Une philosophie de la liberté
Cogito ergo sum
En 1644, René Descartes fut le premier philosophe à mettre au centre de sa réflexion le « sujet pensant ». C’est dans les principes de la philosophie qu’il rédige le célèbre « je pense, donc je suis » : « Cette pensée, je pense, donc je suis, est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre. » Trois cents ans plus tard, un homme bouleverse le monde de la philosophie en se réappropriant le cogito de Descartes pour fonder une théorie existentialiste de la liberté.
L’existentialisme est un humanisme
C’est dans le cadre d’une célèbre conférence prononcée le 29 octobre 1945 que Jean-Paul Sartre émet l’axiome « l’existence précède l’essence » : l’homme existe d’abord, puis IL se définit lui-même et librement.
Cette théorie s’oppose aux visions déterministes de la religion catholique (c’est Dieu qui détermine l’essence de l’Homme) et de la philosophie marxiste (ce sont les conditions, en insistant sur celles de la sphère économique, dans lesquelles l’Homme est placé qui déterminent son essence : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de leur propre mouvement, ni dans des conditions choisies par eux seuls, mais bien dans les conditions qu’ils trouvent directement et qui leur sont données et transmises. »). Sartre, athée, estime que l’homme est seul, sans valeurs et sans nature; il n’y a rien de prédéterminé, pas de nécessité, tout est à construire :
L’essentiel est la contingence. Je veux dire que par définition, l’existence n’est pas la nécessité. Exister c’est être là, simplement; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. Il y a des gens, je crois, qui ont compris ça. Seulement, ils ont essayé de surmonter cette contingence en inventant un être nécessaire et cause de soi. (La Nausée)
Bien que Sartre qualifie son existentialisme comme un humanisme au sens où c’est l’essence que construit le « sujet pensant » qui est au centre de notre vie, il faut le distinguer de l’humanisme dit classique : soit, ceux qui prennent l’homme pour fin, alors que chez Sartre il est un « projet », toujours en quête de dépassement.
Ce n’est pas sans rappeler l’idée du Surhomme de Nietzsche : « L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain, — une corde sur l’abîme. Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but : ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin. »
Existence > Essence > Choix > Liberté
Sur quoi devons-nous nous baser pour agir? Nos actes ne nous sont dictés par aucune force supérieure; nous sommes SEULS responsables de nos choix, nous ne disposons de RIEN au départ, tout reste à faire. Pour reprendre une idée de Sartre, l’existentialiste authentique est « esclave » de sa propre liberté. C’est à l’individu de bâtir sa propre éthique. Dans la philosophie sartrienne, l’homme est libre d’agir et c’est par ses choix que l’homme se définit, lui permettant ainsi d’exercer sa liberté. Pour Sartre, le choix – ce que nous entendons souvent par « faire le bon choix » – n’est pas inscrit quelque part par avance.
Une fois effectué, le choix est le bon et il est inutile de penser aux autres options qui se présentaient à nous. Si rien n’est prédéterminé, s’il n’y a aucune nécessité et que tout est à construire, tout n’est pas pour autant permis. Chaque acte implique des conséquences qu’il nous faut mesurer de par notre propre éthique; faire « le bien » ou faire « le mal » ne veut strictement rien dire; les remords ne servant à rien. C’est ce qu’il appelle un « engagement sur la voie de la responsabilité ». Certes, nous prenons nos choix en toute liberté, mais nous avons une « responsabilité » puisque nous l’exerçons face à autrui.
C’est dans le champ des possibles et avec ses limites que s’exerce la liberté. Et, on y revient encore une fois, l’existence est la liberté. La table ne peut jamais être plus que la table qu’elle est. Mais l’homme, rien de tel : l’existence est comme l’a souligné Heidegger « le lieu-tenant du rien ». La liberté ne se touche pas, ne se sent pas et ne se trouve dans aucun lieu tangible. Heidegger, encore lui, disait que l’homme ne possède pas la liberté, mais que c’est la liberté qui possède l’homme : l’homme est condamné à être libre.
Un engagement sur la voie de la responsabilité
Être libre, s’est s’engager sur la voie de la responsabilité humaine; nous choisissons nos valeurs en toute liberté, mais une fois que ce choix est engagé, nous avons une responsabilité envers autrui puisque nous avons choisi une certaine façon de penser l’homme. Sartre ne croit pas en Dieu. Sa philosophie est influencée par un athéisme de type nietzschéen du « dieu est mort » : tout doit être créé, inventé; nous portons en chacun de nous un projet commun, qui engage l’humanité :
« En voulant la liberté, nous découvrons qu’elle dépend entièrement de la liberté des autres et que la liberté des autres dépend de la nôtre. » (L’existentialisme est un humanisme)
L’idée du temps ou le « projet » (Bernard-Henri Lévy)
C’est le passé qui, d’habitude, leste le présent, le charge de sens et de valeur – il y a une poussée du passé, une force du passé, qui donne sa forme au présent et, de proche en proche, au futur. Chez Sartre le passé n’est plus rien. Il ne compte plus, ne pèse plus, ne pousse plus.
