Ergo sum*
*Je suis.
Je n’ai jamais aimé parler de moi et encore moins de ce que je ressens au niveau émotionnel et sentimental. L’écriture me permet alors d’exprimer plus ouvertement des choses que je n’aurais pas extériorisées autrement.
C’est que mon vécu me paraît banal. L’autre jour, une personne que je n’avais pas vue depuis longtemps m’a demandé ce qu’il y avait de nouveau dans ma vie. J’ai figé. Je réagis de la sorte chaque fois qu’on me pose la question. J’aime ma vie et j’aime ce que je fais, telle n’est pas la question. Mais, on dirait que les mots ne me viennent pas aisément lorsque la discussion est centrée autour de moi. Ce blogue n’en est pas un de type « journal intime » où je décris de A à Z ma journée; mais je vais parler (du moins, je vais essayer), à l’avenir, davantage de ce que je vis.
Au lieu d’utiliser la technique enfantine des réseaux de clavardage de type IRC comme le « asv » (âge, sexe, ville), je vais écrire dans ce billet une facette de mon « je suis ».
Je suis célibataire. Depuis l’âge de 16 ans, c’est-à-dire un peu plus de sept ans, je n’ai jamais été célibataire pendant une période prolongée et, présentement, ça fait plus ou moins cinq mois que je le suis. Est-ce la rançon de la gloire pour quelqu’un qui est de nature indépendante? Peut-être. Je crois que je suis désormais plus difficile en ce qui concerne la personne qui pourrait m’intéresser. Je suis quelque peu tanné d’être célibataire, mais j’aime mieux le demeurer que de rencontrer quelqu’un et de me rendre compte, après quelques mois, qu’elle ne me plaît pas réellement.
Vous pouvez me rétorquer que si l’on vit toute sa vie sans rien essayer de peur de se tromper, on n’arrivera finalement à la fin à rien. Vous auriez probablement raison. Cependant, je suis quelqu’un de foncièrement exigeant. J’ai mes défauts et je sais que les autres en ont, mais sur certaines choses je suis intransigeant; je critique et je m’obstine beaucoup, et si ça ne fonctionne pas à ma manière, il arrive parfois que je dise : just too bad, accepte-moi comme je suis ou va voir ailleurs! J’exagère quelque peu, je suis capable de compromis. Mais, lorsque je n’ai pas le goût de faire quelque chose, c’est difficile de m’y forcer.
Ce n’est pas le fonctionnement d’un couple normal vous allez me répondre. Ce n’est peut-être pas ce qui a de plus commun, mais je ne crois pas que les individus doivent se fondrent dans le couple. Mais si chacun fait ce qu’il veut de son bord, où est l’intérêt d’un couple? Je n’ai pas extrapolé jusqu’à cette limite. Mais, le couple ne doit pas annihiler l’individualité. Combien avez-vous d’amies que vous voyez moins depuis qu’ils ont un amoureux dans leur vie? Moi, j’en connais et je trouve cela dommage. Le couple est important et le couple se construit au quotidien, mais pas au détriment des autres aspects de la vie humaine comme la réussite professionnelle ou l’amitié.
Probablement l’un des couples français les plus célèbres du XXe siècle, les écrivains Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir vivaient en 1936 à Paris dans le même hôtel, mais dans des chambres séparées pour avoir, selon leurs propos, tous les avantages de la vie commune et aucun de ses inconvénients. Amour et liberté. Transparence sans volonté de pureté. Rêver chacun pour soi, écrire chacun pour l’autre. Ne pas céder sur son désir, ne pas céder sur celui de l’aimé. Connivence absolue. Extrême intimité et, pourtant, grande dissemblance. Telle est la description du couple Sartre-Beauvoir rédigée par le philosophe français Bernard-Henri Lévy dans son livre Le siècle de Sartre.
D’un côté, nous avons le père de la pensée existentialiste et de l’autre, nous retrouvons la mère du mouvement féministe au XXe siècle. Deux êtres exceptionnels, qui se respectaient et qui s’admiraient mutuellement. On raconte que Sartre considérait Simone de Beauvoir comme étant celle qui donnait la « consistance à son être ».
C’est un mot qui, si les mots ont un sens - et comment imaginer que, pour Sartre, ils n’en aient pas? Lorsqu’on a lu La nausée - signifie : vous êtes, mon amour, l’être même de mon être; le cœur de mon cœur. Vous êtes celle par qui ce paquet de contingence, malentendus et hasards mêlés, qui me tient lieu, comme à chacun, d’existence trouve un peu de nécessité.

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