Un pont à bâtir
Retour sur l’éternel retour
Il y a deux ans, je débutais l’écriture de ce blogue qui était alors hébergé sur la plateforme blogger de Google. Le premier texte que j’ai écris portait sur le concept de l’éternel retour de Nietzsche. J’ai aussi écris, il y a quelques mois, un texte sur la légèreté et la pesanteur. Je reprends quelques passages de ces deux textes pour en réécrire un nouveau et, surtout, pour aboutir à une conclusion différente.
L’éternel retour
Je suis loin d’être un expert en philosophie nietzschéenne ou en philosophie tout court. Mais d’après mes observations, je crois que plusieurs personnes n’ont compris que le sens premier des concepts nietzschéens au lieu de les analyser comme des métaphores ou même comme une éthique de vie.
D’après ce dont j’en sais, ce « mythe loufoque » qu’est l’éternel retour consiste, d’abord, à accepter tout ce que la vie nous offre, autant les bons que les mauvais côtés; un amor fati, comme l’appelaient les anciens, soit un amour du destin. Vivre l’amor fati, vivre cette « vie nouvelle », c’est affirmer pleinement et totalement notre adhésion à cette vie, en ce monde, avec ce qui comporte de bons, de biens et de bonheur, mais aussi de mauvais, d’immoral et de blessant. Abolir tout idéalisme et comme disait Nietzsche ne désire plus autre chose que ce que tu as présentement.
Puis, c’est d’accomplir chaque acte durant ton existence terrestre comme si tu devais le revivre éternellement. L’éternel retour restitue les conséquences à nos actes en nous obligeant à réfléchir avant d’agir puisque dans ce monde hypothétique les atrocités et les crimes pèsent davantage que dans celui que nous vivons où tout n’est qu’éphémère et rempli de légèreté.
Légèreté versus pesanteur
La légèreté nous propulse vers l’insouciance et la recherche des plaisirs éphémères comme le dicte cette formule connue « on ne vit qu’une seule fois, aussi bien vivre intensément et sans se soucier du lendemain » tandis que la pesanteur, ce lourd fardeau comme le disait Nietzsche, nous « encadre » dans notre prise de décision, en nous permettant de garder les deux pieds sur terre en suivant le seul guide qu’est la raison humaine.
Quelle voie doit-on suivre?
Mais puisque nous ne vivons qu’une seule fois et que le monde de l’éternel retour n’est, jusqu’à preuve du contraire, qu’une fantasmagorie, la légèreté est-elle donc la seule voie qui nous permet d’être heureux?
La pesanteur est-elle réellement négative et belle la légèreté comme l’énonça Parménide (philosophe grec présocratique)? Et Nietzsche avait-il raison en disant qu’il fallait s’en tenir à un amor fati et de se contenter de ce qu’on a présentement? N’est-ce pas incompatible avec l’idée de dépassement?
Un « amour du destin », c’est simplement de ne pas s’occuper de ce qui est hors de notre contrôle, c’est de penser au-delà du bien et du mal pour qu’un jour survienne le Surhomme.
Le Surhomme c’est un être qui embrasse la totalité des aspects de la vie, qui accepte la souffrance, repense la morale et qui dépasse ainsi les caractéristiques du premier homme. L’Homme est un pont et non un terme nous dit Nietzsche.
Un funambule qui craint l’abîme
Je crois qu’il faut simplement comprendre que nous existons (vivre simplement) avant d’Être. Être, c’est trouver son essence. Passer le pont signifie de construire son « projet ».
C’est bien beau de dire qu’il faut « vivre le moment présent », carpe diem, alléluia! Mais, en bon existentialiste que je suis, je crois que c’est ce que je suis, ici, maintenant, qui dépend de ce que je vais être et c’est lui, donc, l’avenir, qui donne au présent, et au passé, leur force, leur sens, leur saveur.
Ce qui compte c’est ce que je fais de ce que ce passé a fait de moi. Un être à en devenir. Une essence à produire. Un pont à bâtir.
Mais lorsque ce pont n’est pas bâti ou que les fondations sont peu solides, il n’y a que le néant et une mince corde est notre seul support.
Nous nous promenons chaque jour sur ce fil – le fil du questionnement, du doute, de la remise en question du « qu’est-ce que je vais faire de ma vie », du « ai-je fait le bon choix » – tel un funambule qui s’avance sur une corde tendue, tendue au-dessus du vide, en quête de son point d’ancrage pour ne pas basculer vers l’abîme. Parfois nous avançons, parfois nous reculons; on rajoute une pierre, on en perd deux et on se demande si notre projet arrivera un jour à sa conclusion.
Mais nous ne sommes pas seuls. Nous ne sommes pas seuls à chercher cette dernière pierre, cette ultime réponse.
Puisqu’il y a plusieurs cordes et plusieurs ponts. Nous sommes libres, condamnés à être libres, au-dessus de notre abîme, mais nous partageons cette absurdité avec tous et chacun.

“Aimer son destin revient donc, ultimement, à s’accepter.”
“Et c’est seulement si on s’accepte que l’on peut espérer se changer. Car quiconque parvient
à se voir avec un minimum de lucidité ne peut pas ne pas vouloir se changer… à moins qu’on ne
soit parfait!” Jacques Languirand 1998