Expression à éviter : numéro 1
L’optimisme mal placé
« Ne t’en fais pas, les choses vont finir par s’arranger »
Si ces quelques mots se veulent rassurants et réconfortants, il m’apparaît que cette expression relève davantage de la pensée magique de sorte qu’elle n’aura aucune conséquence positive pour la personne concernée. Il importe que je mentionne d’emblée cette évidence : les choses ne s’arrangent pas d’elles-mêmes. Il faut d’abord que le sujet prenne conscience de la situation, puis qu’il mette en œuvre des solutions de rechange. Cependant, il arrive aussi que les choses ne puissent pas s’arranger et c’est ce qui m’énerve dans cette phrase, c’est que le locuteur prétend connaître l’avenir. Optons plutôt pour une pensée réaliste. Aider quelqu’un, ce n’est pas lui embellir la réalité.
Le film 21 grammes nous en donne un très bon exemple. Cristina reçoit un appel lui mentionnant que son mari et ses deux filles ont été frappés par un automobiliste. Rendu à l’hôpital, le père de Cristina tente de consoler sa fille en utilisant une formule positiviste : « it’s gonna be all right. Yeah, everything will be okay. Don’t worry. » Quelques instants après, Cristina apprend que ses deux filles sont décédées.
Lorsque nous mentionnons à un individu qu’il ne doit pas s’en faire, nous lui indiquons que sa situation n’est pas importante. Ainsi, nous oublions que la souffrance ressentie au moment présent par un individu ne peut pas être relativisée, mesurée, ni quantifiée. A posteriori, un événement malheureux de notre vie peut être relativisé. Il n’aura certes plus la même ampleur qu’au moment où nous l’avons vécu. Avec le temps, tout passe. Nous conservons qu’une simple trace mémorielle des choses et, par conséquent, même la perte d’un être cher quittera notre mémoire immédiate, une fois que les larmes sècheront et qu’un bain d’idées neuves superposera d’autres souvenirs à notre mémoire, nos pensées seront lavées.
Candidement, les gens diront que « la vie continue », autre expression galvaudée et utilisée à toutes les sauces. Qu’on me dise que la vie continue ne changera rien à mon état d’esprit. Aussi bien me dire que le soleil va se lever demain matin et que la Terre va continuer de tourner. Je préfère les gens qui pleurent, qui crient, qui se révoltent et qui brandissent le poing en scandant que la vie est absurde. Être réaliste, c’est se rendre compte ne que la souffrance ne sera jamais justifiée.
Père de Cristina : When your mother died, I thought I wasn’t going to make it. I felt the world was falling on me and that I was never going to get up. But, sweetie, life goes on.
Cristina : You know what I thought when Mom died? I couldn’t understand how you could talk to people again. How you could laugh… again. I couldn’t understand how you could play with us.
Cristina : And no… no, that’s a lie. Life does not just go on.
[Extrait du film 21 grammes]
Cependant, nous ne sommes pas seuls avec notre malheur, l’absurdité de la vie étant une condition humaine. Mieux vaut la colère à l’insensibilité. Mieux vaut la révolte à l’apathie. Il faut se révolter contre les injustices puisque la révolte, c’est la volonté de ne pas subir. En refusant la souffrance, nous pourrons éventuellement la dépasser. C’est la révolte qui nous permettra de modifier notre condition actuelle. Camus disait que l’homme peut maîtriser en lui tout ce qui doit l’être et doit réparer dans la création tout ce qui peut l’être. Mais notre combat ne sera pas toujours victorieux : le mal (le malheur) ne peut pas être anéanti. Même dans un monde de révolté, les enfants continueront de souffrir et leur supplice sera toujours injustifiable.
Je suis persuadé que des paroles d’encouragement et d’optimisme n’amenuisent pas la durée de nos moments de malheurs. Ce sont plutôt des paroles de courage et d’intelligence que nous devons offrir aux gens. Une âme consciente et lucide sera toujours en mesure d’outrepasser les obstacles de la vie.


il n’est pas toujours facile de trouver les bons mots pour aider quelqu’un, j’avoue que moi même j’ai souvent agi comme ça… “ne t’en fait pas ça ira…”, jusqu’au jour ou j’ai connu la dépression et j’ai senti cette douleur si souvent inexprimable, l’important n’est pas d’être gauche mais de s’en apercevoir afin de pouvoir y remédier et…
je suit ton blog depuis un moment et je doit dire que je te trouve tes thèmes et ta réflexion sur la vie très pertinent, ayant beaucoup vécue moi même je me retrouve assez dans ce que tu dit, c’est un vrai plaisir de savoir qu’il y a de belles âmes sur cette planète… continu comme ça… ça réchauffe les coeurs qui sont en quête d’amélioration sur soi pour apprendre a mieux aimer et partager. Merci.