Huis clos : une introduction (1re partie)

Un huis clos, c’est une audience interdite au public (merci Antidote), mais c’est aussi une métaphore adéquate pour décrire le fait que la conscience de soi, c’est-à-dire ce qui se passe dans l’esprit d’un individu, est inaccessible pour autrui. Si cette constatation peut, a priori, sembler être une vérité évidente, dans la réalité, cela n’est pas le cas.
Chaque jour, nous naviguons dans les eaux troubles du néant de nos pensées conjecturales, tout en essayant, tant bien que mal, de dénouer la réalité parmi les possibles éventualités; la plupart du temps, ces possibilités se dessinent dans nos pensées lorsque nous sommes en présence du regard d’autrui. Pour ma part, je dois avouer que cette gymnastique intellectuelle ne m’a jamais procuré de réponses satisfaisantes; ainsi, j’en suis venu à penser qu’il est impossible de se représenter concrètement, et hors de tout doute, ce qui se trame dans le jardin mystérieux des pensées d’autrui.
À l’intérieur de l’océan des pensées humaines, la conscience est l’infime partie qui émerge à la surface. Certes, à force de côtoyer un individu sur une base régulière, nous parvenons à connaître plusieurs de ses caractéristiques particulières qui le distinguent de ses semblables, de sorte que nous pouvons affirmer, sans crainte de nous tromper, que nous le connaissons davantage que l’inconnu que nous apercevons le matin à l’arrêt d’autobus.
Néanmoins, nous ne pourrons jamais quantifier le pourcentage de la conscience d’un individu qui nous est accessible. Depuis la nuit des temps, il m’appert que les relations humaines impliquent la confrontation entre deux variables antinomiques se rapportant pourtant à un seul être, le pour-soi et le pour-autrui (termes empruntés à la terminologie sartrienne), c’est-à-dire, d’une part, l’être de la conscience et, d’autre part, l’être dans le regard d’autrui. Ces deux variables ne pourront jamais s’annuler et ainsi former un seul et même paramètre : ces variables seront toujours en constante opposition.
« Nous n’apprenons jamais pourquoi et en quoi nous agaçons les autres, en quoi nous leur sommes sympathiques, en quoi nous leur paraissons ridicules; notre propre image est pour nous le plus grand mystère. »
Milan Kundera – L’Immortalité (1990)

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