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Pensées disparates 1.

En y réfléchissant quelque peu, il est aberrant que nous pleurons davantage la mort d’un jeune enfant, qu’elle soit tragique ou non, que celle d’un vieillard. Lorsqu’un individu décède en bas âge, tout le monde s’exclame avec émotion, « il était si jeune, il a eu à peine le temps de découvrir ce monde; esseyer d’imaginer ce qu’il aurait pu accomplir! » Les gens sont peut-être aussi tristes lorsqu’une personne âgée décède, mais on a l’habitude d’utiliser des clichés tels qu’« il a eu une belle vie » ou encore « son heure était venue ». Est-ce à dire que l’on valorise davantage les possibilités qu’un individu pourrait accomplir (comme dans l’argument « ça aurait pu être un futur Beethoven » utilisé par le mouvement pro-vie) au détriment de ce qui est attesté, c’est-à-dire les réalisations et l’expérience d’une vieille personne?

On est porté à dire que mourir jeune et heureux est plus souhaitable que mourir vieux et malheureux. L’est-ce vraiment? Dans le film American Beauty, Lester, interprété sublimement par Kevin Spacey, tient ce discours à sa mort : « Bien sûr je pourrais être aigri de ce qui m’est arrivé, mais c’est inutile. Il y a tant de beauté dans le monde. Parfois, j’ai l’impression qu’elle me submerge de partout en même temps et c’en est trop, mon cœur se remplit comme un ballon prêt à exploser. » Au début du récit, il détestait son existence (sa femme, son travail, sa vie, etc.) et il entreprend graduellement de modifier sa situation. À la fin, il est mort heureux. « Il était tombé la tête en avant, étendu sur le sol, comme s’il dormait. Lorsqu’on le retourna, on vit qu’il n’avait pas dû souffrir longtemps. Son visage était calme et exprimait comme un contentement de ce que cela s’était ainsi terminé. » Ce sont les derniers mots du roman À l’Ouest rien de nouveau qui sont aussi utilisés à la fin de la télésérie québécoise Minuit, le soir. Que ce soit le bouncer de cette série ou le soldat de ce roman, cette phrase démontre que malgré la souffrance de leur vie, ces individus sont morts heureux. Peut-on affirmer que ce ne sont ni les souffrances inhérentes à la vie, ni la quantité de bonheur vécu et ni à l’âge à laquelle nous mourons qui importe à la fin de notre périple, mais bien l’état psychologique dans lequel l’individu se trouve lors de sa mort?

La respiration et les petites manies d’un individu peuvent en révéler davantage sur sa personnalité qu’une séance de psychanalyse. Lorsque je fais mon entraînement musculaire, j’ai remarqué que je n’emploie pas la bonne méthode, soit celle d’expirer lorsque notre muscle se relâche et d’inspirer lorsqu’il se contracte. Doit-on en conclure que je suis un individu qui conserve toutes ses émotions à l’intérieur de son corps et qui évacue rarement le « méchant »?

Pour cette question-ci, puisque je crois être un bon juge de ma propre personne, je vais y répondre. Je suis effectivement quelqu’un de plutôt introverti. Je vais vous en donner un exemple concret (Oh l’insomniaque parle de son vécu, ça n’arrive pas souvent!) La dernière fois que j’ai pleuré, c’est lorsque mon grand-père est rentré à l’hôpital (il y a plus de 2 ans). J’étais chez ma copine et il était 4 heures du matin et nous revenions d’un bar (au Big cheez devenu maintenant Le rockette, près de l’intersection des rues Mont-Royal et St-Denis à Montréal) et j’étais plutôt émeché. Je m’assis sur son lit et je pleure. Ma copine ne comprend absolument rien : nous venions de passer une superbe belle soirée et tout allait bien; je ne montrais aucun signe de tristesse. Son premier réflexe a été de croire que ma réaction la concernait. Réaction commune, mais très égocentrique.

Je lui explique donc que c’est à cause de mon grand-père. « Tu es triste parce qu’il est malade » me demande t-elle. Je lui dis alors que ce n’est pas cette raison qui justifie mes pleures, mais bien parce que je n’ai pas vraiment de peine et que je ne me sens pas normal de ne pas en avoir. Je lui dis aussi que je l’ai connu lorsqu’il était en pleine forme et que j’en garde de très bons souvenirs. Qu’est-ce que cela signifie? D’abord, j’ai dû utiliser un psychotrope, l’alcool, pour déclencher mes larmes. Puis, ça l’a sorti de « nulle part ». Et finalement, je crois que j’ai besoin de garder le contrôle sur mon existence pour « garder une emprise sur le réel ». Je suis au courant que les émotions sont essentielles, lesquelles contribuent au bon fonctionnement de l’organisme. Je travaille pour améliorer cet aspect de ma personnalité.

Je pourrais vous donner d’autres exemples de ce genre, mais on n’a pas toute la soirée!

Par contre, cela me permet d’en profiter pour souligner que de nouvelles catégories de textes risquent de faire leur apparition sur ce site. D’abord, celui de « pensées disparates » comme le titre de ce billet l’indique et aussi un autre intitulé « feeling ».

Être insomniaque ne signifie pas seulement dans mon jargon personnel souffrir d’insomnie, mais bien être constamment éveillé afin d’être à l’affût de nouvelles connaissances et sensations. J’ai consciemment utilisé à trois reprises le mot « être » dans la phrase précédente pour illustrer une nouvelle approche que je vais tenter de mettre de l’avant pour la nouvelle année qui vient de débuter. La plupart des textes que j’ai écrits, l’année dernière, traitaient surtout de l’être pensant et, de ce fait, ne suivaient pas la ligne éditoriale adoptée par la plupart des blogueurs, soit des textes personnels centrés sur le vécu quotidien. En 2008, je vais davantage parler de ce que je ressens, c’est-à-dire de mes « feelings », pour reprendre l’expression anglaise qui n’a pas vraiment son pareil en français.

Ce site ne deviendra pas pour autant un journal personnel, mais vous allez (du moins, je l’espère) en apprendre davantage sur mon vécu; je vais devoir conjuguer les réflexions métaphysiques avec celles des passions. Le Descartes solitaire qui sommeille en moi prend beaucoup trop de place. Il est temps de lui trouver un nouvel allié!

~ par njl sur Vendredi, 4 janvier 2008.

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