8217;infiniment grand et l&#8217;infiniment petit de ta vie reviennent pour toi, et tout cela dans la même suite et le même ordre &#8211; et aussi cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et aussi cet instant et moi-même. L&#8217;éternel sablier de l&#8217;existence sera retourné toujours à nouveau &#8211; et toi avec lui, poussière des poussières! » Ne te jetterais-tu pas contre terre en grinçant des dents et ne maudirais-tu pas le démon qui parlerait ainsi? Ou bien as-tu déjà vécu un instant prodigieux où tu lui répondrais : « Tu es un dieu, et jamais je n&#8217;ai entendu chose plus divine! » Si cette pensée prenait de la force sur toi, tel que tu es, elle te transformerait peut-être, mais peut-être t&#8217;anéantirait-elle aussi; la question « veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois », cette question, en tout et pour tout, pèserait sur toutes tes actions d&#8217;un poids formidable! Ou alors combien il te faudrait aimer la vie, que tu t&#8217;aimes toi-même pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation! » (<a target="_blank" href="http://zarathoustra.info/index.php?title=Le_Gai_Savoir_-_Livre_quatri%C3%A8me#341.">Friedrich Nietzsche, Le gai savoir - 341</a>)</p>
</blockquote>
<p align="justify">Dans le monde de l’éternel retour, nos vies perdent de leur légèreté. Nietzsche disait que c’était le plus lourd fardeau (ou pesanteur). En élaborant cette réalité éthique, le devenir devient un vaste cycle, tout étant également précieux, éternel et nécessaire : une guerre ou un génocide ont un poids beaucoup plus considérable que dans notre réalité quotidienne où les événements affreux nous semblent éphémères.</p>
<p align="justify">Si cette réalité n’est qu&#8217;une éthique et que, comme plusieurs le croient, nous ne vivons qu’une seule fois, la légèreté est donc la seule voie qui nous permet d’être heureux; la pesanteur est-elle réellement négative, comme l’énonça Parménide, et belle la légèreté?</p>
<p align="justify">La légèreté nous propulse dans les airs : libre de mouvements, libre de soucis et libre de responsabilités, notre vie se déroule comme un être humain ayant perdu la partie frontale de son cerveau, celle qui nous permet de planifier notre futur. La pesanteur nous retient vers la terre, nous oblige à forger des principes et à construire un temps futur qui n’arrivera peut-être jamais; et elle nous incite à réfléchir aux gestes que nous posons, comme si nous devions les revivre éternellement.</p>
<p></font></font></p>
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		<title>L&#8217;empire intérieur</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2007 23:59:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>njl</dc:creator>
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		<description><![CDATA[There are consequences to one’s actions. And there certainly would be consequences to wrong actions. Dark they would be, and inescapable. J’ai assisté, le 4 mai dernier, à la deuxième représentation québécoise du nouvel opus de David Lynch. Pour nous laisser transporter par INLAND EMPIRE, il faut abandonner notre logique habituelle et embarquer dans le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=jean-nicolaslacoste.com&amp;blog=741093&amp;post=154&amp;subd=insomniaque&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<blockquote>
<p align="justify"><em>There are consequences to one’s actions. And there certainly would be consequences to wrong actions. Dark they would be, and inescapable.</em></p>
</blockquote>
<p></font></font><font size="2"></font><font size="2"><font face="Verdana"></p>
<p align="justify">J’ai assisté, le 4 mai dernier, à la deuxième représentation québécoise du nouvel opus de <a target="_blank" href="http://imdb.com/name/nm0000186/">David Lynch</a>. Pour nous laisser transporter par <a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0460829/"><em>INLAND EMPIRE</em></a>, il faut abandonner notre logique habituelle et embarquer dans le monde de l’inconscient. En tant que cinéphile, il faut aussi accepter de se sentir déstabilisé, dérouté et envoûté par l’univers lynchéen.</p>
<p align="justify"><strong>L’univers cinématographique : réalité, perception et imagination</strong></p>
<p align="justify">La réalité, c’est ce qui est donné, ce qui est actuel, ce qui existe; éléments effectifs qui constituent le monde dans son ensemble, c’est-à-dire tout ce qui est accessible ou compréhensible par un système d’analyse tel que la science ou la philosophie. La réalité d’un film, c’est l’action telle qu’elle se déroule et que notre esprit nous transmet. Le personnage entre dans son auto, il arrive à la destination comme prévu, il parle à des gens, etc. C’est un monde dans lequel nous sommes confortables d’être immergés puisqu’il répond à nos attentes et que nous sommes capables de le distinguer de l’apparence et de l’illusion.</p>
<p align="justify">Puis, il y a le monde de la perception – je m’intéresse ici moins à notre perception qu’à celle des personnages –, soit le processus de recueil et de traitement de l&#8217;information sensorielle par l&#8217;esprit. La vision de la réalité du ou des personnages est souvent déformée par un ou des événements. Dans <em><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0090756/">Blue Velvet</a></em>, la réalité quotidienne est flouée lorsqu’un des personnages découvre une oreille près d’un champ et qu’il se rend compte peu à peu qu’un monde sombre cohabite avec celui qu’il était habitué de percevoir. Dans <em>INLAND EMPIRE</em>, Nikki Grace est une actrice qui semble perdre le contact entre sa réalité et celle de son personnage.</p>
