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Néant – 1.

Néant - Prologue

« Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes. »
(Jean-Paul Sartre, L’être et le néant)

C’est une pluie glaciale qui me ramène à la réalité. Mon labyrinthe intérieur fait place au monde extérieur. Progressivement, mes sens se réveillent et, étendu sur un sol humide et froid, je tente d’évaluer le temps qui s’est écoulé depuis que je suis demeuré inconscient; ou étais-je simplement endormi? Était-ce une journée, une semaine ou un mois? Le temps semble s’être arrêté et mon inconscience m’apparaît avoir duré une éternité.

Que m’arrive-t-il? Nous avons tous besoin de repères et de certitudes auxquelles nous raccrocher. Je ne sais pas où je suis, ce que je fais et ce qui m’a amené là. C’est comme si j’avais perdu toute référence temporelle et toute faculté mémorielle; je n’ai plus de représentation mentale de ce qui a été. Des questions jaillissent dans mon esprit, mais je suis incapable d’y voir clair : serais-je amnésique?

J’essaie de relever mon dos pour me mettre en position assise, mais je n’y parviens qu’à la ixième tentative du fait que les muscles de mon corps sont endoloris. Je me frotte les yeux et après un certain temps, ma vision s’adapte à la lumière. Je regarde mes mains et je me rends compte qu’elles sont meurtries; j’examine mes pieds et je vois que je suis nu-pieds, avec le gros orteil de mon pied droit gonflé et d’une couleur violette comme s’il était fracturé.

A priori, je vois que je suis dans un piètre état. Je dois par contre comprendre et savoir ce qui m’est arrivé. Il doit bien y avoir une explication logique à tout ceci : je dois rêver. Oui, c’est ça, ce n’est qu’une illusion et je vis un cauchemar qui semble réel, mais la sonnerie de mon réveille-matin va me sortir de cette fantasmagorie; la journée prendra son cours normal et je retrouverai ma routine rassurante.

Je me lève alors du sol en m’efforçant de me tenir debout. Je ressens cependant une douleur atroce à l’intérieur de ma tête; celle-ci me rappelle que ce n’est pas un rêve, et que c’est bel et bien la réalité. Que m’arrive-t-il? La seule façon de comprendre cette chimère, c’est d’aller de l’avant.

L’obscurité s’installe autour de moi et j’avance péniblement. Le vent adhère à ma peau, il me glace le sang et je sens que les lambeaux qui me servent de vêtements se déchirent un peu plus à chaque mouvement de mon corps. J’essaie de capter une parcelle de lumière pour pouvoir me réfugier quelque part. Mais ce brouillard épais m’empêche d’y parvenir.

Sommes-nous le jour ou la nuit? Je ne saurais y répondre. Enfin, j’aperçois quelque chose que je ne saurais définir; les mots me manquent subitement. Je m’y adosse tout de même, je replie mes genoux contre mon torse, je penche la tête, je la tiens fermement entre mes jambes et je sanglote. Instinctivement, je mets une main dans la poche de mon pantalon croyant y trouver quelque chose pour éponger mes larmes, mais j’y découvre plutôt un morceau de papier plié en quatre.

Certaines choses apparaissent puis disparaissent rapidement lorsque je ferme les yeux. Des bribes de souvenirs remontent à la surface, mais je suis incapable d’y voir clair. Finalement, j’essuie mes yeux avec le revers de ma main, je déplie le papier et je lis ce qui y est inscrit : tu es mort.

~ par njl sur Dimanche, 11 février 2007.

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