Acquis l’a fote¿
Je pourrais écrire un billet sur ma soirée de gala d’hier soir puisque ce n’est pas à tous les jours que je m’assois dans une limousine aux côtés de Monseigneur Turcotte et que le sujet de la conversation est l’étymologie du mot « mafia »! Mais, le rapport produit par Richard Berger pour le compte du ministère de l’Éducation m’interpelle davantage.
Selon ce rapport,
ce ne sont pas les faiblesse de l’élève qui devrait intéresser l’évaluteur, mais plutôt ses force : on devrait valoriser ce qui est réussit et non mesuré ce qui est ratée ». Bien entendu, cet enseignant de français n’a pas fait toutes ces fautes; c’est moi qui les ai ajoutées. Mais ce que M. Berger nous dit, c’est que son rapport n’aurait pas été moins réussi s’il avait contenu toutes ces erreurs. [...] J’imagine assez bien le tollé, écrit « magie-nette », une lectrice du blogue, si, demain matin, un fonctionnaire du ministère de l’Éducation décidait que les fautes de mathématiques ne comptaient plus. Imaginons, les banques, les financiers, les systèmes comptables… Pourtant, quand il s’agit de la langue, les vagues ont davantage allure de vaguelettes… Je propose donc, en présence de cette nouvelle suggestion, de faire la même chose en mathématiques, et ainsi donner à nos jeunes un encouragement qui ne les découragera pas! Ainsi, à la fin de leurs études, nos nouveaux diplômés pourront écrire comme bon leur semble (avec quelques difficultés à se faire comprendre, mais ça, ça sera de la faute de la personne qui lit…) et surtout, ils pourront faire la même chose dans leurs calculs.
Si nous suivons cette logique, l’important c’est la compréhension du texte et non la façon qu’il est écrit! Derrière ce discours de technocrate, se dissimule la nouvelle norme de l’éducation au XXIe siècle : « Peu importe ce que tu dis (que le sujet soit Star Académie ou la philosophie de Descartes) et comment tu le dis (fautes d’orthographe), l’important c’est l’atteinte des objectifs. »
Voici ce que j’ai écris sur ce blogue :
Je déteste la vision utilitariste appliquée à l’éducation. C’est une grave erreur d’inculquer aux jeunes que seulement ce qui est utile mérite d’être appris. On ne peut pas tout mesurer en fonction d’objectifs atteints ou de compétences acquises : comment mesurer l’émerveillement d’un jeune devant la lecture d’un poème? Et le visionnement d’un film ou d’une oeuvre d’art?
À l’instar des sciences humaines, dans les sciences appliquées comme les mathématiques ou la chimie le trois quart de ce qu’on apprend ne nous sert pas dans la vie de tous les jours : savoir qu’une molécule d’eau est formée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène ou comment appliquer les diverses dérivés mathématiques ne m’aide généralement pas dans mon quotidien.
Au lieu de former des élèves doués ou cultivés, on veut des êtres compétents; au lieu de professeurs qui transmettent un art, on veut des « techniciens » de l’enseignement. « Savoir rédiger un texte » et peu importe le sujet, voilà ce qui compte maintenant!
Certes, vous allez peut-être devenir compétent, mais vous ne saurez pas faire la différence entre Albert Camus et Socrate ou le théorème de Pythagore et la loi de Newton. Mais, peu importe, ça ne vous empêchera pas de lire, de marcher ou de compter!
Bref, préférez-vous un enseignant qui vous dit « c’est bon pour toi, ça va t’être utile, c’est pratique… » ou un autre qui te présente plein de connaissances en t’invitant à choisir en toute liberté ce qui te plaît?
Je ne travaille pas dans le domaine de l’enseignement, mais on dirait qu’on veut de plus en plus en faire une « science » qui prétendrait réduire l’homme à une série de comportements et le vieil art d’apprendre à une simple technique. Et cela me donne la nausée.
Aujourd’hui, en réfléchissant sur ce rapport, je n’ai pas eu la nausée, j’ai carrément régurgité!

Parce que trop de jeunes ne réussissent pas l’épreuve. En fait, le pourcentage de cégepiens qui échouent à la première tentative leurs cours de français, philosophie et anglais (cours obligatoires dans tous les programmes) est très élevé.
Comme le dit le chroniqueur Richard Martineau : “Ici, le niveau n’est pas bas. Il est effroyablement bas. Il est souterrain. On a tellement peur que les gens aient une mauvaise estime d’eux-mêmes (leur sacro-sainte estime d’eux-mêmes) qu’on fait sauter tous les standards, toutes les exigences, tous les prérequis, on se met au niveau du dernier des derniers, on se couche la face dans le sable.”
C’est rendu que l’on a peur du mot compétition et qu’on préfère le nivellement par le bas au lieu d’encourager le dépassement et la réussite.
Eh bien, il ne fait pas dans la demi-mesure lui.
Est-ce qu’il y a quelconques problèmes avec la langue française au Québec ? Pourquoi veut-il réformer l’épreuve ?