Épidermique
Il m’apparaît que l’amitié entre les hommes et les femmes est une vaine chimère. Je sais, ça fait mal de lire ceci et vous vous dites que j’ai tort, ou que j’ai de la rancoeur vis-à-vis des femmes. Ne vous en faites pas, vous être au stade du déni. Ce n’est pas de votre faute. Vous avez été éduqué par des féministes et elles vous ont appris que les hommes et les femmes sont égales (tiens je me permets le luxe de conjuguer ce mot avec le féminin), même dans leur plaisir.
Pourquoi l’amitié ne serait-elle pas possible, si, finalement, nous sommes égaux et construits dans un même moule?
Effectivement, peu de chromosomes séparent l’homme de la femme. Mais au niveau du psyché, il y a quelque chose de particulier dans cette relation qui ne permet pas une véritable amitié : le désir. En fait, l’amitié pourrait être possible n’eut été du désir, ou si aucun des deux protagonistes n’en ressentait. Mais, tel est rarement le cas.
Mesdames, il faut faire face à la réalité. Ne croyez jamais ce que vous dit un homme. Le masculin ment toujours pour arriver à ses fins; la fin justifie les moyens comme le dirait ce cher Machiavel. La vérité, c’est que pour les hommes toutes femmes est objet de désir et si désir n’y a pas, l’homme perd tout intérêt. Et l’amitié est incompatible avec le désir, puisque l’amitié exige de la confiance et de l’écoute attentive.
Oh, un instant! J’ai un appel d’une auditrice.
« Désolé de vous interrompre, mais je crois que vous faites fausse route, j’ai un homme comme ami. »
« Êtes-vous célibataire? Et est-ce que votre ami l’est? »
« Non je ne suis pas célibataire et il l’est depuis quelques mois. »
« Si vous me dites que vous le connaissez depuis votre enfance, je suis prêt à nuancer mes propos et de dire que dans certains cas rarissimes l’amitié est possible, mais autrement, s’il y a un semblant d’amitié entre vous, c’est parce qu’il ressent du désir. Ça ne veut pas dire qu’il veut absolument faire l’amour avec vous, mais si vous faisiez les premiers pas, je ne crois pas qu’il refuserait. »
Bon, je reçois déjà des courriels. On va en lire un d’un homme.
« Vous êtes une honte pour les hommes. Avez-vous évolué? La vie ne se résume pas aux quelques pouces qui grouillent dans vos culottes. Dom »
Mon cher Dom, je crois que les rapports entre les hommes et les femmes seraient nettement meilleurs si on consentait à admettre cette évidence. Malgré notre évolution, l’homme est toujours influencé par ses instincts primitifs et je suis désolé de heurter vos croyances, mais notre instinct sexuel gouverne encore notre vie.
Ah, mais oui! Aujourd’hui on camoufle l’instinct ou le désir par des artifices. On va manger au restaurant, on visite un musée, on se fait des promesses…
Les voiles de la séduction sont illimités et dissimulent la pulsion aveugle du désir érotique. Le problème avec les relations humaines, c’est qu’on est intime avant de savoir quoi que ce soit de l’autre. C’est la surface de l’autre qui nous intéresse, d’abord, et le reste, on s’en fou.
J’entends déjà vos plaintes : « je connais un homme et une femme célibataire qui ont une relation d’amitié. » Je le répète, j’aurais tendance à dire qu’il y a toujours un des deux protagonistes (généralement l’homme) qui ressent du désir dans l’amitié.
Les conventions l’obligent, nous avons créé le terme affinité pour maquiller le désir pour qu’il paraisse sous son jour le plus noble. « Je désire l’autre, mais c’est plus que simplement sexuel. C’est une question d’affinités. »
Bullshit!
On aime se jouer la comédie, ramener l’instinct à un aspect socialement acceptable. Et si quelqu’un me parle encore de l’attirance mutuelle, je crois que je vais l’étrangler. Il n’y a rien de symétrique dans le désir; elle aime ceci, tu aimes cela.
That’s it!
On ne veut pas l’admettre, mais finalement…
C’est épidermique.*
*En plus de faire référence à l’épiderme et au sens du touché – la surface de l’être -, le terme épidermique signifie aussi, au sens figuré, d’une grande intensité, mais en définitive superficiel…

J’aime bien ce texte, mais je ne peux m’empêcher de penser que vous avez tort. L’amitié implique toujours une part de désir de l’autre. Peut-être suis-je une créature bizarre, mais je ne peux concevoir éprouver du désir pour un homme qui ne pourrait pas être, au minimum, un ami. Et le désir ne m’apparaît pas irréconciliable avec le sentiment d’amitié, même lorsque celle ci demeure platonique. La difficulté réside peut-être dans le manque de clarté dans les rapports (ou encore dans le flou des sentiments éprouvés), mais pour moi, l’échec se situe davantage dans un désir absent d’amitié que dans l’amitié mêlée de désir.
La clé du succès réside probablement dans le fait de ne pas confondre désir et sentiment amoureux, ce qui j’avoue, n’est pas donné à tous.