Washington avait peut-être raison

George Washington

Mesdames et messieurs, quelle nouvelle! Jean Charest a lancé mercredi le coup d’envoi de la campagne électorale; une annonce qui était devenue un secret de polichinelle! Pour la cinquième fois de l’histoire du Québec, la course à la chefferie se déroulera les deux pieds dans la neige et le foulard bien attaché autour du cou.

Souffrant encore d’insomnie, j’ai écouté cette nuit les nouvelles à RDI. Le combat de boxe est bel et bien commencé! Charest qui dénonce le manque d’intégrité de Boisclair en remettant encore sur le tapis l’histoire de la cocaïne, Boiclair qui attaque le programme de Charest et Dumont qui attaque tout le monde; sans parler des ministres qui s’en mêlent comme Couillard qui dit que le parti québécois n’a aucune leçon à donner au parti libéral après sept années de mauvaise gestion… blablabla. Nous allons devoir subir ces affrontements pendant plus d’un mois.

Et tout ceci, au détriment des citoyens qui veulent entendre parler des enjeux qui les touchent au quotidien et non pas des batailles intestines à la clique politique. Cette dernière oublie trop souvent qu’elle se doit de diriger en ayant toujours à l’esprit la notion de bien commun, c’est-à-dire gouverner en fonction du plus grand intérêt général.

C’est parce qu’on est tannés de vous voir vous insulter les uns les autres. Vous avez pas idée. Vos insultes stratégiques, vos poursuites calculées, vos petites guerres d’ego, on s’en balance. C’est de l’avenir de sept millions de personnes dont il est question. De leur éducation, de leur santé, de leur progrès. De leur vie. Et elle n’est pas si longue que ça. Une vingtaine de mandats, tout au plus. Messieurs Charest, Boisclair et Dumont, arrêtez de faire des élections quelque chose de personnel. Vous n’êtes pas le Québec. Vous êtes ses serviteurs. Ceux qui s’offrent pour l’aider. Un peu plus d’humilité, d’écoute et d’humanité pourra élever la prochaine campagne à un niveau plus éclairant. Nous permettant peut-être, durant ce choc des idées, de découvrir des réelles solutions à nos trop réels problèmes. Stéphane Laporte

Je propose donc l’abolition des partis politiques. Ces derniers sont souvent une entrave au bien commun en empêchant l’éclosion de bonnes idées puisque les politiciens doivent suivre la ligne de partie. Dans chaque parti, il y a des hommes compétents qui mériteraient que leurs idées soient débattues, mais étant donné que notre système politique est basé sur la notion du winner takes all, les politiciens dans l’opposition ou dans les parties minoritaires ne peuvent se faire entendre.

Dans mon Utopie, le gouvernement serait dirigé par des hommes sages soumis au contrat social, et non pas par des partis politiques : un mélange entre les rois-philosophes de Platon et l’idée de contrat social de John Locke.

Platon a raison lorsqu’il considère que seulement une minorité de gens est pourvue de raison et que cette minorité qui commande l’État a à cœur le bien commun général pour gouverner; la faille de sa théorie survient lorsqu’il énonce qu’il n’est pas nécessaire d’instaurer des lois comme remparts.

Dans l’idée de contrat social de John Locke, les hommes doivent unanimement accepter de former une société et de mettre en commun leur pouvoir naturel afin qu’ils puissent agir de concert pour respecter les droits de chacun.

Fondamental dans la philosophie de Locke, le consentement est un terme que nous retrouvons aussi dans celle de Hobbes, par le fait que les hommes consentent à donner le pouvoir au Léviathan après avoir quitté l’état de nature – une guerre de chacun contre chacun –. Les idées de Locke, telles que la nécessité du gouvernement, la limitation du pouvoir, la fondation de la propriété sur le travail tout comme l’idée de l’égalité des droits de chacun – par nature, tous les êtres humains sont égaux – nous semblent être les traits idéals de nos hommes sages.

En attendant l’arrivée de nos hommes sages et l’abolition des partis politiques, rappelons-nous les paroles trop souvent oubliées de George Washington, héros de la guerre d’Indépendance et premier président des États-Unis.

À la fin de son second mandat, il fait ses adieux à la nation en déplorant la montée des partis politiques. Il met en garde ses concitoyens contre certains politiciens rusés et ambitieux dont les manoeuvres risquent de porter un coup fatal à l’Union. Il préconise une union du peuple tout entier qui transcenderait les partis et les États :

En examinant les causes qui pourraient perturber notre Union, il apparaît comme sujet d’inquiétude sérieuse, que chaque terre semble avoir été conçue pour être caractérisée par des discriminations géographiques le Nord et le Sud, l’Atlantique et l’Ouest; d’où il s’ensuit que ceux qui ont des projets peuvent tenter d’exciter la croyance qu’il y a une différence réelle de vues et d’intérêts locaux. L’un des expédients d’un Parti pour acquérir de l’influence, dans un district particulier, est de déformer les opinions et les intentions des autres districts. Vous ne vous protégerez jamais assez contre les jalousies et les flambées émotionnelles qui naissent de ces mal-représentations. Elles tendent à rendre étrangers les uns aux autres ceux qui devraient être liés ensemble par une affection fraternelle. […] Toutes les obstructions à l’exécution des lois, toutes les combinaisons et les associations, sous toute forme plausible, ayant le dessein véritable de diriger, contrôler, contrebalancer, ou impressionner la délibération régulière et l’action des autorités constituées sont destructif de ce principe fondamental et participent d’une tendance fatale. Elles servent à organiser une faction, à lui donner une force artificielle et extraordinaire - à substituer à la place de la volonté déléguée par la nation, la volonté d’un parti; souvent une petite mais astucieuse et entreprenante minorité de la communauté; et, suite aux triomphes alternés des différents partis, à faire de l’administration publique le miroir des projets incongrus et mal-concertés d’une faction, plutôt que l’organe des plans consistants et sains condensés par les conseils communs et modifiés par les intérêts mutuels. […] La domination alternée d’une faction sur une autre, aiguillonnée par l’esprit de revanche naturelle aux dissensions partisanes, qui à différentes époques et en différents pays a perpétué les plus horribles énormités, est par lui-même un despotisme effrayant. Mais cela conduit à la longue à un despotisme plus formel et permanent. Les désordres et les misères qui résultent, inclinent graduellement l’esprit des hommes à rechercher la sécurité et le repos dans le pouvoir absolu d’un Individu. Et tôt ou tard, le chef d’une quelconque faction dominante, plus capable ou plus chanceux que ses compétiteurs, tourne cette disposition pour les besoins de sa propre élévation, sur les ruines de la liberté publique.

Version originale | Traduction française

~ par njl sur Jeudi, 22 février 2007.

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