Insomnie délibérée

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Insomnie : Trouble du sommeil consistant en une impossibilité ou une difficulté à s’endormir et à dormir suffisamment.

Je ne souffre pas d’insomnie d’un point de vue pathologique, j’ai simplement décidé d’utiliser le terme « l’Insomniaque » pour intituler ce blogue étant donné que je trouve qu’il y a plus d’attraits à vivre les dernières heures d’une journée et les premières heures de la suivante, que de débuter ma journée à l’aurore. Mais c’est surtout une métaphore : un refus d’être conditionné, déterminé et un désir de rester éveillé.

Une image me revient souvent à l’esprit : c’est un mélange entre le travailleur aliéné des Temps modernes de Charlie Chaplin et celui surveillé par un Big Brother du roman 1984 de George Orwell. Dans le premier cas, la vie est monotone, réglée, répétitive et sans saveur ni odeur; c’est l’aliénation du travailleur imaginée par Karl Marx un siècle plus tôt. En ce qui a trait à 1984, la vie est surveillée, dictée, conditionnée par l’État représenté par le Big Brother is watching you; La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force est un slogan récurrent de ce roman et qui résume bien l’essence de cette société où le langage est épuré (la novlangue) et où les pensées sont conditionnées de sorte qu’il n’y ait qu’une pensée unique.

Je ne crois pas que le travailleur moderne soit à l’image de ces deux figures. C’est simplement une analogie pour indiquer que je déteste ce qui est routinier, lassant et conditionné. En travaillant de neuf heures le matin à cinq heures le soir, on en vient parfois à mener notre vie de manière répétitive, planifiée à l’avance et sans laisser la place à l’émerveillement quotidien. À force de se lever tôt, on devient complètement stupide pense Gregor Samsa le métamorphosé de Kafka. À force de répéter sans arrêt la même routine, on ne réfléchit même plus pour quelle raison nous la faisons. 

Je ne critique pas ceux qui doivent travailler de neuf à cinq puisque j’en fais partie. Je ne crois pas à l’anarchie, au chaos, ou au chacun fait comme bon lui semble, et ce, sans se soucier des conséquences qu’il peut causer aux gens qui l’entourent. L’état de nature est mort et enterré depuis longtemps et les règles établies au sein d’une société facilitent notre vie plus souvent qu’elles nous empêchent de nous épanouir.

L’aliénation apparaît pourtant lorsque l’individu est asservi par des conditions sociales qu’il ne peut modifier ou qu’il ne veut pas modifier. Le libre arbitre m’apparaît comme l’unique solution à l’aliénation. Le libre arbitre décrit la propriété qu’aurait la volonté humaine de se déterminer librement — voire arbitrairement — à agir et à penser, par opposition au déterminisme ou au fatalisme, qui affirment que la volonté est déterminée dans chacun de ses actes par des forces qui l’y nécessitent. 

La force du libre arbitre réside dans la possibilité de modifier ces conditions aliénantes susmentionnées et de les faire vivre différemment et de les modifier à bon escient.

Apôtre du libre arbitre et antéchrist du destin, l’insomnie délibérée me permet d’éveiller et d’élever ma conscience un peu plus chaque jour, sans me laisser aveugler par les stimuli extérieurs qui voudraient me faire croire que nous sommes uniquement un assemblage d’atomes déterminé par un destin illusoire.

~ par njl le Vendredi, 2 février 2007.

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