Néant – 1.2

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Un peu d’espoir.

Je n’ai pas totalement perdu le contact avec la réalité. Quelques bribes de souvenir me sont parvenues à l’esprit. Suis-je mort ou amnésique? Pour l’instant, je ne saurais le confirmer avec certitude. Perdu dans un monde qui ne semble pas le mien, la meilleure solution est d’avancer, de persévérer et de tenter de trouver un sens à ce qui ne semble pas, a priori, en avoir.

Je me relève et, tant bien que mal, j’avance une jambe devant l’autre. Les premières heures sont très difficiles : j’avance lentement et péniblement, mais, petit à petit, les muscles de mon corps retrouvent de leur vigueur. La grisaille du ciel s’écoule dans mes veines et se disperse dans les méandres de mon esprit. Ce monde qui m’habite et qui m’entoure m’assaille de par sa tristesse et sa désolation; je me dois de savoir si je suis le « dernier homme » sur cette terre.

En pensant à cette expression, le terme « Nietzsche » me frappe l’esprit de plein fouet. Nietzsche… Nietzsche… C’était un philosophe, il me semble. Mais, si j’ai des souvenirs d’une réalité humaine, je ne peux pas être mort puisque la mort c’est un état de non-existence; et, ne pas exister, signifie ne pas avoir de repères sur l’existence.

Je continue d’avancer en réfléchissant sur cet instant de lucidité. Contre toute attente, je réussis à établir un lien entre ces deux concepts. Le « dernier homme », c’est l’état passif du nihilisme où la seule volonté de l’homme serait son bien-être et sa sécurité et une réjouissance dans l’absence totale d’ambition. C’est ce que « Nietzsche » méprisait. Un de ses personnages, Zarathoustra, a tenté en vain d’enseigner aux hommes le dépassement de soi par la figure du surhomme. Pourquoi c’est la première idée qui m’est venue à l’esprit?

Et, comme pris de folie, je me mets à réciter : « Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance. Maintenant son sol est encore assez riche. Mais ce sol un jour sera pauvre et stérile et aucun grand arbre ne pourra plus y croître. Malheur! Les temps sont proches où l’homme ne jettera plus par-dessus les hommes la flèche de son désir, où les cordes de son arc ne sauront plus vibrer! Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos. Malheur! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même. »

Dès que le dernier mot est sorti de ma bouche, un éclair de lumière apparaît dans le ciel, celui-ci retrouve sa couleur des beaux jours. Cette lumière m’aveugle, je me frotte les yeux et le monde qui m’entoure n’est plus le même. Je vois une route en terre et au bout de celle-ci une maison et assis dans les marches de l’escalier, un vieil homme.

~ par njl le Mardi, 1 mai 2007.

Une réponse to “Néant – 1.2”

  1.  » il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante  »

    Merci.

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