Frères humains…
Qu’on le veuille ou non, l’inhumain reste de l’humain.
C’est ce qu’on doit retenir de l’imposant roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes. Il s’agit des mémoires d’un personnage fictif, Maximilien Aue, qui a participé aux massacres de masse nazis comme officier SS.
Durant la guerre totale qu’a connue l’Europe de 1939 à 1945, la distinction entre le civil et le militaire a disparu et entre l’enfant juif gazé ou fusillé et l’enfant allemand mort sous les bombes incendiaires, il n’y a qu’une différence de moyens; ces deux morts étaient également vaines, aucune des deux n’a abrégé la guerre même d’une seconde. Dans les deux cas, l’homme ou les hommes qui les ont tués croyaient que c’était juste et nécessaire.
Qui est donc coupable et qui ne l’est pas? Eichmann, celui que l’on a désigné comme le grand architecte des camps nazis, est-il plus coupable qu’un aiguilleur des voies ferrées qui amenaient les Juifs d’un point A (leur ville natale) vers un point B (le camp de concentration)? Bien entendu, un juriste me répondrait qu’on peut établir des niveaux de responsabilité pénale et d’en condamner certains et de laisser les autres avec leur conscience.
On oppose trop souvent l’État (totalitaire ou non) à l’homme ordinaire, mais on oublie alors que l’État est composé d’hommes, tous plus ou moins ordinaires, avec leur vie, leur histoire, leur hasard qui fait qu’un jour on se retrouve du côté du fusillé ou du fusilleur. Les victimes ne sont pas torturées parce qu’elles étaient « bonnes » et leurs bourreaux les torturent étant donné qu’ils sont « mauvais ».
Le vrai danger pour l’homme, c’est moi et c’est vous puisque dans l’inhumain il y a le mot humain. Il aura toujours des raisons bonnes ou mauvaises, mais en tout cas des raisons humaines. Ceux qui tuent sont des hommes, comme ceux qui sont tués, c’est cela qui est terrible.
