En état de contradiction
Dissonance cognitive
Même si vous n’êtes pas très familier avec le jargon de la psychologie, je peux vous affirmer que vous en êtes souvent les victimes. Fréquemment, notre cerveau est la proie de cognitions incompatibles entre elles. Il y a dissonance cognitive lorsque l’individu est conscient que cette nouvelle cognition est la bonne, mais qu’il préfère appliquer un principe de réduction : je sais que je ne devrais pas le faire, mais je m’en fou ou je me convaincs qu’il n’y a pas de contradiction.
En voici quelques exemples concrets :
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Conduire en état d’ébriété.
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Commencer à fumer, en 2007, avec tout ce que nous connaissons sur les méfaits sur la santé.
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S’opposer à l’euthanasie et à l’avortement, mais être en faveur de la peine de mort.
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S’opposer à l’intervention militaire au Darfour, mais militer pour le maintien des troupes en Irak.
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Refuser de consommer un dessert, mais s’empiffrer dans le plat de fromages.
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Maugréer contre le spam qui s’accumule dans notre boîte de courriels, mais utiliser une approche d’envoi de courriels pour favoriser le développement de notre nouvelle entreprise.
La nuance
Certes, on peut me rétorquer que l’être humain est capable de nuancer ses propos. Mais, pour se faire, il faut que les deux axiomes d’une même proposition ne s’opposent pas entre eux ou qu’ils ne soient pas en contradiction. Passons en revue certains des exemples susmentionnés.
Une personne pourrait bien affirmer qu’elle ne fume que quelques cigarettes par jour, que c’est son corps et qu’elle en fait ce qu’elle désire ou bien que ce n’est pas au gouvernement de lui dire ce qui est bien pour elle. Elle nuance sa consommation de tabac, mais elle ne fait pas preuve de logique.
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Peu importe comment vous nuancez vos propos, fumer est nocif pour votre santé. Vous utilisez des stratégies qui visent à rétablir un équilibre cognitif dans votre cerveau. Vous ressentez une tension désagréable entre ce que vous faites et ce que vous devriez faire.
Un individu, qui croit que toute vie humaine doit être préservée de la mort, devrait, en principe, être contre l’euthanasie, l’avortement et la peine de mort. Pourtant, s’ils s’opposent à l’utilisation des deux premiers procédés, bon nombre d’adeptes de la droite religieuse américaine sont en faveur de la peine de mort : les règles de la vie humaine, disent-ils, ne s’appliquent pas à un meurtrier.
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Nonobstant l’avortement où les opposants peuvent argumenter sur le niveau de vie du foetus, utiliser la peine de mort ou l’euthanasie sur un individu c’est se demander si la vie vaut la peine d’être vécue : on s’accorde le rôle de juge. Et on juge d’une chose qui ne nous appartient pas. Nous pouvons être en faveur ou en désaccord avec l’une ou l’autre de ces prises de position, mais, finalement, il faut se poser la question suivante : le meurtre est-il possible, voire souhaitable?
Un message visant par exemple à modifier le comportement d’un grand nombre de personnes ne peut être considéré accepté que lorsque toute dissonance cognitive a disparu chez les éléments de la cible. Il est fréquent qu’un risque de rejet subsiste par dissonance cognitive, lorsqu’une contradiction existe entre le message et des convictions ou des habitudes fortement ancrées chez des individus.
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L’alcool au volant est un danger mortel. Il y a dissonance cognitive si le sujet comprend le message tout en étant dépendant de l’alcool sans un désir de se détacher de cette dépendance.
La rectification d’idées acquises est encore plus pénible lorsque ces idées sont considérées comme vérité absolue (comme la religion). Au temps de Galilée et de Copernic, la théorie de l’héliocentrisme venait heurter la croyance des gens qui croyaient que la terre était le centre de l’univers.
L’inconsistance est-elle inévitable?
Nous ne sommes pas des machines et s’il est possible d’être logique, il est pratiquement impossible de l’être jusqu’au bout. De plus, n’avons-nous pas l’habitude de dire que ce sont les imperfections qui font la beauté de l’humain et qui le définit dans son individualité, dans sa spécificité? C’est souvent l’idiosyncrasie, soit la prédisposition particulière d’un être humain à réagir d’une manière personnelle aux influences extérieures, que nous recherchons dans les relations humaines puisque si tous les gens réagissaient de la même manière et avec logique, la vie perdrait de son imprévisibilité.
Je crois que lorsque nous sommes en état d’ébriété, lorsque nous avons le pouvoir de déclencher une guerre, de décider de la vie ou de la mort d’un être humain, nous devons tendre le plus possible vers une logique absolue. Au niveau des relations amoureuses, lorsque l’on commence à connaître l’autre, c’est souvent les petits détails insignifiants que nous chérissons le plus. Comme le dit Sean, le psychologue de Will, dans le film Good Will Hunting :
My wife used to fart when she was nervous. She had all sorts of wonderful little idiosyncrasies. She used to fart in her sleep. One night it was so loud it woke the dog up. But Will, she’s been dead for 2 years, and that’s the shit I remember. Those are the things I miss the most. The little idiosyncrasies that only I know about. That’s what made her my wife. People call these things imperfections, but there not. That’s the good stuff.

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