La poursuite du bonheur 2.
Pour faire suite à ce texte sur la poursuite du bonheur, abordons maintenant cette question selon la pensée de deux philosophes modernes.
L’utilitarisme a comme souverain bien le plaisir mais, en opposition avec l’épicurisme, il conçoit plutôt un plaisir universel qu’individuel. John Stuart Mill, un philosophe utilitariste, privilégie donc le plaisir universel au plaisir individuel et l’idéal, selon cette philosophie, est le bonheur général et non le bonheur personnel. Contrairement à ses opposants qui croient que sa philosophie privilégie l’expédiant, soit l’intérêt particulier de l’agent, Mill avance plutôt qu’il faut agir en tenant compte de l’intérêt général, c’est-à-dire de ce qui est utile à la plus grande masse possible de gens.
Il croit ainsi que l’agent produira un effet-retour sur lui-même en mettant l’accent sur le bonheur d’autrui et le bonheur se propagera de plus en plus autour de la collectivité. Ainsi, le bonheur est une fin morale acceptable pour les utilitaristes si les effets de l’action ont résulté en une augmentation de la quantité de bonheur dans la collectivité.
Contrairement aux hédonistes et eudémonistes, la morale kantienne n’est pas liée au bonheur, mais c’est plutôt elle qui nous dit comment faire pour bien agir. Kant croit aussi que le bonheur est une considération d’ordre psychologique et ce n’est pas à l’éthique ou à la morale de se pencher sur cette question. Ainsi, lorsque nous agissons bien (i.e. agir moralement), nous ne sommes pas nécessairement heureux, mais plutôt dignes d’être heureux, c’est-à-dire que nous méritons le bonheur car nous avons utilisé la morale pour bien agir.
Par cette conception, Kant s’oppose aux morales eudémonistes qui avaient le bonheur comme souverain bien; pour bien agir, il faut utiliser notre bonne volonté, le souverain bien chez Kant et c’est un bien qui ne supporte aucune volonté. La valeur morale d’une action tient donc à la bonne volonté de l’action et la volonté, c’est notre capacité de prendre des décisions, de faire des choix.
De plus, la loi morale nous dicte de toujours agir de telle façon que nos actions soient faites par devoir. Ainsi, l’individu qui désire agir moralement doit réaliser une action librement et user de la loi morale qu’il fait sienne, puisqu’elle correspond à la maxime qu’il s’est donné dans cette circonstance. Voilà donc en quoi la morale de Kant, chez qui la poursuite du bonheur n’est pas une fin morale acceptable, se distingue des morales épicurienne, stoïcienne et utilitariste.
À la suite des positions contradictoires précédentes, je m’efforce de donner, à présent, un point de vue personnel.
Tout d’abord, la philosophie hédoniste d’Épicure m’apparaît trop égoïste et égocentrique, principalement quand ce dernier énonce que le plaisir individuel et l’isolement du milieu de vie doivent prévaloir pour que l’individu ne soit pas troublé par les forces extérieures. Tout comme dans l’approche épicurienne, je crois que la poursuite du bonheur est un souverain bien acceptable, mais je partage cependant bien plus le point de vue des utilitaristes et des stoïciens.
Je suis en faveur du principe de plaisir universel et du bonheur collectif que les utilitaristes considèrent, car j’estime que l’effet-retour sur l’agent et le bonheur contagieux sont deux principes facilement observables de nos jours. De plus, même si cela ne s’avère pas toujours évident, je crois que l’homme doit se bâtir une carapace pour devenir imperturbable et impassible comme les stoïciens le prescrivent; ainsi, les hauts et les bas de la vie que l’individu doit affronter sont alors plus facilement surmontables.
C’est en suivant la règle stoïcienne qui stipule de ne pas se laisser affecter par ce qui vient de l’extérieur que l’individu supprime tout événement hors de son contrôle et développe ainsi ses actions selon un seul guide, soit la raison.
Je ne me considère pas comme étant un kantien puisque je ne crois pas que seulement la bonne volonté peut être une fin morale acceptable. Je pense que de toujours accomplir nos actions conformément au devoir et par devoir pour qu’on soit désigné comme étant un être raisonnable, est une tâche trop ardue pour l’humain du 21e siècle. Par contre, il m’apparaît plus simple et plus avantageux de suivre la philosophie utilitariste et de rendre, quotidiennement, moins malheureux quelqu’un autour de soi.
Pour ma part, une de mes sources de bonheur est de réussir à rendre les gens de ma collectivité plus heureux et de cette façon, je ressens parfaitement l’effet-retour sur l’agent qui est élaboré dans la philosophie de J. Stuart Mill.
