La mémoire (suite et fin)
Encore quelques mots sur la mémoire. Lorsque je dis que nous aurons toujours la mémoire des choses et personne ne peut nous enlever ce que nous avons vécu, quelqu’un pourrait me rétorquer qu’une maladie neurodégénérative comme celle d’alzheimer peut annihiler les souvenirs d’un individu.
Effectivement, nos souvenirs ne sont pas éternels et si ce n’est pas la maladie qui nous en sépare, s’en sera la mort. Cependant, à moins que vous viviez tel un ermite, beaucoup de vos souvenirs sont liés à la vie des gens que vous avez côtoyés. Notre mémoire est souvent hors de nous, partout où nous retrouvons de nous-mêmes…
« Guillaume, tes maîtresses, c’est moi qui les ai choisies; ta femme, c’est toi qui la choisiras. Je veux te laisser le droit de décréter toi-même comment je te manquerai. Soit tu souffriras tant de notre séparation que tu prendras mon contraire, pour effacer toute trace de moi. Soit tu voudras m’intégrer dans la trame de ton avenir et tu en choisiras une qui me ressemble. Je ne sais ce qui adviendra, mon amour, je sais seulement que ça ne me plaira pas mais que c’est nécessaire. Je t’en supplie, ne nous revoyons en aucun cas. Considère qu’Ostende se trouve au bout de la terre, inaccessible… Ne me torture pas avec cet espoir. Moi, je ne t’ouvrirai plus jamais ma porte, je raccrocherai si tu m’appelles, je déchirerai les lettres que tu m’enverras. Il va nous falloir souffrir comme nous avons brûlé, terriblement, démesurément. Je ne garde rien de toi. Dès ce soir, je détruirai tout. Qu’importe, on ne m’arrachera pas mes souvenirs. » (Eric-Emmanuel Schmitt – La rêveuse d’Ostende)

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