Pardon, que savez-vous du constructivisme?
On dirait que Pierre Foglia s’est inspiré de mon billet Acquis l’a fote¿ pour écrire sa chronique d’aujourd’hui. Laissons la modestie de côté! Mais, le débat entre réformistes et anti-réformistes se situe au coeur même de ces deux concepts : doit-on privilégier les savoirs-faire (pratique) ou les savoirs (connaissance)?
À mon avis, c’est l’acquisition de savoirs qui nous permet de poser des savoirs-faire : on va de la théorie à la pratique, et non l’inverse. Mais dans le fond, qu’est-ce que nous connaissons moi, simple citoyen québécois, et M. Foglia, journaliste déconnecté de la réalité de l’enseignement, sur les théories de l’éducation et sur le socio-constructivisme?
De quoi j’me mêle?
Permettez que je vous pose une question qui n’a rien à voir, mais peut-être que si, un peu quand même.
Savez-vous comment on joue aux billes?
Quand on joue aux billes, ce qui est en jeu, ce sont les billes elles-mêmes. Quand on joue aux billes, on perd des billes ou on en gagne. Ça n’a aucun sens de jouer aux billes autrement. Les enfants du monde entier jouent aux billes dans la cour des écoles pour gagner des billes qu’ils vont reperdre le lendemain.
Dans une école primaire de ma connaissance (à Saint-Lambert), les enfants ont le droit de jouer aux billes, mais à condition qu’ils récupèrent leur mise. Pas le droit de perdre. Pas le droit de gagner. Pourquoi? Parce que, a expliqué la direction à une mère éberluée: parce que quand certains enfants perdent, ils pleurent.
Tout l’esprit de la réforme est là : empêcher les enfants de perdre.
Alors que, pour moi, un des grands objectifs de l’éducation, sans doute le plus difficile, est justement d’apprendre aux enfants à perdre.

Je n’ai rien contre les compétences. J’en ai contre la philosophie qui s’y rattache. Appliquée au monde de l’enseignement, l’école des compétences a comme mandat de dire constamment à l’élève quoi penser tandis que l’école des savoirs présente à l’étudiant des connaissances en lui laissant la liberté de choisir. C’est deux définitions irréconciliables de la liberté : une teintée de moralisme et l’autre de libre-arbitre.
J’en ai contre le fait que l’enseignement se dirige de plus en plus vers une voie unidimensionnel : former de futur travailleur. Les termes « compétence » « performance » ou « objectif opérationnel » remplacent ceux de « goûter », « découvrir » ou « prendre conscience ».
Éliminons donc tout ce qui n’est pas utile : philosophie, langues (à part l’anglais), éducation physique, sociologie, etc. Gardons seulement ce qui est utile, ce qui va permettre de former un être compétent, mais dépourvu de connaisances hors de son domaine de profession.
Je ne comprends pas vraiment pourquoi vous opposez forcément la formation “par compétences” et la formation “par les savoirs”. À mon humble avis, il s’agit d’entrées différentes vers un seul et même but: l’éducation de l’élève.
Ce qui a été remarqué dans la formation “par les savoirs”, c’est que les élèves étaient incapables de relier leurs connaissances pour les mobiliser dans des situations nouvelles. Les réformes espèrent donc corriger ce manque en situant immédiatement les élèves face à la complexité des savoirs-faire. De là, les connaissances seront naturellement nécessaires pour pouvoir enseigner les compétences.
À mon goût, il n’y a donc pas d’opposition; juste une différence d’approche, qui permet aux élèves de saisir immédiatement la complexité (dans son sens de “tissé ensemble”) d’une compétence.