Je ne suis pas comme EUX
Dès la tendre enfance, nous apprenons à nous définir par opposition à « l’autre », c’est-à-dire à ce que nous ne sommes pas. Rendu à un certain âge, le jeune garçon quitte le stade œdipien – son penchant amoureux à l’égard de sa mère – et il comprend qu’il est différent du sexe féminin, il se définit donc en opposition par rapport à l’autre sexe. Des expressions comme « Ne pleure pas, tu n’es pas une fille », « Fais attention pour ne pas faire mal à ta sœur » ou « Sois le meilleur et le plus fort » renvoient à des caractéristiques telles que la sensibilité, la force, l’agressivité et la compétition et tendent à opposer les deux sexes entre eux.
La guerre des sexes c’est de la foutaise. Contrairement à ce que voudrait nous faire croire la croyance populaire, il n’y a pas une si grande différence entre les hommes et les femmes : comme le souligne le psychologue et sexologue Yvon Dallaire, l’homme et la femme sont égaux et presque semblables. En fait, nous sommes plus identiques que différents.
On pourrait comparer l’homme et la femme a deux logiciels de traitement de texte possédant chacun leurs spécificités. Nos ressemblances constituent 97,83 % de notre nature humaine. Hommes et femmes ont deux jambes, deux bras, un corps, une tête et leurs vies tournent autour des mêmes dimensions : personnelle, relationnelle, professionnelle et parentale. Leurs besoins sont sensiblement les mêmes, soit survivre, aimer et être aimé, s’épanouir et se reproduire. Leurs peurs aussi. Leurs cerveaux ont les mêmes structures…
Non, la source de cette différence réside dans notre nature humaine, dans notre code génétique, dans nos atavismes. Tous les êtres humains partagent vingt-trois paires de chromosomes. Vingt-deux paires sont identiques; une seule, la paire sexuelle, est différente. Le code génétique de la femme est constitué de deux X, celui de l’homme d’un X et d’un Y.
La source de nos différences réside aussi dans nos trois (ou six) millions d’années d’évolution. L’homme toujours à la chasse, sur ses gardes, concentré sur sa survie physique et celle des siens, déployant son ingéniosité à traquer ses proies, en silence, se coupant de ses sensations pour résister au froid, à la chaleur et à l’inconfort, ravalant ses peurs d’être dévoré par les autres prédateurs, devant se repérer pour ne pas se perdre, stimulant avec les autres hommes son esprit de combativité, scrutant l’horizon, développant ainsi sa force physique et ses réflexes… Tout ça, ça conditionne un homme et ça s’inscrit dans sa nature.
Au lieu d’oser regarder sa vérité et de dire je suis comme ceci et j’ai fait telle ou telle chose, nous préférons mettre des barrières entre les nationalités, les sexes, les âges ou les classes sociales pour nous définir en opposition ou différemment face à « l’autre ».
Évidemment, cette opposition que nous opérons chaque jour, et ce, à plusieurs niveaux différents nous est fort utile lorsque nous voulons justifier notre façon d’agir (« C’est normal que je dépasse cette personne dans la fil d’attente à la banque, il a toute la journée pour faire changer son chèque de bien-être social ») et notre façon de penser (« Je ne vais quand même pas louer mon logement à un couple d’homosexuels, il pourrait violer mes garçons »).
Nous croyons à tort qu’il y a un guide de la bonne pensée et que nos actions doivent être classées en fonction du bien et du mal. Un petit garçon qui pleure c’est mal, un jeune homme qui est fort c’est bien. L’homosexualité c’est le mal, l’hétérosexualité c’est le bien, et ainsi de suite.
Le maccarthysme dans les années cinquante est l’une des périodes les plus sombres de l’histoire américaine en ce qui a trait au respect des droits civiques. Tout ceux qui ne respectaient pas la bonne façon de pensée (pattern of beliefs) étaient considérés comme suspects. Cette période présente une vision dichotomique, voire manichéenne, du monde, à savoir États-Unis/URSS, Américain/un-American, chrétien/athée, pur/impur, bon/mauvais, etc.
À force d’exacerber les différences entre les groupes humains et de se définir en fonction de ce que nous ne sommes pas, nous oublions l’aphorisme de Socrate « connais-toi toi-même ». Nous devons partir de l’intérieur (notre être) vers l’extérieur et non l’inverse.
Je ne dis pas que nous sommes pareils et que nous devons penser et agir de la même façon. Je crois à l’originalité et à la préservation des différentes cultures. Mais, à force de toujours mettre en évidence les différences (entre les sexes comme je l’ai souligné ou entre les races), nous pouvons en venir à susciter une haine envers une partie de l’humanité qui n’est pas comme nous. Comme ce fut le cas lors du génocide des juifs opéré par le régime nazi d’Adolf Hitler.