<p align="justify">Finalement, il y a l’imagination, soit la faculté d’imaginer, de se représenter quelque chose dans l’esprit et d’y construire des images mentales, des représentations mentales d&#8217;images appropriées, ou bien de réminiscences issues de la mémoire, de la sensibilité ou d&#8217;une émotion. Dans <em><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0166924/">Mulholland Drive</a></em>, une partie du film est imaginée par un des protagonistes qui rêve à une réalité qu’il souhaiterait voir se concrétiser. On accentue aussi le niveau d’imagination en y ajoutant des personnages qui semblent à la fois réels et irréels : un <a target="_blank" href="http://www.timboucher.com/images/mulholland_drive_bum.jpg">« mendiant » hideux</a> dans Mulholland Drive, ou encore <a target="_blank" href="http://i37.photobucket.com/albums/e82/theizrolazrie/lost-highway-2.jpg">l’homme à la caméra</a> dans <em><a target="_blank" href="http://imdb.com/title/tt0116922/">Lost Highway</a></em>.</p>
<p align="justify"><strong>La spécificité du monde lynchéen</strong></p>
<p align="justify">L’interprétation de ces trois facettes du cinéma se veut personnelle; je suis loin d’être un expert en analyse cinématographique. Si on retrouve ces trois mondes dans la plupart des films, qu’est-ce qui distingue donc les films de David Lynch?</p>
<p align="justify">Passé maître dans la création d’une « inquiétante étrangeté », Lynch est un réalisateur qui explore, de manière obsessionnelle, les méandres de l’âme humaine. C’est une véritable exploration de l’empire intérieur de l’être humain.</p>
<p align="justify">Le monde de Lynch est fractionné en plusieurs univers. Pour s’y rendre, nous ne passons pas d’un point A à un point B puis à un point C; les univers se côtoient et se mélangent pour former un tout qui semble, au regard non-initié, une chimère insurmontable qui se construit à plusieurs niveaux.</p>
<p align="justify">D’une part, il est difficile pour le cinéphile de faire la distinction entre ce qui est réel de ce qui ne l’est pas puisque même ce qui est a priori surréalisme n’est pas dépourvu de réalisme, comme les lapins-humains de INLAND EMPIRE. Lynch abolit les frontières entre fiction et réalité, présence et absence, rêve et cauchemar. D’autre part, on perd souvent nos repères temporels habituels puisque le style anachronique est souvent utilisé; on se promène continuellement entre ce qui s’est déjà passé, ce qui va se passer et ce qui se déroule à l’instant.</p>
<p align="justify"><strong>Inland Empire : un univers mystérieux</strong></p>
<p align="justify"><em>**** Rédigé par la personne qui m&#8217;a accompagné lors du visionnement de ce film ****</em> </p>
<p align="justify">Enfant, lorsqu’on m’amenait au parc d’attractions, j’éprouvais une étrange émotion : à la fébrilité du plaisir anticipé se mêlait la crainte de monter à bord des manèges. Comme lors des fêtes foraines de mon enfance, un état d’esprit semblable m’habitait devant cet INLAND EMPIRE que je m’apprêtais à voir, dans la mesure où il faut une certaine dose de témérité pour plonger dans un univers où l’on sait que rêve et réalité se confondront et où sa logique toute cartésienne ne pourra être mise à profit.</p>
<p align="justify">Comment alors réagir à la suite du visionnement de cette nouvelle histoire de Lynch? Les premiers mots qui me viennent à l’esprit tiennent du superlatif, à savoir époustouflant, suffocant et déroutant, auxquels se greffent deux qualificatifs qui discordent, soit angoissant et vitalisant. On a beau avoir mis toute son attention pour ne perdre aucune bribe des dialogues, on a beau s’être écarquillé les yeux pour n’oublier aucun élément visuel, on reste quand même abasourdi par ce film dans lequel s’imbriquent le tournage d’un film, sa première version inachevée et une légende.</p>
<p align="justify">Plus le scénario se déroulait, plus l’angoisse me tiraillait; aux prises avec cette intrigue et au cœur des tourments de l’héroïne, j’appréhendais une fin tragique, si bien que la scène de sa mort fut, à mes yeux, un moment intense. Mourir semblait si banal dans cette séquence que j’en oubliai qu’il s’agissait de la scène du film dans le film! Il est tout autant surprenant que INLAND EMPIRE m’est aussi apporté une bonne dose de vitalité, malgré son caractère de mystère. L’actrice qui termine son film, la mère qui retrouve un fils, les putes qui s’animent à la scène finale, toutes ces femmes qui ont cheminé dans le film sont là, souriantes, et me transmettent leur vitalité.</p>
<p align="justify">Voilà sommairement ce que j’ai ressenti au sortir de ce film. Par contre, ce que j’en ai saisi serait plus ardu à résumer et a place certes à diverses interprétations. Pour l’instant, les interrogations sont aussi nombreuses que les réponses et de revoir le film m’apporterait autant de contentement que de lumière. Rattraper ce qui m’a échappé, confirmer ce que j’ai compris, reconsidérer les milles et un éléments porteurs de sens et… me perdre à nouveau dans l’univers mystérieux de cet auteur, cela est désormais une résolution bien arrêtée.</p>
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