Babel
« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous entendez, ce que vous comprenez… il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même… »
Bernard Werber, l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu.
Réalisé par Alejandro Gonzalèz Inàrritu, Babel est le dernier volet d’une trilogie – le premier chapitre étant Amores perros et, le second, 21 grammes – concernant l’entrelacement des destins individuels. Ces longs-métrages illustrent de façon ingénieuse les liens étroits qui relient les faits contingents qui viennent dicter la route qu’emprunteront les Hommes durant leur existence.
Selon la tradition judéo-chrétienne, Dieu aurait multiplié les langues afin de contrecarrer la construction d’une très haute tour qui, ultimement, aurait touché le ciel. Cette Tour de Babel, symbole de l’orgueil des Hommes voulant se rapprocher de Dieu, ne fut jamais finalisée, les ouvriers ne pouvant plus communiquer entre eux, les Hommes durent alors se disperser sur la Terre.
Privé d’un espace commun où tous les êtres humains partageraient la même langue, voire la même culture, l’Homme est voué à ramper sur Terre, dans sa solitude, en essayant tant bien que mal de dénouer les fils de l’incompréhension afin d’entrer en contact avec autrui.
Loin d’être une œuvre pessimiste, et ce, malgré les différentes tragédies qui viennent bouleverser les destins des protagonistes, Babel est un film d’une grande beauté visuelle et surtout, d’un réalisme époustouflant et d’une lucidité exemplaire. Si la solitude et la douleur ont une place importante dans ce long-métrage, le pari du réalisateur était avant tout d’englober au sein d’une même œuvre la beauté et les ambitions du langage ainsi que les failles et les limites de la communication humaine. La communication est à la fois ce qui nous unit et ce qui nous divise en tant qu’être humain
Il m’apparaît que nous pouvons tirer une leçon de cette parabole. Si la Tour de Babel fut un échec, c’est pourtant cet échec qui permit aux différences culturelles de voir le jour : nous ne pensons pas tous pareils, nous provenons de différentes cultures, nous avons différentes croyances… Et puis après?
Grâce aux particularités de chacun, nous pouvons créer notre propre individualité. Et ceci devrait davantage nous réjouir que nous désappointer. Des problèmes surviennent lorsque ces différences nous empêchent de trouver des compromis. Prenons le temps de dépasser nos désaccords initiaux et persévérons dans notre souci de bâtir une humanité ouverte sur le dialogue.
Ce n’est pas une tâche facile, mais essayons quand même!