En sorte que si l’on veut que le présent échappe au pur néant, si l’on ne veut pas qu’il soit cette réalité « infinitésimale », ce « point sans dimension », que décrivait Husserl dans ses Leçons sur la conscience interne du temps et qui ressemblerait, dit-il, toujours dans l’Être et le Néant, au « terme idéal d’une division poussée à l’infini », si l’on veut qu’il soit un présent humain, vraiment humain, inscrit dans une existence humaine et se vivant comme telle, il n’y a pas d’autre solution que de se tourner de l’autre côté, c’est-à-dire vers le futur, pour lui trouver une identité.
C’est le futur qui fait le présent, pas le présent qui fait le futur. C’est le futur qui pèse sur le présent, pas le présent qui, comme chez Bergson, appuierait de sa lourde pointe sur le futur. Loin, comme on croit toujours, que le passé engendre le futur, c’est le futur qui « décide » du passé et qui, notamment, décide « si le passé est vivant ou mort ». Au lieu, comme le disent et le sens commun et la plupart des philosophies avant lui, que je me prépare à être ce que je serai à partir de ce que j’ai été, c’est ce que je suis, ici, maintenant, qui dépend de ce que je vais être et c’est lui, donc, l’avenir, qui donne au présent, et au passé, leur force, leur sens, leur saveur. J’ai un présent. J’ai un passé. J’ai toute une série de « conditionnements », hérités du passé et qui forment ma « situation ».
Ce qui compte c’est ce que je fais de ce que ce passé a fait de moi. Ce qui compte c’est le « projet » qui, à chaque instant, transcende ce passé, le transfigure et a le pouvoir de le rejouer. Ce qui compte et ce dont il va, d’ailleurs, faire l’analyse dans tous ses essais de psychanalyse existentielle, c’est « ce petit mouvement qui fait d’un être social totalement conditionné une personne qui ne restitue pas la totalité de ce qu’elle a reçu. » On comprend l’éblouissement des contemporains. On comprend l’émerveillement devant ces idées qui nous semblent vieillottes, dépassées, mais qui étaient la liberté même.
Peut-être Sartre est-il une sorte de monstre. Peut-être y avait-il quelques monstruosités à être Sartre – ce penseur bizarre, singulier, exorbitant à la règle commune, un peu dément, dont nombre d’énoncés, mis dans une autre bouche, produiraient des effets désastreux. Peut-être était-ce plus compliqué, douloureux, périlleux, que d’être Aron le sage, cogitant paisiblement dans son bureau du Figaro, ou le professeur Merleau-Ponty remontant la rue des Écoles à heure fixe, ou même le bon Camus terminant vite sa journée d’écriture pour aller disputer sa partie de foot sur le stade de Lourmarin.
Mais, il n’y en a pas tant que cela, des monstres, dans l’histoire de la philosophie. Et celui-là, ce monstre-là, à tout de même la particularité d’être le plus radical des penseurs de la liberté – il a ce mérite, au moins, d’avoir produit la pensée contemporaine qui aura poussé le plus loin, jusqu’au vertige, presque à l’absurde, l’hypothèse de la liberté.
Les autres antihumanistes, ceux qui viendront après lui, et prétendront, justement, le périmer, buteront sur cette hypothèse comme sur leur impensé nécessaire. Lui, c’est parce qu’il n’est pas humaniste, c’est parce qu’il a récusé l’idée même d’essence de l’homme, qu’il fait une philosophie qui est une philosophie de la liberté. Et c’est cela qui, au fond, me semble, chez lui, le plus précieux.

comment pouvez-vous osé citer Sartre, nietzche, Heidegger tout en construisant un paragraphe entier de votre reflexion sur les dires soit disant philosophique d’un homme aussi peu philoqophe et aussi suffisant et bete que BHL? c’est scnadaleux car en faisant cela vous postulez qu’en effet, au même titre que Sartre,BHL est un philosophe???!!!!!!!!!
dans ce cas, on ne peut plus parler de liberté. dans la mesure ou on est attaché à ses auteurs.une libertée serait de créer notre propre pensée en l’adaptent au concepte liberé aussi cohérente qu’elle soit.