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Le monde est plat

Vendredi, 12 septembre 2008

En 2005, Thomas Friedman, journaliste au New York Times, publie The World Is Flat qui deviendra rapidement un best-seller.  Cet ouvrage est une analyse de la mondialisation des dernières décennies. Dix bouleversements sociologiques, économiques et technologiques (des flatteners dans le jargon de l’auteur) ont permis d’abolir certaines frontières communicationnelles.

En voici quelques-uns :

  • La chute du mur de Berlin : symbole de la fin du communisme et de l’ouverture au capitalisme pour la plupart des marchés du monde qui étaient sous le joug soviétique.
  • La révolution de l’Internet : le navigateur Netscape a permis dès 1995 à rendre l’Internet davantage accessible, un plus grand nombre de gens pouvant dès lors communiquer virtuellement.
  • Des Logiciels aux “flux de travail” autonomes : des machines peuvent désormais parler à d’autres machines sans l’intervention d’un être humain.
  • L’Open source (logiciels à libre distribution) : Linux ou Mozilla (Firefox) sont des sociétés qui se sont formées grâce à ce principe. Plus récemment, les communautés sociales comme Facebook ou les blogues ont permis aussi un rapprochement des communications.
  • L’Outsourcing (externalisation) : transfert d’une partie ou de l’ensemble d’une fonction d’une organisation (entreprise ou administration) vers un partenaire externe. Aujourd’hui, les frontières sont abolies. À titre indicatif, l’Inde produit davantage d’ingénieurs que les États-Unis.
  • Les outils technologiques personnels : iPod, cellulaire, SMS, vidéo-conférence, etc.

Comme le démontre Friedman, la mondialisation et l’essor technologique permettent à l’Homme de se rapprocher et de réduire les distances et les barrières qui l’empêchaient auparavant d’entrer en contact avec son prochain. Il se peut que je ne connaisse pas l’individu qui habite la maison en face de chez nous, mais la publication de mes pensées à l’intérieur d’un carnet personnel virtuel (blogue) m’amène à communiquer en temps réel avec des gens aux quatre coins du globe.

6 ou 3 degrés de séparations?

Malgré tout, d’après l’avis de certains spécialistes, la génération Y, c’est-à-dire les individus nés entre 1979 et 1994 (définition relevée sur le site e-marketing.fr), serait plus individualiste et moins portée à manifester leurs désaccords politiques ou à revendiquer des changements sociaux lorsqu’on la compare à la génération de leurs parents (les baby-boomers) qu’ils aient été hippies, syndicalistes ou souverainistes. D’autres analystes iront même jusqu’à dire que la mondialisation, au lieu de favoriser le contact humain  avec l’autre et de créer de nouveaux échanges culturels, entraînerait plutôt un repli sur soi dans un processus d’auto-défense afin de protéger son terroir et sa culture personnelle.

D’après l’hypothèse émise par Stanley Milgram, psychologue américain, dans l’étude du petit monde publiée en 1967, chacun serait relié à n’importe quel autre individu par une courte chaîne de relations sociales. Cette théorie porte le nom des six degrés de séparation.

Une étude menée par la compagnie Microsoft et publiée en 2008 vient renforcer cette théorie. L’étude révèle qu’il faut en moyenne créer des liens avec 6,6 contacts avant de pouvoir parler à une personne particulière qui ne figure pas sur sa liste de contacts. Dans 78% des cas, 7 contacts intermédiaires sont nécessaires. Un des chercheurs de Microsoft qui a contribué à cette étude a tenu ces propos au Washington Post :

« J’ai trouvé ça très surprenant. Il semblerait qu’il y ait une connectivité sociale constante pour l’humanité. Si les gens ont toujours eu l’impression d’être proches, nous avons montré à grande échelle que cette idée était bien plus qu’un mythe urbain. »

Un rapport de recherche publié par O2 télécommunication en août dernier va encore plus loin. Selon Jeff Rodriguez, directeur du département de recherche pour O2 télécommunication, à l’intérieur d’un réseau social d’intérêt commun, les individus seraient séparés seulement par 3 degrés. Selon l’auteur, l’être humain a trois réseaux sociaux principaux, la famille, le travail et les amis, et au moins cinq réseaux sociaux basés notamment sur ses intérêts et ses passes-temps.

« For example, one of the respondents Katrina, 27 from Brighton, is a classical musician and leads a jazz band. She was asked to make contact with a Japanese jazz singer, Natsuo Murakami, halfway across the world. She contacted her record producer in Berlin via an email. He called his opposite number in Tokyo who had a register of all jazz singers in the country. Therefore making the link from Katrina to Natsuo in three personal steps. »

A priori, on pourrait croire que l’Homme moderne individualiste et égoïste est moins intéressé à entrer en contact avec les autres individus. Cependant, d’après l’étude d’O2 télécommunication, les gens ont le sentiment que la qualité des relations qu’ils ont et qu’ils développent chaque jour à l’intérieur de leur réseau social est meilleure qu’il y a 5, 10, voir 20 ans. Il faut tout de même mettre les choses en perspective et considérer cette étude comme une image figée dans le temps tout comme l’est un sondage mené lors d’une campagne électorale.

Le monde est plat

Les chansons de mes aïeux sont bien plaisantes à entendre, mais elles témoignent à mon avis d’une fausse analyse de la société actuelle. On analyse souvent les événements du passé avec une certaine nostalgie lorsqu’on les scrute à l’aide de notre regard du présent.

Les familles sont plus petites qu’au début du 20e siècle et les gens préfèrent peut-être le confort de leur maison (cocooning) aux activités traditionnelles de rencontre sociale, mais ils n’ont pas perdu pour autant le besoin de sociabiliser. Paradoxalement, plus on a l’impression d’être séparé de tous et chacun, plus on se rapproche et que l’on crée des liens qui étaient impensables il y a à peine 20 ans grâce à l’utilisation de nouveaux outils de communication.

Ce qui a changé, c’est le moyen. La communication à l’aide des nouveaux médias - comme envoyer un courriel, commenter un article sur un blogue ou retrouver d’anciens amis sur facebook - est considérée par bon nombre d’individus comme étant une forme d’échange qui déshumanise les relations humaines.

Mais, à mon avis, les écrits permettent davantage de découvrir le monde intérieur de chacun. Le port du masque (la dissimulation de notre moi) est utilisé lorsque l’autre est devant nous. Les nouvelles formes de communications permettent alors d’étaler nos réflexions profondes avec une plus grande liberté et, par le fait même, de rejoindre un grand public.

« Jamais le monde n’a été aussi grand qu’au lendemain du périple de Magellan », écrit l’historien Pierre Chaunu dans l’ouvrage Conquête et exploitation des nouveaux mondes. Grâce à la globalisation des échanges commerciaux, à l’accessibilité informationnelle en un temps record et au développement de nouvelles formes de communication, le lien d’interdépendance entre les êtres humains n’a jamais été aussi fort et, par conséquent, jamais le monde n’a été aussi petit!

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